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n° 09107Jeff18/05/05
L'alchimiste...
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11488 caractères      
Auteur : Jeff


« Retrouver dans l’eau l’empreinte des mains lavées. » Giuseppe Penone.


Martin, d’un œil distrait contemple son écran de télévision, le zappeur dans la main droite, la gauche soutenant sa tête. À près de minuit, pas grand-chose pour le distraire de son insomnie. Il a beau zapper, sauter d’une chaîne à l’autre, revenir en arrière, changer de fournisseur, rien. Il n’y a aucun programme qui retienne son attention. Il en est même à se demander pourquoi il dépense une telle fortune en abonnements pour en arriver là.

Soudain, entre deux zappings, son œil est attiré par une publicité, son esprit s’éveille…


Sur l’écran, une jolie femme blonde est assise dans un fauteuil blanc, elle lit une revue. À ses côtés, un chat, pelotonné, semble sommeiller. Quiétude d’une après-midi de détente. La scène se situe dans un immeuble moderne, dans une grande ville. Une large verrière permet d’en contempler le paysage urbain. La maîtresse du chat tourne les pages d’une revue, avec distraction, presque ennui. Soudain, sa main, puis son avant-bras, puis son bras, son épaule et enfin toute sa personne s’évanouissent dans les airs, formant une poussières de micro-cubes, qui rapetissent jusqu’à devenir poussière de pixels, parcelles de cette jeune femme blonde. Sous l’œil inquiet et ahuri du chat qui cherche à jouer avec, à les capter, le nuage de particules colorées s’échappe de la pièce, transporté dans les airs, tel des effluves évanescents, il se dissipe au-dessus de la ville.

La scène suivante montre un jeune homme, assis dans un hall d’aéroport, un portable à la main, contemplant son écran. Un sourire illumine son doux visage d’encore adolescent. Un nuage de particules colorées vient se concentrer autour de son portable et reconstitue… une jeune femme blonde assise dans un fauteuil blanc, qui lit une revue, avec distraction…


Puis vient, en signature, le nom d’un opérateur de téléphonie mobile que Martin ne retient même pas, tant il reste songeur face à l’image de la myriade de pixels, volant à travers les airs, décomposant une personne et la transportant vers un autre lieu. Et, sans qu’il y prenne garde, ses yeux se ferment et enfin, il s’endort, le zappeur entre les doigts.

Et Martin rêve…


Il marche sur le bord d’une rivière. Ses pieds nus foulent une herbe verte, tendre, fraîche. Les fleurs des champs, des buissons, des arbres jettent mille reflets dans l’eau claire qui coule à ses côtés.

Martin s’immobilise, contemple l’eau, se penche et doucement, trempe sa main dans cette onde mouvante. À son esprit revient la phrase d’un sculpteur italien, Giuseppe Penone : « Retrouve dans l’eau l’empreinte de la main lavée… ».


Et ses doigts, plongent dans le courant tranquille de la rivière, jouent avec l’eau qui s’immisce entre eux. Il en éprouve la force qui s’applique sur chaque parcelle de sa peau. De temps en temps, il cherche à lutter contre le courant, à d’autres moments, il le laisse ouvrir ses doigts, las de lutter contre l’onde et sa force magique. Puis il ferme la main, doucement, comme pour attraper les millions de gouttes d’eau qui forment le flot et soudain il ouvre sa main comme pour les libérer.

Le jeu continue un long moment. Jusqu’à ce que ses doigts deviennent à la fois gourds de froid et agiles à imaginer chaque goutte d’eau qui roule dans le flot rapide de ce cours d’eau.


Alors, il referme sa main, avec précaution.

Entre ses doigts, viennent danser une multitude de petits points colorés. Ils se concentrent dans sa main, s’arrêtent dans sa paume, sur ses doigts. Et doucement, tout doucement, il retire sa main et l’ouvre. Sous ses yeux, apparaît, de plus en plus nettement, le doux visage d’une jeune femme blonde, les yeux fermés, les cheveux collés par l’eau, la bouche pulpeuse, légèrement entrouverte. La carnation de la peau, blanche, laiteuse, est juste soulignée par les joues rosies au contact de l’eau froide. Et le temps que le visage dessine sa forme, déjà il s’évanouit.

Hop, disparu, envolé, évaporé !


Martin, surpris par cette découverte, reste quelques instants la main ouverte, face à son regard incrédule. Il la tourne, la retourne. La contemple sous toutes ses faces.

Plus rien. Juste quelques gouttelettes d’eau accrochées à ses doigts, qui restent en suspension, avant de rejoindre leurs consoeurs qui roulent toujours dans le lit de la rivière, en-dessous.


Alors Martin replonge la main.

De nouveau, il joue avec l’eau qui file entre ses doigts. Et il plonge sa seconde main. Il les rapproche l’une de l’autre, capture des millions de gouttes d’eau, regarde un peu en amont et voit de nouveau ces milliers de points colorés, infinitésimaux, si petits, si ténus que son œil a du mal à les suivre dans le courant incessant. Il attend qu’ils passent à sa portée, et hop ! Il avance ses deux mains, pour en emprisonner quelques-uns entre ses paumes. Alors, avec mille et mille précautions, il ressort ses paumes jointes, chargées d’eau et de points colorés. Et l’eau se filtre naturellement entre ses doigts mal joints et laisse se redéposer sur ses paumes, sur ses doigts, entre ses doigts, des pixels, des milliers de pixels qui sont désordonnés, puis se rapprochent, se réunissent, s’assemblent, se juxtaposent et commencent à former une image. Une image floue, puis de plus en plus nette, l’image d’un sein.


Entre ses doigts, dans sa paume de main, il le voit. Il le touche. Il pourrait le tâter. Il pourrait le palper. Il en sent sa chaleur. Sa douceur. Il en éprouve le soyeux de la peau, le volume. Il le sent palpiter, doucement, tendrement. Il le contemple, ahuri, abasourdi par cette capture qu’il juge incongrue, irréelle et pourtant si charmante, si inattendue. Et sous le coup de l’émotion, ses doigts se délient, ses paumes s’écartent et le sein s’évanouit. Il s’efface, s’évapore, se transmute en des milliers de pixels de plus en plus petits, mélangés aux quelques gouttelettes d’eau qui restaient accrochées à ses mains et rejoignent leur destinée.


Alors, Martin fait un bond, il court dix, vingt, trente mètres plus loin, en aval de la rivière, en aval de sa capture. Il stoppe et plonge derechef ses mains, qu’il ramène en conques dans l’eau, fixe la surface des flots et guette les myriades de points colorés qui y flottent. Il tend les bras, enserre dans ses mains l’eau qui les porte, referme ses paumes, les presse fermement l’une contre l’autre pour en capturer encore plus et les conserver. Tous les conserver, tel est son défi. Et lentement, il tire à lui ses mains chargées du souvenir de l’eau.

Il les sort doucement de la rivière. Les examine avec intérêt et espoir. Et sous ses yeux ébahis, le miracle une nouvelle fois s’accomplit.


Les milliers de petits points microscopiques s’amalgament, s’assemblent et reforment l’image d’un sein.

Il le sent prendre forme entre ses doigts, enfler, prendre du volume, de la texture. Il distingue nettement l’aréole, plus brune, qui se détache sur la blancheur de la peau. Elle forme un cercle foncé, brun rosâtre. À sa surface, des dizaines de picots, toutes petites excroissances de chair, qui se hérissent au contact du froid de l’eau qui est venue les éclabousser. Au centre, s’érige de plus en plus distinctement en pointe dure le téton. Sous ses yeux émerveillés, il se dresse, étalant sa surface légèrement rugueuse, faite de petits plis sensibles qui, à la surface, plongent légèrement pour former une toute petite cuvette, dessinant une sorte de toute petite étoile, en creux. Devant cette merveille de la nature, il a envie de le porter à ses lèvres, d’aller le téter, le suçoter, de l’aspirer, de le lécher, de s’abreuver de son nectar caché, mais il ne peut bouger de peur que la fugitive vision ne disparaisse, ne s’évanouisse.

Et le sein palpite de plus en plus fort. Il réchauffe l’intérieur de sa main. Il l’empaume. Il voudrait le serrer mais n’ose pas. Il voudrait l’embrasser, mais ose encore moins bouger ses mains et son corps, tellement il veut conserver pour lui cette vision magique.

Heureux, il reste là, accroupi au bord de la rivière qui coule, les bras tendus, calés sur les genoux, les mains bien serrées enfermant leur précieux contenu.

Le sein dans ses mains ne bouge pas. Il ne fuit pas. Il ne se dissipe pas. Il ne s’évapore pas. Il est sage.


Et Martin ne sent pas l’engourdissement qui le gagne.

Il lui semble pourtant que le sein, dans ses mains devient lourd, pèse de tout son poids. Ses doigts se mettent à trembler et transmettent à la chair un tout léger tremblotement. Puis ses mains s’ouvrent et lentement le sein se désagrège pour rejoindre les flots. Alors, tristement, Martin replonge ses doigts dans l’eau, les remue pour leur redonner un peu de vie, eux qui viennent de tenir le plus joli sein qu’il ait connu jusqu’alors. Ses yeux fixent la surface de l’eau, mais plus rien n’y danse. Seuls, les remous l’animent.


Alors Martin se lève, s’étire et remonte le courant.

Plus haut, sur une grève minuscule, une jeune femme blonde, en bikini, sèche son corps au feu des rayons du soleil. Martin s’immobilise et contemple le spectacle de cette jeune femme à moitié nue étalée face au soleil. Il a l’impression de la connaître.

Mais oui ! Il la connaît !

Ses seins, en pommes, aux aréoles un peu larges, aux tétons pointus, il les reconnaîtrait entre mille.


Avec précaution, pour ne pas effrayer la naïade, il s’approche.

Elle le regarde, sans effarouchement venir à elle. Il s’assoie et commence à lui parler du velouté de sa peau, de la chaleur de son sein, de la dureté de ses tétons. Et la jeune femme le dévisage, l’écoute avec attention. Mais elle ne comprend pas. Elle ne comprend pas cet homme qu’elle ne connaît pas, surgit de nulle part et qui lui parle de son corps qu’il n’a jamais touché. D’ailleurs, il le précise lui-même. Non, il certifie qu’il ne l’a jamais touché.

Pourtant, il lui révèle des détails… Des détails qu’elle seule garde pour elle, secret des secrets de femme. Elle seule sait que la pointe de ses seins forme une petite étoile, quand ils sont excités par l’eau froide dont elle aime à s’asperger, comme tout à l’heure. Alors, effrayée, elle regarde autour d’elle. Pourtant elle est certaine que même avec de bonnes jumelles on ne peut pas l’avoir vue jouer avec l’eau, tout à l’heure. Mais alors, comment sait-il ?


Et Martin, fier de son secret lui révèle l’empreinte du sein retrouvée dans le flot de la rivière. Alors elle rougit. Elle rougit et s’approche de lui. Elle sourit et lui plaque un long baiser en remerciement de la révélation du secret des flots, où on retrouve l’empreinte du corps dans l’eau qui passe.

Elle sait qu’en face d’elle, l’homme qui est là est doué d’un don exceptionnel… Celui de trouver l’empreinte du corps dans l’eau de la rivière.

Martin est charmé par le contact doux, chaud et sensuel des lèvres gourmandes qui s’emparent de sa bouche. Il sursaute à ce baiser. Et il ouvre les yeux…


Face à lui, l’écran de télévision est devenu neigeux… Le zappeur a chu à ses pieds. Dans sa tête, lourde, ankylosée, l’image brouillée d’une jeune femme blonde, en bikini sur une plage au bord d’une rivière reste gravée, à tout jamais.

En soupirant longuement, Martin s’extrait de son fauteuil. Il se dirige vers la cuisine et fait couler un peu d’eau pour étancher sa soif… Il se penche vers le robinet pour y boire et fait un bond en arrière au dernier moment, préférant prendre un verre sur la paillasse de l’évier.

Par réflexe, pour éviter que l’empreinte de ses lèvres ne rejoignent… les égouts et ne tombent en de mauvaises mains…

C’est que l’eau, ça va si vite vers la rivière…




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Erotisme torride

Tendre Amour

Bon Scénario

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