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n° 09847Exploratrice littéraire01/11/05
Moi, je pourrai plus avoir d'enfant, maintenant
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42490 caractères      
Auteur : Lise-Elise


Un instant, je l’ai prise pour un ange.


J’attendais patiemment devant le guichet d’accueil des Urgences, pour retirer les résultats d’une échographie cardiaque. Je n’étais pas particulièrement inquiet pour ma santé, mais j’avais dépassé la quarantaine et pris huit kilos en un an. Mon généraliste m’avait donc prescrit une batterie d’examens. Me faire contrôler le cœur au moment où je quittais Clémentine convenait à mon sens de l’humour. J’avais pris rendez-vous à l’hôpital. Le radiologue avait rarement vu un patient aussi détendu que moi.


Elle était couchée sur une civière, le drap de papier bleu remonté jusqu’au menton. Blanche, si blanche qu’elle semblait irradier de lumière. Ses cheveux blonds mousseux formaient comme une auréole, ses traits étaient à peine visibles. On distinguait l’arête du nez, la fine ligne des cils pâles, une ombre bleutée qui devait être la bouche. Elle était irréelle. Les pompiers qui l’amenaient étaient inquiets pour elle. Il y eut, d’un coup, beaucoup de remue-ménage.


Son dossier atterrit sur la banque d’accueil, juste sous mes yeux. Est-ce que sans cela j’aurais cherché à le lire ? Je n’avais rien demandé. La secrétaire le récupéra, et son regard était un reproche. Elle prit mes coordonnés, j’eus du mal à répondre à ses questions. Je ne pensais qu’à elle. Pour être aussi blanche, elle avait dû perdre beaucoup de sang. Je fus quand même soulagé d’apprendre que mon cœur était en parfaite santé.


Karin Dieter. Elle semblait si petite, si jeune sur la civière. Je pensais aux articles sur le suicide des adolescents. Pour moi, ce ne pouvait pas être autre chose : deux entailles au rasoir sur les poignets, il y a assez de téléfilms montrant cette scène pour savoir que c’est plus efficace dans une baignoire. Elle n’avait pas les cheveux mouillés. Ça me faisait mal de penser qu’elle pouvait mourir. Je ne la connaissais pourtant pas.


Je luttai trois jours avant de céder. Je me présentai comme un ami de la famille. J’avais apporté des fleurs, de celles qui poussent en grappe. Je les avais choisies roses et jaunes. Pas rouges. Je ne voulais pas lui faire penser au sang.


J’avais peur qu’on refuse, peur de croiser d’autres gens, de ceux qui la connaissaient vraiment, qui auraient dénoncé la supercherie. Mais rien de tout cela. On m’envoya au troisième étage. Je constatai avec surprise que c’était le service de gynécologie.


Elle n’eut pas l’air étonnée de me voir. Elle me remercia pour les fleurs, me proposa de m’asseoir. Elle était seule dans la chambre. Elle coupa la télévision, commença à me faire la conversation. Ou plutôt, elle me mit sur les rails. Au bout d’une heure, quand l’infirmière vint me dire que le temps des visites était fini, je ne savais toujours rien d’elle. Je lui avais raconté presque toute ma vie. Au moment où je franchissais la porte, elle m’interpella. Elle était sérieuse, presque trop.



Dans le couloir, l’infirmière commenta :



Elle fit quelque pas, puis ajouta :



Je ne voulais pas poser de questions. Pas à son insu. Elle avait repris des couleurs et son visage, ainsi, était celui d’une enfant fiévreuse. Elle ne portait pas de bandages. Sur son bras, il n’y avait que le pansement de la perfusion.


Je revins deux jours plus tard, avec une boîte de chocolats au lait. Il me semblait, à la regarder, qu’elle devait aimer ça. Elle m’en offrit aussitôt un, puis passa plusieurs minutes à choisir. Elle hésitait, me demandait conseil. Comment répondre, quand on vous demande si le praliné est meilleur que le gianduja ? Elle finit par en prendre un, enveloppé dans du papier doré.



Je souriais de la voir faire. Elle allait mieux. Elle me parla de ce qu’elle voyait de sa fenêtre, des programmes de télévision, des repas. Elle trouvait ça bon, surtout les petits gâteaux dans leurs pochettes en plastique, parce qu’on peut les manger quand on veut. Je n’ai pas souvent visité de malades, mais pour la première fois, je parlais à quelqu’un qui ne se plaignait pas.


Elle regrettait de ne pas avoir de compagne de chambre.



Son regard s’illumina aussitôt. Je pris ma veste et descendis au kiosque.


Dans l’ascenseur, je me rendis compte que je ne lui avais pas demandé de titres. J’hésitai à remonter, puis décidai que non. L’employé devait savoir.



Il me conduisit au rayon Enfant et je secouai la tête.



Je me troublai. Quel âge pouvait-elle avoir ?



Il me mit quatre titres dans les mains. Le premier avait des couleurs criardes qui me firent mal aux yeux. Je le posai. Les deux suivants me semblèrent trop noirs. Karin était encore malade, je ne voulais pas l’attrister par des histoires de drogue ou d’avortement. Le dernier me sembla futile, mais la couverture était gaie et une petite palette de maquillage était offerte en cadeau. Il me sembla convenir. Je l’achetai. Elle se montra ravie et voulut absolument que je fasse le test « Pour quel métier êtes-vous faite ? » Je m’y prêtai de bonne grâce et elle piqua des fous rires de me poser les questions au féminin.



J’étais tenté de dire « Pyjama vert avec des moutons », parce que c’était ce qu’elle portait. Je n’osai pas. Je répondis, minaudant :



Je réfléchis. J’avais aimé Clémentine en tailleur, Clémentine en robe sexy. Ce que j’avais aimé chez elle, c’était son arrivisme, sa volonté de réussir. Nous nous faisions la courte échelle : je lui présentais ses futurs clients, elle organisait des dîners mondains impeccables. Mais je m’étais fatigué de cette course. Je pouvais encore agrandir mon affaire, je pouvais développer à l’export, mais je ne le voulais plus. Je voulais autre chose. Elle avait encore soif de pouvoir. Je regardai Karin. Elle semblait si simple.



En comptant les points, j’avais neuf ronds rouges : un métier sécurisant, fonctionnaire, comptable, agent de bureau. Elle refusa d’abord de me donner son résultat.



Elle regarda ses mains et répondit, d’une voix sourde :



Elle avait laissé tomber le magazine : douze fleurs, "santé, social, éducation". Je lui pris la main.



Elle me serrait les doigts à me faire mal.



Elle avait lâché ma main, relevé la tête.



En sortant de la chambre, j’ai machinalement jeté un œil sur la feuille de température au bout du lit. Nom, prénom, date de naissance. Date de naissance. Refaire le calcul, trois fois. 22 ans. Elle avait 22 ans. Je haussai les épaules. Ça ne changeait rien. Elle avait tout de même l’âge d’être ma fille… Si je n’avais pas attendu d’être marié.


La fois suivante je lui amenai une boîte de papillotes anglaises, ces gros cylindres munis d’un pétard qui contiennent des bonbons, de petits jouets, une blague. Je fis claquer la première, pour lui montrer. Elle sursauta au bruit et me lança un regard noir. Elle en déballa soigneusement trois autres, avec une prudence de démineur. Dans l’une, elle trouva une pochette de minuscules crayons de couleurs. Elle en fut ravie. Elle rangea les autres.



Je me mordis la langue. Quelle question idiote ! Elle répondit pourtant.



Elle cherchait ses mots.



Elle secoua la tête.



Je restai sans voix. Cette simple phrase, dite sur un ton neutre, me coupait la respiration. Elle me faisait mal. Je comprenais si bien ce que ça voulait dire.


J’avais mis plusieurs années à comprendre que Clémentine ne voulait pas d’enfant. Elle me disait « Plus tard ». Après ce procès, après cette affaire, après ma promotion, quand j’aurai monté mon cabinet. Elle ne disait pas non. Je ne voulais pas voir que c’était par calcul. Que dire non l’aurait placée parmi les carriéristes, les sans-cœur. Je pensais que c’était normal, de fonder une famille avec celle que j’avais épousée. C’est pour cela, peut-être, plus que pour tout le reste, que je l’avais quittée.


Et Karin, toute blanche. Elle avait fait une fausse couche. Qui aurait pu lui être fatale. Et le père ? « Elle ne reçoit pas beaucoup de visites. » Pour la première fois, je me suis dit qu’elle n’était pas armée pour la vie. Elle avait un regard d’enfant. Le premier bouton, ouvert, de sa chemise de nuit disait trop qu’elle était une adulte. « Une innocente »… Depuis combien de temps n’avais-je pas utilisé ce mot ? Quand j’étais petit, c’était une insulte. Il revenait, paré de sa lumière. D’une auréole de cheveux presque transparents.


Karin devant moi n’était plus que tension. Comme je comprenais… Je comprenais si fort. Je la pris dans mes bras, elle était toute chaude contre moi. Je lui caressai lentement les cheveux, sans rien dire. Elle se détendait, doucement. Il me sembla, pendant quelques minutes, qu’elle s’était endormie.


Quand elle se dégagea, ses yeux papillotaient.



Qu’est-ce qui m’a retenu de répondre « Toi aussi » ? Son parfum me donnait, physiquement, envie de la manger.


La fois suivante, je lui apportai un bloc-notes et des stylos de couleurs, emballés dans du papier kraft. Elle applaudit des deux mains. Elle était gaie, elle me montrait les autres cadeaux des papillotes, elle me parlait des infirmières. À un moment, elle décala son oreiller et je me retrouvai presque étendu contre elle, sur le lit d’hôpital. Sa petite main potelée sur le drap, la courbe indiscrète dévoilée par l’échancrure de son pyjama. Je l’écoutais à peine. Je la regardais. Sa peau était si prés de moi. Je pouvais détailler le doux corail de ses oreilles, la ligne de ses lèvres, un peu sèches, qu’elle humectait du bout de la langue. Je l’avais prise pour un ange, elle était faite de chair. Je ne me rendis pas compte qu’elle avait arrêté de parler.


Elle se pencha sur moi avec une infinie lenteur et m’embrassa. Le froissement de papier de ses lèvres sur les miennes, la douceur de sa langue, la fraîcheur de sa salive. Il me semblait boire à longs traits à la source après une longue marche. J’étais arrivé. Son baiser avait le même parfum que sa peau.


Lorsqu’elle s’écarta, j’eus froid, soudain. Elle n’était plus cette femme douce qui m’avait embrassé, elle était une enfant un peu folle. Je n’avais rien à lui offrir qu’un amour tronqué. J’avais quitté ma vie pour créer une famille. Elle ne pourrait jamais me l’offrir. Le voudrait-elle seulement ?


Et cela, tout cela, me rendait profondément malheureux.


Sa lèvre tremblait un peu



J’avais du mal à la regarder. Je n’avais pas de mots pour dire à quel point j’en avais eu envie. Je ne savais rien lui dire. Elle me regardait comme si sa vie en dépendait et je ne pouvais plus parler. Alors, doucement, je me suis penché vers elle et je lui ai rendu son baiser.


De toutes mes hésitations, de tous mes débats intérieurs, je ne peux dire qu’une chose. Elle était, malgré toute ma raison, devenue le centre de ma vie.


J’allai la chercher pour sa sortie. Elle marchait lentement, comme si elle avait peur. Une fois dans la voiture, elle caressa le cuir beige du siége avec un plaisir évident. Elle babillait comme d’habitude, en s’extasiant sur mon véhicule. Elle parlait pourtant de moins en moins au fur et à mesure que nous approchions, et semblait guetter avec appréhension par la fenêtre.


L’appartement sentait la soupe froide et la litière mal entretenue. Les pièces me parurent encombrées et minuscules. Son frère ne m’accorda pas un regard, malgré mon bonjour. Sa mère me proposa un café.



Elle devait avoir l’habitude d’obéir. Elle le fit sans discuter.


Il était étrange de penser que ce petit ange blond était né de cette femme massive. Un duvet brun ombrait sa lèvre supérieure. Elle posa une boîte en fer blanc sur la table et deux tasses. Elle parla d’une voix sourde.



J’avalai une gorgée de café avant de répondre. Il était meilleur que ce que je craignais. Elle-même avait pris un gâteau sec et le tournait entre ses doigts.



Il y eut un blanc, à peine meublé par le craquement du gâteau sec. Elle avait le même tic que sa fille : elle regardait ses mains. Je repris calmement une gorgée de café. Je reposai la tasse.



Son regard se fit si dur que j’eus, un bref instant, peur.



Elle eut un signe impérieux de la main. Karin entra dans la pièce.



Karin me regardait avec hésitation. Il n’y avait pas de gêne sur son visage. Elle ne trouvait pas étrange le ton sur lequel lui parlait sa mère. Elle se demandait franchement si elle m’avait remercié. Je lui souris et son visage s’éclaira. La matrone n’avait pas perdu une miette de notre échange de regards.



Je me levai. La chaise, en glissant sur le sol, fit un bruit épouvantable. Karin me précéda vers la porte. Le couloir était si petit que nous n’y tenions pas face à face. Je me retrouvai donc sur le palier. Des bruits de dispute et de musique montaient de la cage d’escalier. Je posai mes mains sur les épaules de Karin. Elle posa ses lèvres sur les miennes. Quoi qu’en pense sa mère, elle était une adulte. Jamais une enfant n’aurait embrassé avec cette fougue, cet art, ce désir.


Je reçus, avant de partir, le regard de son frère. Ni hostile, ni amical : vide.


Même si la méfiance de sa mère à mon égard finit par s’atténuer, je ne fus jamais le bienvenu. Pourtant, je n’emmenais pas Karin chez moi. Je lui faisais une cour assidue, lui offrant des fleurs, des chocolats, des babioles. Je l’emmenais au cinéma, voir des mélos insondables qu’elle adorait. Je ne regardais pas le film. Je la regardais, elle. J’allais la chercher le soir au supermarché où elle travaillait comme femme de ménage, pour l’emmener au restaurant. Elle me regardait toujours d’un air coupable, avant de demander :



Elle commandait des tomates mozzarella et des desserts. Elle me regardait manger mon tournedos, disait :



Et elle hurlait de terreur quand je feignais de la croquer, nous attirant un regard courroucé du maître d’hôtel.


Et toujours, lorsque je la quittais, elle me demandait « On est amoureux, hein ? ». J’en profitais pour l’embrasser une ou plusieurs fois supplémentaires. Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi elle posait cette question.


Mes amis, les rares qui ne s’étaient pas rangés du côté de Clémentine, l’appelaient "ma passade". "Crise de la quarantaine", "séquelle de mon divorce". Certains tentaient de m’embarquer dans des dîners.



Les quelques fois où je ne pus trouver d’échappatoire, je me retrouvai à mener une molle conversation avec une célibataire endurcie, semblant elle aussi rêver de fuir ce guet-apens.


D’autres tentaient, sans succès, de me pousser à des confidences salaces. Un ou deux vieux amis me prirent même à part. J’étais héroïque d’afficher ainsi mon démon de midi, ou idiot, selon. Ils en profitaient pour me confier des histoires que je jugeais sordides, des rencontres à l’hôtel, de faux séminaires, et le câlin du samedi pour donner le change à l’épouse.



Après ces entrevues, j’avais du mal à regarder Karin en face. Le miroir qu’ils me tendaient me faisait peur. Aurais-je été comme eux, si j’avais eu des enfants de Clémentine ? Un homme usé, menteur, qui louvoyait entre une maîtresse trop jeune et une femme un peu fade ? Avec elle, je me sentais jeune, hésitant, amoureux. Mais je n’étais plus jeune. Est-ce que sur le reste aussi, je me mentais ?


Je l’emmenai à la mer. On était en avril, le soleil était agréable, même si le printemps naissait à peine. Je lui conseillai d’emmener de gros pulls et plus de vêtements que nécessaire. Elle posa son sac informe dans le coffre, les yeux brillants.


Le plaisir de la voir dormir, bercée par le mouvement de la voiture. De la voir s’étirer comme un chat sur une aire d’autoroute, avant de sauter sur place pour se dégourdir les jambes. Son dégoût à la vue des fruits de mer, puis son plaisir à décortiquer méticuleusement les crevettes pendant que je gobais les huîtres. Sa peur des vagues, mi-réelle, mi-jouée. Il faisait réellement trop froid pour se baigner, mais nous fûmes trempés jusqu’aux cuisses. Je lui fis écran avec une serviette pendant qu’elle changeait de pantalon. Nous finîmes la journée en une longue balade sur la plage.


Elle commençait à avoir froid. J’avais toute la journée repoussé cette idée. Il fallait aller à l’hôtel où j’avais réservé. Une chambre avec un lit double et un lit simple. Je voulais qu’elle puisse choisir. Si on m’avait demandé quelle était ma décision, je serais resté muet.


Je lui proposai de prendre une douche avant de redescendre. J’allumai la télévision pour ne pas cogiter en l’attendant. Je passai d’une chaîne à l’autre, regardant à peine l’écran. Je m’efforçai de ne pas la regarder quand la porte de la salle de bains s’ouvrit. Peine perdue. Elle était entourée d’un nuage de vapeur, une serviette blanche de l’hôtel drapée autour du corps, une autre en turban sur la tête. Un petit renflement de chair, au pli de l’aisselle, soulignait la naissance de ses seins. Une goutte d’eau perlait de son nez. Elle avait, sous le soleil encore jeune, attrapé quelques taches de rousseurs.


La serviette s’entrouvrait à chacun de ses pas. Je n’avais pas encore vu ses jambes. Elles étaient fines, galbées, et une tache de naissance marquait son mollet droit. Je me sentais à la fois heureux et puéril de saisir à la dérobée l’image de ses cuisses.


Elle s’assit de l’autre côté du lit, un pied à terre, l’autre replié sous elle. Je pouvais maintenant contempler toute cette étendue blanche et douce. Je voulais en voir plus. Quand elle se pencha vers moi, j’hésitai entre m’abandonner à son baiser et regarder encore. La serviette s’ouvrirait sans doute davantage dans le mouvement. Mais je fermai les yeux, posai ma main sur son cou. Ce n’est pas seulement sa bouche qui s’abattit alors sur moi, mais tout son corps. Ses mains tirèrent mes vêtements pour dégager mon torse, son ventre bascula sur le mien, sa jambe m’escalada sans douceur. Elle ne cessait de m’embrasser, pourtant. Elle prit ma main, la posa sur la serviette qui bientôt s’écarta.


Ces seins que j’avais à peine entrevus, ces deux globes lourds et tendres, je les empaumai. Elle s’attaquait maintenant à la ceinture de mon pantalon, sans fébrilité mais avec obstination. Sa langue fouillait toujours ma bouche et j’explorai son corps à l’aveugle, émerveillé et abasourdi.


Quand elle vint enfin à bout de ma braguette, je compris à quel point je la désirais. Elle se détacha enfin de mes lèvres pour finir de me déshabiller. Je me laissais faire, trop occupé à la dévorer des yeux. J’avais cru, devant la pâleur douce de ses seins, découvrir un corps d’adolescente trop vite grandie. Mais mes mains parcouraient des vallons et des collines, le nombril surplombait un ventre moelleux, les fesses étaient pleines et marquées, vers les cuisses, de ces lignes violettes, signe de maturité. Ses bras, ses mains, son visage, gardaient la trace de l’enfance. Son corps était celui d’une femme, une vraie femme, et cela me bouleversait presque aux larmes.


J’étais nu et elle me contemplait à son tour. Mes yeux, mes mains, ne se rassasiaient pas d’elle. Nous nous rapprochions peu à peu, jusqu’à nous étreindre. Nos caresses n’avaient rien de calculé, nos baisers étaient maladroits et avides, elle me fit presque mal en m’empoignant une fesse, je ne savais plus si je cherchais ses lèvres ou son ventre.


Elle m’eut bientôt léché de partout. Sa peau à elle sentait le savon et une odeur un peu acide. Alors que je me penchais pour goûter la chair tendre de ses cuisses, les effluves de son sexe me prirent presque par surprise. Un parfum de fleur, lourd, entêtant. Je résistai au désir de m’y plonger tout entier. Elle me ramena vers elle, m’embrassa, m’enlaça. Nous roulions sur le lit, nos deux corps se frottant, nos désirs se mêlant.


Elle, sur moi, se redressa un peu, m’offrant son buste. Elle ramena ses jambes sous elle et, ainsi accroupie, commença lentement à onduler. Mes mains sur ses seins, mes yeux sur son bas-ventre. Sa toison presque transparente effleurait ma peau. J’étais comme hypnotisé par sa danse, pris par le plaisir qu’elle me procurait ainsi. Puis, brusquement, elle se souleva, vint cueillir la pointe de ma verge et l’engloutit en elle. J’osais à peine bouger, à peine respirer. Je ne savais pas quoi faire. Elle, elle savait. Elle reprit son ondulation, posa ses mains sur mon torse. Je la pris aux hanches et j’accompagnai son mouvement. Ses seins se balançaient à contretemps, ses épaules et son ventre luisaient de sueur. Je serais resté ainsi pour l’éternité.


Et, soudain, elle se mit à rire.


Je restai médusé. Que se passait-il de drôle ? J’étais déconfit et perplexe alors que, toujours au-dessus de moi, elle riait. Et, bizarrement, je ne débandais pas. Les vagues de son rire entouraient mon sexe, le portaient, le massaient. Et je ne savais pas à quelle sensation me vouer, au plaisir qui naissait de cette improbable caresse, à la déception de la voir ainsi basculer hors de nos jeux.


Elle riait à en perdre le souffle, ses mains n’avaient pas quitté mon torse et ses jambes s’étaient crispées autour de mes hanches. Et moi, emporté par cette sensation inconnue, je me répandais en elle, à longs traits.


Lorsque je revins du plaisir, quelques minutes plus tard, elle était tendre et sérieuse. J’allai prendre ma douche, déboussolé.


Il me faudrait plusieurs essais, de lamentables « Et ça, ça te plaît ? », des batailles de chatouilles dans un lit défait, pour comprendre. Ce rire fou, qui la prenait dans mes bras, c’était sa façon à elle de jouir.


Le lendemain, elle voulut faire un château de sable « comme dans les publicités ». Je nous offris deux seaux en plastique et une pelle. En la voyant aller et venir, faire la moue devant le fossé trop vite vidé, applaudir quand, grâce à une rigole, le château se transforma en île, en la sentant se blottir dans mes bras, m’embrasser avec passion, je compris autre chose.


Je n’avais pas à avoir peur. Karin pouvait être tout pour moi. Elle serait ma femme, ma fille, mon amante.


Je la demandai en mariage.


Elle accepta. Elle accepta et me traîna chez un bijoutier pour que je lui offre une bague de fiançailles. En voyant le petit dauphin à l’œil de saphir qu’elle avait choisi, je ne pus m’empêcher de penser au solitaire de Clémentine. Ce mariage-là serait tout autre.


La nouvelle de ces fiançailles catastropha mes amis. Un par un, ils essayèrent de me faire fléchir. J’avais maintenant la photo de Karin sur le buffet de la salle à manger et il me suffisait de la regarder pour savoir que, non, je ne me trompais pas. Leurs arguments portaient pourtant. Avec elle, je ne pourrais ni avoir d’enfant, ni adopter. Je serais responsable d’elle. À vie. Un partenaire de golf, un avocat qui m’avait conseillé quelqu’un pour le divorce, me demanda si je voulais reprendre le dossier de mise sous tutelle que sa famille avait commencé. J’étais horrifié. Karin n’avait pas de jugeote, mais elle était capable de se débrouiller seule.



J’arrêtai le golf. Et pour leur prouver, à tous, que Karin était une adulte, je l’aidai à s’inscrire en CAP. Avec ce diplôme, elle pourrait être auxiliaire en crèche ou en école maternelle. Elle réaliserait son rêve. Je ne voulais pas que mon épouse soit femme de ménage. Je passais mes week-ends à lui faire réviser ses maths.


Karin n’était pas croyante, mais elle voulait une cérémonie comme dans les films. Ça ne me posait pas de problème. Il n’est pas difficile, même pour un mécréant en seconde noce, d’obtenir une jolie bénédiction à l’église. Ce fut pourtant un tout petit mariage. Sa famille, la mienne. Elle n’avait pas d’amis. Je n’en avais plus beaucoup, et moins encore que je souhaitais inviter. Quelques collègues de part et d’autre. J’avais convié Clémentine. Elle vint au vin d’honneur, félicita chaudement Karin. Brièvement, je fus fier d’avoir eu une telle femme pour première épouse. Elle me regarda ensuite et dit, sans sourire :



Je n’ai pas compris si c’était une façon de se réjouir de mon bonheur ou de marquer que nos chemins s’étaient à tout jamais séparés. Peut-être les deux.


L’ambiance au repas était lourde et pourtant Karin était heureuse. Elle faisait admirer sa robe, voulut danser la valse à s’en étourdir, battit des mains devant la pièce montée. Ma sœur la couvait des yeux avec inquiétude et tendresse. En l’observant, je compris que j’avais une alliée. La première.


Karin s’installa. Je lui aménageai un bureau, avec une étagère pour ses « cartons de mémoire ».



Il y avait de tout, là-dedans : des bulletins scolaires, des rapports de psychologues, des ordonnances, des cartes postales, des billets de trains, des emballages de chocolat. Elle ajouta, dans le dernier, notre faire-part de mariage et le sachet de dragées. Elle trouva une place dans la bibliothèque pour ses albums photos. Elle passait des heures à les parcourir. Quand je les regardais avec elle, elle choisissait toujours ceux de son enfance, ou le dernier, avec les photos de la mer et de notre mariage. Si j’essayais d’en prendre un autre, elle se braquait.



Elle avait l’air si malheureuse en disant cela, que je n’insistai pas. Je les feuilletai en son absence, avec l’impression de la trahir. Les photos ne révélèrent pas son secret.


Elle se débrouillait mieux que moi pour tenir la maison en ordre. Elle refusa que je garde ma femme de ménage.



Elle secoua la tête.



Elle lisait de plus en plus. Elle raffolait des histoires de filles-mères, d’adoption, de familles dispersées. Je la retrouvais parfois en larmes au fond de notre lit.



Je lui mentais un peu. Il y avait aussi des témoignages, dans ces lectures. Elle lisait aussi tout ce qu’elle pouvait trouver sur l’enfance. J’avais beau savoir qu’il s’agissait de documentation pour ses examens, ça me tordait le cœur. Notre enfant aurait été le plus aimé du monde.


Quand elle était triste, je la retrouvais en train de jouer à la poupée. Elle les avait toutes gardées. Certaines avaient été si malmenées qu’elles avaient à peine figure humaine. Elle s’en occupait pourtant avec soin.



Son pauvre sourire, dans ces moments-là, me donnait envie de lui donner un bain et de préparer des nouilles au jambon. Ma petite fille.


Heureuse, elle décorait la maison. Elle achetait des guirlandes, des bibelots. Le salon semblait en permanence décoré pour Noël. Ça fascinait mes neveux. Quand ils venaient, ils regardaient chaque détail avec des yeux émerveillés. Karin passait des heures avec eux, à mettre en scène les petits personnages. Souvent, elle leur offrait ensuite leur préféré.


Je redécouvrais le plaisir de dîner avec des amis. Les quelques-uns qui me restaient ne tenaient pas à moi pour le business. On pouvait regarder un match de foot, cravate desserrée, ou faire une belote. Pas de rang à tenir. Les repas avaient perdu en finesse. Ils avaient gagné en gaieté.


Karin devait faire des stages, pour sa formation. J’avais mis quelques-unes de mes relations en branle pour lui obtenir les premiers, ensuite elle se débrouilla seule. Une directrice de crèche l’avait prise sous son aile.



Je me sentais parent d’élève, en entendant cela. Mais quand je rapportai cette conversation à Karin, celle-ci ne m’écouta pas. Elle grimpa sur mes genoux et entreprit de dénouer ma cravate.


Un pan dans chaque main, elle tira doucement pour que je baisse un peu la tête. Elle m’embrassa ainsi, puis sa bouche dérapa lentement vers mon cou, puis mon oreille. Par jeu, je continuais de parler. C’était de plus en plus difficile, mais se serait-elle rendue compte que ce que je disais n’avait ni queue ni tête ? A chaque fois qu’elle changeait de position, son bassin se frottait à mon ventre. Elle avait déboutonné ma chemise et s’employait à faire durcir mes tétons. Mes mains, de leur côté, avaient lâché l’affaire et parcouraient les douces rondeurs cachées sous son pull. Elle descendait toujours, glissa du canapé en rigolant comme une baleine. Elle croisa mon regard et reprit. Ma ceinture capitula vite, ma braguette ne demandait qu’à s’ouvrir. Par jeu, elle fit mine de partir. Je la rattrapai par le chandail et j’en profitai pour le lui ôter. Elle dessinait du bout des doigts des arabesques sur mon sexe, qui tanguait sous la caresse. Puis elle se releva un peu et l’emboucha. Elle s’arrêta aussitôt pour demander :



Clémentine avait été une amante experte. La voracité maladroite de Karin aurait dû me sembler fade après cela. Mais il me semblait que jamais je ne pourrais me lasser de sa sincérité, alors que les savantes techniques de mon ex-femme m’avaient finalement ennuyé. Ce n’était que de l’exploration. Il fallait aller plus loin, tester d’autres choses. Il fallait du nouveau. Toujours. Elle avait eu, j’en étais sûr, plusieurs amants. Et j’attendais, fataliste, le moment où elle en voudrait plus encore. Nous nous étions quittés avant.


Les gestes simples de Karin, la malice sommaire de ses approches, sa gourmandise, sa façon de passer du jeu au sexe, me semblaient infiniment moins routinières que la lente escalade que j’avais subie auparavant. La langue de Karin allait et venait le long de mon sexe. Par moment, elle aspirait. Ses seins se frottaient à mes cuisses. Le plaisir montait. Je le contrôlai une première fois. Elle fit mine de me mordre, puis, comme pour se faire pardonner, couvrit la tige de baisers appuyés. Elle descendit, remonta. Je voyais par moment son œil pétiller. Elle m’empoigna, coiffa mon gland de ses lèvres. Je me sentis prêt à jouir.



Elle se recula vivement. Elle n’aimait pas le goût et, surtout, le spectacle du sperme jaillissant la ravissait. Elle souriait, battait des mains. J’attrapai la boîte de mouchoirs. Karin se pelotonna contre moi, attrapa la télécommande. Elle était maintenant captivée par l’image. Elle posa sa tête sur mon ventre. J’étais bien, ainsi.


Je devais faire notre déclaration d’impôts. Karin était en stage. Il me fallait ses bulletins de salaire de l’année précédente. Je n’avais pas pensé à les lui demander la veille. Il me sembla logique d’aller chercher dans ses boîtes à mémoire. Je souriais en vidant la première. Tickets de cinéma, cartes de restaurant, il y avait là toute la cour que je lui avais faite. Je trouvai un à un les bulletins de salaires. Il m’en manquait encore deux. Je rangeai soigneusement le reste et ouvris une autre boîte.


Sur le dessus, les documents sur son hospitalisation. Un an et huit mois. Je souris un peu en la revoyant dans son pyjama vert. Je pris une liasse. Inutile de m’attarder là-dessus, elle avait dû mettre la pile d’un coup. Il restait une feuille. Une ordonnance. Diastéril 1, une boîte. Le nom du médicament me disait quelque chose. Je haussai les épaules, me disant que j’avais sans doute vu l’emballage sur sa table de nuit. Je trouvai les fiches manquantes. Sa mémoire était tout de même plutôt mal rangée.


L’ordonnance tomba sous mes yeux de nouveau. Soudain, je vis la boîte. Longue, avec un filet bleu. Je ne l’avais pas vue sur sa table de nuit. Je l’avais achetée pour Clémentine, un jour qu’elle n’avait pas le temps de passer à la pharmacie. C’était urgent, son rendez-vous chez le gynécologue avait été déplacé trois fois.


Ce n’était pas un médicament. C’était un stérilet.


L’ordonnance datait de son séjour à l’hôpital.


Elle n’était pas stérile.


On avait simplement voulu l’empêcher d’être enceinte à nouveau.


J’étais abasourdi. J’avais lutté pour construire mon mariage malgré sa stérilité. Et soudain, je me voyais submergé par la joie. Je pouvais, nous pouvions, avoir des enfants. Et pourtant, la crainte était plus grande que le bonheur. Je ne comprenais pas pourquoi. L’avait-on stérilisée comme cela se pratique dans les hôpitaux psychiatriques ? Le savait-elle ? Me mentait-elle ? Elle ne savait pas mentir.


Elle savait taire ce qu’elle voulait cacher.


« Moi, je pourrai plus avoir d’enfant, maintenant. »

Un constat. Je voulais revenir en arrière, elle, pâle dans ce lit d’hôpital, regardant ses doigts, et demander pourquoi. Revenir en arrière, parler avec le médecin. Questionner l’infirmière. Et brusquement, une image me revint. Une photo, aperçue fugacement dans l’album de son adolescence. Elle, noyée dans un pull où on en aurait mis deux comme elle. Et si son corps n’était pas déformé par ses vêtements ?


Je me précipitai sur l’album. J’interrogeai chaque photo. Avec un regard neuf, je me rendis compte que sa façon de s’habiller avait varié beaucoup, à deux reprises. Qu’elle avait grossi. Je me raisonnai. Ça ne voulait rien dire. Avec la famille qu’elle avait, la diététique ne devait pas être son fort. Mais je tombai sur une photo trop claire. Comment ne l’avais-je pas vue plus tôt ? Est-ce que j’avais cru qu’elle jouait, un oreiller sous son chandail ? Elle avait adopté la posture d’une femme enceinte, pieds en dedans, ventre en avant, les mains sur les reins, et elle souriait. Enceinte de plus de huit mois, j’en étais sûr. Je regardai la date.


Elle avait été quatre fois à l’hôpital. Je retournai dans son bureau.


Je trouvai deux factures. Rien d’autre. Pas traces d’examens, pas d’ordonnance. Rien. Des hospitalisations pour rien. L’une d’elle dans la même période que la photo. Je remettais le puzzle en place. Elle était très jeune lors des deux séjours. Si elle avait été enceinte, sa mère aurait pu lui demander d’accoucher sous X. Est-ce que, même aujourd’hui, Karin aurait été capable d’élever des enfants ? Je voulais dire oui, cent fois oui. Mais je ne savais pas. Avec mon aide, je croyais que oui. Mais seule ? Elle était seule alors. Ou est-ce que… Je repris l’album. Aucun garçon n’y était représenté plus d’une fois, à part son frère.


Je pris la voiture, j’allai voir sa mère. Elle me mit une tasse de thé dans les mains avant quoi que ce soit d’autre. Je devais avoir une drôle de tête.



Elle me regardait. Son visage s’était fermé.



C’était une fin de non recevoir. Je remerciai pour le thé, je partis. Ses non-dits m’avaient pourtant répondu : Karin avait été enceinte plus d’une fois.


J’appelai une connaissance à la direction des services sociaux. J’avais pris son fils en stage, il s’agissait simplement d’un retour d’ascenseur. Elle s’étonna pourtant de me voir m’intéresser aux procédures d’accouchement sous X. Il n’y avait aucune trace. Elle me dit que l’hôpital ne pouvait même pas faire une facture nominale. Le seul document qu’avait la mère était un numéro de dossier, valable seulement huit semaines, le temps où elle pouvait changer d’avis. Elle hésita, puis dit.



Je restai évasif, parlai de renseignement en général. Il est évident qu’elle n’en cru pas un mot.


Je retrouvai deux bulletins sibyllins, portant chacun un numéro de dossier et la notification d’un délai de huit semaines.


Karin avait abandonné deux enfants. Je retournais les éléments dans tous les sens. Bien sûr, je pouvais interpréter cela différemment. Les services de l’enfance auraient pu monter d’autres dossiers pour elle. Ses cartons débordaient de compte-rendu des services sociaux. Mais l’addition était assez lourde.


Je me pris les tempes. Ce n’était pas vrai. Karin avait peut-être fait d’autres fausses couches Ca aurait tout expliqué. Son fatalisme. Le stérilet. Mais pas ces deux bouts de papiers. Où peut-on savoir à quoi ressemble une attestation d’abandon ?


Les poupées, sur l’étagère, me narguaient.


Quand Karin rentra, elle me trouva taciturne. J’avais soigneusement rangé les boîtes, fini la déclaration d’impôt. Et je tournais et retournais la question. Savait-elle ?


Je regardai les livres sans aménité. Ces histoires d’orphelines qui la faisaient sangloter, qu’en penser ? Est-ce que c’est à ses enfants qu’elle pensait ? Est-ce que si elle était si patiente avec les petits de la crèche, c’était parce que dans tous ces bambins il y avait peut-être l’un des siens ?


Je me couchai bien après elle, ce soir-là. Elle ne dormait pas. C’était la première fois depuis notre mariage que je l’avais laissée seule dans notre lit. Son petit visage aux traits tirés, dans la pénombre, m’émut aux larmes. Je me jetai sur elle, la pris dans mes bras. Sa main sur mon dos était maternelle.


Je ne cessai de me poser des questions. Je lui caressai les seins et cherchai, en même temps, les traces des grossesses passées. Son ventre rond, vallonné, était une preuve flagrante. Ces plis, ces marques, qui m’avaient tant rassuré auparavant, c’étaient les empreintes des enfants disparus.


Je me fis plus inquisiteur. Ses hospitalisations, ses petits copains. Les albums photos. Je cherchais à la piéger. À certaines de mes questions, elle ne répondait pas. Elle regardait ses mains, et son regard, lorsqu’elle levait les yeux, me disait : pourquoi tu me fais ça ?


Je me haïssais de la faire souffrir ainsi. Je ne pouvais plus regarder un enfant de cinq ans sans penser : c’est peut-être lui. Et elle ?


Il y avait de la souffrance pour elle. Elle refusait de m’en parler. Du garçon qui l’avait mise enceinte, la dernière fois, elle ne m’avait dit qu’une chose :



Et son regard buté, à ce moment, m’avait fait peur. Est-ce que je pouvais la protéger de son passé ? Je n’arrivais déjà pas à la protéger de moi. Je la couvris de cadeaux inutiles, je lui offris de nouveaux livres, je ramenai des petits fours dont nous faisions des dîners. Et je me consolais de la voir sourire, je me promettais de ne plus chercher, de ne plus questionner. Jusqu’à la prochaine fois.


Le problème majeur, c’était le présent. Le stérilet. Je me surprenais, en plein ébat, à fouiller son sexe à la recherche de ce fichu fil. Elle ne comprenait pas. Elle repoussait ma main, doucement. Et je la serrais dans mes bras, fort, trop fort. Elle disait :



Est-ce qu’elle savait ? Pourquoi, si elle savait, ne m’avait-elle rien dit ? Est-ce qu’elle pouvait ne pas savoir ?


Je n’arrivais pas à en parler. J’avais peur. J’avais renoncé à avoir une famille. Renoncé à mon rêve. Pour elle.


Et c’était possible. Elle pouvait porter mon enfant. Je pouvais tout avoir : une famille et elle.


J’avais peur que ce cadeau-là soit empoisonné.








Influences et références : Les mots d’amours, Bénébar ; La petite voleuse de Claude Miller ; Forrest Gump ; les magazines 20ans et Jeune et jolie ; les émissions de Zoé Varier.





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