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n° 10019Lafayette02/01/06
Toujours mais pas tout le temps
critères:  fh journal ecriv_f
11625 caractères
Auteur : Lafayette

Je lui ai supplié de me faire l’amour. « Faut que je te demande en mariage pour que tu comprennes ce que je veux ? » Air gêné, balbutiements embarrassés, un truc comme ça, j’avais beaucoup trop bu pour me souvenir de la tête qu’il a fait à ce moment-là, de toutes façons. Tant pis.

« Je te respecte trop pour ça, Elodie » Aaah, le plan "je te respecte trop pour ça». Grand classique. J’en avais entendu parler, qui n’en a pas entendu parler ? C’est très gentleman. Très correct. Très je-ne-suis-pas-comme-ça. J’aurais du demander pourquoi, ce que ça voulait dire, vas-y explique-moi. Mais j’avais mon rôle à jouer. Le rôle de la fille qui a décidé de faire quelque chose parce qu’elle n’en peut plus d’attendre que le bel indifférent donne un signe déchiffrable. Le rôle de la fille entre excédée et désespérée. Le rôle de la fille qui refuse de penser à ce qu’elle est en train de faire. Occupait trop de ram. Pas de mémoire disponible, veuillez fermer quelques programmes. Sauf que le jeu en route, si tu changes de fenêtre pour fermer les trucs dont tu ne te sers pas, tu rates ton combat, tu perds contre le big boss et pas moyen de sauvegarder à cet endroit.

J’ai du dire « s’il te plaît… aller heu ! » une ou deux fois en riant, « Mon Dieu je le crois pas que je suis en train de dire ça ! ». Je me suis moquée de moi sans complaisance : à ce stade là de la partie, accepter de faire du damage control. « Je suis amoureuse de toi Eric, fais-le pour moi, pour que je puisse essayer de penser à autre chose. » Sourire entre moqueur et suppliant (difficile à réussir, mais j’ai un Master en ça). Une bonne chose à savoir, le sourire franc et complice désamorce n’importe quelle situation. Ne jamais faire de drame avec un mec. Règle d’or s’il en fut.



Pardon ?!! Une dead line ? Mais enfin Elodie, tu vas pas attendre son bon vouloir comme ça ? Tu ne PEUX PAS ! Et pendant qu’il se débattait dans ce filet, en ne le lâchant pas des yeux ni du sourire, j’ai rendu les armes.



Sourire penaud.

La solitude qui me rattrape, le désespoir noir, la peur du vide.

Il s’est allongé sur le lit où on discutait.



Petite fille misérable de trente-cinq ans, blottie contre lui, le nœud dans la gorge, les doigts crispés. Chagrin.


Je me protégeais depuis des mois pour au final, me jeter dans la gueule du loup.


Tous les programmes fermés, le disque dur qui tourne à plein régime. Un an de questions existentielles qui me sautent à la gueule. Toutes mes réponses acquises de haute lutte mises à la poubelle en une seconde.

Les filles sont lâches et vaines. Pour la tendresse d’un beau garçon, elles oublient tous leurs idéaux. Programmes incompatibles, le système d’exploitation ferme systématiquement la base de données Femme Libérée. Ferait bugger le jeu en cours.


Dix ans à chercher ma voie dans le plus pur style moderne. Femme amoureuse, maîtresse de maison accomplie, cercle d’amis, loisirs en commun, liberté d’avoir chacun sa vie sociale. Couple parfait. Au final pour me rendre compte qu’il finissait toujours par passer un mec dans mon champ de vision qui me semblait infiniment plus érotique que celui qui était dans mon lit. Craquer, tromper, changer la donne, recommencer la même partie. Dix ans.

J’ai décidé de poser le paquet sur la table. Cartes visibles. Et j’ai étudié mon jeu. Joli jeu. Mauvaise manière de jouer.

J’avais envie d’une belle garde contre. Dure à jouer. Ne pardonnant pas la moindre faute. Gratifiante. Je la joue. Tous les jours, je joue contre moi, contre la vie, contre le mauvais temps, contre mes amis, contre mes amants, contre le boulot. Contre.


Ce soir-là, pour un court instant je l’ai laissé me donner l’illusion que j’avais appelé le bon roi. « Je serai toujours là pour toi, Elodie. Mais pas tout le temps ».

J’ai fait comme si je ne savais pas que « pas tout le temps » veut dire « ne me demande rien, je ne suis pas disponible pour toi ».

J’ai laissé mes terreurs venir à moi. Toute résistance est futile. J’avais perdu la main, mieux valait jouer mes mauvaises cartes. Attendre le bon moment pour poser un atout. Regarder mon adversaire jouer.

Mon adversaire. Unique et omniprésent. Incontournable. Mon ennemi intime. Que je connais par cœur et qui me prend toujours par surprise. Cette fille à qui j’essaye d’apprendre depuis des mois qu’elle n’est pas une victime. Qu’elle n’a pas besoin d’un mec pour vivre dans cette fichue société. Toujours entre la négociation et l’engueulade. Entre cajoler et exhorter.

Je croyais que j’avais fini par me convaincre, que je n’étais pas obligée d’être amoureuse pour exister. Et en même temps j’avais choisi comme égérie le mec le plus à l’opposé de moi. Tellement normal que c’en est insoutenable. Beau gosse, mais pas de manière ostensible, de grands yeux d’ambre scrutateurs, la voix délicieusement rauque, les gestes lents et assurés. La répartie prompte, l’esprit vif. Le poil brillant.

Une vie toute programmée devant lui, famille, carrière, potes, beuveries du vendredi soir.

Tout ce que je refuse d’être, la personnification de la manière de vivre que j’ai rejetée après l’avoir testée dix ans. Ça avait un côté rassurant de tomber amoureuse d’un mec comme ça, genre je-ne-suis-pas-perdue-pour-la-société, puisque c’est ce genre d’hommes qui m’attire. Je ne suis pas qu’une fille dénuée de sentiments : si je rêve d’avoir plusieurs amants, c’est pour enfin arriver à ne pas laisser un seul homme prendre toute la place disponible dans ma vie. Si j’ai appris à aimer les plans-cul, c’est pour dénier à l’Amour le droit exclusif de me faire planer.

Si je fantasme sur un mec comme lui dans mon lit, c’est parce qu’entre lui et un mec rencontré en boîte, un soir d’envie de plaisir à se taper la tête contre les murs, il y a la même différence qu’entre aller chez Quick et se cuisiner son plat préféré tranquille à la maison. Tu manges toute seule un hamburger que tu connais par cœur, le serveur te regarde même pas et tu rentres chez toi en solitaire, comme d’habitude. Je préfère cuisiner !


Dont acte.

La vie n’est pas, ne doit pas être, cette partie de cartes. Pas que.

Et puis cette partie ne se joue pas à la parlote.

Elle se vit.


Me passer mon envie de lui.

Ne plus parler surtout, ne rien expliquer. S’il pense juste il passe le test.

Le plaquer contre un mur, passer mes mains sous son tee-shirt, effleurer son ventre, poser la tête sur son épaule, ne surtout pas demander un baiser, les baisers, ils les donnent aux filles qu’ils aiment.

Sentir sa chaleur, trouver le chemin jusqu’aux endroits qui le font frémir.



Mi-grondeur, mi-embêté.



Avec un sourire, même s’il ne le voit pas, il l’entend.

Un léger mouvement, il se laisse aller contre le mur. Par faiblesse ? Par envie ? Je ne le saurai jamais, je veux m’en foutre, il est trop tard pour passer par le chemin que j’avais choisi, j’ai tout gâché en disant.

Mes doigts remontent vers ses mamelons, caresse douce, il expire à peine plus fort, remonter son tee-shirt, l’embrasser, le mordiller, sentir les frissons sur sa peau, les suivre de la langue et des dents.

Ses mains sur mes épaules, il m’éloigne de lui.



Je le regarde, il est trop tard.



Ceinture, bouton de jean, le moment de la découverte, le cœur qui bat à tout rompre, ne pas penser qu’il ne m’aime pas, penser que sa peau est douce, que je garderai au moins ce souvenir-là. Que ma curiosité au moins sera satisfaite.

Fermeture éclair, l’infime frontière du caleçon, mes mains sur lui, frémissement. Je glisse entre peau et tissu en m’appuyant contre lui, ses fesses sous mes paumes, les vêtements qui tombent.

J’agrippe son tee-shirt, je recule vers le fauteuil en le tirant vers moi, je le pousse en arrière. Me laisser tomber entre ses jambes.

Sa poitrine couverte d’une toison brune épaisse, toute douce, est à gémir. Voyeuse, Elodie, voyeuse ! Je n’arrive pas à en détacher le regard, je me mords les lèvres en souriant de ma propre émotion. Juste voir, mon Dieu, j’en avais tant rêvé.

Je déboutonne mon chemisier, je ne peux pas le regarder, nous sommes déjà beaucoup trop loin l’un de l’autre. Trop tard. J’enlève mon soutien-gorge, je tremble de la tête aux pieds, mon Dieu, mais qu’est-ce que je suis en train de faire ? Gâcher mon doux rêve d’Eric ? Ne me laisserais-je jamais aucune illusion ? N’aurais-je jamais pitié de moi-même ?

Mes mains sur ses genoux, sur ses cuisses, son ventre, je m’incline à mon inclination, son sexe sur ma joue, douceur infinie. Il ne m’aime pas. Il respire plus fort. Ma langue entame sa découverte, chaleur, odeurs musquées, je le respire et je le goûte, il soupire, à peine. Il ne m’aime pas. Je le redresse contre ma bouche et je l’embrasse, j’emplis ma bouche de lui, moi, je l’aime. Je le sens frémir, longuement, je cherche ses mains sur les accoudoirs, les pose sur mes épaules, elles ne bougent pas, à peine une pression, même pas une caresse. Le faire gémir, juste un peu…

Je le savoure longuement, va-et-vient rythmé sur sa respiration, je le sens qui se laisse aller, ses mains se rejoignent sur ma nuque, pèsent un peu plus, j’amplifie docilement mes mouvements, il pousse un soupir rauque. Ses mains glissent dans mes cheveux. Instant de bonheur presque pur. Je relève la tête, lâche lentement son sexe. Je me relève et je lui tends la main.



Juste un murmure.

Je le tire à moi, l’attire jusqu’à ma chambre. Envie de le déshabiller, de sentir sa peau contre la mienne. Il ne m’aime pas, j’ai peur de le dégoûter. J’hésite un instant, ma tête posée sur sa poitrine, tant pis… Je le pousse sur le lit, il s’allonge les yeux fermés, renoncement. Je m’agenouille autour de lui, préservatif sur la table de nuit, j’aimerais tellement qu’il me touche, qu’il ait envie de moi. Mes mains le long de son sexe, caresse d’une amoureuse. Me concentrer sur le plaisir, sur la douceur, sur l’humidité. Ne pas penser à après, le cauchemar viendra bien assez vite.

Humidité contre douceur, je gémis, cambrure, ses mains sur mes hanches, je flanche, son sexe entre en moi, les sanglots se précipitent. Non ! Pas déjà. Je me force à sourire comme si j’avais gagné et je m’enfonce lentement sur lui, je retiens les gémissements qui me bloquent la gorge, je le serre entre mes genoux pour empêcher mes tremblements. Le plaisir me soulève contre lui.

Juguler l’orgasme qui monte, je serre les dents, la vague déferle, je me précipite vers lui, ses mains sur mes hanches, il se redresse, me presse sur lui, il gronde. Je laisse aller la vague, tête contre épaule, je crie sans doute, longuement, je tremble dans ses bras. Désespoir. Ne pas pleurer Elodie… Ne pas…

Il me soulève de lui, je bascule sur le côté, cache mon visage dans mes mains. Garde obstinément les yeux fermés.

Je ne pleure pas. Je n’ai pas envie qu’il me prenne dans ses bras. Je n’ai pas peur qu’il s’en aille. Je voudrais juste dormir et oublier. Je le sens se rallonger à côté de moi, il ne me touche pas.



Je ne veux pas qu’il parle. Je ne veux pas qu’il parte.



Je ne vais pas pleurer.

Il prend une inspiration. Ne dis rien Eric, c’est trop tard.

Je le sens se lever, il ne dit rien. Tout gâché jusqu’au bout Elodie. Ne pas lui laisser une seule chance de me décevoir, pouvoir tout prendre à mon compte.


J’ai attendu que la porte claque pour pleurer, le chat qui me regardait « toujours la même histoire, Elodie » j’ai gémi, crié de chagrin, sangloté jusqu’à en avoir mal.




Poignards dans le ventre de la réalité.

Blessures inguérissables sur nos âmes.

Les mots.



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