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n° 09688Amanite19/09/05
Rats de Marée
critères:  fh prost fdomine fmast fdanus fsodo humour sf
24905 caractères
Auteur : Amanite

D’abord, la mer. La mer à l’infini, courbe, et le ciel incendié pour lui faire pendant. À l’ouest, l’œil rouge du soleil plonge et la brise comme un miroir, éclaboussant les nues de larmes ensanglantées. Puis, à droite du disque écarlate du soir, se découpant sur champ de corail aux déchirures pourpres, un grand triangle noir, debout sur l’horizon, domine l’océan tel un colosse rocheux. C’est le mont Sajhama, l’aiguille providentielle, jaillie des flots pour qu’y soit préservée la race des élus. Sajhama, cité fertile, carrefour des éléments, source de terre à ciel ouvert. Sajhama l’orgueilleuse, glorieuse perle de l’archipel des Andes, citadelle imprenable aux murailles d’acier hérissées de canons. Sajhama, ville impériale.


Par delà les remparts de la forteresse, à la cime du cône, les tours pentagonales du palais dominent les autres bâtiments de l’île et les fermes des nobles, disposées en terrasses. Partout à l’intérieur, parcs et jardins verdoyants témoignent de la prospérité que fournit aux Terriens l’or brun de la montagne. Des groupes de robots chromés et anthropomorphes vaquent ça et là à l’irrigation ou aux travaux des mines. Depuis que ces machines veillent aux tâches serviles, la plèbe amphibie n’est plus admise sur cette oasis aux frontières hermétiques. Ils ne restent arrimés à la cuirasse métallique que par atavisme avec leurs ancêtres mollusques, c’est du moins ce que prétend une plaisanterie en vogue dans les milieux terriens, que l’on raconte parfois en croquant un légume frais entre amis ou en sirotant un bon jus de fruit avant de passer à table.


Dehors, au pied des plaques rivetées des murs à pic et lisses de l’enceinte, s’étale un erratique assemblage de cordes putrides et de bois flotté ballotté par les vagues. Une nuée de barges et de radeaux, reliés entre eux par un complexe réseau de passerelles, s’enchevêtrent et forment une masse grouillante à la gloire d’Archimède. C’est ce que les Terriens appellent la Balsa, la banlieue flottante de Sajhama. L’odeur qui en émane est presque insupportable aux nouveaux arrivants, mais on s’y habitue quand sa vie en dépend.


D’ailleurs, ni les effluves, ni la misère immonde n’ont pu décourager les innombrables réfugiés, naufragés et autres survivants du Cataclysme, chassés par les pillages et les radiations, qui s’y installèrent par vagues successives. La vérité, c’est que la Balsa de Sajhama est un coupe-gorge de réputation planétaire et qu’on y meurt de faim, mais elle est à l’abri des guerres et des pirates depuis bientôt vingt ans. Une vie.


C’est là qu’est né Bran et c’est là qu’il mourra.


*


De la plus haute échauguette du palais de l’empereur, la princesse Inoëe, accoudée au parapet, scrute la Balsa avec une paire de jumelles.


Si peu de temps, pense-t-elle, à peine quelques jours et je serai comtesse d’Yrkès, emmurée dans le donjon du comte sur son minable écueil, loin de tous ceux que j’aime et de ma terre natale.


La perspective de cette désespérante mésalliance lui inspire une colère effroyable. Non pas que sa vie à Sajhama soit des plus trépidantes – elle n’a pas le droit de sortir du château et seules quelques suivantes lui tiennent compagnie – mais ici, au moins lui reste-t-il les rêves de l’enfance, les lieux familiers et l’espoir d’un jour s’échapper.


Son père, très pris par les affaires d’état, ne s’occupe jamais d’elle. La seule chose qui compte, c’est qu’elle ne sorte pas et qu’elle reste vierge. Promise depuis cinq ans au comte d’Yrkès, l’intégrité de son hymen au moment du mariage doit sceller les termes d’un juteux contrat qui garantira la stabilité du turbulent comté. Inoëe, délurée et habile aux manœuvres de cour, a réussi à faire reporter la date des noces de trois ans au-delà de l’âge légal, en soulevant une irrégularité dans la généalogie du comte. Mais c’en est fini des querelles de clercs. Yrkès a produit les documents nécessaires et la cérémonie est programmée pour le mois prochain.



Depuis longtemps, la princesse a décidé de ne jamais prendre cette réponse en considération. C’est inadmissible. Tout le monde est sensé lui obéir et tout le monde le fait sauf… son père. Ah ! Si seulement une femme pouvait régner sur Sajhama, Inoëe lèverait immédiatement une armée de conspirateurs et hop, vive l’impératrice !



Elzana, pourtant habituée aux caprices de la princesse, n’en est pas moins choquée.



Elzana, confuse, tente de s’excuser, mais elle sait que rien ne consolera sa princesse. Marchant à reculons, elle quitte la pièce et referme la porte sur elle.


Tout de même, pense Inoëe en se retournant vers le large, un sourire au coin des lèvres, le comte de Glham et le prince de Zorkh, tous les deux dans son lit…


Et puis d’ailleurs, pourquoi se limiter aux nobles ? se demande-t-elle en portant à nouveau les jumelles à ses yeux. Ce jeune vannier, aux muscles secs et à la peau tannée, par exemple, qui répare une chaise sous le soleil couchant avec de vieux câbles électriques, ne saurait-il la satisfaire, tout plébéien qu’il soit ? Et ce beau forgeron, qui recycle les restes repêchés des épaves et dans les bras duquel se jette une lavandière. Ils s’embrassent et elle l’entraîne sous la bâche de la forge sur pilotis. Pour observer leurs ébats, la princesse active les rayons X de sa binoculaire, mais la vue de deux squelettes enlacés tend plutôt à calmer ses ardeurs.


Elle se concentre alors sur le grand jeune homme roux assis sur un tonneau, une dague à la ceinture, qui semble ne rien faire si ce n’est regarder les bourses des passants. Un voleur, songe-t-elle, et son cœur accélère. Elle détaille le corps nerveux du garçon. Les muscles félins, les cicatrices, les puissants pectoraux dans l’entrebâillement de sa chemise, son pantalon tendu à l’entrejambe, ses pieds nus. Elle avale nerveusement sa salive. Déjà ses fesses se crispent, ses cuisses se serrent. Ses genoux flagellent et elle se devine moite. Elle sait qu’elle va devoir s’occuper d’elle-même, rapidement.


Elle en devient malade. Si ce n’était pour échapper à ce pourceau d’Yrkès, elle aurait déjà perdu son pucelage depuis presque trois ans. L’immaculée membrane commence à peser lourd. Ses doigts sont un maigre réconfort, surtout qu’elle ne peut rompre les scellées de son intimité sans risquer l’incident diplomatique. Elle a pourtant découvert d’autres façons de jouir. De simples frottements ou des pressions légères lui ont déjà permis de connaître l’extase et elle a remarqué que son autre orifice pouvait lui procurer des plaisirs raffinés. Pourtant, même s’il n’est pas rare qu’elle se fasse venir, une main sur le devant et le majeur de l’autre planté entre les fesses, l’anus enduit d’huiles précieuses aux parfums fruités, la princesse sait bien qu’elle ne peut plus tenir et qu’à ce point, si ça continue, même le comte d’Yrkès sera le bienvenu.


Elle a bien pensé solliciter l’aide d’Elzana mais ça ne se fait pas. Et puis cela ne lui paraîtrait pas très sain, pas normal. Ce n’est pas ce qu’elle cherche. Non, il lui faut un homme, et plutôt maintenant que dans un mois, quand elle sera cloîtrée sur le maudit rocher.


Pas question de chercher intra-muros ; elle est bien trop connue. Elle s’est procuré les codes d’activation des robots gardes de la porte de l’ouest. Vu son niveau d’accréditation, ils ne poseront aucun problème. Ce soir, c’est décidé, elle descend dans la Balsa.


*


La journée n’a pas été rentable pour Bran. Il n’a d’ailleurs fait aucun effort. Il préfère de loin travailler la nuit. De jour, sa tignasse rousse accroche trop de regards. Il a choisi d’attendre, observer, humer l’air du temps. Du coup, il n’a rien mangé. Il attend le crépuscule puis se met à la recherche de quelque chose à chaparder. Une heure plus tard il déguste derrière un tas de caisses une tranche crue de dauphin, subtilisée par la fenêtre d’une cuisine.


Il lui reste à savoir si la nuit sera riche en opportunités. Vêtu d’une cape grise, il glisse de barges en pontons avec souplesse. C’est alors qu’il remarque une silhouette hésitante, enveloppée dans un manteau noir, qui cherche son chemin devant la passerelle de la forge. Une femme, apparemment. Il y a quelque chose d’étrange dans sa démarche. Elle n’est pas stable. Elle n’est pas d’ici. Pour un bandit comme Bran, aucune proie n’est trop facile et une femme seule, la nuit, est un don du ciel. Il s’approche en silence. Voyons d’abord ce qu’elle a dans sa bourse, se dit-il, et puis, si elle n’y a rien, elle s’occupera des miennes. J’ai les bonbons au fond du sac.


Il bondit juste devant sa proie :



Bran marque un temps d’arrêt. Sur sa chemise élimée, un point rouge tremblote, issu visiblement de la bague pentagonale ornant la main droite de la fille. Il desserre les doigts et son couteau se plante à ses pieds.



Bran redresse le torse et met ses bras le long de son corps, mais la Terrienne n’a pas l’air satisfaite.



Bran ferme alors les yeux et se concentre sur ses plus heureux souvenirs. Les seins d’Abnada, lorsqu’elle se penchait pour ramasser les paniers de crustacés. 9… La première pipe de Molhi, dans l’atelier de son père. 8… 7… Le cul d’Ilwina. 6… Lueur d’espoir ! 5… Ses petites fesses lisses lorsqu’elle s’était déculottée devant lui. 4… Sa façon délicate de se pencher en avant. 3… Ses cuisses, son odeur, ses petits cris. 2… Ça y’est ! Ça marche ! 1… Eh ! arrête de compter ! Ça marche !


La princesse, médusée, regarde le membre raidir sous ses yeux. Elle approche sa main, soupèse les bourses. Ses doigts glissent sur la peau tendre et enserrent la verge qui finit de gonfler. Elle écarte alors les pans de son manteau, les rabat derrière ses épaules et dévoile son corps entièrement nu. Puis, ramenant sa capuche en arrière, elle montre son visage, digne, les yeux hautains d’un noir d’encre, le nez discret, la bouche fine ornée de ravissantes fossettes, des cheveux bruns soyeux ramenés en chignon. Bran pose ses mains sur le corps délicat sans réussir à détacher son regard du remarquable visage. La fille se colle à lui.



Bran, qui n’a pas besoin d’être forcé outre mesure, la soulève et la pose sur le billot du forgeron, devant le tas de bûches. Il s’agenouille devant elle, lui relève les cuisses et la met en joue. La princesse hisse les hanches et souque ses genoux jusqu’à ses épaules, toutes voiles affalées. Bientôt, le gland de Bran se présente en poupe contre un anus parfaitement détendu et lubrifié. Sans forcer, il éperonne le vaisseau amiral d’une seule lente pression. La fille se crispe. Elle a peur. Il attend qu’elle recommence à respirer puis entreprend de la godiller au rythme des vaguelettes qui battent le ponton, sondant progressivement.


Inoëe se détend et prend peu à peu conscience de la houle. Une brise marine la fait frissonner. Sous la lune, ses tétons flottent comme deux îles au sommet de leurs mondes liquides ballottés par les astres. Elle fond, en nage, sous les flux et reflux chaloupés qui la bercent. Le clapotis l’envoûte, fascinant comme le tsunami qu’il pourrait provoquer aux antipodes. Une onde régulière semble naître et venir du plus profond d’elle-même. Le grondement s’amplifie, tel une déferlante enflant à l’horizon. Soudain, dans ses abysses, Neptune déclenche un maelström de courants sous-marins contradictoires. Les forces naturelles se déchaînent. Elle chavire. Le créateur rugit. Un cri déforme Son visage ruisselant d’algues rousses et l’écume jaillit, fluidifiant miraculeusement Son emprise. C’est trop pour Inoëe. Une lame de fond s’élève, s’écrase sur ses côtes, l’arrache à la terre et elle sombre, noyée, perdue…


Pas longtemps, cependant. Une brusque chute hormonale lui fait violemment réaliser l’ampleur de son inconséquence. Braquant sa bague vers l’homme, elle lui ordonne de s’extraire, ce qu’il fait un peu trop brutalement. Aïe ! Son anus coule. Elle se relève d’un bond, fusille Bran du regard et s’enveloppe dans son manteau. Il n’a même pas le temps de lui dire au revoir qu’elle s’enfuit déjà vers la citadelle. Abandonnant ses vêtements, il décide de la rattraper en coupant par la criée. Elle a oublié de le payer.


Il n’a pas de mal à arriver au quai avant elle. Soudain, alors qu’il la regarde approcher au loin, une ombre s’interpose entre elle et lui. Un rôdeur, surgi de la nuit, lui barre la route. La fille tend la main vers lui. En un éclair, l’agresseur est transformé en gaz que le vent disperse. Mais trois de plus ont surgi derrière elle et l’un d’eux la frappe à la tête avec un bâton. Les deux autres l’attrapent avant qu’elle ne touche le sol et la hissent sur une barque…


*


La bannière de l’empire - pentagone or sur champ de gueules - rappelle la main mise de Sajhama sur les cinq comtés et la chute de l’ancien empire de l’Ouest dont l’incendie, selon la légende, engendra le Cataclysme. Elle flotte fièrement sur l’héliport du palais. L’héliojet d’Yrkès se pose en grande hâte et l’arrache presque.


Le comte, furieux, s’avance vers l’empereur et son train à grandes enjambées.



Le ministre de l’intérieur, un nabot arriviste, profite du drame pour se faire mousser :



Il leur tourne le dos et se jette dans le plus proche ascenseur antigrav. L’empereur, impuissant, regarde le crâne lisse de son futur gendre s’enfoncer vers les profondeurs du palais.


Le comte apprécie certains aspects de la capitale. Il y vient souvent et une suite lui est réservée en permanence. Comme d’habitude, ses robots ont préparé la chambre à sa convenance : une prostituée blafarde l’attend, assise au coin du lit.



La fille, docile, obtempère. Il serait inhumain de décrire les outrages que le comte lui inflige.

Une heure plus tard, elle cesse de crier, prostrée au pied du mur, la vulve poisseuse et sa belle robe en lambeaux. Elle tente de sourire. Elle pense que le pire est passé. Elle en a vu d’autres et elle se relève.



La fille braque un regard inquiet vers l’homme. Un minuscule dard s’éjecte aussitôt de la grosse bague et se plante entre ses yeux. Elle le fixe en louchant. Le projectile émet alors un clic discret. La fille veut crier mais les parois de son crâne s’écrasent sur elles-mêmes et sa tête explose, répandant sa cervelle sur les murs.


Le comte regarde un instant le corps décérébré se vider de son sang, appelle les robots pour nettoyer la pièce et se gratte les burnes.


*


Miranda Riyth, tenancière du plus gros bordel flottant de l’archipel et trafiquante d’esclaves renommée, s’extasie devant deux merveilles. D’abord, la fille nue, attachée à ses pieds. Une vraie beauté, vierge à presque vingt ans qui en plus répond parfaitement aux critères de son mystérieux client, celui qui achète les filles au prix fort au lieu de les louer. Que des brunes aux yeux noirs. Il est tellement gourmand qu’il n’y en a presque plus.


L’autre objet, c’est cette petite bague avec laquelle elle a désintégré Woolfrid. Les gars ont dit qu’il était devenu comme soluble dans l’air. Comment un bijou aussi fin peut-il dissimuler une arme aussi redoutable ? Elle demande au garde de réveiller la fille d’un coup de pied dans les côtes.



Un flash vert et la maquerelle n’a pas le temps de crier que déjà ses atomes se désolidarisent. Elle reste consciente une seconde. La bague, en tombant, traverse ses doigts qui se désagrègent en petites volutes et les turbulences se propagent vers les mains. Une chaîne d’atomes encore connectés lui permet d’envoyer un influx nerveux mais les muscles, en se contractant, se disloquent. Quand le garde s’approche d’elle, le déplacement d’air la dissout entièrement.


Le garde a l’esprit simple. La mort est quotidienne sur la Balsa. Plus de patronne égale quartier libre. Toujours enclin à profiter de l’instant présent, ne voyant guère plus loin, il attrape par la taille la princesse ligotée et la pose à plat ventre sur la table. Elle entend derrière elle un ceinturon que l’on déboucle. Il lui écarte les jambes et approche un doigt noueux de sa petite fente en rigolant grassement. La princesse hurle et se débat du mieux qu’elle peut. C’est trop injuste. Pas comme ça, sanglote-t-elle. Mais alors qu’elle se résigne presque, l’homme s’affaisse et roule sur le côté, une dague plantée entre les omoplates.



*


La princesse fut secourue le lendemain matin. Elle avait été enlevée par une petite frappe, un voleur de poisson bien connu des services de renseignement. On les avait trouvés enlacés dans un hamac, blottis l’un contre l’autre, mais cette information ne fut pas révélée au comte d’Yrkès. Le brigand n’opposa qu’une résistance symbolique quand les lasers des drones le découpèrent en cubes. La princesse épousa donc le comte et on évita la sécession.


Il fallut cependant déployer des trésors de diplomatie pour convaincre Yrkès qu’un hymen ne saigne pas forcément lors d’une défloraison, surtout qu’Inoëe donna le jour, huit mois plus tard, à une fillette dont les longs cheveux roux rappelèrent longtemps à sa mère la teinte du soleil à l’ouest de Sajhama, lorsqu’il rejoue, chaque soir, l’agonie légendaire de l’empire d’Occident qui avait cru dompter la force des étoiles.



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