Notation public
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n° 09850Sage02/11/05 *
Quand il descendit du ciel
critères:  inconnu strip jeu humour
25397 caractères      
Auteur : Pattie

Plouf ! Quel bonheur de perdre conscience, de sombrer dans le sommeil…



~~o~O~o~*^*~o~O~o~~



Il avait donc fui, le beau temps où je devais filer au lit avant minuit pour être sûre que le père Noël allait passer…


Maintenant, je devais rester éveillée quoiqu’il arrive, vaillamment. Le premier qui dort à un gage : celui d’être la cible des piapiapia familiaux, dans le dos, toujours.


Elle n’a rien fait, c’est simple, elle est allée dormir et on s’est tapé la vaisselle et le rangement, alors que c’est elle, la jeune fille de la maison, elle pourrait un peu participer, on ne lui demande pas la lune !


Si on vivait au Far West, ma famille passerait son temps à décoller les plumes du goudron dont elle serait enduite, à force de tirer dans le dos !


Mais il fut dit : Noël sera familial.


Et voilà. Toute la famille réunie sous le même toit : mon frère, déprimé par tant de haine en ce bas monde envers les pauvres peintres sans talent ; mon grand-oncle, veuf, abandonné par ses grands enfants – encore heureux que ce fût devant notre porte et non attaché à un arbre d’autoroute – ; ma tante, éplorée, abandonnée par son mari, venue armée de ses trois enfants.


Et moi.


Tous rassemblés en un immense élan de, euh… d’amour, au sein du foyer le plus chaleureux de la famille : celui de mes parents.


Et mes parents ? Ils avaient scandaleusement fui leur responsabilité d’accueil traditionnel et, trouvant visiblement le foyer trop chaud, fêtaient Noël en amoureux en Laponie.


La famille ne comprenait pas.



  • — Je ne comprends pas, disait mon frère, comment Maman a-t-elle pu m’abandonner alors que je suis au bord du gouffre, à cause de cette galerie qui m’a jeté dehors comme un malpropre ?
  • — Je ne comprends pas, disait ma tante, pourquoi mon propre frère me laisse seule en un moment pareil. Vraiment, on ne peut pas compter sur les hommes.
  • — Je ne comprends pas, disait mon grand-oncle, ils ont toujours organisé Noël ici, alors pourquoi cette année ne sont-ils pas là ?
  • — Je ne comprends pas, disaient mes jeunes cousins, comment ça y a plus de Nutella ?


Moi, je me taisais : je comprenais. J’avais même du mal à concevoir qu’ils aient pu tenir si longtemps face à cette invasion saisonnière de pique-assiette.



-o-O-*-¤-*-O-o-



J’étais là depuis trois jours, pour mon congé de fin d’année. J’avais trouvé la maison en pleine révolution. Les enfants étaient vautrés dans le salon, englués de Nutella devant la télévision. Ma tante sanglotait au téléphone, en liaison directe avec le chien infidèle, qui avait migré au Brésil avec sa maîtresse. Mon frère peignait une fresque sur le mur du couloir.



  • — C’est quoi tout ce noir ?
  • — C’est le reflet du monde, et les étincelles grises sont les âmes des enfants qui, sitôt mises au monde, s’éteignent et se rangent dans le morne.
  • — Mais pourquoi sur le mur du couloir ?
  • — Tu ne comprends rien à l’Art. »


Mon grand-oncle était assis, tout triste, dans un coin, derrière le sapin, sur son fauteuil roulant. Le lave-vaisselle était plein, ouvert, débordant, entouré d’un remugle inquiétant (mon Dieu, où avaient-ils mis le chat ?).


Et le mot de ma mère, collé sur le frigo :



Mes chéris, nous sommes en Laponie. La bûche est au congel, le foie gras au cellier, le vin à la cave, la dinde au poulailler. Amusez-vous bien !



C’est une marrante, ma mère.


Voilà donc trois jours que je lavais, nourrissais, faisais les courses, consolais. Célibataire sans enfants il y a moins d’une semaine, je me retrouvais à la tête d’une famille de trois dépressifs adultes et trois hystériques en bas âge.


J’appris vite à gérer les situations critiques.


Ne surtout pas empêcher les enfants de regarder la télé sous peine de crises de larmes accompagnées de jets de vases et de coups de pieds sournois. J’étais même allée jusqu’à tirer une vieille télé de la remise pour leur permettre de ne plus se battre pour les programmes, suite à l’arrachage par mon cousin d’une poignée de cheveux de ma cousine, accompagné d’un décollement de racines – ce qui m’avait valu un regard soupçonneux de la part du médecin de famille.


Ne surtout pas empêcher mon frère d’étaler son noir sur les murs, sous peine de le voir s’asseoir au milieu d’une flaque de peinture pour sangloter sur l’étroitesse d’esprit qui régnait sur le monde. S’arranger simplement pour qu’il ne manque pas de noir.



Ne surtout pas oublier de répondre à mon grand-oncle que oui, bien sûr, ses enfants ont appelé, ils lui font un bisou, mais ils n’ont pas voulu qu’on le réveille (tu parles qu’ils avaient appelé !). Et que oui, sa femme venait juste de sortir, mais qu’elle allait revenir (si les morts-vivants envahissaient le monde !), sous peine de devoir soutenir son regard douloureusement incompréhensif.


Ne surtout pas contredire ma tante, quoi qu’il arrive, car elle était la plus sonore. « Oui, tatie, les hommes sont tous des chiens… Oui, tatie, sauf tonton, tonton n’est pas un chien… Oui, tatie, c’est sa secrétaire qui l’a débauché », sous peine de la retrouver la tête la première dans le four électrique en train de beugler qu’elle pouvait crever, que personne ne se préoccupait d’elle.


Et enfin, Noël fut. Le 24 décembre, enfin, une accalmie.


Pendant un moment, plus un bruit. Le calme. Pas de jérémiades. Pas de cris. Pas de sanglots. Le silence. Serait-il possible… L’esprit de Noël, tout ça, ce ne serait pas une blague ?


Et puis, très vite :



  • — C’est quoi cette dinde ? Elle est trop cuite ! Maman, elle fait pas comme ça !
  • — En plus, la dinde, c’est pas pour le 24, c’est pour le 25, on a toujours fait comme ça, mais maintenant, les jeunes se moquent des traditions.
  • — Si tu savais pas cuire la dinde, il fallait le dire, je l’aurais fait, de toutes façons, je fais tout dans cette maison, personne n’a d’égard pour mon chagrin.
  • — J’aime pas la dinde, je peux aller manger du Nutella devant la télé ?


Passons…


Après le repas, nous avons attendu que les enfants, dopés au Coca-Cola caféiné se décident à fermer un œil. Et nous avons installé les cadeaux.


En général, du temps où mes parents ne laissaient pas tomber la famille pour aller roucouler, nous restions là, autour du sapin. Nous pensions entourer nos parents, alors qu’en fait c’était eux qui nous entouraient, nous imprégnaient, changeaient les malheurs en bonheurs. Nous regardions les cadeaux en pensant au plaisir des enfants le lendemain.


Ce soir-là, c’était plutôt :



  • — Je me demande ce que ça ferait si je trempais les guirlandes dans la peinture noire…
  • — Les lignes doivent être encombrées, c’est pour ça qu’il n’appelle pas, parce que je suis sûre que même sa poufiasse ne pourrait pas le retenir de m’appeler un soir de Noël.
  • — Où est ma tisane ? Le soir, ma femme me fait toujours une tisane. Où est ma femme ? Elle n’a pas pu aller se coucher, pas sans me faire ma tisane. Allez la chercher, s’il vous plaît, je ne peux pas bouger.


Et puis…


Plouf, vive l’oubli, le sommeil, l’enclume qui tombe sur la tradition familiale. Plus qu’une semaine et ce sera la Saint-Sylvestre. Le lendemain, je pourrai enfin partir, retourner travailler, avec de vrais gens qui essaient de vivre au lieu de pleurnicher sur leur sort. Je me demandais quand même comment partir en laissant là ma famille, livrée à elle-même…



-o-O-*-¤-*-O-o-



BLANK !


C’était quoi ce bruit ? Je luttai pour ouvrir vaguement un œil.


Probablement un enfant qui traînait la télé dans l’escalier pour pouvoir la regarder dans son lit.

Ou bien le bruit de ma tante en train de se balancer au bout d’une corde.

Ou bien mon grand-oncle, tombé de son lit en oubliant ses jambes paralysées.

Ou encore mon frère, trempant le sapin de Noël dans sa satanée peinture noire.


Visions de cauchemar. La réalité ne pouvait pas être si moche, alors je décidai de l’affronter. Buvons ce calice jusqu’à la lie, et ensuite allons visiter la cave de mes parents, pour boire une bonne bouteille ou l’utiliser pour assommer celui de ma famille qui osait troubler mon repos.


Je me levai, tâtonnante et approximative. Trois heures du mat’, merde, c’était pas une heure pour déranger les fées du logis fatiguées, énervées, pas douées.


Dans les chambres, je glissai un œil. Tout était calme.


Allons, bon, alors ce bruit, c’était le chat qui s’y mettait lui aussi ? Serait-il en train d’essayer d’avaler une malencontreuse part de dinde trop cuite ?


Je descendis l’escalier en bâillant. Je parcourus le couloir, évitant de mettre la main sur le mur noir ou les pieds dans une tache de peinture fraîche.


Et là, dans le salon, devant le sapin de Noël, je trouvai… (jurez que vous n’allez pas vous moquer…) le père Noël.


Ce n’était peut-être pas le père Noël. Mais en tous cas, dans la nuit du 24 au 25 décembre, un individu vêtu d’un manteau rouge, portant une longue barbe blanche un peu décalée sur la joue et une hotte sur son dos, était planté dans le salon, devant le sapin. Le pied dans un seau de peinture.


Un faux père Noël avec un seau noir ? Un vrai cambrioleur, comme dans la chanson de Renaud ?


Allez savoir.


Surpris par la lumière, il se tenait là, les épaules un peu rentrées, comme dans l’attente d’un coup.


Je restai médusée, n’en croyant pas mes yeux bouffis de sommeil. Il se redressa, tenta en vain de retirer son pied du seau et, rajustant sa barbe qui tentait une fuite stratégique, il eut un geste d’apaisement.



À titre de preuve, la barbe dissidente tomba à ses pieds, dans le seau de peinture noire. Il poussa un soupir résigné, la ramassa et contempla les dégâts. Puis il poussa un autre soupir agacé en constatant que son geste avait éclaboussé son manteau rouge.




Ceux qui n’ont jamais croisé dans leur salon, sur le coup de trois heures du matin, le père Noël, le pied dans un seau de peinture, tenant à la main une moumoute noire qui dégouline sur son manteau rouge, pestant à grand renfort de gros mots, ne savent pas réellement ce qu’est un Noël pourri.


Il finit par me lancer un regard furieux :



C’était donc un rêve ! Tant mieux, cela signifiait que je dormais, que donc j’allais récupérer pour être en forme le lendemain. J’allais simplement terminer ce rêve, pour évacuer ce que mon subconscient essayait d’évacuer, et ensuite passer à un autre. Celui avec Johnny Depp serait le bienvenu.



Il s’impatientait.



Il ouvrit la bouche, stupéfait. Puis son regard prit une nuance douloureuse et il baissa les bras, la barbe coulant le long de son manteau.



Il se dirigea alors, claudiquant sur le seau, vers la porte où je me tenais. J’eus un petit mouvement de recul, mais je me contins : il allait probablement se transformer en Johnny Depp et ma nuit serait sauvée. Il porta une main maculée de peinture noire sur mon bras et me pinça.



Effectivement, je ne rêvais pas. Dans ce cas… j’avais face à moi un cambrioleur ringard vêtu en père Noël !


J’ouvris la bouche pour hurler. Peut-être que dans une situation d’urgence, mon frère saurait défendre la tribu ? Au pire, il assommerait l’agresseur avec un discours rasoir sur l’avènement de l’Art Morne.


Pressentant mon cri, le cambrioleur posa une main sur ma bouche. Je sentis contre mes dents le goût écœurant et la texture pâteuse de la peinture.


Il m’amena près de la baie vitrée dont il tira le rideau sur le côté. Devant la porte d’entrée se trouvait le traîneau. Énorme, le traîneau. À peu près gros comme un camion, avec des rennes attelés. L’un d’eux avait une patte en l’air, tel un gigantesque chat blessé.



En effet, je voyais. Le traîneau était magnifique. Il était entouré d’un halo de lumière, comme une grosse luciole, et de la poudre dorée semblait s’envoler au moindre frémissement des rennes. Ceux-ci me regardaient d’ailleurs, l’air aussi étonné que moi.




Je regardai à nouveau le père Noël. Encore sous le choc, j’attrapai le seau et tirai. Ça résistait. Je tirai plus fort. Le seau céda et le père Noël et moi partîmes chacun d’un côté, déséquilibrés. Je butai contre la vitre. Il tenta de se rattraper au coin d’un meuble, le rata et s’affala par terre.


Une fois sur le sol, il s’assit, regarda sa barbe, son manteau taché, sa botte noire dégoulinante, et il renifla, l’œil humide.


Ah non ! Il n’allait pas se mettre à pleurer ! Ça suffit les pleurnichards !



Piqué au vif, le père Noël se redressa, puis se leva, essayant le plus dignement possible de ne pas glisser sur sa botte pleine de peinture. Se drapant dans son manteau rouge et noir, levant haut le menton, il dit d’un ton altier :



Il me tourna le dos et se dirigea vers la cheminée, la barbe à la main.


Quoi ? Le héros qui avait bercé mon enfance était là (même s’il était loin de ressembler à un héros) et il partait après avoir mis à sac le salon, comme si de rien n’était ? Là, je protestai vivement !



Il s’immobilisa, se tourna, contempla le désastre. Je profitai de son hésitation pour avancer dans mon argumentation.



Il rougit.



-o-O-*-¤-*-O-o-



Voilà comment je me retrouvai assise au coin de la cheminée éteinte, un verre de liqueur de prune maison à la main, à attendre avec le père Noël que la machine à laver et le sèche-linge aient rempli leur office. La prune de papa ne lui avait pas semblé contraire aux devoirs de son service et il semblait tout ragaillardi par l’alcool délicieusement parfumé.


J’avais éteint la lumière pour ne pas risquer d’attirer un membre de mon encombrante famille, préférant allumer les grandes bougies de la cheminée.


Et le silence régnait. Médusant : je venais de rencontrer une légende et je ne savais pas quoi lui dire. Il me semblait déplacé de lui demander comment il se faisait que la bicyclette demandée pour mes dix ans se soit transformée en cette maudite robe pelucheuse rose-barbie que j’avais été obligée de porter pour le mariage de ma tante.


Mais alors, quoi ?



Il se renversa dans le fauteuil, fourrageant dans ses cheveux bruns.



J’ouvris la bouche pour dire quelque chose, ou rigoler, ou je ne sais quoi… Mais je ne trouvai vraiment rien à dire. Je mesurai la distance jusqu’au téléphone, me demandant combien de temps il faudrait à l’hôpital psychiatrique pour récupérer son évadé. Puis je me souvins du traîneau.


Le silence se réinstalla, pesant.



Il se pencha pour les attraper sur la table du salon.



Le père Noël prit une mine contrite.



Ses yeux étaient illuminés comme ceux d’un gamin à Noël. Vraiment, quel crétin ! Le genre de naïf qui pourrait se laisser enrôler comme père Noël, le soir, au fond d’une ruelle !



Il baissa la tête. Son visage était tout triste. Je vis des larmes briller au coin de ses paupières.



Je faillis lui dire qu’évidemment, je me moquais de lui, c’était tellement facile ! Mais il avait l’air si peiné… Pov’ gars, je n’allais pas l’enfoncer…


Je portais une robe de chambre, un gros pyjama bien épais, mes chaussettes de nuit et des pantoufles. Pas très sexy, mais très adapté au strip-poker.


Il portait un caleçon et son bonnet rouge… Jouable…



Son regard changea, il fut transfiguré. Tout juste s’il ne sautillait pas de contentement sur son fauteuil.


Au premier tour, je laissai du lest, pour mesurer le niveau. Rassérénée, je me calai dans mon fauteuil. Il était à peine moins fort que mon petit cousin, celui qui a 5 ans, le décolleur de racines de cheveux.


Je le plaignis. Le pauvre. Vraiment, sale journée pour lui. Pire que la mienne, à la limite ! Sûre de moi, je décidai de le laisser gagner un peu. J’avais des munitions et il faisait un peu chaud dans le salon.


À l’issue de la première partie, je pus donc enlever ma robe de chambre. Son regard brillant de convoitise s’assombrit en découvrant le pyjama. Il marmonna, acide :



Je me contentai de sourire froidement – un peu décontenancée quand même.


Il poursuivit, imperturbable et résigné.



Je distribuai les cartes, un peu énervée. Ce père Noël n’était-il donc pas frileux ?


En deux parties, je perdis mes chaussettes. Bien. Alors maintenant, que j’étais plus au frais, je pouvais lui mettre sa pâtée. Je ne pus retenir un sourire victorieux. J’allais enfin lui montrer l’étendue de mon talent.


Et là, je perdis mes pantoufles. Deux parties perdues coup sur coup, sans même avoir le temps de dire ouf. Se pourrait-il que… Non ! Un crétin si naïf ne pouvait pas bluffer… Et s’il n’était pas aussi nul au poker qu’il l’avait laissé croire ? Mal à l’aise, je me tortillai sur mon fauteuil, avant de me reprendre : ne jamais laisser voir sa faiblesse à l’adversaire.


Cinquième partie. J’étais concentrée. Je guettais le moindre tressaillement de son visage hélas inexpressif. La seule manifestation qu’il se permit de laisser entrevoir fut un sourire de triomphe faussement modeste, en abattant ses cartes. Il s’enfonça dans son fauteuil.



Son ironie me hérissa les nerfs. Le salaud ! Il m’avait bluffée ! Je me repris rapidement et hésitai. Après tout, si je refusais, qu’allait-il faire ? S’il tentait quoi que ce soit, je pouvais crier, ma famille débarquerait… Et il allait se faire taper sur les doigts par… euh… Saint-Nicolas ? Le père Fouettard ?


Je n’avais toujours pas décidé si j’arrêtais le jeu ou non. Il se redressa un peu dans le fauteuil et reprit, d’un ton moins badin :



Ça acheva de me convaincre. Non mais qu’est-ce qu’il croyait ? Que j’étais une dégonflée qui jouait pour de rire ? Il allait voir comment on perdait avec grâce et dignité ! Et qu’il en prenne de la graine, parce que je sentais bouillonner en moi les picotements de la combativité : le père Noël serait nu dans mon salon avant la fin de la nuit !


Je me levai, la tête haute, le regard méprisant. Il s’assit au bord du fauteuil, un peu tendu. J’ouvris un à un les boutons du haut de mon pyjama. Écartai les pans, à la fois décidée et provocante. Il se pencha en avant, les coudes sur ses jambes. Je laissai tomber la veste à mes pieds. Je le regardai, les yeux pleins de défi.


Il ouvrit la bouche. La referma. Puis s’effondra dans son fauteuil.



Il enfouit son visage dans ses mains.



Je me rassis, vexée et qui plus est consciente de ma nudité. Pour combattre le sentiment de fragilité qui commençait à m’envahir, je pris les cartes et commençai à les battre.


Il demanda :



Il m’enleva les cartes, les posa sur la table, prit mes mains dans les siennes et me regarda.



Je me dégageai brusquement, troublée par le contact de sa peau, par son regard sur ma poitrine à peine couverte. Il insista :



Il soupira.



Je ne répondis pas. Son air convaincu me rendait folle de rage. Il pensait gagner ? Il se trompait !



Je perdis le bas de mon pyjama sur un coup de bluff raté. Incroyable ce père Noël, qui entrait chez les gens, se barbouillait de peinture et se permettait de me vaincre au poker !


Il était au fond de son fauteuil, un sourire béat aux lèvres, me buvant des yeux. Gênée, je luttais contre l’envie de me recroqueviller dans le fauteuil.


C’en était trop. Stop ! Maintenant, à mon tour ! J’invoquai les mânes de papi, qui m’avait appris à jouer en cachette de mamie, à l’ombre du cerisier du jardin.


La partie suivante fut serrée. Troublé, il demanda une interruption pour vérifier où en étaient ses affaires. J’y vis le signe de sa prochaine défaite.


Et en effet !


Deux minutes plus tard, à son retour, je le battis.


Je ne pus m’empêcher de laisser éclater ma joie. Il sourit, un peu grinçant, puis plus franchement. Il se leva et, théâtralement, ôta son bonnet pour me saluer à la manière d’un chevalier des temps anciens.



Je ne pus m’empêcher de rire.


Il s’assit, satisfait de son petit jeu. Je le regardai sans en avoir l’air. En fait il était plutôt beau gosse. Je jouais depuis plus d’une heure avec un homme séduisant, amusant, doué au poker et… en caleçon. Je m’en rendais compte seulement maintenant.


Je ressentis de façon très aiguë la proximité de son corps, l’omniprésence de son regard. Mon corps devenait lui-même plus perceptible.


Avais-je vraiment envie de mettre fin à cette soirée en le forçant à ôter ce sous-vêtement ? Si je l’amenais à la nudité, que se passerait-il ? Je n’avais pas vraiment envie de le voir nu ! Juste de profiter du jeu. Pour la première fois depuis une semaine, je m’amusais.


Hélas ! L’autre alternative était de me mettre moi-même nue. Pas plus enchanteur, le plan B.


Je me résolus donc à gagner, quitte à mettre fin à cette nuit agréable.


Il jouait, enfoncé dans son fauteuil. Concentré sur ses cartes. Une ride de réflexion lui barrait le front. Un petit rictus au coin des lèvres, pour me faire croire que son jeu était bon. Alors qu’il ne POUVAIT pas être meilleur que mon jeu. Il leva ses yeux noirs des cartes, les planta dans les miens.


Le temps s’arrêta. Mon cœur battait fort. Il devait l’entendre, dans le silence de la nuit, à peine troublé par le claquement de sabot d’un renne impatient. Il se pencha vers moi, au-dessus de la table. Je sentis son after-shave et son odeur, la vraie, troublante, en dessous de la fragrance.


Il abattit ses cartes. J’abattis les miennes.


Il avait perdu !


Le père Noël se leva donc, se campa devant moi et, comme au ralenti, alors que j’ouvrais la bouche pour protester, m’apercevant que mes cordes vocales avaient dû se faire la malle, brûlée par son regard incandescent, je le vis ôter son caleçon.


Son sexe était bandé. Et il n’avait pas l’air ridicule.


Il tendit une main vers moi. Dans un état second, je la saisis. Il m’attira contre lui, je me laissai aller contre son épaule et à ce moment-là, le sèche-linge fit « Ding ».


Je vis mon père Noël partir, en me faisant au revoir de la main, monté sur son traîneau, avec ses rennes, environné de poussières dorées étincelantes.



-o-O-*-¤-*-O-o-



Vivement Noël prochain…




Copyright © 2005
Demandez l'accord des Auteurs avant toute diffusion


Erotisme torride

Tendre Amour

Bon Scénario

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