Notation public
Une Histoire sur http://revebebe.free.fr/

n° 09181Amanite29/05/05
13, avenue Volvestre
critères:  f fh fplusag fagée profélève complexe douche telnet amour cérébral revede photofilm fmast intermast fellation cunnilingu nopéné jeu humour
101702 caractères
Auteur : Amanite

Prologue



Au premier regard, Elvira avait compris qu’elle n’essayerait pas de se soustraire à l’étreinte de Marcos si celui-ci décidait de lui sauter dessus – ce qu’il comptait d’ailleurs faire d’un instant à l’autre – mais une sorte de coquetterie instinctive lui ordonnait encore de continuer à l’aguicher de sa démarche la plus féline tout en conservant ses distances. Elle se retourna lentement et se cambra pour offrir nonchalamment sa croupe au regard d’ambre du jouvenceau, se tordant le cou pour ne pas le quitter des yeux. Marcos n’en pouvait plus. Assis au bord du petit muret qui bordait l’arrière-cour, les narines palpitantes, conscient lui aussi de la nécessité de faire languir cette femelle lubrique mais bouillant d’un désir indomptable pour elle, il bavait.


Alors, au moment précis où Elvira, feignant l’indifférence, rompit le contact oculaire une fraction de seconde, Marcos bondit du mur pour atterrir exactement derrière le cul offert de sa partenaire d’un soir. Elvira, surprise par la vivacité du vagabond, laissa échapper un long cri de détresse et de peur soudaine. Marcos lui mordit alors violemment la nuque pour l’empêcher de se débattre et il l’attrapa sans douceur par la taille, la griffant jusqu’au sang. Clouée au sol par la puissance insoupçonnée du mâle en rut, Elvira comprit que toute résistance était désormais inutile et accepta docilement le sexe bandé qui força d’un coup les chairs à vif de son vagin.


La bite de Marcos, en pénétrant le fourreau de la jeune greffière, en fit refluer une grande variété d’effluves séminaux. L’odorat surdéveloppé de ce monstre hirsute, véritable bête de sexe, l’informa immédiatement qu’il n’était pas le premier à se vider les gonades dans cette chatte ce soir, ni même le deuxième. La minette débordait de foutre tiède. Desserrant un instant les mâchoires, il hurla dans l’oreille de sa proie la pire insulte qu’il connaissait : CHIENNE !


Elvira, toujours bouleversée par ce genre de discours, se cambra un peu plus pour faciliter la pénétration et Marcos entreprit de la baiser à fond, désireux de féconder le plus rapidement possible cette petite bourgeoise d’appartement, au moins autant pour le plaisir de jouir que pour assurer sa descendance. Il n’en eut malheureusement pas le temps.


En effet, à peine Elvira avait-elle commencé à miauler son plaisir à la ronde qu’une trombe d’eau démesurée les submergea entièrement, entraînant même leurs deux petits corps sur plusieurs mètres. D’une fenêtre éclairée, une femelle humaine cria quelque chose dans cette langue étrange dont Elvira et Marcos ne comprenaient que quelques mots :



Elvira, terrorisée, griffa Marcos au visage et s’arracha de ses pattes pour se faufiler prestement entre deux planches disjointes de la palissade. En un éclair de poils et de griffes, Marcos bondit de côté et disparut derrière une poubelle sans demander son reste. Tout éberlué, à peine dessaoulé et titubant au milieu de la cour, Edgar Mathieu leva lentement la tête vers la fenêtre de la mégère arroseuse qui tenait encore sa bassine vide à la main et se mit presque à pleurer :



Le père Mathieu, trempé jusqu’aux os, réussit péniblement à rassembler ses esprits pour parcourir les derniers mètres qui le séparaient encore du hall d’entrée et maugréa quelques vagues insultes à l’attention des actrices et des femmes sodomites. Sous les branches basses de la dense haie de troènes de l’avenue Volvestre, deux yeux dorés aux pupilles fendues attendirent qu’il disparaisse dans la gueule de lumière crue de l’immeuble des humains.


Diane referma sa fenêtre, éteignit la lumière et retourna se coucher. Une journée éprouvante l’attendait demain, et elle aurait besoin de toutes ses facultés. Mais ça, en l’occurrence, elle ne le savait pas encore.




Chapitre I



Lundi matin, le téléphone sonna vers dix heures alors que Diane, encore en robe de chambre, se préparait à réviser son texte pour la répétition du soir :



Ah ! pensa Diane en soupirant, l’Histoire du Jour et de la Nuit. Sans doute son rôle préféré. Elle y incarnait une sorte de prophétesse éthérée, une prêtresse païenne rayonnante d’énergie spirituelle, gracieuse, légère et forte à la fois, aux antipodes des rôles de bourgeoise vieillissante que les metteurs en scène lui confiaient de plus en plus fréquemment.


Oui mais voilà, la pièce avait été un bide monumental. Guessania s’était fait massacrer par la critique et le public n’avait jamais répondu à l’appel. Diane était presque ravie d’apprendre qu’il y avait eu au moins un spectateur. Et surtout, qu’il l’avait remarquée, elle.


Le mystérieux inconnu poursuivit :



Diane hésita un instant mais elle ne savait jamais comment réagir à la flatterie.



Elle raccrocha précipitamment. Un voile d’anxiété venait d’ombrer son visage. Donner rendez-vous, chez elle, à un inconnu, alors qu’aucun homme n’avait passé le pas de sa porte depuis bientôt dix ans. Et si c’était un maniaque, un pervers ? Elle chassa rapidement cette pensée ridicule, mais tout de même, elle se demanda si elle n’avait pas fait une bêtise.


Elle rassembla les feuillets du scénario qui s’étalaient sur la table basse et s’installa sur le canapé pour en reprendre la lecture, mais le cœur n’y était pas. Elle n’arrivait pas à se concentrer. Elle reposa donc les papiers et décida d’aller d’abord prendre une bonne douche. Ensuite, elle appellerait sa mère, se dit-elle. Non pas que sa conversation lui manquât terriblement, mais c’était devenu une sorte de réflexe chaque fois qu’elle traversait une crise d’angoisse ce qui, ces derniers temps, arrivait en moyenne une fois par mois.


Elle pénétra dans la salle de bain et laissa tomber sa robe de chambre sur le carrelage bleuté. Avant qu’elle n’entre dans la cabine de la douche, le reflet de sa nudité dans le miroir mural attira son regard. Elle esquissa une grimace dégoûtée. À quarante-sept ans, elle était pourtant ce que beaucoup d’hommes auraient considéré sans problème comme une très belle femme.

Elle n’était pas très grande mais son port hautain, ses proportions et sa voix posée lui permettaient en toutes circonstances d’affirmer sa présence. Ses cheveux ondulaient jusqu’à ses épaules en boucles légères où s’irisaient mille teintes de blond, du châtain clair à l’argenté. Le nez était fin et typé, sans être ostentatoire, le menton volontaire. Les sourcils, plus sombres, surlignaient finement des yeux d’un bleu profond qui savaient transpercer leurs interlocuteurs. La patine de l’âge, par quelques coups de brosse aux coins des yeux et près des lèvres, avait accentué la noblesse de son visage sans en altérer aucunement le charme. Elle était ravissante.


Mais ce n’était pas ainsi que Diane se voyait. De l’image d’elle-même que lui renvoyait la glace, elle ne savait retenir que les disgracieux reliefs de cellulite en haut des cuisses, juste avant que ses jambes ne se rejoignent sous ce honteux buisson de toison blonde qu’il ne lui serait jamais venu à l’esprit d’entretenir. Elle considéra, masochistement, le bourrelet naissant de son bas-ventre, rétif à toute forme de régime. Rapidement enivrée par cette autoflagellation morale, elle poursuivit son inspection en se positionnant de profil et s’examina ainsi jusqu’à être convaincue que sa poitrine s’affaissait chaque jour un peu plus.


Elle en aurait pleuré. Elle devenait vieille et laide. Même l’absence de vergetures la blessait dans sa féminité, comme un flagrant rappel du fiasco de sa vie sentimentale autant que professionnelle. D’abord jeune louve solitaire, puis célibataire endurcie, enfin vieille fille, elle avait tout sacrifié pour sa carrière et pourtant elle n’avait jamais décollé des seconds rôles dans des pièces de boulevard, à l’exception d’une pub télé il y avait déjà trois ans et d’une brève apparition dans un feuilleton débile. Lamentable.


Elle s’installa sous la douche et rejeta la tête en arrière pour laisser l’eau brûlante lui gifler le visage. Elle se détendit ainsi quelques instants puis elle arrêta l’eau, reversa la moitié d’un flacon de gel parfumé sur sa poitrine et entreprit de s’enduire de mousse de la tête aux pieds. Ses mains s’égarèrent bientôt sur sa peau rendue glissante par le savon. Chaque partie de son corps fut nettoyée avec délicatesse. Le ventre, d’abord, lentement, puis les bras, puis les épaules. Elle se caressa presque sous les aisselles, laissant furtivement évoluer ses ongles vers la naissance de sa poitrine. Ses longues cuisses, elle les massa avec douceur en remontant peu à peu vers les fesses, qu’elle écarta machinalement pour se laver la raie et l’arrière de la vulve. Puis elle se pencha en avant, les seins pendants, et frictionna longuement ses pieds en séparant chaque orteil. Elle adorait cette sensation. Pour conclure sa toilette, elle fit mousser l’excès de savon dans les poils de son pubis et elle se frotta peut-être un peu trop longuement le creux de l’aine – mais pas assez pour en rougir – puis elle se rinça à grande eau.


Elle regagna le salon enveloppée dans une serviette rose nouée sous les bras. Assise sur le tabouret près du téléphone, elle composa le numéro de sa mère :



À l’autre bout du fil, Madame Fargue mère resta silencieuse un long moment pendant que sa fille reprenait son souffle et se retenait de fondre en larmes. Puis elle lui répéta d’un ton morne qu’elle ne pouvait pas parler plus longtemps, et sa voix chevrotait. Quand elle raccrocha, ses yeux cernés et trop maquillés s’étaient embrumés de larmes naissantes qu’elle sécha discrètement avec son mouchoir avant de retourner chercher quelques instants de réconfort en compagnie du jeune Christophe. Peut-être les derniers de sa vie, comme elle se le répétait à chaque nouvel amant depuis trente ans.


À quelques kilomètres de là, avenue Volvestre, sa fille Diane essaya de se convaincre qu’une journée aussi mal commencée ne pouvait pas décemment empirer et entreprit de se remettre au travail.




Chapitre II



Fred Bordier n’était pas d’un naturel très ponctuel. C’est pourquoi il était presque dix-sept heures lorsqu’il se présenta au treize, avenue Volvestre, deuxième étage, un bouquet de roses à la main.


Il mesurait plus d’un mètre quatre-vingt-dix, large d’épaules, la trentaine. Son imposante silhouette se découpait sur le crépi de la cage d’escalier dans un costume marron taillé sur mesure et une chemise en soie blanche. Ses cheveux bruns étaient brossés en arrière avec du gel et sa peau légèrement hâlée mettait en valeur son sourire éclatant. De grands yeux d’un vert profond, des lèvres fines, une dentition parfaite, un nez droit en harmonie avec le reste du visage, il plaisait aux femmes et il le savait.


Quand Diane lui ouvrit la porte, passablement agacée par le retard du jeune homme, elle resta bouche bée une seconde entière tant l’allure du garçon était impressionnante. Néanmoins, elle avait fréquenté suffisamment d’apollons dans son métier pour savoir que rares étaient ceux qui avaient quelque chose dans le crâne. Heureusement pour lui, la première chose qu’il fit fut lui présenter ses excuses :



Diane, qui n’écoutait pourtant plus les conseils de sa mère depuis au moins trente ans, avait fait tout son possible pour ne paraître ni vulgaire, ni pute. Elle portait un jean élimé, un pull trop large qui réussissait presque à dissimuler entièrement ses formes, le tout assorti de vieux chaussons mauves. Pour dire la vérité, elle s’était changée trois fois pour être sûre de ne pas paraître sexy du tout, mais elle ignorait qu’ainsi, sobrement vêtue et presque pas maquillée, elle était plus craquante que jamais.


Comme à chaque fois qu’elle rencontrait un homme, elle trouva une dizaine de bonnes raisons pour rayer immédiatement Fred de la liste des partenaires éventuels. En tête de classement vinrent : trop beau, trop jeune, trop con. Le costard était vite taillé. C’était une méthode infaillible pour rester seule ad vitam æternam. Diane justifiait cette habitude en se répétant qu’elle avait le droit d’être exigeante et de ne pas coucher avec n’importe qui. Évidemment, selon les critères de Diane, cela voulait dire : avec personne. Elle invita cependant le jeune homme à entrer.


Ils prirent place dans le salon. Fred sur le canapé, Diane dans un fauteuil, lui faisant face.



Elle hésita un instant. Lorsqu’elle réalisa l’ampleur du quiproquo, elle se sentit complètement idiote et son visage s’empourpra d’un coup alors qu’elle détaillait son interlocuteur de la tête aux pieds pour la première fois. Comment avait-elle pu être aussi bête ? Mais surtout, comment ce jeune garçon, élégant, poli, avenant, avait-il pu sombrer dans ce milieu que Diane assimilait avant tout à celui de la prostitution ? Ne sachant plus où se mettre, elle éclata d’un fou rire nerveux.


Même si la situation n’avait rien de comique, Diane avait besoin de relâcher la pression et rire aux éclats était la seule échappatoire qui lui semblait accessible, quitte à vexer son jeune invité. Et c’était si bon de rire. Il lui semblait qu’elle n’avait pas ri ainsi depuis des années. Elle en avait les larmes aux yeux et ne pouvait plus s’arrêter.


Fred le prit mal et se leva :



Diane ne put s’empêcher de rougir une nouvelle fois. Il était temps d’interrompre cette conversation, d’autant plus qu’elle allait être en retard. Elle se leva et Fred Bordier en fit de même. Elle le raccompagna à la porte. Sur le palier, il se retourna et lui tendit sa main. Elle la lui serra cordialement, en essayant de rester professionnelle, en essayant de ne pas imaginer Fred dans l’exercice de ses fonctions. La poignée de main était ferme et franche, les ongles manucurés, les doigts fins.


Quand les pas du jeune homme cessèrent de résonner dans l’escalier, Diane referma rapidement la porte et s’adossa contre celle-ci. Le sourire éclairant son visage estompait miraculeusement les ridules qui d’habitude en soulignaient les traits. Elle dut admettre que le garçon était impressionnant. Touchant par sa gaucherie, quand il ne savait pas où ranger sa grande carcasse, il était pourtant imposant par sa présence, d’une manière plus ou moins animale et difficile à cerner.


Diane s’autorisa à le trouver « pas mal ». Elle regretta simplement de ne pas avoir vingt ans de moins. C’était d’ailleurs une de ses excuses favorites.




Chapitre III



La répétition fut un désastre. Diane n’arrivait absolument pas à se concentrer et s’attira même une remarque cinglante de la part de Pierre Guessania, le metteur en scène. Il lui demandait de rire, et elle n’y arrivait pas. Elle recherchait une méthode, comme une débutante. Devait-elle chercher au fond d’elle-même ce qu’elle ressentait lorsqu’elle riait et retrouver cet état d’esprit ou, au contraire, penser à ce à quoi les autres paraissaient quand ils riaient et reproduire leurs mimiques ? Si elle devait expliquer cela à Fred, il lui fallait être claire avec elle-même. Comment pourrait-elle enseigner quelque chose qu’elle ne maîtrisait pas parfaitement ? Elle en oubliait même son texte.


Vers dix heures, Guessania, exaspéré, congédia tout le monde en leur donnant rendez-vous dans deux jours. Diane rentra chez elle directement. Le temps était lourd et l’orage menaçait.


Une fois rendue à son appartement, elle se coucha immédiatement, épuisée. Mais après une heure à contempler les craquelures du plafond, elle se rendit compte qu’elle ne réussirait pas à dormir. Elle se releva et alluma son ordinateur, seule concession à la technologie moderne qu’elle s’autorisait, elle qui n’avait même pas la télé. Le vieux PC mit cinq bonnes minutes à s’allumer, puis Diane se connecta à Internet. Le modem émit d’abord le son d’un canard que l’on étrangle mais réussit finalement à établir une connexion faiblarde.


Diane se rendit sur un moteur de recherche et tapa les mots clefs « Fred Bordier. » Elle obtint presque six cents réponses. Beaucoup de Fred, beaucoup de Bordier, mais aucun Fred Bordier. Puis elle se souvint d’un détail et tapa « Fredo Bordello. » Immédiatement, plusieurs liens apparurent, dont la plupart portaient la mention « Pour Adultes. » Bingo !


Elle cliqua sur un lien au hasard. Après une attente interminable, la page s’ouvrit en affichant ligne par ligne une photo de son invité de l’après-midi. Elle vit d’abord apparaître les cheveux et le front, qu’elle reconnut immédiatement, puis le visage entier, si gracieux avec ce sourire ravageur et cette peau mate, puis le torse, pas à pas, depuis les pectoraux superbement dessinés et couverts d’une fine toison bouclée jusqu’aux abdominaux qui formaient six petits carrés distincts autour du nombril. La connexion se figea un instant. Diane ne pouvait détourner ses yeux de l’écran. Puis, d’un coup, le contact reprit et le bassin de l’homme apparut. Au milieu des poils frisés du pubis se dressait un membre énorme, brun et turgescent, de plus de vingt centimètres et orné d’un gros gland rose et luisant. Diane en avait le souffle coupé. Elle manqua de s’évanouir.


Sur la gauche, un menu proposait les choix suivants :



  • — Fredo Bordello avec Judith Forester
  • — Fredo Bordello avec Bam Kissinger
  • — Fredo Bordello avec Maldona


Diane cliqua sur le premier lien. Une série de photos commença à apparaître. Sur la première, on découvrait une petite blondinette qui, quoique mignonne, ne ressemblait absolument pas à sa quasi-homonyme. Elle portait une mini-jupe ras-la-moule et un débardeur rose qui s’arrêtait au-dessus du nombril. Maman aurait dit que ça faisait sexy ; Diane trouvait que ça faisait carrément pute. Derrière elle se tenait Fred, en bleu de travail de garagiste, mais un garagiste bien trop propre et aux mains bien trop fines pour avoir jamais ouvert un capot. La série s’intitulait « Graissage et vidange. »


Il y avait environ une demi-douzaine de photos qui apparurent une par une. Dès la deuxième, la fille était torse nu et Fred Bordier l’embrassait passionnément en lui malaxant un sein. La poitrine de la fille n’était pas énorme mais Fred semblait prendre un réel plaisir à la peloter et elle se pâmait sous la caresse. Diane repensa à ce qu’avait dit Fred : le metteur en scène leur demandait simplement d’être eux-mêmes, spontanés. Elle en éprouva un petit pincement de jalousie qu’elle tenta vainement de réprimer.


Sur l’image suivante la fille était assise sur le capot rouge laqué d’une Cadillac flamboyante, les cuisses largement écartées, et Fred à genoux à ses pieds lui écartait sa petite culotte d’un doigt pour dévoiler une vulve rose, glabre et… maquillée. Diane ne pouvait pas s’empêcher de remarquer tous les détails révélant le professionnalisme du photographe. Elle n’en était pas moins troublée par l’érotisme des compositions.


La troisième image était presque un gros plan de la même position, mais le visage de Fred s’était approché de l’entrecuisse de la fille et sa langue dardait sur le petit clitoris saillant. Diane pouvait imaginer les mouvements de la langue sur les muqueuses humides. Elle en ressentit une gêne indicible. Elle se rappela ce jour où, quelque vingt-cinq ans plus tôt, Jean Moret, son unique amour, l’avait renversée sur la table de sa cuisine et avait enfoui sa tête sous sa jupe. Elle avait eu honte. Elle se sentait sale. Elle n’avait pas voulu qu’il lèche sa vulve. Elle lui avait demandé d’arrêter. Il avait arrêté. Elle regrettait.


Sur la quatrième photo, la fille était entièrement nue et la combinaison de Fred était ouverte sur le devant jusqu’au sexe. Sa hampe pointait par l’ouverture et la fille se penchait vers le membre en le dévorant déjà des yeux.


Diane avait chaud. L’air était moite et sa chemise de nuit lui collait à la peau. Elle avait croisé les jambes spontanément et ne s’était pas rendu compte que les contractions nerveuses de ses cuisses avaient pour effet de presser spasmodiquement les lèvres de son sexe. Elle décroisa les jambes mais ainsi, les cuisses écartées et presque nue dans la lueur blafarde de son écran, elle se trouva encore plus indécente.


La cinquième photo était un gros plan sur le visage de la fille, les lèvres distendues par la verge de Fred qui la pénétrait jusqu’à la gorge. Elle fermait les yeux pour mieux savourer le sexe vibrant de son amant. Entre sa lèvre inférieure et le sexe bandé on apercevait la pointe rose de sa langue qui dépassait. Elle semblait se régaler. Diane aurait voulu tout arrêter, mais elle aussi avait l’eau à la bouche et sa respiration était devenue irrégulière. De toute sa vie, elle n’avait jamais osé sucer le sexe d’un homme. Elle avait toujours trouvé ça répugnant et contre nature. Elle avait détesté quand Jean lui avait appuyé sur la tête alors qu’elle couvrait son ventre de baisers légers. Elle s’était même vexée le jour où il lui avait demandé explicitement de lui faire une pipe. Aujourd’hui – était-ce la fatigue ? le stress ? – elle se surprit à crever d’envie d’être à la place de cette jeune pute et de prodiguer à Fred la si servile caresse. Elle posa sa main au-dessus de son genou et la laissa glisser délicatement le long de la face intérieure de sa cuisse. Un délicieux frisson la fit gémir. Elle ferma les yeux un instant et sentit le désir enflammer doucement son ventre.


Enfin, elle regarda la sixième image. La fille s’était retournée et avait posé sa joue sur le capot de la voiture. Elle tournait le dos à Fred et, avec ses mains, elle s’écartait les fesses pour exhiber son anus. Diane avait une vue imprenable sur l’intimité de la jeune femme. À côté d’elle, Fred tenait son sexe à la main et le faisait pointer vers la croupe de l’actrice. Un hyperlien, sous la photo, indiquait : « Pour voir Judith se faire sodomiser par Fredo, cliquez ici. » Diane esquissa une grimace dans laquelle se mélangeaient le dégoût et l’appréhension de la douleur. Elle avait vingt-deux ans quand Jean lui avait enfoncé un doigt entre les fesses et elle n’avait jamais oublié la douleur ressentie sur le coup. C’était suite à cet épisode qu’elle avait décidé que Jean était un pervers et qu’elle ne voudrait plus jamais le revoir. C’était ainsi qu’elle avait perdu l’amour de sa vie.


Mais ce soir, elle était chaude. Elle tenait la souris de la main gauche, la droite ayant depuis longtemps disparu sous le volant de dentelle de sa nuisette. Elle passa son majeur entre ses grandes lèvres et étala son jus sur son clitoris qu’elle pressa nerveusement. Elle cliqua sur le lien.


Une boîte de dialogue grise s’ouvrit immédiatement au milieu de l’écran. « Désirez-vous installer le kit de connexion sucemabite.exe de chez bellesalope.com ? Oui – Non – Toujours faire confiance à bellesalope.com. »


Avant que Diane n’eut le temps de comprendre la question, plusieurs pop-up vantant les mérites des lesbiennes de dix-huit ans et des bouffeuses de sperme chaud envahirent l’écran. Diane essaya d’en fermer une mais trois autres s’ouvrirent aussitôt pour lui proposer des vidéos de dilatations anales et de vieilles bourgeoises branchées sodomie. Un message la remercia pour avoir choisi pucelleenculée.com et l’informa que l’installation était terminée. Diane cliqua dans tous les sens, ouvrant toujours plus de fenêtres qu’elle n’en fermait. Complètement paniquée et parfaitement incompétente pour régler le problème de façon orthodoxe, elle plongea sous le bureau, attrapa la prise électrique à deux mains et l’arracha du mur d’un coup sec. Le monstre électronique cessa de vivre.


Diane avait l’impression de sortir d’un cauchemar. Elle était complètement retournée et ne retrouva son lit qu’à tâtons, sans même penser à allumer la lumière. Elle s’allongea sur le matelas, tremblante, et malgré la chaleur elle s’enveloppa dans les couvertures, plus pour se cacher que pour toute autre raison. En moins de vingt minutes, elle venait d’accumuler suffisamment de culpabilité pour fonder une nouvelle religion. Elle ne ferma pas l’œil de la nuit.




Chapitre IV



Elle se leva vers huit heures car elle avait faim. Ses yeux étaient rouges et cernés. Elle avait pleuré pendant des heures. Elle prit un rapide petit déjeuner, retourna s’allonger et ne se réveilla pas avant midi.


Quand elle émergea enfin, elle marcha au radar jusqu’à la salle de bain et adressa à son reflet dans la glace ces doux mots d’amour que l’on croit toujours quand ils sont dits avec les yeux : « Je te hais. » Après sa douche, elle eut envie d’appeler Fred pour lui dire de ne pas venir mais elle se rendit compte qu’il ne lui avait pas laissé ses coordonnées. Elle pensa un instant à appeler sa mère mais changea rapidement d’avis. Pour lui dire quoi ? J’ai rencontré un acteur porno et je me suis masturbée en regardant des photos de lui ? Elle se rendit également compte qu’elle n’avait personne d’autre à qui téléphoner.


Son regard fut attiré par l’ordinateur et elle aperçut la prise électrique qui gisait sur le sol. Elle n’avait donc pas rêvé. Elle remarqua aussi les feuillets de la pièce qu’elle devait apprendre, mais elle ne se sentit pas le courage de travailler. Elle alla à la cuisine et se prépara une salade géante.


La vieille pendule comtoise sonna un coup et poursuivit son balancement comme si de rien n’était. Il restait encore une heure à Diane avant la venue de Fred, ce qui lui sembla peu. Elle scruta la pièce autour d’elle à la recherche de détails qui trahiraient ses activités nocturnes. Elle craignait que le trouble ne soit encore visible sur son visage. Un léger maquillage devrait tromper la bête, pensa-t-elle pour se rassurer. Elle songea également à choisir une tenue plus élégante que le gros pull de la veille et cette idée la mit étrangement de meilleure humeur. Elle avait envie d’être belle. Elle repensa aux conseils de sa mère et se demanda si elle avait encore toute sa raison.


Diane n’avait jamais cru au coup de foudre. Elle avait toujours pensé que c’était une sorte de mythe, un conte de fées que l’on racontait aux petites filles pour leur permettre de garder espoir tout au long de leur vie, de même qu’on leur faisait croire successivement au père Noël, au prince charmant, à l’égalité salariale entre les hommes et les femmes et à la parité en politique. La parité, avait-elle décidé, elle y croirait le jour la France élirait une Présidente, pas avant. Quant au coup de foudre, elle se croyait définitivement immunisée.


Pour l’instant, il fallait simplement qu’elle se ressaisisse. Quand Fred viendrait, elle lui expliquerait qu’elle ne pourrait pas lui donner de cours. Elle inventerait quelque chose. Qu’elle partait en tournée internationale ou mieux, en voyage de noces. Oui, ça, c’était bien. Elle avait rencontré un milliardaire italien et elle partait vivre avec lui à Venise. Désolée, j’aurais beaucoup aimé vous revoir mais ça ne va pas être possible…


Le téléphone sonna et Diane se jeta dessus :



Elle porta ses mains à ses lèvres. Mon dieu, pensa-t-elle, un quart d’heure ! Un quart d’heure pour tout ranger, s’habiller (sexy mais pas pute), se maquiller. Un quart d’heure !


Un vent de panique souffla alors sur le treize, avenue Volvestre, deuxième étage, pendant un quart d’heure.





N’empêche qu’à une heure et quart, elle était prête, et que Fred n’était toujours pas là. Papillonnant nerveusement dans l’appartement, elle vérifia cent fois que tout était bien en ordre. Elle avait opté pour une jupe légère mais trop transparente, puis avait changé d’avis et enfilé un pantalon, puis avait encore changé d’avis et choisi une jupe droite de couleur claire. Elle avait mis un chemisier beige, une petite chaîne dorée ornée d’un pendentif discret, quelques bracelets. Elle avait hésité longtemps sur la dose de fond de teint nécessaire pour masquer les cernes de ses yeux fatigués. Mais elle était prête. Fin prête. Et Fred qui n’arrivait pas.


La sonnerie de la porte retentit soudainement à une heure et demie. Diane fut tellement paniquée qu’elle se demanda si elle allait trouver le courage d’aller ouvrir. Elle finit par se convaincre que ce n’était peut-être pas lui et qu’il fallait qu’elle en ait le cœur net. Elle ouvrit. C’était lui.


Ils restèrent un instant face à face, silencieux, immobiles, les yeux dans les yeux. Diane se sentait toute petite. Son cœur battait fort. Après une interminable hésitation, Fred lui tendit sa main. Diane lui sourit et lui dit :



Fred se pencha alors lentement vers elle et sa joue vint se poser contre celle de Diane. Par deux fois, de chaque côté, les joues s’entrechoquèrent et les lèvres embrassèrent l’air ambiant avec un petit claquement sec. La poitrine de Diane se souleva imperceptiblement quand l’eau de toilette du jeune homme vint lui chatouiller l’odorat.


Fred demanda si la leçon devait prendre place sur le palier et Diane, confuse, l’invita à pénétrer dans l’appartement.



Fred lui tendit la pochette qu’il tenait à la main et qui contenait au mieux cinq ou six feuilles. Diane prit connaissance du contenu du scénario et ne put s’empêcher de pouffer dès les premières lignes :




  • — Fredo : Bonjour, je suis le plombier
  • — Rita : Ah ! bonjour. Vous tombez bien, j’ai une grosse fuite.
  • — Fredo : Oui, je vais vous boucher la fuite (Rita roule du cul jusqu’à la cuisine et se penche en avant.)
  • — Rita : Regardez, c’est là, en dessous.


C’est complètement crétin comme dialogue.



Ils éclatèrent de rire tous les deux mais pas pour la même raison.



Après un bref silence embarrassant, Diane reprit :



LA PORTE : Ding ! Dong !


DIANE : Oui, j’arrive. Qu’est-ce que c’est ?


FRED : Siffredi-Fils, Zinguerie, Chauffage et Sanitaires. Vous avez appelé un plombier ?


(Il est à noter que la culture pornographique de Diane, comme nous l’avons déjà vu, n’était pas très développée. Le patronyme n’évoquait rien de particulier pour elle et elle pensa simplement que de suggérer des origines italiennes pouvait être une bonne façon d’ajouter de la profondeur au personnage du plombier. Et même, elle trouva que c’était une excellente idée.)


DIANE : Un instant. Je vous ouvre. (Elle ouvre la porte.)


FRED : Bonjour Madame. En quoi puis-je vous être utile ?


DIANE : Mon lavabo est bouché. Si vous voulez bien me suivre jusqu’à la salle de bains.


(Ils se rendent à la salle de bain.)


FRED, accroupi devant le lavabo : En effet, votre siphon est complètement calcifié. Vous ne devez pas vous en servir très souvent.


DIANE : C’est exact, il n’y a que mon mari qui utilise ce lavabo et il est rarement à la maison.


FRED, jetant de brefs coups d’œil vers les jambes de sa cliente : Bon, il va falloir que je vous lubrifie tout ça. Mais rien ne vaut une utilisation régulière pour garantir la fluidité du débit, vous savez. Ce genre de conduit a tendance à s’assécher si on ne s’en sert pas assez fréquemment.


DIANE, se trémoussant d’un pied sur l’autre : Merci pour le tuyau, mais vous pensez qu’il va falloir inspecter toutes mes canalisations ?


FRED, se redressant pour faire face à Diane : Vous savez, si votre mari néglige votre plomberie, il faut parfois savoir faire confiance aux professionnels.


DIANE, fébrile : Dans ce cas, Monsieur, je m’en remets à vos mains expertes.


FRED, posant ses mains sur les hanches de Diane : Vous ne le regretterez pas. La mécanique des fluides n’a aucun secret pour moi.


DIANE, tentant de reculer d’un pas mais se retrouvant dos au mur : Vous êtes pourtant bien jeune. Êtes-vous sûr de bien connaître ces vétustes installations ?


FRED, à mi-voix, embrassant Diane dans le cou : Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées la valeur n’attend pas le nombre des années.


DIANE, renversant la tête en arrière et posant ses mains sur la poitrine de Fred, les yeux mi-clos : Arrêtez… arrêtez, je vous en prie.


FRED, les lèvres contre l’oreille de Diane, murmurant : Pour rien au monde…



Fred cligna deux ou trois fois des yeux comme si revenir sur terre lui coûtait un effort surhumain. Manifestement embarrassé par sa propre audace, il prétendit s’être laissé emporter par son personnage et demanda à Diane, comme pour lui rappeler le but officiel de sa présence :



Diane, rassemblant tous ses talents d’actrice pour paraître forte, raccompagna Fred jusqu’à la porte, non sans lui avoir demandé son numéro de téléphone, au cas où elle aurait un empêchement. Il lui tendit sa carte et lui précisa qu’elle pouvait l’appeler à tout moment si elle avait besoin de quelque chose. Dans les yeux d’émeraude du garçon, elle lut l’expression d’une profonde et sincère déception. Ils se firent la bise sur le palier, puis il descendit lentement l’escalier comme s’il portait toute la misère du monde sur ses épaules.


Dès qu’il fut parti, Diane, qui n’en était plus à une effusion lacrymale près, s’effondra sur son lit et pleura jusqu’au soir.




Chapitre V



Diane était nue sous sa nuisette de soie et de dentelle. Elle s’était allongée sur le dos, les bras et les jambes écartés. Elle avait chaud. Elle transpirait. La soie, en collant à la peau, devenait transparente et soulignait les rondeurs de sa poitrine et de son ventre. Ses tétons étaient durs comme deux petites fraises des bois. Ils étaient si tendus que cela en était douloureux. Sa chemise de nuit était troussée jusqu’au nombril et, entre ses cuisses moites, le buisson de fourrure blonde avait bien du mal à masquer les lèvres enflées de son sexe.


Devant elle, Fred était torse nu. Il ne portait qu’un jean moulant sous lequel elle devinait qu’il n’avait pas de slip. Une bosse considérable déformait sa braguette. Enfin, elle était presque sûre que c’était Fred, mais ses yeux avaient changé de couleur. Les iris avaient viré au jaune orangé et les pupilles n’étaient que deux petites fentes verticales.


Il se mit à quatre pattes et s’avança lentement vers le corps offert de sa conquête. Avant qu’elle n’eut le temps de réagir, les lèvres de l’homme s’étaient posées sur son mollet chauffé à blanc et il avait attrapé un de ses pieds dont il massait la plante du bout du pouce, en séparant chaque orteil. Le corps de Diane se tendit et s’arc-bouta. Ses fesses décollèrent du sol. D’une main fermement appuyée sur son bassin, Fred la re-plaqua contre le métal froid. Diane avait l’impression d’être attachée, écartelée sur une sorte d’autel sacrificiel, mais aucune corde n’entravait ses poignets ni ses chevilles.


La bouche de Fred remonta vers le genou, déposant baiser après baiser sur la peau luisante de sueur, rendue hyper sensible par une sensation que Diane découvrait enfin après tant d’années d’abstinence : le désir fou et sauvage. L’envie d’être prise, là, maintenant, comme une bête. Vingt-cinq années de tension accumulée s’écoulaient goutte à goutte de son sexe trempé, formant une petite tache sur le métal laqué.


La langue de Fred passa le genou et il lécha lentement l’intérieur de la cuisse, poursuivant millimètre par millimètre son irrésistible ascension vers l’aine ruisselante de Diane. Lorsque son souffle frôla l’orée de la forêt d’or fin, Diane, haletante, se mit à soupirer : « Non. Pas ça, par pitié. Je suis sale. Je suis tellement sale. » Fred évita alors les lèvres palpitantes et posa un baiser au-dessus du pubis. Elle regrettait déjà.


Il la mordit doucement en dessous du nombril et elle crut défaillir. Les mains d’orfèvre de son amant s’étaient insinuées sous la soie légère qui collait à sa peau et partaient à présent à la conquête des seins en suivant le sternum. Lorsqu’il les eut atteints, il les palpa avec la plus grande douceur, laissant ses doigts flotter sur la peau frémissante comme s’il lisait du braille. Entre le pouce et l’index de chaque main, il prit les deux mamelons et les pinça doucement, puis de plus en plus fort. La douleur était cinglante mais Diane se cambra néanmoins pour offrir encore mieux sa poitrine suppliciée aux assauts du bourreau. Elle en perdait la tête.


Soudain, la langue ardente du jeune acteur scinda sa vulve en deux. Diane hurla de bonheur. C’était miraculeux. Jamais elle n’aurait cru que son sexe pouvait lui procurer tant de plaisir. La langue habile de Fred séparait ses grandes lèvres comme pour les décoller, remontant régulièrement sur le bouton gonflé en frétillant avec une agilité qui la rendait folle. Des éclairs électriques lui cisaillaient le ventre. Son clitoris balançait décharge sur décharge et tous les muscles de son corps se tétanisaient.


Avant qu’elle ne jouisse, Fred cessa sa besogne et lui ordonna :



Pourquoi fallait-il donc qu’il parle en alexandrins ? Néanmoins, Diane se rendit compte qu’elle n’était pas attachée. Elle se retourna donc et posa son visage sur le capot rouge vif de la Cadillac. Son corps était lourd et léger à la fois. À genoux derrière elle, Fred lui écarta les fesses de ses deux mains et enfouit son visage dans sa raie.


Un organe chaud et humide se mit à la laper depuis la commissure de ses lèvres intimes jusqu’à son coccyx d’où partait une longue queue panachée. La langue, à chaque léchage, semblait presser plus fort sur son petit trou qui s’ouvrait de lui-même pour la laisser passer. Puis, Fred se coucha sur elle, la mordant férocement dans le cou et il planta ses griffes dans ses flancs, à la naissance des seins. Au moment où le sexe de son amant se posait sur son anus et s’apprêtait à la trouer, Diane poussa un cri déchirant :


MIIIIAAAAAAAAAOOOOOOOOOOOOUUUUU ! ! ! ! ! ! ! !


Elle se réveilla en sursaut, pantelante, complètement emmêlée dans sa chemise de nuit et les doigts tout poisseux.


Dans la cour, les chats du quartier avaient recommencé leur cirque. Diane, encore incapable de s’extraire des miasmes de son rêve, regarda autour d’elle à la recherche d’un indice qui l’aiderait à comprendre ce qui s’était passé. Elle reprit peu à peu ses esprits, se leva et se dirigea vers la cuisine à la recherche d’une bassine qui saurait calmer les ardeurs affectives de ces maudits félins.


Puis elle se ravisa.


Après tout, pensa-t-elle, même les chats avaient droit à l’amour. Surtout les chats, en fait.




Chapitre VI



Les jours qui suivirent passèrent comme au ralenti. Diane se rendit à ses cours, à ses répétitions, mais le reste du temps elle ne sortit pratiquement pas de son appartement. Elle gaspilla ses journées à attendre, sans vraiment savoir ce qu’elle attendait. La plupart du temps, elle ne prit même pas la peine de s’habiller. Elle passa des journées entières en robe de chambre. Elle ne se coiffait même plus.


Elle avait rebranché son ordinateur et elle se connecta plusieurs fois à la recherche de photos de Fred. Elle en trouva des centaines, dans les positions les plus obscènes, avec des dizaines de filles différentes. La jalousie la consumait un peu plus à chaque nouvelle trouvaille, mais le plaisir malsain qu’elle prenait à sombrer dans cette spirale de débauche devint en quelques jours une sorte de drogue dont elle ne put plus se passer.


Cependant, elle ne se masturba jamais. Passée l’excitation coupable de sa première connexion et la douche froide de pop-up qui en avait résulté, les images suivantes la fascinèrent mais n’éveillèrent en elle aucun désir conscient. Elle se contenta de les passer en revue, comme une collectionneuse, et de les enregistrer implacablement sur son disque dur une par une.


D’une certaine façon, Fred faisait son éducation. Elle avait l’impression de rattraper le temps perdu, mais tout en en perdant encore plus, sans vraiment en profiter. Elle découvrit des pratiques qu’elle n’aurait jamais imaginées, qui d’abord la choquèrent, puis l’intriguèrent et qu’elle finit par accepter froidement, comme une enfant qui se force à avaler la soupe censée la faire grandir. En faisant la grimace.


Elle pensait qu’il ne reviendrait plus mais, un matin, plus d’une semaine et demie après leur dernière rencontre, Fred Bordier lui téléphona.



La conversation ne s’éternisa pas. Fred semblait un peu pressé. Ils prirent donc rendez-vous et Diane commença à tout préparer pour la venue de son élève.


Fred sonna à sa porte vers quatorze heures trente, conformément à ses prédictions. Diane, toute nerveuse, prit une grande respiration avant d’aller ouvrir. Aujourd’hui, elle avait osé enfiler une robe d’été légère, boutonnée sur le devant et subtilement décolletée, qui laissait même entrevoir la dentelle de son soutien-gorge si on la regardait sous le bon angle, ce qu’il était presque impossible de faire discrètement. Un vrai piège à regards.


Mais lorsqu’elle ouvrit la porte, son corps se vida de son sang : Fred n’était pas venu seul. À ses côtés se tenait une créature que Diane n’aurait pas pu mieux imaginer si elle avait tenté de se représenter la luxure faite femme. De superbes cheveux bruns tombant en cascade ondulée jusque sur ses reins, de grands yeux d’ébène maquillés jusqu’aux tempes, un corps sculptural, à la fois courbe et longiligne, avec une poitrine défiant outrageusement la physique newtonienne et d’interminables jambes qui sortaient d’une jupe minimaliste pour finir dans des escarpins dont les talons devaient bien faire quinze centimètres. Elle devait avoir une vingtaine d’années et dominait Diane de plus d’une tête. Fred la tenait par la taille.


Ça, c’était un coup bas, pensa Diane en grinçant des dents, un véritable onze septembre sentimental, une attaque sournoise, cruelle et suicidaire. Elle était peut-être à l’origine de la crise mais Fred, imam obscur tapi dans sa caverne de sourde indifférence, tuait dans l’œuf tout espoir d’apaisement en précipitant la carlingue fuselée de cette créature du démon contre les tours jumelles du myocarde de Diane.


Elle ne savait pas comment atteindre Fred sans révéler la nature secrète de ses sentiments, mais elle étiqueta immédiatement la grande grue « Dommage collatéral ». Soudain, la jeune femme lui apparut sous les traits d’un roitelet moustachu du désert, ne brillant certes pas par son innocence mais désigné sans appel comme bouc émissaire de première classe, certainement plus à cause des richesses naturelles de son état et de ses armes de séduction massive que pour une réelle responsabilité dans l’affaire en cours. Qu’importe, pensa Diane, la pétasse allait morfler pour les autres. Il y avait un précédent historique.



À peine furent-ils entrés que Diane claqua la porte derrière eux.



Légèrement en retrait de la conversation, Orsolia paraissait extrêmement mal à l’aise. Elle n’avait pas lâché son sac à main et essayait désespérément d’attirer l’attention de Fred par de petits mouvements de tête en direction de la sortie, le suppliant du regard. Diane, s’en rendant compte, jubila et décida d’ajouter à l’embarras de la jeune femme.



Orsolia fit semblant de prendre un bloc-notes et s’approcha du canapé en ondulant excessivement des hanches. Diane leva les yeux au ciel, exaspérée :



Orsolia blêmit sous l’affront, mais elle reprit sa position initiale en essayant de se concentrer au maximum. De la démarche la plus neutre que lui permettaient ses talons aiguilles, elle s’approcha lentement de Fred :



La jeune femme, inquiète, tourna la tête vers Diane comme pour lui demander conseil, mais Fred fit prestement remonter sa main et lui palpa l’entrecuisse sans préavis.


Diane en fut paralysée de jalousie. La jeune femme avait poussé un petit gémissement torride lorsque la main de Fred avait disparu sous sa jupe et elle écartait à présent les genoux pour faciliter l’examen de ses parties intimes. Elle prit appui sur le bord du canapé car l’invisible caresse lui fit perdre l’équilibre. Diane, les dents serrées, coupa rapidement court à son excitation :



Orsolia tremblait à présent et elle aurait donné tout l’or du monde pour se trouver à mille lieues de là. Elle réussit néanmoins à recouvrer sa contenance et s’approcha de nouveau du canapé où gisait Fred. :



Diane, les yeux écarquillés et le souffle court, resta médusée plusieurs secondes. La verge de Fred venait de jaillir du pantalon comme un diable de sa boîte. Elle paraissait encore plus impressionnante que sur les photos. Orsolia, sans aucune hésitation, l’avait prise dans sa main et masturbait le jeune homme avec agilité. Avant que Diane n’eût le temps de réagir, la jeune actrice se pencha vers le sexe bandé et l’enfonça d’un trait entre ses lèvres, non sans avoir pris le temps de ramener professionnellement ses cheveux derrière son oreille pour que Diane ne rate rien du spectacle.



Diane, excédée, perdit subitement la raison, se jeta d’un coup à genoux au pied du canapé et empoigna le sexe mollissant de Fred d’une main décidée. Emportée par un élan lyrique, elle se retourna vers Orsolia avec la plus grande condescendance et déclama :


En variant le ton – par exemple, tenez :

Parce que, pour qu’il bande, il faut le bichonner.


Elle attira du bout des doigts le sexe de Fred vers son visage pour le lécher longuement de la base des bourses jusqu’au bout du gland, qu’elle fit tressauter d’un petit coup de langue. Elle n’en revenait pas elle-même mais elle poursuivit néanmoins sa tirade, comme envoûtée.


Pensez à une vierge, le soir de ses noces


Elle se fit timide et, tenant la verge d’une main tremblotante, elle approcha sa bouche du nœud menaçant. Puis elle ferma les yeux, prit une grande respiration, posa ses lèvres comme une ventouse au bout du gland et n’osa soudain plus bouger. Fred, entrant dans son jeu, lui appuya doucement sur la tête et le sexe s’enfonça mollement. Diane le laissa glisser une fois hors de sa bouche, puis le replongea dans son gosier et commença à pomper avec douceur, ce qu’elle fit jusqu’à ce qu’elle se rappelle que la leçon n’était pas finie.


Ou bien à une chienne qui défend son os.


Diane attrapa fermement les bourses de Fred dans une main, serrant beaucoup trop fort, et se mit à lui mordiller la hampe à petits coups de canines pointues. Elle planta ses ongles dans son périnée puis lui pinça le scrotum en tirant sur les poils. Fred se retint de crier et essaya de se redresser mais Diane le rabattit sur le canapé d’une main fermement plaquée sur sa poitrine. D’une œillade sauvage, elle lui intima l’ordre de ne rien tenter et grogna sanguinairement en lui montrant les dents. Elle agrippa la verge avec son autre main et branla l’homme à toute vitesse près de son décolleté, sans considération pour la peau fragile du frein.


Préférez-vous, stoïque, endurer le supplice


Fortement influencée par ses récentes expéditions cybernétiques, Diane plaça ses mains derrière son dos comme si elles étaient attachées. Elle regarda Fred avec des yeux de chien battu puis se pencha lentement en avant, laissant la verge raide glisser entre ses lèvres lâches jusqu’à ce que le gland cogne contre sa glotte. Elle se bourra elle-même la gorge jusqu’à ce que les larmes lui viennent aux yeux et qu’un haut-le-cœur la force à arrêter.


Ou laisser augurer de tout autres délices ?


En actrice chevronnée, elle fit briller dans ses yeux une étincelle de vice qu’elle agrémenta d’un sourire incendiaire d’où dépassait la pointe humide de sa langue. Serrant dans sa main le sexe de Fred, elle se lécha les lèvres pour les humecter, les tendit vers l’avant, formant ainsi une petite rosette qui évoquait sans ambiguïté l’autre extrémité de son tube digestif et laissa le gland en forcer lentement l’ouverture plusieurs fois.


On peut sucer un homme pour le plaisir des sens.


Elle prit la base du gland entre son pouce et son index et l’engloba de ses lèvres distendues. À l’intérieur de sa bouche, sa langue s’enroula autour du nœud palpitant, s’insinua sous le prépuce et vint frétiller follement sur le méat. Fred laissa échapper un petit cri de surprise et Diane fut heureuse de sentir le sexe de son élève changer légèrement de goût contre son palais.


Pour savourer son goût et palper sa substance.


Diane enserra suavement le gland entre ses lèvres et le lapa avec gourmandise, avalant sa salive à chaque respiration. Elle dégusta expressivement la consistance molle et glissante du gland juteux à grand renfort de gémissements lascifs. Puis, l’eau à la bouche, elle se lécha les babines en reniflant la verge qu’elle frotta sous son nez en la branlant de plus belle.


Pour qu’il nous fasse don d’une goutte de crème.


Mue par un instinct irrépressible, elle attrapa le sexe de Fred entre ses doigts et le masturba aussi vite que possible en aspirant le gland, les joues creuses, jusqu’à que l’acteur lui crie qu’il allait jouir.


Mais encore et surtout, pour lui dire qu’on l’aime.


Cherchant l’inspiration au plus profond d’elle-même, Diane fixa Fred droit dans les yeux et lui décocha un regard empli d’une incommensurable affection. Elle prit délicatement le sexe entre ses deux mains, jointes comme à la prière, et déposa sur le gland le plus doux des baisers. Puis en fermant les yeux, elle le goba, se laissa lentement pénétrer par la bouche et attendit l’imminente giclée en balançant tendrement sa tête de haut en bas. Mais Fred posa doucement ses mains sur les joues de sa bienfaitrice et lui releva la tête en lui demandant d’arrêter.


Diane se redressa, triomphante, pour faire face à Orsolia.


Voilà comment, ma chère, vous pomperiez un vit

Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit.

Mais quand bien même eussiez-vous eu tant de finesse

Je n’aurais point permis que, de cette caresse,

Vous honoriez notre jeune ami sous mon toit

Car vous le sucerez, certes, mais pas chez moi !


Fred n’en croyait ni ses oreilles ni sa bite.


Orsolia, éberluée, resta bouche bée un long moment, puis se mit à applaudir frénétiquement.


Diane, toujours à genoux par terre, mit quelques instants pour accepter le fait qu’elle venait de sucer une verge pour la première fois et que c’était beaucoup moins écœurant que prévu. Puis elle réalisa le ridicule de la situation et se releva d’un bond, reprenant son rôle hautain de directrice artistique.



Sur ces nobles paroles, elle les raccompagna tous deux jusqu’à l’entrée et les congédia précipitamment. Tout juste si elle ne les poussa pas dehors.


Dès qu’elle eut refermé la porte sur eux, elle fut prise de vertiges. Elle eut envie de se ruer vers la salle de bains pour se rincer la bouche mais une sorte d’excitation confuse la convainquit de garder encore un peu le goût de Fred sur sa langue. Alors qu’elle peinait à reprendre ses esprits, la sonnette retentit une nouvelle fois. Elle ouvrit. Orsolia se tenait sur le pas de la porte, toute désolée :



Diane l’abandonna un instant sur le palier et réapparut immédiatement pour lui rendre le précieux accessoire. Orsolia la remercia chaleureusement et ajouta :



Avant que Diane n’eut le temps de lui dire que ce n’était rien, la jeune femme l’attrapa par la taille et l’embrassa fougueusement sur la bouche. Diane, dans un hoquet de surprise, desserra involontairement les mâchoires et Orsolia en profita pour enfoncer sa langue au plus profond de la bouche de l’actrice, lui léchant sans vergogne le voile du palais. Puis, sans lui laisser le temps de réagir, elle relâcha son étreinte et recula prestement sur le palier.


Avant de se retourner vers l’escalier pour rejoindre Fred qui l’attendait en bas, elle lança un clin d’œil mutin à Diane et lui demanda avec candeur :



Sur ce, elle tourna les talons et dévala l’escalier, abandonnant Diane à d’étranges réflexions.




Chapitre VII



Tout au long du reste de la soirée, et même le lendemain, Diane fut surexcitée. Elle aurait dû s’inquiéter, s’en vouloir, culpabiliser à mort, se morfondre, appeler sa mère et s’enfoncer encore plus mais, au contraire, elle semblait déborder d’une énergie nouvelle. Elle sautillait, dansait toute seule dans son appartement. Elle flirta même avec un de ses jeunes élèves, au cours de théâtre Saint-Marc.


Elle avait une répétition, le lendemain après-midi et Guessania, le metteur en scène, la félicita pour son enthousiasme et son entrain. À elle seule, elle porta toute la troupe, conseillant les uns, encourageant les autres, se livrant même à des petites improvisations qui amusèrent tout le monde. Un feu sacré irradiait son corps.


L’âme du théâtre, pensa-t-elle. L’esprit de l’Art. Là où elle n’avait jamais vu qu’un simple exercice intellectif, un travail, une technique, elle découvrait un élan passionné, une impulsion venue du corps, des tripes, qui la soulevait, la transportait et lui permettait d’influer directement sur les émotions de l’auditoire. Tout ce qu’elle avait appris auparavant, les années de travail acharné, toute la technique, les astuces, les méthodes, tout cela n’était qu’un outil sans vie dont elle venait seulement de découvrir l’utilité.


Le théâtre n’était rien sans le contact humain. Sans haine, sans amour, sans violence, sans passion, sans chair, sans douleur, sans désir, point d’Art. C’était une révélation pour la technicienne qu’était Diane. Sacrifier sa vie sentimentale pour embrasser une carrière artistique était un non-sens.


Elle voulut appeler Fred pour lui faire part de sa découverte.



Diane en aurait trépigné de frustration. Pourquoi laisser, sur un portable, un message pour dire qu’on n’est pas « là » ?



Venant de Fred, cela pouvait vouloir dire : « Mon portable est dans ma poche mais je ne suis pas dans mon pantalon. » Grrrrrrrrrrrr !


Elle lui laissa néanmoins un message incisif :



Elle attendit son appel toute la soirée, en vain. Soudain, vers dix heures, on sonna à la porte. Elle se précipita, sachant d’avance que ça ne pouvait être que lui.



Fred en fut abasourdi. Il fronça les sourcils et demanda :



Fred éclata de rire :



Elle s’était mise à arpenter le tapis derrière le canapé. Elle s’arrêta un instant et reprit en cherchant ses mots :



Diane, qui venait de tourner la tête pour fuir un instant le regard de Fred, se retourna vers lui et lui révéla :



Fred éclata de rire :



Diane aussi riait de bon cœur. Elle vint s’asseoir près de lui sur le canapé. Elle regrettait un peu qu’il ne soit pas plus près mais elle n’osait pas s’approcher.



Diane ne répondit pas tout de suite. S’ensuivit un moment magique. Leurs deux visages, figés dans l’espace, semblèrent dériver l’un vers l’autre avec la lenteur des astres, dans un silence tellement infini que même la pendule refusa de le troubler. Le balancier ne redescendit pas. L’égrènement inaltérable des secondes marqua une pause. Le temps leur accordait une trêve.


Sans ajouter un mot, Fred laissa lentement glisser ses doigts vers la nuque de Diane et attira son visage contre le sien. Ils se regardèrent dans les yeux. Leurs lèvres s’effleurèrent. Diane ferma les paupières en posant ses mains sur les épaules du jeune homme.



Ils desserrèrent tous deux les dents et leurs langues partirent à la rencontre l’une de l’autre. Fred passa son bras autour de la taille de Diane et se pencha sur elle. Elle se laissa faire, abandonnant soudainement son corps aux bras puissants du jeune homme. Ils s’embrassèrent longuement, avec toute la tendresse qu’ils avaient tous deux laissée croître ces dernières semaines. Tout en lui massant le dos d’une main, Fred, de l’autre, ouvrit un à un les boutons du chemisier de Diane sans rompre un seul instant le fragile sceau du baiser.


En écartant la fine étoffe, il dévoila un ventre lumineux comme une plage de sable blanc. Il en fut ébloui. Au Sud, des dunes littorales se perdaient sous les vagues de la jupe de Diane, et Fred n’osa pas regarder. En grand spécialiste de ces mers australes, il savait que leurs profondeurs recèlent souvent récifs coralliens et délicieux mollusques. Mais il savait aussi que les eaux ne s’écartent que pour ceux qui respectent le rythme des marées et les phases lunaires. Il porta donc son regard plus amont et ne fut pas déçu.


Côté Nord, le merveilleux paysage s’étendait jusqu’à une vallée, encaissée entre deux éminences de satin blanc, au milieu de laquelle serpentait le ruisseau d’une chaînette en or. Une brise marine annonçait le printemps et la terre promise se soulevait à chaque soupir. Au-delà des hauteurs, le cou gracieux de Diane l’élançait en viaduc vers l’île du visage, visible du cap du menton aux collines sourcilières puis se perdant au loin dans une brume de mèches folles. Les yeux étaient mi-clos et la bouche entrouverte. Fred fut touché par la grâce. Son rêve, réalité.


Lorsque Fred posa la main sur son ventre, Diane sentit son cœur omettre un battement et son souffle devint plus saccadé. Elle se pencha en arrière et Fred se coucha sur elle, la couvrant de baisers sur les joues, les lèvres, les oreilles, les cheveux. Elle écarta les cuisses, sans vraiment y penser. Elle sentait le bas-ventre de Fred durcir progressivement contre son genou. Tout en embrassant l’actrice dans le cou, le beau diable glissa sous la jupe en désordre une main délicate. Diane blottit son visage contre l’épaule massive de Fred et ses doigts se crispèrent dans les cheveux de son amant. Elle poussa un long gémissement lorsque la main remonta le long de sa cuisse. Dans sa poitrine, le mur d’une prison volait en éclats.


Elle était à moitié assise, à moitié allongée en travers du sofa. Fred, en équilibre précaire à son côté, la serrait contre lui comme s’il voulait se fondre en elle. Sa main aventureuse, sans nul empressement, avait atteint le haut des cuisses grandes ouvertes. Au travers d’une fragile barrière de coton délicat, il sentit sous ses doigts palpiter un fruit mûr gorgé de sève tiède. Il appuya tendrement, excessivement attentif aux moindres réactions de sa partenaire. À chaque pression hasardeuse, elle répondit par un gémissement d’encouragement ou de désapprobation, guidant son compagnon comme à colin-maillard. Fred, grâce à l’attention qu’il porta aux subtils indices, put ainsi dresser à tâtons une carte du tendre des désirs de la femme qui fondait sous ses doigts.


Quand il eut pris de l’assurance, quand il fut convaincu que Diane lui accorderait sa confiance, quand il sut que plus rien n’entraverait la progression du plaisir de celle qu’il aimait, Fred s’enhardit à presser sur le monticule avec plus d’insistance. Il sentit sous ses doigts une perle tendue rouler délicatement entre des lèvres si douces qu’il les devina nacrées et luisantes pour lui. Il écarta même le voile de tissu et ses doigts se perdirent dans la brousse lourde de rosée que Diane abritait aux confins de son intimité. Enfin, il caressa l’inestimable joyau, réputé imprenable, et bientôt son majeur plongea entre les lèvres qui cédèrent le passage.


Diane était en nage et son bassin s’agitait comme mû par une volonté propre. Quand le doigt de Fred fut planté en elle jusqu’au fond de son ventre, elle craqua :



Diane n’écoutait déjà plus. Perdant tout contrôle sur elle-même, elle se jeta sur la boucle de la ceinture de Fred et tenta de lui arracher sa braguette. Mais celui-ci la renversa sans effort sur le canapé et la troussa jusqu’à la taille. Il colla sa bouche à la sienne pour l’empêcher de crier et sa main droite replongea illico dans la culotte trempée de l’actrice. Diane cessa bientôt de se débattre, sachant ses efforts dérisoires.


Le pouce de Fred se cala sans hésitation sur le clitoris encore chaud et deux de ses doigts partirent explorer habilement la cavité brûlante qui ruisselait de plaisir. Dès que la surprise et la frustration s’estompèrent, Diane se détendit et offrit son bassin à la profonde caresse. Fred desserra son étreinte et entreprit de la masturber lentement, en laissant tout son temps au plaisir de sa partenaire pour progresser, s’épanouir, enfler, déborder et enfin la submerger. La foudre frappa. Diane poussa un cri strident qui résonna dans toute l’avenue Volvestre et perturba les chats.


Un long moment passa durant lequel elle n’eut absolument plus conscience ni du temps, ni de l’espace. Enfin, elle reprit ses esprits et bredouilla à sa propre intention une phrase à peine articulée que Fred eut bien du mal à comprendre tant Diane était encore bouleversée par la secousse : « C’était donc ça ! »




Épilogue



Fred et Diane ne se marièrent pas car ils trouvaient l’idée ridicule. Diane répétait souvent que seuls les prêtres et les homosexuels souhaitaient encore se marier, de nos jours.


Ils n’eurent pas d’enfants, non plus, car Diane avait depuis longtemps passé l’âge où il eut été raisonnable d’en concevoir un. Ils songèrent un instant à l’adoption, mais durent admettre le fait que leur situation rendrait certainement la procédure difficile.


Néanmoins, ils décidèrent de faire une petite fête pour célébrer leur union au grand jour. C’était pour eux une façon de se débarrasser une bonne fois pour toutes de l’appréhension du regard des autres à l’égard de leur différence d’âge et, éventuellement, de la profession de Fred. Ils invitèrent toutes leurs connaissances, c’est-à-dire pas grand monde.


Fred n’avait plus de famille proche mais quelques amis d’enfance firent le déplacement.


Orsolia fut présente. Diane lui fit faire connaissance avec Guessania et celui-ci tomba immédiatement sous le charme de la belle. Il lui proposa même d’auditionner pour lui, songeant déjà à un rôle pour elle dans son prochain vaudeville.


Le père Mathieu aussi, fut invité. Il passa le plus clair de son temps près du bar, à finir les fonds de bouteilles et à porter des toasts aux actrices et aux femmes sodomites. Il trinqua même avec Guessania et celui-ci leva son verre aux critiques qui avaient encensé sa dernière comédie. La pièce avait été un franc succès et s’était jouée à guichets fermés toute la saison.


Diane, se sachant inoccupée pour les quelques semaines à venir, n’avait pas su refuser l’offre que Fred lui avait faite : écrire le scénario du prochain film qu’une de ses amies s’apprêtait à produire. Il avait fini par convaincre Diane que l’érotisme n’était pas fatalement un art de second ordre mais qu’au contraire on pouvait faire de la pornographie de grande qualité si on réunissait les talents et les motivations nécessaires à la réalisation d’un projet abouti. Le fait que la production fut assurée par une femme acheva de convaincre Diane, qui rencontra la productrice et finit par se mettre au travail avec enthousiasme.


Madame Fargue mère fut également invitée, mais Diane fit tout son possible pour limiter ses conversations avec Fred au strict minimum. Le gendre officieux réussit néanmoins à apprendre quelques détails croustillants sur la vie mouvementée de cette étonnante femme, notamment qu’elle n’était plus mariée depuis la mort de son deuxième époux, mais qu’elle avait été acquittée.


Quand la fête s’acheva, après moult discours et ovations, les deux tourtereaux prirent la route en direction d’un petit nid d’amour que Fred avait réservé au pied des Pyrénées, à bord d’un véhicule prêté pour l’occasion par un ami de Fred. C’était une Cadillac rouge métallisé, rutilante de laque et de chromes, à l’arrière de laquelle un plaisantin avait inscrit sur un panneau de bois blanc, entre deux cœurs entrelacés : «  Just having sex  ».



FIN


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