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n° 03760J'adore recevoir des e-mails...11/03/02
Jacques a dit
critères:  2couples fhhh couplus exhib
49908 caractères      
Auteur : Ohjeff


Jacques a dit.


Premier épisode


Je vis avec Maryline depuis bientôt sept ans. Il paraît que c’est un cycle, un chiffre magique. Je ne crois pas en ce genre de choses. Moi, j’ai foi en ce que je vois et en ce que je touche.

Pour ça, je suis servi. Rondeurs de satin, courbes, contre-courbes, vertiges, tendresse, offrande, gémissements, murmures, salive, pupilles dilatées, battements de cils, chair de poule, tétons érigés, clitoris gorgé, moiteurs, senteurs, chaleur, jeans serrés, petites jupes affolantes, chemisiers aaaarrrrgh !, frôlements de cheveux, nuque, pli du coude, lobe de l’oreille, mouvement des seins, ouverture, cambrures, tressaillements, petites morts, serments, serrements, chuchotements, rires, sourires, câlins mutins, matins, éveils, assoupissements, rêveries, attentes, désirs, Amour ! Je l’aime. Tous les jours un peu plus. C’est la femme de ma vie. Il ne pouvait pas m’arriver mieux. Elle transcende mon existence, la justifie. C’est ma déesse. Nous nous aimons. Merci Dieu, merci la chance, merci la Terre, merci sa mère et le père tout puissant !

Je crois qu’on peut tout faire. On se s’ennuie pas. Elle ne me déçoit jamais. Au bout de sept ans, il n’y a pas de routine. On s’apprécie mieux parce qu’on se connaît mieux nous-mêmes et puis on se découvre toujours un peu plus. On se surprend encore parce que la confiance permet toutes les expériences, tous les abandons. J’ai parfois l’impression qu’il n’y a plus de limites. Et c’est à mourir de plaisir.

Si on m’avait dit que je ferais ceci ou cela avec elle ! Et à elle donc !

Hier soir, nous avons fait l’amour après quelques jours de chasteté forcée. Accroupie sur moi, elle a joué à jouir presque cruellement. Je veux dire que les mouvements de son bassin, l’étreinte de son vagin, le rythme entêté, le flux et le reflux, les vagues de plaisir, les montées au septième ciel, tout à coup suspendues, procurent une tension divine. Naissance de la jouissance, goutte d’eau qui va faire déborder le vase, et puis redescente voluptueuse de mille et une nuits ; à mordre d’oreiller. Ô ! Ma Shéhérazade, tu m’as fait souffrir de délice. Et quand l’onde t’a emportée pour la troisième fois, tu m’as emmené, tu m’as englouti, je me suis senti vidé de ma moelle, attrapé jusqu’à l’âme. Je me suis donné et tu m’as pris au mot. J’étais entre rire et larmes dans une émotion sans pareille.

Tandis que tu exerçais sur moi ta toute puissance d’amante, des mots m’ont échappé en un petit scénario de rien du tout. Tes quelques jours d’absence avaient exacerbé mon imagination jusqu’à un fantasme assez banal mais que je n’avais jamais eu : te livrer à la concupiscence d’un autre homme, te pousser à franchir un tabou.

Tu n’as rien dit. Paupières baissées, concentrée sur le contrôle de nos sexes survoltés, tes gémissements étaient tantôt ronronnement tantôt feulement. Je n’ai pas su si mes mots avaient ou pas un effet, ou si nos jouissances rimaient avec coïncidence.

Serge passe à la maison cet après-midi. C’est un affamé de sexe. Il te regarde comme on regarderait une vitrine de pâtissier après 24 heures de jeûne. Des champs electromagnétiques prolongent ses gestes difficilement retenus. Comment fait-il pour ne pas te sauter dessus ou grimper aux murs ? Sa femme est un monstre à enfermer et d’une cruauté psychologique sans borne pour un mari trop soumis. Il n’a pas dû faire l’amour depuis la conception de sa fille, il y a dix ans. Mais la cruauté mentale avait déjà pris le dessus.

Ding-dong ! Serge est venu en compagnie de Marc, le mari de Françoise.



Nous descendons dans mon bureau. Le temps passe toujours très vite dans ces cas-là. Quand Maryline vient faire un petit coucou, nous n’avons guère avancé. Mon dieu comme elle me rend dingue. La sentir dans cette petite pièce en présence de trois hommes suffit à me serrer le ventre.

Elle est toute pimpante au sortir d’un long bain parfumé. Nous humons un élixir de féminité qui déclenche aussitôt une surproduction anarchique de testostérone. Elle a enfilé son habituelle blouse blanche de labo… sauf qu’elle ne la porte jamais à la maison. Je tique, la considère plus attentivement. Je suis en arrière tandis qu’elle se penche par-dessus l’épaule de Serge pour lire l’écran. L’humidité de sa peau a collé toute une zone de tissu sur ses fesses : c’est très suggestif. À l’évidence, elle a passé le premier vêtement venu sans chercher à se vêtir réellement. Elle n’a rien dessous. Mon cœur a d’abord du mal à redémarrer puis il accélère un peu n’importe comment. Je me porte à son côté pour mieux juger. Marc et moi l’encadrons alors qu’elle est en appui contre le dossier du siège.

Eh bien ! Le premier bouton du haut n’est même pas fermé. Ce qui me fait un choc sachant qu’il devrait clore un décolleté en V prévu pour révéler un sous-pull ou un chemisier. À ce moment, il ne faudrait pas me demander mon âge, mon nom ou mon adresse. J’ai tout à coup le Q.I. d’un concombre.

Tandis que je déglutis, malgré ma vue embuée, je surprends le regard plongeant de Marc. Evidemment ! Oh là ! Oh là ! Qu’y faire ? Je m’éclaircis la gorge pour essayer de dégager un reste de présence d’esprit :



Nous nous activons. De toute façon, Serge va encore se faire atomiser en rentrant. Mieux vaudrait limiter les dégâts.

Pour Marc, la vie est plus douce : sa Françoise est au bas du piedestal où elle l’a juché depuis le coup de foudre initial. Il peut tout faire, elle lui mange dans la main. Par amour, elle a la patience d’une femme de marin, ses yeux s’illuminent à l’approche de l’ombre de sa voiture, elle court l’accueillir à la porte dans une nouvelle robe. Le maquillage est parfait, son parfum est une déclaration d’amour, elle s’offre à lui en permanence comme une bonne pâte prête à pétrir. Ah ! Ces deux-là !

Maryline ferme la porte. Je vais pouvoir tenter d’échapper à l’infarctus. Mary, je t’aime, je te désire, tu m’affoles, tu m’affrioles.

A 17 heures pétantes, nous parvenons à nous extraire d’un bureau voué à l’hypnose du silicium, au culte de Bill Gates et de son veau d’or. J’éteins, ils montent, je suis.

Jésus, Marie, Joseph ! Elle ne s’est pas changée. Au secours ! Elle ne va pas me prendre au mot ? ! Elle ne va pas faire ça ! ! !



Elle est très maîtresse d’elle-même. Toute de simplicité, d’ingénuité, elle me tient comme au bout d’une perche, un hameçon dans le nez.



Moi, je suis Bernardo, le muet de Zorro. Mentalement, j’ai le chapeau de travers, j’agite mes mains pleines de doigts, je roule des yeux ronds dans leurs orbites orbitaux, je me tortille.

Elle aussi. Mais pas dans le même style. Les autres sont de très bonne humeur. Ils ont l’air de tout trouver normal, la vie les ravit, ils la prennent comme elle vient. Eh oui ! Le bonheur sourit aux âmes simples.

Enfoncés dans leurs fauteuils, ils n’ont plus qu’à se laisser servir. Dans la cuisine, les cannettes s’entrechoquent, la porte du frigo se referme, un plateau se prépare. Bières, pistaches, bretzels et petites dentelles ?

Même pas. Où je suis, moi ? Deux yeux dans un cendrier ? Un trophée d’encorné suspendu au mur ? Une statue de sel ? Je pourrais aussi bien être Belphégor ou le géant vert incognito car ce n’est pas moi qu’on regarde.



C’est la bière que v’là… et mon petit cœur en blouse légère.

Ah, mon dieu ! Elle ne porte rien dessous. Ses seins bougent et me remuent les tripes. Mes hormones suintent, ma pomme d’Adam fait pom-pom-pom dans un ascenseur.

Qu’elle est souriante, qu’elle est sexy ! Les deux gugus parlent aussi fort que s’ils avaient déjà bu. Elle pose le plateau sur la table basse. Nôôôôôn !

Si. Le décolleté qui s’ouvre, les seins qui jouent aux obus sur Kaboul. Et moi, je suis kaput. Kaput à Kaboul. Kabouli dans l’ébouli. Ebloui mais maboule de toi. De plus en plus, ma toute belle. Tu m’assassines.

C’était un fantasme, ma chérie ! Faut pas faire tout ce que je dis ! D’ailleurs l’avais-je vraiment dit ? Je pensais, je murmurais, je ne savais même pas si tu m’entendais ! Mary, Maryline, tes seins si beaux, si doux, si tout ! Tu… tu me tues, tur-lu-tu-tues !

Et que tu disposes les verres, et que tu décapsules pour Serge, et une cannette pour Marc, et tu en veux une, mon chéri ?



J’ai parlé.

Simple balbutiement préhistorique. Ça remonte à bien avant Néanderthal, ça. Les premiers mots de l’anthropopithèque ont sûrement été arrachés d’un gosier par Lucy, Lucette ou Lolotte en chaleur. Nous sommes nés d’un Aâââârrrrgggggh étranglé. Passons !



Oui, oui, je veux bien ! Arrête ! Ne bouge plus ! Je m’occupe de tout. Ces messieurs vont gentiment rentrer chez eux, disparaître dans leur trou, s’effacer de la planète. Et même, tiens ! Je vais les rayer du grand livre. Même le Créateur va oublier qu’il les avait ébauchés. Hop ! Y a plus de Serge et Marc ! Qui ça ? Comment vous avez dit ? Ah non ; je ne connais pas. C’est sûrement une erreur de la mère nature. Nous n’avons pas ces noms-là dans le registre.

Pistaches à Laurel et Hardy. Hop, hop, glouglou les bières.

Mince ! Elle leur en propose une deuxième. Aïe ! Aïe ! Aïe ! Je n’ai pas encore touché à la mienne. Tiens, je la renverse pendant que j’y suis.



Elle va, revient avec une éponge et le rouleau de papier, s’accroupit au chevet de ma bévue. Vue imprenable. Je meurs.

Non ! C’est une catalepsie : je vois encore, j’ai un bourdonnement mais j’entends les sons les plus aigus. Mon cerveau fonctionne comme un magnétoscope réglé sur image par image. Cran par cran, je zoome entre ses cuisses. Le bouton du bas est ouvert. L’était-il déjà ? Je ne focalisais que sur les seins qui dardaient leurs tétons dans la béance du décolleté, mouvements ronds, oscillations, sillon ardent qu’abreuvaient mes glandes lacrymales.

Aux armes citoyens ! Ma femme est nue, on peut voir entre ses cuisses sacrées, le renflement, la fente, le tabernacle.

Je n’en finis pas de mourir. Quelle agonie ! Jésus, tu n’en as pas connu autant. Je ne ressucite que pour me faire recrucifier. Ô ! Dieu odieux ! Pourquoi m’avez-vous abandonné ? ! N’ai-je donc tant vécu que pour cette infâmie ?

Il y a juste un tout petit triangle blond tout là-haut, au nord du clitoris. J’ose à peine penser le mot. Cli-to-ris, non ! Ils ne vont quand-même pas le voir dans son écrin ourlé ! ! ! Est-ce que tu te rends compte au moins ? !

Je ne sais absolument plus ou j’en suis. Suis-je seulement réel ? M’a-t-elle entendu hier soir, oui ou m… ? A t-elle oublié sa tenue ? Sait-elle pour le bouton ? La précipitation entraînée par ma bêtise l’aura distraite : elle ne le voit pas et les voilà qui la voient !

Non, je suis seul dans l’axe fatal. Avec une grue de 50 tonnes, je lève les yeux vers les internautes de Maître Kanter : ils la contemplent béatement, ils voient ses cuisses si douces, sa nuque offerte, ses boucles dorées, ils clignent dans le roucoulement de ses paroles enjouées. Tout le monde est heureux, tout va bien. Ils la matent là mais ne biglent pas le big bang !

Elle s’accroupit, frotte au chiffon. Cette fois elle est tournée vers Marc dont le regard se fige. Les deux globes si nerveux, si vivants de mon amour doivent s’agiter à qui mieux-mieux. Il tilte !

Le dessus de la table basse n’est qu’une vitre transparente.

Je suis game over.

Perfectionniste, elle insiste. Il ne décroche pas. Serge et moi, nous sommes témoins passifs. L’un ne pense à rien. L’autre patine à cent mille volts et n’y peut mais. À chaque centième de seconde, je veux croire que c’est fini ; or l’éternité, c’est long !

Elle se relève enfin, plonge en avant pour s’emparer des petites bouteilles vides. Ce doit être pire ; il doit loucher jusqu’au nombril du monde. Elle fait écran entre lui et moi. Je…

Oh ! La blouse fatale est assez courte pour révéler le… l’endroit le plus convoité, le plus tchatchatchâââh ! Cet intervalle arrondi, le renflement d’abricot fendu, lové au plus secret. Ma Maryline…

J’expire, elle est partie dans la cuisine, l’autre en face s’est re-matérialisé. Il a rougi, non ? Il a gonflé, non ?

Il est dilaté, ses oreilles me regardent. Il baisse la tête : est-ce qu’il examine bêtement son verre ou cherche-t-il à vérifier que sa quéquette n’a pas surgi de la braguette ? Tiens, il boit cul-sec. Oui, ben on en restera-là pour le cul !

Je me lève. Mes genoux craquent tels deux coups de feu.



Pffouh ! Ca y est, ils sont partis. Du haut de l’escalier, ses yeux pétillants de malice me sourient. Adossé à la porte, je ne sais pas si j’aurais encore la force de bouger. Elle est immobile aussi. La voilà encore au-dessus de moi. En contre-plongée, ce qui reste de mes abattis, - mon cerveau avec deux yeux au bout -, gobe la vie terrestre.

Ma belle défait le deuxième bouton, le troisième et le suivant. Elle écarte les pans de coton, à pleines mains empaume les globes de mon supplice, pince les bouts avec une ostententation coquine. Tombe le coton, glisse une main sur les contours sinueux, une vallée, un bassin, un mont… de Vénus, deux doigts insinués.



Elle s’assied sur la plus haute marche, écarte les cuisses.



Un réflexe de survie m’ébranle (avant l’heure). À peine m’a-t-elle dégraphé que je surgis comme un taureau musculeux dans l’arène de lumière. Elle saisit mes boules, embouche la hampe, me pénètre d’un majeur conquérant. En un éclair, elle s’est emparée de moi, elle me tient corps et âme jusqu’à ce queue…

Non, mais comment fait-elle pour percevoir aussi exactement ma montée de sève ? Elle se retourne, se cambre ; coudes au plancher, croupe relevée offerte au ciel, la joue plaquée sur le sol. Elle devient une cible inouie ; deux hémisphères, une fente, deux trous, une vulve qu’elle écarte de la main, une pulpe rouge et rose, un tourbillon vers un gouffre ensorcelé.

Je darde, je plonge, j’enfile, j’emplis, je fouaille, le boutoir jusqu’au butoir. Je pilonne, vais, enfonce et me venge. Je suis bouc, je suis bélier, je suis bison ; c’est l’asssaut à Lascaux. Chargeons, chargeons qu’un sang impur abreuve ce sillon ! Bis.

Je n’en finis pas. Les électrochocs précédents me déchaînent. Ses seins sonnent le tocsin, moi je sonne la charge. Tous les chevaux fougueux de la cavalerie ! Lâââ ka-vâ-leu-riiiie !

Elle crie, elle râle, je brâme.



… ?

Bang ! La porte a claqué.

J’ai rêvé ou quoi ?…

Serge avait oublié ses disquettes.

Oups !


Fin du premier épisode.


Il y a deux mois, lors de la visite de Serge et Marc, Maryline m’a bluffé. J’ai atteint un pic de sensation dont j’ai du mal à me remettre. Nous faisons l’amour chaque soir, chaque matin. Elle vient sur moi , elle me prend, elle me presse, me tire, m’extirpe jusqu’à la dernière goutte et plus encore. Elle me vide, - que dis-je, elle m’anéantit -, et me possède à tel point que je finis par me sentir dépossédé de moi-même. Je ne m’appartiens plus, je me dépersonnalise. Ma quête d’amour fusionnel me pousse à m’abandonner à l’extrême. Je perds pied.

L’autre fois, en lui suggérant de s’exhiber, je crois bien que je tentais sans le savoir de maintenir un équilibre dans la fusion : la pousser à être ma chose, mon jouet, ma femme-objet, - de désir -, soumise à mes fantasmes, offerte de par mon bon vouloir au-delà de ses propres limites.

On a dû aller trop loin.

Je la sens un peu énigmatique. On n’a pas reparlé de cette expérience. Ou plutôt quand j’ai essayé de l’aiguiller sur le sujet, elle s’est à chaque fois cantonnée dans une attitude façon « Méfie-toi de l’eau qui dort ». Son sourire semblait dire « Je ne dis rien mais je n’en pense pas moins ». Si bien que je ne sais pas si je l’ai blessée, si j’ai perdu sa confiance. Ou l’inverse.

Moi j’ai mauvaise conscience. Je ne fais pas l’amour une seule fois sans me repasser le film en boucle. Ça me hante. Je revois les deux veinards, je suis la ligne de leurs regards, je suppute à l’infini leurs pensées, leur degré d’attention, d’excitation, leurs angles de vision. Mes pensées sont polluées de « Et s’il avait vu ça ? » et de « Est-ce qu’il a pu apercevoir ou seulement deviner ou bien est-ce que ce n’était pas possible ? ».

Ces derniers temps, je crois qu’elle n’a pas joui. Alors je lui ai demandé de rester à quatre pattes et à chaque fois j’ai léché son petit trou, nettoyé ses grandes lèvres. Je me sens tout à sa dévotion, je voudrais qu’elle me demande n’importe quoi pour pouvoir la satisfaire, pour la rejoindre dans une excitation partagée. Et puis… rien.

Sauf tout à l’heure. J’étais assis par terre dans la salle de bain, entre ses jambes. J’avais juste la bouche sur ses lèvres, sans rien faire. Elle a fini de se laver les dents et puis elle m’a dit d’un ton très naturel :



Je savais de quoi elle parlait. J’ai juste balbutié un timide :



Elle me regarde d’en haut. Du bout du pied, elle donne deux chiquenaudes à mon sexe dont la flaccidité me rend peu glorieux. J’ai la queue basse.

Qu’a-telle voulu dire ? Sa revanche, ce n’est tout de même pas de me faire faire la cuisine pour une soirée de nanas ?



Elle s’absorbe dans la lecture d’un énorme bouquin, ce qui me réduit d’un coup d’un seul à un moins que rien. Je suis désemparé.

Le 14 juin se passe en préparatifs : courses, ménage, cuisine. Je me consacre à mes tâches pour mettre en sourdine un malaise inarticulé.

Le premier coup de sonnette me surprend encore en short sous mon grand tablier vert.



C’est un comble : elle n’a eu qu’à s’occuper d’elle toute la sainte journée !

C’est Clara. Pas mon genre, mais jolie pépé. Trop classique, je trouve. Son tailleur ajusté, le maquillage impeccable, le rouge à lèvre vif, les ongles peints, tout m’intimide. Pour un peu, je lui dirais « Bonjour madame » d’une voix de fausset. Voyons, reprends-toi Jacquou ! Tu perds les pédales ou quoi !

Elle me jette un bref regard de haut en bas : ben, oui ! Je ne suis pas très présentable.



J’ai un mouvement de recul et je rougis comme un collégien. Je vais de ridicule en ridicule. Ça commence bien.

Bon ! Il faut meubler, faire gentiment la conversation. Je déteste ça. Mais qu’est-ce qu’elle fait Mary ? ! Clara ne m’aide pas. Elle n’est pas très bavarde. En fait, je ne la connais pas bien. Je sais juste qu’elle est arrivée dans la région depuis six mois et qu’elle vit seule, suite à une séparation et une mutation.

Deuxième coup de sonnette. Rebelote ! Je redescends, je fais la bise.



Françoise est plus simple. C’est une brave fille que j’apprécie depuis trois ans qu’on se connaît. Tiens, pourquoi vient-elle sans Marc ?



Elle monte l’escalier prestement. Joli cul ! Jolies jambes. Elle est gentille cette fille.

Ouf ! Les voilà entre nanas. Mary les rejoint. Ça roule. Je m’occupe de l’apéro, j’apporte les petits canapés, je m’active, je suis aux petits soins : le mari modèle, c’est moi. Je veux que Mary me prenne pour mari..

Elles ne font pas attention à moi. Ce n’est pas plus mal.

J’ai servi le champagne dans le jardin. Puis on a dîné devant la baie vitrée au soleil couchant. Le champagne a fait son œuvre. Le Bordeaux passe très bien. Sans qu’elles y prêtent attention. Dommage ! Il mériterait plus de respect. Je remarque une trace de rouge sur le verre de Clara. Ça me chatouille un petit peu, je ne sais pas pourquoi. Je n’aurais pas dû boire cette bière tout en enlevant la peau des pamplemousses au crabe ; ça fait quand même beaucoup.

J’ai bien tenté quelques efforts de conversation mais c’est tombé à plat. Je me trouve lourdeau. Larbin, aussi. Elles me prennent pour qui ? ! Une affaire ou l’homme à tout faire ? ! ! !



Bien sûr que je veux. Qu’est-ce que je peux faire d’autre ? Par la porte de cuisine entrebaillée, j’écoute Françoise :



Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre ! Eh bien Maryline, le Bordeaux te fait de l’effet !



Elles rient en cascade. Les aigus font faire péter les verres…

Faut que je m’occupe de la glace ou elle va fondre.



Je pose mon plateau sur la table. Les bougies et le vin ont allumé des étincelles dans leurs yeux de biches. On me considère, sourire en coin.



Clara me jauge à nouveau. Cette nana a le don de me mettre dans mes petits souliers. Bien que je sois pieds nus.



Françoise, pompette, a la machoire béante. Clara n’ajoute rien.



Toi, tu ne supportes pas les mélanges, ma vieille.



Je ne dis rien du tout, Bernardo-le-sourd s’est réincarné ; ça devient une habitude.



Les bras de mon amour m’entourent la taille. Dans un rêve silencieux, ses doigts légers se jouent de mes modestes barrières. Elle me descend le slip. Je suis cul nu, les pieds emmêlés dans le short abaissé.

Paaff ! Une claque me fouette le postérieur.



Ca y est. La revanche est servie. À moi le service, à elle le sévice. Ces dames ne se privent pas de lorgner ostensiblement le bas de mes reins, de commenter, d’émettre des réserves, de faire des comparaisons.

Je respire avec un dé à coudre. Je m’assieds.



Françoise glousse. Quand elle a bu, elle louche un peu.



Je pourrais l’avaler pendant que j’y suis. Je me relève, coincé entre la chaise et la lourde table.



Tu t’es vue quand t’as bu, ma pauvre fille ? !

Je cherche les yeux de Maryline. C’est son menton qui me répond d’un signe impératif.



Au ralenti, je m’exécute. C’est-à-dire que je grimpe, dénoue le cordon… Et puis, il faut bien que je passe la tête sous la bride et que descende le voile.

C’est terrible. On dirait que j’ai six projecteurs de D.C.A. sur mon Airbus à géométrie variable. Et cet imbécile se met à essayer de prendre de l’altitude. Comme si je n’étais pas assez haut perché ! Il ne répond plus aux commandes, il se cabre. Je dois être cramoisi. Mon sang afflue partout. Je bande éperdument. Oh non ! Oh mon dieu ! Non, pas ça !

C’est fait. Cet unique et grotesque doigt montre bêtement quelque chose au plafond que personne ne regarde. Elles reluquent.

Le petit calicot de soie vanille que j’entrevois par l’ouverture du tailleur gonfle aussi, non ?

Françoise n’est plus la femme de Marc. C’est une pintade, le bec ouvert, l’œil rond, des plaques rouges partout.

Clara se permet un jugement appréciateur :



Elle se penche, tend le bras et, - Oups ! Au secours ! -, soupèse de ses doigts raffinés mes bourses obscènes.



Je file sous les regards dardés. Comment mon cul bouge-t-il ? En tout cas, j’ai les balles qui brinqueballent.

Contemplatives, elles n’ont pas bougé. Courbé sur l’appareil, dans le plus simple appareil, je mets du jazz suave.

Fauteuils, canapé, elles prennent leurs aises. Clara enlève enfin sa veste. Sa poitrine pointe librement et ne me laisse aucune chance de repos. Minable, je minaude :



Ca fait un drôle d’effet. Quelque chose en moi fait mine de se révolter mais je suis dépassé.



Je m’allonge et elle, ce sont ses jambes qu’elle allonge, talons sur mes ballons. De honte, je ferme les yeux. La suite me déshonore à tout jamais.



Elle a l’air énervé tout à coup.



Clara en rajoute une louche :



Ô là là ! Ca dérape.



Si je n’avais pas composé le dîner moi-même, je dirais que Mary a mangé du lion.



Qui l’aurait cru ? Moi, devant Françoise, en plus ! A genoux. Elle se soulève en fermant les yeux à son tour. S’extirpe de sa culotte. Se fige. Je suis obligé de lui relever les jambes, de me les mettre sur les épaules, de m’approcher dans un parfum différent de celui de Mary. Plus poivré.

J’entre dans une zone de chaleur tropicale. Je m’aventure dans la jungle noire. Mon nez établit le contact, : broussaille, humidité… Ca y est, je lape.

Une main, par derrière, s’empare de mes roustons ballottants. Humpfff ! On me pelote les fesses. C’est dingue !

La pintade se pâme déjà. Aâââh ! Aâââââh ! Aâââââââh !

C’est parti. J’ai la tête dans l’étau de ses cuisses. Je n’entends plus rien, je ne vois plus rien. Je suis coupé du monde… Oh non ! Il y a encore un contact : mes couilles aussi sont dans un étau. Je…

Ouf ! Revoilà un peu d’air. Je me dégage, fais volte-face.

Choc ! Vautrée sur le fauteuil, les yeux plissés, Maryline tire sur un joint. Elle se repaît de la situation.

Clara recule puis l’imite.

Hors limite.



Mon sexe n’a jamais été aussi dur. Je dois être de la même couleur que le prépuce décalotté.



C’est qu’elle a atterri l’autre poulette ! Cuisses écartées, elle a la main sur le clitoris, dans un geste d’apaisement. Elle, si pudique !

Je n’ai jamais fait une chose pareille. Le pourrais-je ? Quelle obscénité ! Mes balles s’emballent dans un rythme terrible. Il le faut.

Clara a glissé une main sous la soie. Elle croise les jambes tout en se flattant les seins. Les doigts de Françoise ont disparu. Seule Mary se contente de fumer. Elle a bu plus que je ne pensais, on dirait.

Je me branle comme un malade. Je préfère que ça prenne fin. Ôôôh, je viens ! Non, je ne peux pas ! Je me retiens, ma main a stoppé net.

La belle en tailleur bondit et m’empoigne. Je suis saisi, ses ongles laqués m’étranglent le manche, le gland brille et semble dévisager Françoise.



D’un mouvement vif, elle m’agite un peu. Je suis au bord du précipice. Je regarde Françoise qui regarde mon vit.

Sans plus bouger, Clara accroît sa pression. Elle ne ferait pas autrement d’une bouteille de champagne : elle freine le bouchon, l’accompagne puis, au dernier moment, décide le lâcher. J’explose.

Ma verge se soulève par saccades et tire des jets laiteux dont la courbe atteint les cuisses de la dinde, laquelle se crispe dans un nouvel orgasme.

J’ai joui, j’ai honte ; j’aurais fait pipi dans l’autobus que je ne serais pas plus déconfit.

Mary souffle un nuage de fumée odorante.



Nous avons raccompagné ces dames à la porte. Tandis qu’elles prenaient congé, Mary flattait distraitement mes fesses nues.



Ben voyons !…

La porte se referme.



Suis-je un chien ? Si ça se trouve, je lui roule des yeux de cocker. Mary m’a tourné le dos.

Je suis. La queue basse, pour une fois.


Fin du deuxième épisode.


Rien depuis un mois. Elle est partie en stage quelques temps, elle était très prise par son boulot : réunions à n’en plus finir, horaires irréguliers, fatigue.

Les vacances seront les bienvenues. Par malchance, les dates de nos congés ne coïncident que partiellement si bien qu’elle part avant moi en Bretagne où elle a trouvé une colocation avec Françoise. Je les rejoindrai en fin de séjour pour 48 heures seulement. Quelle poisse !

On a besoin de se changer les idées, de renouer. J’attends beaucoup de cet été parce que notre relation n’est plus ce qu’elle était. Je ne sais pas trop pourquoi. À quel moment est arrivé le premier nuage ?

Il me semble que c’est aux environs de la fameuse visite de Serge et Marc. Mais je ne peux pas mettre le doigt sur quelque chose de précis. C’est bien le cas de le dire.

La soirée Françoise et Clara, c’était une idée à elle de toute façon. Et puis elle était déjà assez froide, réservée à ce moment-là. J’ai pensé qu’en lui cédant, en poussant l’excitation je pouvais ranimer le feu. Ça n’a pas marché du tout.

La location n’est pas mal. C’est assez petit mais c’est tout près d’une plage immense. Maryline m’a sauté au cou. Ouf ! Il ne m’est rien arrivé d’aussi bon depuis trop longtemps. Ça m’a donné des ailes. Elle a une pêche communicative. Toute bronzée, tonique, presque endiablée, elle court sur la grève tôt le matin, fait du vélo le soir, se baigne pendant des heures ou dore-dort au soleil.

En fin de soirée, c’est autre chose.



Quand Maryline tranche, il n’y a pas à y revenir. Je m’abstiens d’insister mais c’est rude.

Aujourd’hui, je m’applique. Je veux renverser la vapeur. Je fais le marché pour le soir : moules à la crème, salade composée aux fruits de mer, tarte au citron. Je n’oublie pas les fleurs : un gros bouquet trône dans chaque pièce.

A leur retour de jogging, c’est Françoise qui s’extasie. Moi je guette la réaction de mon amour : son attention se voile. Je deviens paranoïaque ou il y a quelque chose d’artificiel dans ses paroles ?

Je vaincrai cette espèce de vague-à-l’âme qui l’envahit par moments. À coups de bonnes blagues, bonnes bouffes, bons vins, de musique et de persévérance.

L’après-midi est délicieuse. Je les regarde jouer au volley : ses longues jambes, ses cheveux fous, ses mains. Qu’elle est belle ! Chaque détail de son corps est un bijou précieux, une pièce d’un puzzle inestimable. Je donnerais ma vie pour elle. Une révélation m’étourdit : elle sera la mère de mes enfants ! Elle va me donner les plus beaux enfants du monde ! Ca y est : subitement, je réalise que je suis prêt. Oui ! Je veux être père, je veux des rires d’enfants, Mary à mes côtés pour la vie, me mirer dans ses yeux, respirer son souffle, la combler de tout mon être, vivre de son bonheur, m’épanouir dans sa lumière. Je murmure :



Elle s’affale sur le drap de bain.



Ca a toujours été comme ça ; elle prend toutes les initiatives, j’essaie de rester dans son sillage, elle me dynamise, pour ne pas dire qu’elle me mène par le bout du nez. Parfois, je me sens lunaire à côté d’elle. Pourtant ce n’est pas mon tempérament.

Et j’étale la lotion dans les effluves de noix de coco et de vanille. C’est vrai qu’elle est cuite la Françoise. Il faut faire tout doucement. Elle est étendue sur le ventre, je l’enduis entièrement, lentement. C’est troublant.



Je consulte Mary du regard. Elle me fait un clin d’œil.

Pfff ! Je bande, maintenant. C’est un réflexe impossible à juguler. Alors dans un maillot un peu serré, bonjour la bosse ! C’est comme le fou rire : plus tu te l’interdis, plus tu l’encourages. Ça vient de là l’expression « rire comme un bossu » ?

A califourchon, je caresse ses cuisses. Il y a un instant, elle a dénoué le cordon de son soutif. Elle a une belle poitrine, Françoise. Plus grosse que celle de Mary. Plus lourde.

Bon, ça va comme ça. Je…

Mary bondit sur ses pieds.



Quelle énergie ! Comment fait-elle pour entrer aussi facilement dans une eau aussi froide. Moi, je n’ai pas encore trouvé le courage de m’enfoncer jusqu’au ventre.

Elle y reste longtemps.

J’ai la sensation curieuse d’être en vacances avec Françoise. Un gentil petit couple bien tranquille.



Je ne sais pas quoi dire. Je me rends compte qu’elle en a gros sur le cœur. Je me sens plus proche d’elle.



Elle se soulève sur un coude pour me dévisager par-dessus ses lunettes de soleil. Ses seins me font loucher.

J’ai dû avoir un léger trémollo dans la voix car elle presse ma main spontanément. Elle ne va tout de même pas me présenter ses condoléances ! Allez, Jacquounet ! m’intimè-je. Ressaisis-toi. Ce soir, on s’amuse et on oublie tout ; je suis venu pour ça, non ?

J’ai pris ma douche en dernier. Maryline m’observe pendant que je m’essuie. Tout blanc, peut-être un peu grossi, je me hâte vers mon slip et mon jean.



D’un mouvement rapide, elle ramasse mes fringues et disparaît. Je suis donc tout nu, penché en avant pour nettoyer la baignoire quand… Françoise fait irruption pour m’apporter cette gandoura à la noix.

D’ailleurs, ce sont mes noix à moi, et leur gaule, qui la saluent d’un balancement allègre.

Je ne l’ai pas entendue venir si bien que je ne constate sa présence qu’après m’être bien appliqué à astiquer la robinetterie, le porte-savon, la tablette.



Pffouh. !

La soirée est arrosée et enjouée. Le baromètre de mon moral remonte. Finalement, j’ai fière allure dans mon peignoir berbère. Pas désagréable de se sentir les roustons en liberté. On a de l’air, ça navigue, ça donne des idées.

Pas seulement à moi puisque la conversation nous ramène au dernier épisode de nos « aventures ». Ce qui est drôle, c’est que ce soit Mary qui y revienne alors qu’elle n’a jamais ouvert la bouche à ce sujet. Elle me lance des piques.



Françoise glousse. Ça me rappelle quelque chose !



Elle saisit le bas du tissu et le soulève d’un coup ; je comprends l’effet que produisent les garçons sur les petites filles qu’ils embêtent dans les cours de récréation. Tchâââh ! Me voilà avec les glaouis exposés à hauteur de la table. Elle ne laisse pas retomber le rideau sur le spectacle improvisé ; bien au contraire. Elle se hisse sur sa chaise pour mieux me passer le tout par-dessus la tête. Et hop ! Je suis re-nu.

Lever de bite express, comme de bien entendu. Oscillations têtues vers le haut, gland sorti de son enveloppe pour mieux briller en société. : quel élan de la nature ! Je grossis à vue d’œil. Elle me flatte les bourses.



Je n’entends pas la réponse. Ça recommence !

Il faut retouner au salon. Pas très dissert, je sers le dessert à Françoise.



Les effets du soleil conjugués à la timidité et l’excitation la font entrer dans le rouge. Au compte-tour de ses battements de cœur, elle tape à 5000 coups - minute. Elle me prend en main ; ma tarte ne l’intéresse plus. Ce n’est pas cet appétit-là qui lui donne un creux au ventre.

Je m’arrache sous le prétexte d’aller chercher le café mais pendant encore un centième de seconde, elle me tient.

En présence d’un cheval en érection, chacun feint le plus grand naturel mais l’attention est toute particulière : on n’est pas loin de la fascination. À quoi pensent les femmes dans ces moments ? Comment savoir ? Elles sont d’une autre planète. Toujours est-il que, moi, je me sens cheval ! Mon sexe lourd oscille en des mouvements aléatoires. Je ne peux les contrôler. Si au moins je pouvais mettre bon ordre à tout ça, le fixer à angle droit, par exemple. Ou bien le scotcher sur le ventre. Sage ! Pas bouger ! Là, tout doux la bête !

Mais cette chose est sourde et n’obéit qu’à ses bas instincts et aux lois de la physique. Françoise s’exorbite sur ma bite. Mary darde Françoise. Tout mon corps est soumis à examen. Vont-elles m’examiner les dents, me flatter la croupe, me chevaucher ? Ou m’attacher à un anneau ?

La vie est impévisible. Rien ne se passe dans l’immédiat. Elles boivent une tisane à petites goulées songeuses. Je débarrasse la table sans débander le moins du monde. Ce truc est devenu une ogive télécommandée par elles. Et puis, un murmure de Mary me fait l’effet d’un coup de tonnerre dans un ciel d’été :



En passant à ma hauteur, elle me serre le poignet et me chuchote à l’oreille :



Et elle nous plante là.

La suite ? Très simple. Françoise vient à moi, se dresse sur la pointe des pieds, me reprend en main, m’embrasse à pleine bouche, m’escalade, m’enfile, s’active et se débauche et se déhanche. Sa jouissance fulgure, elle hoquette. Nous continuons sur la table. Je la pénètre avec rage. Toute ma frustration, mon impatience contenue, toutes mes réserves d’hormones et de stupre, toute mon énergie d’homme, font irruption. Ô ! Françoise, je te brutalise à coups de bélier. Tu n’as pas droit à ma tendresse. Je n’ai pas d’amour pour toi. Tu es un exutoire, je me sers de toi ; tu es plus un punsching-ball qu’une amante.

Drôle d’alchimie. Ta jouissance m’indiffère, je préfèrerais te faire mal ; mes coups de boutoirs redoublent et de ce fait amplifient, dépassent ton plaisir habituel. Tu repars, tu vas plus haut encore dans le septième ciel, tu… J’explose, tu cries, mes dents sur ta gorge, je pourrais te mordre.

Nous ne bougeons plus. Champ de bataille au petit matin. Pas un geste. Tout ton corps est sous moi. Qu’ai-je fait ? Que m’arrive-t-il ? Mary ?

Je me catapulte vers l’autre chambrette :



Mais comment fait-elle ?

La réponse est dans la salle de bains. Sur la tablette, une boîte d’Imovane toute neuve : il manque juste un comprimé. Un demi aurait suffi.

Françoise se colle à moi par derrière. Je me retiens au lavabo. Son pubis, son ventre, ses seins m’épousent.



Elle me tire par la verge.

K.O.

Je me réveille dans la bouche de Françoise.



Elle m’escalade à nouveau, s’accroupit pour s’empaler jusqu’au sternum.

Eberlué, j’enregistre les bienfaits de la nature. Il faut que ça coulisse, que ça glisse, que ça jouisse. Et tout baigne, en effet, dans les liquides échangés.

Volets clos. Nu, un couple enlacé. Ça doit sentir la copulation à plein nez ; si Maryline entrait… Oh non pas ça ! Je bouscule Françoise assoupie.



Un pantalon. Mon royaume pour un pantalon ! Mon cheval pour un slip ! Misère, voilà la gandoura !

C’est un bédoin hirsute qui titube dans la cuisine. Deux croissants, une baguettte fraîche, une feuille de cahier à spirale :

« Jacques,

Je n’ai pas voulu te gâcher ton week-end par une mauvaise nouvelle mais je dois rentrer plus tôt pour le boulot. Ne m’en veux pas. Tu es en de bonnes mains. Profitez-en. Grosses bises à tous les deux, petits coquins. Maryline. »

Elle est partie !



J’ai crié et je bute sur elle.



Dans sa chambre, le lit est fait, la valise a disparu. Tout est net. Mon amour s’en est allé.

Je n’aurai pas dû. Je n’aurais pas dû ! ! ! Comment j’ai pu faire une chose pareille ? Elle me mettait à l’épreuve : je suis tombé dans guet-apens. Elle a tout pris en pleine figure !

Un flash me foudroie : quand elle s’est montrée à Marc et Serge, c’était déjà ça. Je ne l’ai pas arrêtée , ça m’a excité ! La fois suivante, je me suis laissé branlé par cette Clara de malheur, j’ai léché Françoise de façon éhontée. Vicieux, vicieux, vicieux ! Comment pourrais-je être le père de ses enfants après ça ? ! ! ! Je me suis complètement disqualifié, je suis déconsidéré à jamais. Un pauvre type, un malade.

Je me suis cru plus malin que les autres en réalisant des fantasmes et j’ai perdu la face. J’ai perdu la femme de ma vie. Je ne pourrai jamais rattraper ça.

Nous avons pris le train du retour en fin de soirée. Le voyage de nuit est sinistre. Je relis le petit mot des dizaines de fois. Je dois avoir l’air halluciné car le contrôleur me regarde à plusieurs reprises comme s’il avait mon portrait-robot en poche.

Les gares se succèdent. Tout est glauque sous les éclairages électriques. Ma vie se détraque tout à trac. Françoise pleure. De quoi devrais-je la consoler ? D’ailleurs mon propre chagrin m’étouffe.

Cinq heures du matin. Nous débarquons. Chacun son taxi. Salut Françoise. Vite à la maison ! Y être avant son réveil, la voir, me couler dans les draps, l’embrasser, balayer le ciel d’un mouvement de ses cheveux ; Mary, j’arrive !

La chambre est vide ; je ne comprends pas.

Elle est passée chez ses parents ? Aurait-elle raté une correspondance ? Ou…

La sonnerie du téléphone résonne dans l’appartement vide et m’électrochoque. C’est Mary !



Elle sanglotte ; je ne comprends pas.



Je suis un zombie. Je zombine jusqu’à ma voiture, surpris de la trouver fidèle au poste. Au point où j’en suis, je m’attends à tout.

La ville s’éveille. Le bleu du ciel s’éclaire, des néons s’éteignent. Les feux clignotent encore. Une balayeuse arrose l’asphalte chaud. Vitrines de boulangeries. Chiens en balade. Papiers gras. Un noir est prostré sur son sac, au pied d’une colonne Moritz.

Marc et Françoise habitent au troisième étage d’un vieil immeuble. L’odeur d’encaustique me salue, les marches grincent. J’entends pleurer à gros bouillon. J’accélère, Jacques fend l’air.

Porte ouverte, Françoise effondrée dans le vestibule.



Voilà comment un destin bascule.

Il nous reste une semaine de vacances à tuer et ne pas mourir. Désoeuvrés, déboussolés, abasourdis, nous hantons son appartement. J’ai fait basculer mon téléphone sur son numéro. Tous les appareils sont muets. Les portables ne répondent pas. Tout le monde est parti. Mais où sont-ils donc tous ? C’est un complot ou quoi ? ! ! !

On a fini par se serrer, essayer de se rassurrer. La chaleur d’une peau, une main tendue, un lit qui ne soit pas un gouffre froid. Nous… Nous avons fait l’amour. Pas jusqu’au bout. Pas vraiment. Sans amour, mais on ne dit pas « faire du désespoir ». Il n’y a plus de plaisir ; plus de désir. Que de la peine.

Trois jours après notre retour, j’extirpe de ma boîte-aux-lettres une bombe à retardement maquillée en enveloppe postale. Je reconnais son écriture, j’en tremble. Je sais que je vais décacheter mais je voudrais arrêter le film d’un coup de télécommande. Il est trop pourri, pas de happy-end loin de Hollywood.

Simultanément, à quelques encâblures Françoise affronte la même littérature. Il faut s’y reprendre à plusieurs fois pour lire un truc pareil. La vue se brouille, les lignes s’emmêlent, on se dit qu’on a mal compris, que ce n’est pas possible. On revient en arrière ; chaque fois, explosent des myriades de neurones

Comprendrai-je que Marc lui plaisait bien, que le fameux jour où il a apporté ses logiciels à la maison, elle a eu un déclic d’audace, d’envie ? Qu’ensuite tout s’est enchaîné… Il a tout vu, il a perdu pied, ils se sont revus. De plus en plus souvent. Ils sont faits l’un pour l’autre. Ils sont sûrs que Françoise et moi… « Erreur de casting ».

! ! !

Je savais bien que le film était mauvais.


Fin du troisème épisode.


Epilogue.

Un an plus tard.

J’habite chez Françoise. On a le cœur couturé. Nous avons éclaté en sanglots un peu trop souvent pour pouvoir recoller nos morceaux tout à fait en bon ordre. Mais on survit ensemble.

Marc et Maryline sont resplendissants. Je suis sûr que les réverbères s’allument rien qu’à leur passage. Pas sages ? Oui, eux ils éclatent de rire pour un rien. Ils s’éclatent, tout court. Je ne l’ai jamais vue comme ça. Elle marche à plusieurs centimètres du sol. Ils ne peuvent pas s’empêcher de se bécoter, elle ondule, elle miaule, elle danse nuptiale. On dirait deux patineurs.

Pour eux, c’est simple : le film continue. Même scénario, nouvelle distribution, la clef du succès. On s’invite une fois par mois. C’est un rite.

Hier soir, ça a dérapé. Ambiance musicale, lumières tamisées. Elle a dégraffé sa robe pour danser nue, collée à lui.



Mon dieu que je bandais. MA-RY !

Nous étions l’un dans l’autre, Françoise et moi, comme des vaches folles devant le TGV du plaisir.

Ils ont tout fait. Pour finir, il l’a prise par derrière sur le tapis du salon. Elle était à quatre pattes, lui debout, jambes écartées et fléchies par dessus sa croupe cambrée. Les seins de mon amour, malmenés par la cadence de la charge, m’ont fait gicler. J’ai encore entendu le bruit régulier de ses génitoires à lui, battant entre les fesses de ma femme à moi pour la vie. Ses yeux chéris rivés aux miens se sont délavés. Ses pupilles dilatées ne me voyaient pas. Ça ne demandait pas pardon, ça disait : « Je jouis, je jouis, je jouiiiiis ! … Je meurs, je te tue. Aââârrrrgh !» Une chute dans un puits sans fond, une grande lumière pour elle, les ténèbres pour moi.

Françoise a défailli. Pas de plaisir.

Nous recommencerons. Tout le monde est d’accord. Chaque mois. J’attends déjà. Je ne peux pas vivre sans la voir.

Je préfère la voir sans l’avoir.

Mary contre vents et marées. Ëtre près de toi, dépérir à petit feu dans les éclats de lumière de ton rire, humer ton bonheur. Survivre en vampire du pire.

Françoise avec Marc ? Idem : pas indemne.

Mary, mon amour ? Mary, rien qu’à moi ? Ma divine, mon âme ?

Non !

Jacques a dit : « Sois heureuse. »

Jacques a dit :

« C’EST FINI ! »




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