Notation public
Une Histoire sur http://revebebe.free.fr/

n° 04637Niko27/07/02
Petits conseils pour écrire une histoire érotique
critères:  méthode nonéro -revebebe
33113 caractères      
Auteur : Nicolas_Solovionni

PETITS CONSEILS POUR RÉUSSIR UNE HISTOIRE ÉROTIQUE


Par Niko



Table des matières



POURQUOI CE TEXTE ?

SCÉNARIO

RÉALISATION

QUELQUES STYLES

LES INGRÉDIENTS

RIMES ET POÉSIES

LES DIALOGUES – STYLE

LES DIALOGUES – ARTICULATION

TEMPS DE NARRATION

LE PHRASE

LONGUEUR

CASTING

DÉCOR

SCÈNES CLÉS

ACTES

LE « FINAL »

MONTAGE

ANNEXE 1 – L’ORTHOGRAPHE

ANNEXE 2 – RÉFÉRENCES LITTÉRAIRES

ANNEXE 3 – DIVERS

CONCLUSION




Pourquoi ce texte ?


Et qui suis-je après tout pour m’ériger en donneur de leçons ? Rassurez-vous, je ne donne aucune leçon ! Tout cela reste très subjectif.

Simplement j’ai dû lire la quasi-totalité des 4000 récits publiés à ce jour (juin 2002) sur le site de Revebebe et combien de fois me suis-je fait des réflexions que je ne pouvais indiquer en critique fautes de place genre :



Car grosso modo, ce sont presque toujours les mêmes erreurs qui reviennent.

On va essayer de trier tout ça !


Nous vivons une époque où le multimédia prend le pas sur la lecture ! On peut le déplorer, mais c’est comme ça ! À ce point que la transposition de nos lectures est souvent une sorte de film que nous nous projetons dans notre propre tête.


Après tout, pourquoi ne pas envisager la construction d’un récit comme celle d’un film (plus un film « classique » qu’un film X d’ailleurs) avec :



  • — Son scénario
  • — Sa réalisation
  • — Son style
  • — Ses dialogues
  • — Sa taille
  • — Son casting
  • — Ses décors
  • — Ses scènes clés
  • — Son final
  • — Son montage


Et tout cela se résume en trois questions simples


a) Qu’est-ce que je vais raconter ? (le scénario)

b) Comment je vais le raconter ? (tout le reste)

c) Comment je vais le présenter ? (le montage)




Scénario


L’élaboration d’une histoire commence par son scénario. J’ai tendance à dire que ce passage est obligatoire. On écrit l’idée, puis on la découpe, c’est le plan. On peut ensuite détailler ce plan, y placer les idées et développer les situations ! Ce n’est pas pour cela qu’on doit être prisonnier de son scénario. Beaucoup d’auteurs font varier leur scénario au fur et à mesure de l’écriture. Le scénario n’est jamais qu’un point de départ !


Évitez les scénarios minimalistes genre RDB (je rencontre, je drague, je baise)


Le trop-plein : Évitez de vouloir mettre absolument tous vos fantasmes dans une seule histoire, sauf à faire une nouvelle très longue.




Réalisation


Une nouvelle n’est pas un roman. Le roman est un compagnon, la nouvelle, non ! Dans un roman, on s’installe confortablement dans une longue histoire qui va nous accompagner pendant des heures. Y inclure des descriptions très détaillées procède de l’identification ou du moins de la connaissance que le lecteur va faire avec les protagonistes et avec leur cadre de vie. L’auteur peut même broder à côté du sujet ; le lecteur n’y verra pas d’inconvénient. Si quelque chose même lui a échappé dans la description d’un personnage, il va revenir en arrière, évitant de se pénaliser pour la suite. Enfin, si vraiment le livre prend la tête du lecteur, celui-ci avant de l’abandonner en aura malgré tout lu une bonne vingtaine de pages.


La nouvelle fonctionne tout à fait autrement, ce sont les deux ou trois premiers paragraphes qui seront déterminants, ce sont eux qui accrocheront ou qui n’accrocheront pas le lecteur… Quant aux descriptions, s’il en faut (voir la suite) il est inutile de les surcharger. Même dans le cas où l’histoire serait tellement bonne qu’elle resterait en mémoire après la lecture, la couleur de la robe de l’héroïne ne persistera sans doute pas !



Les différentes façons d’aborder un récit

(Attention, ça va être un tout petit peu technique, mais c’est intéressant)


Il existe trois grandes familles de récits, elles se distinguent entre elles par le point de vue porté par le narrateur :


La focalisation interne : le récit est à la première personne, on sait donc tout du héros y compris ses pensées les plus secrètes, on ne sait des autres que leurs actes et leurs paroles. Ce genre de récit ne permet pas en principe de faire des constructions parallèles, le « je » est toujours là !


Exemple :

J’aperçois Ginette au loin ! Qu’est-ce qu’elle est mignonne et quelle superbe paire de seins ! Mais quelle idée de se coiffer à la punk ! Je ne peux pas m’empêcher de la regarder, et puis d’abord, elle m’excite, elle m’excite…


La focalisation externe : le narrateur ne sait rien sur personne, il se contente de décrire ce qu’il voit et ce qu’il entend, il est complètement passif, ce point de vue est très proche du reportage.


Exemple :

Une femme coiffée à la punk et dotée d’une poitrine avantageuse s’apprêtait à croiser Niko, lequel la regarda avec insistance


La focalisation zéro : (ce zéro-là n’a rien de péjoratif). Le narrateur est omniscient, il sait tout sur tout le monde y compris leurs pensées les plus secrètes. Permet constructions parallèles, flash-back, etc.


Exemple :

Niko aperçu Ginette au loin, il lui trouvait beaucoup de charme, malgré sa coiffure à la punk, il ne pouvait s’empêcher de la mater, d’autant qu’amateur de fortes poitrines, il était servi, elle l’excitait, elle l’excitait terriblement. Il était loin de se douter que Ginette n’aurait sans doute pas dit « Non », pourvu que lui fasse au moins le premier pas !


En matière de littérature érotique, on emploiera soit la focalisation interne qui permettra l’identification absolue à un personnage, ou la focalisation zéro. La focalisation externe est à éviter, le résultat risquant d’être déshumanisé au possible.




Quelques styles



Le « tutu »

On a appelé tutu un texte rédigé à la deuxième personne. La plupart du temps, il s’agit d’un personnage auquel est censé s’adresser le narrateur. Contrairement au « je », le « tu » n’appartient à aucune focalisation précise, on rencontre des tutus internes (je ne connais pas tes pensées), des tutus zéro (je connais toutes tes pensées). Ce qui donne parfois des résultats assez surréalistes, genre :



La condamnation a priori de ce style n’est pas de mise, mais force est de constater qu’il est réducteur et que bien souvent il se résume dans le meilleur des cas à un effet de style. Certains auteurs intègrent des passages en tutu dans des récits de type classique. Après tout pourquoi pas ?



Le style épistolaire (focalisation interne)


Peut-être amusant, mais n’est pas Madame de Sévigné qui veut ! Comme le tutu, l’épistolaire (la lettre) est limitatif quant à ses possibilités narratives !



Le style précieux


N’abusez pas des mots savants, on ne lit pas une nouvelle avec un dictionnaire. Les mots doivent être ceux de tous les jours. Rappelez-vous qu’écrire, c’est communiquer.



L’importance des dialogues


Un texte sans dialogue est tout simplement pénible à lire. Un texte entièrement dialogué finit par lasser et sera catalogué comme bavard. Il faut en fait un juste milieu.



Réalisme ou délire ?


Ce débat n’est pas de mise, chacun fait ce qu’il veut, mais ce qu’il faut éviter c’est de sortir du cadre que l’on a choisi, il n’y a rien de plus pénible qu’en pleine lecture d’un texte à tendance réaliste de découvrir des trucs gros comme une maison qui nous font dire « mais non, ce n’est pas possible ! »




Les ingrédients



C’est le petit truc complètement gratuit, la plupart du temps, mais qui peut changer du tout au tout la lecture d’un récit, et surtout le souvenir qu’on va en avoir.



La post-fin tragique


Hélas, le destin s’acharna sur eux, un an après leur rencontre, il se tua d’un accident de voiture, elle devait le suivre dans la tombe trois mois plus tard, touché par un mal incurable.

À bannir ! C’est facile, démago, et ça ne sert strictement à rien !



Les digressions


Sa chambre était décorée de deux immenses posters de Jessy Burton dont l’un tiré du film de Kent Morgan « Walk with a bubble-gum ». Elle brancha la chaîne hi-fi et je reconnus de suite les premières mesures de " »My boy is my boy », son dernier tube.


Tout le monde s’en fout, vous pouvez par contre écrire :

Sa chambre était décorée de deux immenses posters d’une vedette à la mode. Elle brancha la chaîne hi-fi et je reconnus de suite les premières mesures d’un tube du moment.


Se poser simplement la question avant de se lancer sur son clavier : « est-ce que ça va intéresser le lecteur ? »

Évitez cette tentation de vouloir « placer » toutes vos idées ou opinions, d’une part, vous avez le temps, vous n’écrirez pas qu’une seule nouvelle, mais surtout, vous allez irriter le lecteur. (Et puis, vous n’êtes pas le centre du monde, le lecteur se moque éperdument du titre de votre chanson préférée).



L’humour


On ne le répétera jamais assez, un récit sans humour est comme un plat sans épices, utilisez cependant l’humour avec parcimonie, le rire doit être là pour décontracter, il ne doit pas prendre le pas sur l’histoire




Rîmes et Poésies



Ne confondons pas ! La poésie est une forme d’écriture obéissant ou pas à des règles complexes, mais dont le but ultime est de charmer de mots ses lecteurs. Un texte en rimes n’est rien d’autre… qu’un texte qui rime. Ce n’est pas la même chose et si la plupart des poésies sont en rimes, ce n’est pas une donnée obligatoire.


La poésie érotique existe, précisons simplement que :



  • — faire rimer des mots ne suffit pas.
  • — s’acharner à obéir à de pseudo règles de versification, non plus !


Rappelons-nous aussi qu’un texte n’est jugé que sur son résultat et non pas sur la quantité de travail qu’il a fallu pour la produire… Vous irez sinon vers de grandes désillusions…

La poésie n’a pas à s’embarrasser d’une intrigue, elle décrit d’abord un climat, une ambiance…


Qu’en est-il alors des textes en rimes non poétiques ?

Une fois que l’on est conscient qu’il ne s’agit nullement de poésie, il est parfaitement autorisé de s’amuser. Ainsi une petite intrigue qui n’aurait pas donné grand-chose en prose parce que banale à raconter, deviendra amusante à lire si on la versifie. Mais c’est tout !




Les Dialogues – style



On ne parle pas comme on écrit ! Il faut se souvenir à chaque instant de cette règle d’or qui semble pourtant être évidente.

Seulement on ne parle pas à Paris, comme à Montréal, et on pourrait même dire, on ne parle pas à Paris comme à Marseille ! Qu’importe…

La pire chose c’est d’inventer une espèce de standard qui n’est parlé par personne !



  • — N’a-t-il pas dit qu’il reviendrait ! Encore eut-il fallu que nous le sussions ?


Personne ne parle comme cela !



  • — Il a dit qu’il allait revenir ? On n’était même pas au courant !


Semble bien plus naturel !


D’une façon générale, dans un dialogue :



Cela dit, il faut quand même faire attention : (classe sociale… milieux… province…)

La bonne règle en matière de dialogue, c’est de le répéter avant dans sa tête : « comment, moi j’aurais dit ça ? » Ou alors, « comment machin, lui, aurait dit ça ? »




Les Dialogues – articulation


Le fil du dialogue : qui parle ?

Le dialogue a ses techniques, ils obéissent à deux impératifs :



Le « savoir qui parle » passe par le « marquage » du dialogue. Nous allons passer en revue les différentes formes.



Aucun marquage



On ne sait pas qui parle !



Marquage court


— J’ai envie, là, tout de suite, maintenant ! dit Ginette.



On sait qui parle, mais la lecture devient un peu pénible !



Marquage utile


— J’ai envie, là, tout de suite, maintenant ! s’exclama Ginette.



Juste ce qu’il faut pour ne pas perdre le fil.



Marquage théâtral


— Ginette : J’ai envie, là, tout de suite, maintenant !



Chaque dialogue est précédé du nom de l’intervenant. À proscrire sauf si votre ambition est effectivement de faire une pièce de théâtre… sinon, non seulement c’est pénible à lire, mais on est en pleine focalisation externe (comment décrire des sentiments avec ce style de narration)



Marquage commenté


— J’ai envie, là, tout de suite, maintenant ! s’exclama Ginette, les yeux brillants de désir..


  • — Je vais te dire une chose, moi aussi ! répondit Niko avec un large sourire.
  • — On fait ça où ? demanda Ginette d’une voix légèrement tremblotante.
  • — Là-bas, je connais un endroit tranquille ! proposa Niko, indiquant du doigt un chemin peu fréquenté.

Ça devient pas mal, mais on n’est pas obligé de commenter à chaque réplique !



Marquage intégré



Assez astucieux, mais ne pas en abusez, tout le monde ne parle pas comme ça !


Le bon équilibre est sans doute dans un marquage commenté non systématique


— J’ai envie, là, tout de suite, maintenant ! s’exclama Ginette, les yeux brillants de désir..



Le dialogue doit être réaliste, mais réaliste ne veut pas dire exhaustif.

N’abusez pas des longues enfilades, laissez le dialogue se reposer.




Temps de narration



Soyez simple, le passé simple est d’un emploi et d’un usage difficile, aussi bien pour l’auteur qui a vite fait de s’emmêler les pinceaux dans les règles de concordances, que pour le lecteur pour qui les confusions courantes avec l’imparfait vont alourdir le texte.

Utiliser à chaque fois que vous le pouvez le présent de narration, c’est plus facile et le résultat est bien plus vivant. Alors, pourquoi s’en priver ?


Si vous tenez vraiment au passé simple, évitez les formes insolites : la terminaison en « a » au premier groupe est une ineptie : On ne dit pas « je banda », mais « je bandai » (et sans « s », sinon c’est de l’imparfait !)


Ne tombez pas dans l’excès inverse, le présent de narration n’est pas non plus un temps « universel ».




Le phrasé



Les phrases doivent être bien construites. Pour cela trois règles :


Pas de phrases trop courtes.


Pas de phrases trop longues, et évitez les enchâssements (le relatif du relatif du relatif) :

Ginette adorait la lingerie qu’elle achetait dans un magasin que tenait sa belle-sœur dans le centre-ville à côté du supermarché où j’allais faire mes courses tous les samedis.

L’ordre des mots a aussi son importance :

Elle enfila un préservatif sur l’énorme bite qu’elle venait de sortir de son sac

Elle a sorti QUOI de son sac ?

Sur l’énorme bite, elle enfila un préservatif qu’elle venait de sortir de son sac.

Ah, bon ! Un préservatif !


Ponctuez à bon escient. Et ponctuez simple, la virgule pour la compréhension, le point pour changer de phrase. Et par pitié, mettez un espace après chaque point ou virgule, mais pas avant ! Le point-virgule peut être ignoré, d’abord, il n’est pas beau !


Niko suçait Ginette à quatre pattes

On ne sait pas très bien qui est à quatre pattes !

Niko suçait Ginette, à quatre pattes

Cette fois c’est sûr, c’est Niko !


Mais souvenez-vous qu’en matière d’écriture le savoir phraser n’est pas une fin en soi. Un récit n’est pas qu’une suite de phrases bien faites !




Longueur



Existe-t-il une longueur standard ? Bien sûr que non ! Par contre, il nous faut aborder le problème des récits trop courts, des récits trop longs et de ceux à épisodes.


a) Trop courts : 10 000 caractères semblent un minimum, en dessous on risque la précipitation, ou bien tout va trop vite, ou bien on va bâcler l’argument ou les passages « chauds ».

Mais ce n’est pas pour cela qu’il faut jeter l’opprobre automatique sur les textes qui n’ont pas cette dimension !


b) Trop longs : ça veut dire quoi, trop long ? La bonne question serait de savoir si le web est adapté à des textes dont la lecture avoisine l’heure (il faut environ 45 minutes pour lire 100 000 caractères). En fait tout réside dans la capacité de l’auteur à accrocher le lecteur dès les premiers paragraphes. Dans le cas contraire, il abandonne.


c) Les épisodes : il s’agit d’une forme spéciale qui peut être attractive, il est toujours agréable de retrouver des personnages qui nous ont intéressés dans les récits précédents. Mais attention, ne confondons pas récits à épisodes et récits saucissonnés. Pour que la saga fonctionne, chaque épisode doit posséder sa cohérence propre. Autrement dit, il ne faut pas que le lecteur soit obligé de relire les épisodes précédents pour comprendre (et moins les épisodes seront rapprochés, plus le problème se posera). Un résumé des épisodes précédents s’impose pour raviver la mémoire de vos lecteurs.




Casting



Il s’agit du choix des personnages :


Le nombre : c’est à votre choix ! Mais retenez que plus il y aura de protagonistes plus le lecteur aura du mal à suivre !

À partir de cinq, le risque de confusion est inévitable ! Évitez de présenter tous vos personnages à la fois. Commencez par une scène à deux, développez-la, introduisez (!) les autres après et successivement !


Dans le cas de personnages nombreux, la description sert non seulement à représenter, mais à distinguer.

La possibilité pour le lecteur de distinguer très vite les personnages entre eux est importante : S’il y a deux femmes, les choisir toutes deux brunes aux cheveux courts et à la poitrine moyenne fera peut-être plus réel, mais la fluidité de la lecture n’en sera pas facilitée. Ne succombez pas aux modes absurdes, et n’ayez pas peur de blondes !


La description d’un personnage, n’est pas forcément acquise pour le lecteur à la première lecture, n’hésitez pas à en rappeler les points forts au cours du récit. Si Ginette est blonde, rappelez de temps à autre sa blondeur… Préférez la description intégrée, et plutôt que :

La blonde Ginette laissait balayer ses longs cheveux sur le torse de Niko afin de le chatouiller

Écrivez plutôt :

Ginette laissait balayer ses longs cheveux blonds sur le torse de Niko afin de le chatouiller


La description d’un personnage comprend plusieurs facettes :


Sa tranche d’âge (évitez de dire qu’il vient juste d’avoir 18 ans…)


Son milieu professionnel (ce n’est pas forcément obligatoire), mais il est inutile de préciser qu’il est titulaire d’un BTS (une nouvelle n’est pas un CV).


Ses mensurations ; ça ne sert à rien, plutôt que nous infliger des 95D à tour de bras, dites simplement que la demoiselle à une forte poitrine, et ainsi de suite, et pareil pour le sexe des hommes. (La plupart des hommes ignorent la dimension de leur sexe et s’en portent très bien). Au passage, amis québécois, savez-vous que très peu de personnes comprennent vos unités de mesure ? En fait, comme tout élément descriptif, la mensuration va servir à distinguer du lot…


Son passé : simplement si son évocation est de nature à expliquer ce qui va se dérouler dans le récit.


L’habillement : complètement inutile, sauf pour la partie sous-vestimentaire que nous aborderons après — ceci dit l’habillement reflète aussi la personnalité (décontracté, coincé), mais quelques mots suffisent. Il est en tout cas inutile de nous décrire la marque de chaque pièce de vêtement !


Le visage : partie souvent bâclée, et limitée à la couleur des cheveux, des yeux et parfois de la peau ! Souvenez-vous qu’un visage à un pouvoir érotique non négligeable, c’est souvent ce que l’autre regarde en premier.


L’aspect psychologique : souvent négligé, c’est un facteur très important. Dans une situation donnée, quelqu’un d’ouvert ne réagira pas comme quelqu’un de psychorigide ! Ne formatez pas tous vos personnages dans le même moule psychologique. Ceci est évidemment vrai aussi pour les habitudes sexuelles.




Décor



Il est important de savoir où tout cela se passe, il n’y a rien de pire que d’imaginer des personnages sans savoir où ils évoluent !


Il y a des pièges à éviter :


La surdescription : il faut rester sobre, tout décrire ne sert à rien.


Le jargon : si l’action se passe par exemple sur un bateau, éviter l’abus de termes maritimes, il en est de même pour tout lieu ayant son langage particulier. Si vous estimez indispensable d’employer tout de même un terme technique consacrez-lui carrément quelques lignes, vous participerez à la culture du lecteur, sinon définissez le tout de suite en vous efforçant d’éviter les parenthèses… et surtout bannissez les glossaires de fin de récit.

Plutôt que :

Nos hôtes nous avaient préparé un tadjik (sorte de plat local à base de poivrons et aux vertus aphrodisiaques)

Préférez

Nos hôtes nous avaient préparé un tadjik, une sorte de plat local à base de poivrons et aux vertus aphrodisiaques qui s’est révélé délicieux !


Évitez les jugements de valeurs, ils ne servent à rien. Dire qu’un mobilier est tape-à-l’œil peut renseigner sur la nature d’un personnage. Dire de façon péjorative que le mobilier est bon marché vous fera passer à juste titre pour un bourgeois méprisant.




Scènes clés



Comme au cinéma, un récit doit avoir des scènes clés, des scènes où l’action est ascendante. Dans la première partie d’un récit érotique, il s’agit le plus souvent du moment de la rencontre où l’acte devient presque inéluctable. Il ne s’agit pas cependant d’une recette universelle, certains récits fonctionnent autrement, par exemple les récits d’exhibitionnismes ou de voyeurisme.




Actes



C’est peut-être une évidence, mais la spécificité des scènes érotiques repose sur deux éléments propres à ce genre de récits :



  • — Les descriptions supplémentaires.
  • — Les actes eux-mêmes.


Le premier aspect est généralement plus on moins négligé, pourtant il peut, si on s’y attarde convenablement, se charger d’un potentiel érotique assez considérable.

La personne avant de passer aux actes, ou de façon plus ou moins simultanée à ceux-ci, va se découvrir.

Or découvrir implique de décrire : la personne se dévoile complètement par rapport à ce que l’on connaissait déjà d’elle.

Toute la description est donc à compléter. On redécouvre le personnage. Le complément de description ne se limite d’ailleurs pas à l’aspect physique des choses (les sous-vêtements, la description des parties cachées du corps).

C’est important, c’est érotique, c’est hot, mais il n’y a pas que cela : le personnage n’est pas seul, le fait de voir l’autre (les autres) peut modifier son comportement, ses paroles, sa capacité d’initiative, toutes choses intéressantes à décrire.


Les actes eux-mêmes :


Dans un récit érotique, les scènes clés sont les descriptions érotiques (même s’il peut y en avoir d’autres), c’est cela que le lecteur attend.

Or souvenons-nous d’une chose : il est infiniment plus érotique de mettre en action un personnage qu’on a pris du temps à décrire et à faire évoluer softement qu’un inconnu qui se pointe à une partouze en se trompant d’étage…


En vrac :


La coprolalie : (à ne pas confondre avec la coprophilie), la coprolalie c’est tout simplement le fait de s’échanger quelques noms d’oiseaux pendant l’acte ! Là aussi, la bonne position est le juste milieu ! Ça se fait, et il n’y a pas à s’en offusquer ! Par contre en lire à tout bout de champ et avec les répétitions qu’implique ce genre de propos n’a aucun intérêt…


L’abus d’onomatopées : même observation !


Les points de suspension : certains en mettent partout, ils doivent croire que c’est décoratif ! Ceux-ci ne doivent être utilisés que dans deux cas :


  • — Dans une réplique de dialogue interrompue.
  • — Lorsque la suite d’un texte devient vraiment trop implicite

Il n’y a donc aucune raison de généraliser à outrance l’usage de cette ponctuation.


Les smileys : ce genre de chose n’a absolument rien à faire dans un texte littéraire.


Acronyme et SMS : encore pire que les smileys (éviter a tout pris les LOL et autre MDR que tout le monde n’est pas obligé de comprendre, quant au langage sms (« Jfé 1 reG » pour Je fais un rejet) celui qui me prouvera que la communication y gagne…


La surdescription : on n’est jamais obligé de tout écrire. La description érotique relève de l’ellipse. (Aller raconter que quelqu’un s’est vidé les intestins avant de se faire sodomiser rime à quoi ?)


L’influence du cinéma X : méfiez-vous de ce monde, je n’ai rien contre ces films, mais ils décrivent souvent des milieux qui n’existent nulle part, et les ébats érotiques qui y sont filmés le sont plus en fonction de l’attente des spectateurs qu’en fonction de ce qui se passe en réalité : dans le privé, il est extrêmement rare qu’on garde ses talons aiguilles pour faire l’amour, on aurait plutôt tendance (du moins pour l’homme) à conserver ses chaussettes (mais l’écrire n’est pas forcément utile..).


Évitez la progression classique : masturbation, fellation, pénétration… et sodo… Dans la réalité les choses ne sont jamais aussi simples.


Évitez les clichés et concentrez-vous autant sur l’environnement de l’acte que sur son déroulement (les va-et-vient, les pilonnages et autres pistonnages finissent par lasser). L’acte, c’est aussi autre chose, c’est la douceur d’une peau, la fraîcheur et l’odeur d’un corps, l’envie sauvage de jouir avec quelqu’un… Ne négligez pas ces aspects.


Si une pratique a lieu, il faut la décrire : évitez comme certain de plaquer des trucs comme : nous avons terminé par une sodomie avant de nous endormir. Dit comme ça, cela n’a aucune utilité, ou alors on n’en parle pas, où alors on la décrit, mais sans bâcler.




Le « final »



On a beaucoup évolué (surtout grâce au cinéma) sur les fins ! Elle n’a nul besoin d’être grandiose.

Ce jour-là, Ginette avait rencontré l’amour.


Ni « divinatoire » :

Ginette vécue dix ans avec Bertrand, un stupide accident de voiture eut raison de ce dernier. Ginette continua à lui être fidèle au-delà de sa mort et blabla…)


Une fin cool, ouverte et sans grandiloquence peut être préférée :

Ginette se réveilla au petit matin, Bertrand lui sourit, approcha son visage, une nouvelle journée commençait…


On peut aussi chercher le gag :

Ginette se réveilla en plein milieu de la nuit. Horreur, son amant était encore là ! Et son mari qui pouvait rentrer à n’importe quelle heure !


  • — Réveille-toi Niko ! Il ne faut pas rester là !
  • — Qui c’est, Niko ? lui répondit son mari, émergeant de son sommeil.



Montage



Il y a deux sortes de montage, le montage narratif et le montage de présentation.


Tout relire : se poser à chaque plan d’action la question :


  • — Est-ce assez développé ?

Ou


  • — N’est-ce pas trop développé ?

Ne pas hésiter à couper ce qui ne sert à rien !

Ne confondez pas texte long et longueurs inutiles


Pratiquez l’ellipse :

Il sortit de l’appartement de Niko, referma soigneusement la porte, s’enquit de la présence de l’ascenseur, puis ne le voyant pas venir, descendit quatre à quatre par les escaliers les six étages du bâtiment, une fois le portail franchi et après avoir humé la fraîcheur de l’air nocturne, il héla un taxi

Tout ce blabla n’apporte sûrement pas grand-chose au récit !

On peut peut-être se contenter de :

Il quitta les lieux, et héla un taxi !


Votre scénario de départ a peut-être évolué, du coup certaines scènes sont peut-être devenues superflues…

Il est parfois pénible d’avoir à se séparer d’un paragraphe qui a peut-être demandé une demi-heure de travail. Peu importe votre travail, y gagnera en limpidité. Et puis contrairement aux peintres qui eux, dans ce cas détruisent leur travail, vous pourrez toujours le mettre de côté pour le coller un jour dans une autre histoire.


L’aspect visuel du montage :

Présentez votre texte de façon agréable, mettez les dialogues en retrait et en évidence, si le texte est long faites des sous-titres, mettez messages, courriers, citations en italiques.

Ne faites pas de paragraphes trop longs, vous allez fatiguer le lecteur




Annexe 1 – L’orthographe



On entend parfois des réflexions du genre « on ne voit pas pourquoi on devrait supporter la dictature de l’orthographe ».

Certes, l’orthographe française (pas que française, d’ailleurs, mais celle-ci tient quand même un sacré pompon) est une suite de règles dont certaines sont une insulte pure et simple à la logique, et je ne vois pas pourquoi un éléphant devrait s’écrire avec « ph », mais en poursuivant la réflexion on peut aussi se demander pourquoi un éléphant s’appelle un éléphant, après tout on pourrait aussi bien l’appeler autrement.


En fait, il s’agit de codes communs pour que la communication entre les hommes fonctionne.

Donc si vous remplacez le mot éléphant dans le langage parlé par autre chose, vos interlocuteurs vont s’échapper de la fluidité de votre discours pour se demander de quoi il est question (ou pour parler plus simplement, ils ne vont plus suivre.)

Dans le langage parlé, c’est grosso modo la même chose, la lecture d’un texte doit être la plus fluide possible sans être pollué par des intervenants ou des interrogations extérieurs.


L’association entre le signifié (l’objet) et le signifiant (sa représentation codée, orale ou écrite) doit être automatique et transparente.


En cas de faute orthographique ou grammaticale, ceux qui vont la remarquer vont alors sortir de la fluidité du texte. Leur intérêt pour ce qui est écrit va en être perturbé, tout simplement parce que si le cerveau humain permet de faire et de penser plusieurs choses à la fois, moins on en fait (à la fois) mieux ça fonctionne.

Certes, un texte mal orthographié peut être lu sans problème par certaines personnes, soit :


  • — parce qu’ils ne les perçoivent pas,
  • — parce qu’ils s’en foutent !
  • — parce qu’ils savent faire avec (c’est le cas de gens habitués à lire des manuscrits de toutes sortes)

N’empêche que ces trois groupes sont des minorités. Un texte doit s’efforcer d’être lu sans perturbation par le plus grand nombre.


Il faut donc s’efforcer d’orthographier correctement ce qu’on écrit (les correcteurs intégrés, même s’ils ne sont pas la panacée, permettent déjà de limiter les dégâts)


Ces considérations n’empêchent nullement de militer en faveur d’une orthographe plus simple, débarrassée de ses contradictions, exceptions en tout genre et archaïsmes dépassés. Mais cette réforme, il faudra la faire tous en même temps.

Et en aucun cas la faute d’orthographe ne doit être brandie comme une prise de position en faveur de sa nécessaire réforme.




Annexe 2 – Références littéraires



Il y a longtemps que le récit érotique s’est émancipé de ses fausses racines, et le pourtant best-seller « Emmanuelle » n’est plus qu’un souvenir, celui du temps où il n’y avait pratiquement que cela… Il reste malgré tout une exception, en matière de récit SM, où deux référents viennent nous casser les pieds sans arrêts, « Histoire d’O » et Sade ! En ce qui concerne Sade, il faudra qu’un jour quelqu’un ose dire tout le mal qu’on peut penser de ce type qui d’une part n’a rien à voir avec le SM et qui d’autre part dans son roman le plus hard, « Juliette », fait l’apologie du crime ! Je sais le problème est plus complexe que ça, mais l’équation « si ça choque le bourgeois, ça ne doit pas être si mal que ça », doit être nécessairement dépassé. Quant à « Histoire d’O », si ce récit de gens chics qui trimbalent leur morgue et leur totale absence d’humour fait encore référence, c’est pour moi bien dommage !




Annexe 3 – Divers



Les seules frontières du Web sont les frontières de la langue. Vous n’écrivez pas pour les lecteurs de votre pays, mais pour ceux de la francophonie ! Évitez tout particulièrement :


  • — L’abus d’expressions et de significations locales : non seulement certains termes risquent de ne pas être compris (c’est quoi un chum ?), mais peuvent prêter à confusion (savez-vous par exemple que catin en québécois signifie « poupée » au sens ludique du terme) : Déjà toute petite, elle jouait à la catin !
  • — Évitez des termes trop marqués territorialement : noms d’écoles, de diplômes, d’administrations… Comme le voulait, la tradition, les lauréats du DEPAL se réunirent chez Javier autour d’un Fostafatos préparé spécialement suivant le rite Mazukou.
  • — Les mesures non métriques.
  • — Les prix (où alors écrivez-les en relatif, tout le monde comprendra) :Cette petite folie m’a quand même coûté une journée de salaire !



Conclusion



Cela semble évident en peinture ou en musique, mais pour arriver à produire quelque chose de correct il faut bien sûr une certaine appétence, mais il faut surtout (et c’est indispensable) du travail !


Le premier récit est souvent raté ! Faites-le quand même, gardez-le pour vous, il n’est pas nécessaire de tout publier. Puis dans la foulée, faites en un autre. Dès le deuxième, vous serez surpris des progrès accomplis…


Comme en peinture, comme en musique, ne vous contentez pas du premier jet, relisez, relisez, chaque jour vous trouverez à l’améliorer. Ne faites jamais l’erreur de publier dans la foulée ! C’est la meilleure façon de faire démarrer l’esprit de l’escalier « Ah ! Si j’avais su… ! »


Et puis décomplexez-vous, Jeanette et Tiroir sont parmi les meilleurs auteurs du site, mais on pourrait multiplier les exemples, et bien relisez donc leur premier récit…


Remerciements : Un grand merci à ceux qui ont avant moi défriché ce terrain, je pense, notamment à Jérôme et à Jean-Sébastien Tiroir



© Nicolas Solovionni 7/2002




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Erotisme torride

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