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n° 10210Jeune québécoise, aime les images et l'intangible14/03/06
Tombé du Ciel
critères:  fh jeunes uniforme campagne amour volupté historique ecriv_f
33185 caractères      
Auteur : Anarchick_mimi

Par un soir de juillet, je rentrais d’une de mes longues promenades qui s’étendaient du crépuscule jusqu’à la nuit noire. J’étais déjà proche de la maison, je l’aperçus au bout du champ, sombre et massive, on l’aurait crue abandonnée. Mais mes grands-parents y dormaient, comme à chaque soir de leur vie. Lorsqu’ils montaient se coucher, la maison était envahie d’un calme qui m’était devenu insupportable. C’est ainsi que j’avais pris cette habitude de sortir à la tombée du jour et d’arpenter les environs, que je connaissais maintenant si bien, que j’aurais pu y naviguer les yeux bandés.


Ici aussi, au beau milieu du champ, les choses baignaient dans un calme plat. Je marchais au centre de l’étroite piste sans vraiment la voir, trébuchant parfois. Puis, rapidement, quelque chose s’est agité dans les feuillages de la petite haie, sur ma droite. Avant même que je n’aie pu me convaincre que ce n’était qu’un animal, une silhouette imposante avançait vers moi, une main ouverte en signe de paix. « Mademoiselle…? » La voix avait un fort accent que je pris au prime abord pour allemand. D’ailleurs j’avais maintenant compris qu’il s’agissait d’un soldat. Mais que faisait ce soldat allemand, ici, dans ce champ à une heure pareille, alors qu’ils s’étaient installés depuis le début de l’occupation dans un village voisin, et ne se montraient qu’occasionnellement dans ces parages, pour venir effectuer quelques réquisitions. « Mademoiselle, répéta la voix, allié, friend…. Ami ! » Ce n’était pas de l’allemand, mais bien… de l’anglais. La chose était évidemment encore plus bizarre. Le soldat avait continué à s’approcher et se trouvait maintenant à moins d’un mètre devant moi. Il sentait la sueur et le tabac. Prise de court par la situation, j’ai lentement levé les bras, figée par la surprise. « No, no…. Not german… ami… » La lueur d’un briquet m’aveugla un instant, puis je pus finalement discerner le visage de mon étrange interlocuteur. Un visage usé, sale, mais dont émanait tout de même une certaine jeunesse.


« American… » Il plaça la lueur près de son épaule. J’y reconnus le drapeau américain. D’où tombait-il, je me le demandais. J’ai lentement baissé les bras. « I need your help… understand me ? » Mais je ne déchiffrais rien dans son charabia. Je restais devant lui sans bouger, ce qui lui fit sans doute comprendre que je n’y comprenais rien. Puis il pointa la maison. « Is this your house ? » Grâce aux signes, je pus répondre oui. Et aussi comprendre qu’il voulait que je l’héberge. Sans réfléchir aux possibles conséquences ni à la réaction de mon grand-père, j’ai acquiescé et j’ai repris la marche le long de la sombre piste. Bien sûr il a tout de suite emboîté le pas. Nous avons marché en silence pendant quelques minutes. J’écoutais les cliquetis que faisait son équipement et le son lourd de ses bottes à chaque pas. Je ne pouvais imaginer ce que cet américain trafiquait ici. Était-ce le début de la contre-attaque ? Nous attendions plutôt les Anglais. J’ai ouvert la porte du jardin et fait un geste pour l’inviter à y entrer.


Être proche de la maison n’enlevait en rien à son air grave. Elle était énorme, beaucoup trop grande pour ses trois occupants. Une aile était condamnée, inoccupée depuis des années, et elle collaborait à cette impression de maison morte et délaissée, même de l’extérieur. Cela ferait cependant une cachette temporaire parfaite pour mon américain tombé du ciel. En entrant dans la maison, je lui ai fait signe de ne faire aucun bruit. Nous sommes montés à l’étage. La porte menant à la partie condamnée me résistait. Je ne me souvenais pas de la dernière fois où je l’avais ouverte. Seul mon grand-père y allait quelques fois par an, pour y ranger des choses qui y croupiraient à jamais. Le soldat, voyant ma difficulté, me fit gentiment signe de me pousser et s’attaqua à la fameuse porte, qu’il finit par décoincer non sans un certain fracas. Je lui indiquai de vite y rentrer et m’y engageai à sa suite.


L’endroit était plutôt sinistre et la faible lueur de la chandelle n’arrangeait rien. Une petite chambre était presque vide. C’est là qu’il s’installerait. Je lui fis signe de s’asseoir et de ne pas faire de bruit, puis le laissant dans la le noir, je refis le chemin inverse. Je suis descendue à la cuisine pour y prendre une bouteille et un peu de nourriture, ainsi que quelques chandelles. Puis je fis un détour par la bibliothèque de mon grand-père où je me souvenais avoir vu un dictionnaire anglais – français. Mais avec la faible lueur de nombreuses minutes furent nécessaires à le localiser. Je retournai vers notre invité inattendu. En approchant de la petite chambre, j’ai pu sentir l’odeur forte d’une cigarette. Le petit tison orange me permit de le localiser dans la chambre, assis dans un coin. Il fit mine de se lever, mais je lui ai plutôt indiqué de rester là. Je me suis approchée et me suis agenouillée près de lui, déposant la chandelle par terre et me préparant à allumer les autres pour que je puisse mieux l’étudier. Il fit un geste vers la corbeille où j’avais mis la nourriture puis s’arrêta, comme pour demander la permission. Je fis un signe de la tête. Il s’empara d’un gros morceau de jambon et le dévora en un instant. Mon sourire le gênait. Je crois que je n’avais jamais vu quelqu’un d’aussi affamé. Mais je lui fis signe de continuer à se servir, et il ne s’est pas fait prier. Je nous ai versé du vin. Son manque de manières m’amusait beaucoup et je l’observais sans pudeur. Mais malgré une certaine timidité, il semblait incapable de s’arrêter. Cependant je pouvais voir qu’il avait été blessé, à la tête. Du sang avait séché sur sa tempe. Je me suis approchée pour évaluer la blessure, mais il me sourit et fit signe que ce n’était rien. J’ai tout de même insisté. Il avait raison, mais il fallait tout de même nettoyer cette coupure. Je suis alors partie chercher un peu d’eau et une serviette. Quand je suis revenue, le panier était vide, il était comme isolé par les trois chandelles que j’avais disposées autour de lui. Il feuilletait le dictionnaire. « Merci beaucoup mademoiselle, c’était délicieux » Son accent mal assuré me fit éclater de rire et je lui répondis « Mais de rien Monsieur l’Américain ».


Puis la pièce est retombée aussitôt dans le silence. J’ai entrepris de m’occuper de sa blessure, mais cela semblait l’agacer, il voulait le faire lui-même. J’ai tout de même fait le nécessaire et il finit par s’y résoudre et attendre sagement la fin. Puis je me suis assise en face de lui. Je ne ressentais plus la froideur du lieu, ce grand vide qui était maintenant réduit au halo jaune et dansant du feu. Le dictionnaire était entre nous. J’ai donc tenté de lancer la conversation en cherchant à savoir ce qu’il faisait ici. C’était extrêmement laborieux, il fallait chercher chaque mot. Une simple question pouvait prendre cinq minutes, pour la poser. Et quand finalement nous y arrivions, nous devions la répéter de nombreuses fois tant nos accents étaient flamboyants et risibles. Mais nous avons persévéré et j’ai pu apprendre ce que je voulais savoir. Il était pilote et avait été descendu à plusieurs kilomètres d’ici, il y avait déjà quelques jours. Il les avait passés à se cacher et à se déplacer la nuit, lentement, sans trop savoir ce qu’il cherchait. Puis il voulut savoir si ce qu’on appelait la Résistance existait vraiment, et si je saurais y avoir accès. Il voulait les rejoindre pour que l’on puisse arranger son départ de la France, afin de regagner un territoire allié. Deux heures furent nécessaires à ces explications succinctes et à y répondre tout aussi maigrement. Je connaissais de loin quelqu’un qui, disait-on, était mêlé à cette fameuse Résistance. Je ne savais pas si cela était vrai, mais je promis de lui rendre visite dès le lendemain.


Il s’appelait Thomas Owen, il avait 24 ans. Il m’a dit de quel Etat il était, mais j’ai oublié aussitôt, sans même d’ailleurs être certaine d’avoir bien compris ce nom bizarre. Il était très tard, d’habitude à cette heure je dormais depuis longtemps. Toutefois, je n’avais pas sommeil, animée d’une sorte d’excitation. Se pouvait-il qu’enfin il se passe quelque chose dans ce coin de pays encore plus morne depuis l’arrivée des Allemands, et que ce quelque chose, ce quelqu’un, m’arrive à moi.


Je ne pus fermer l’œil avant les premières lueurs du jour. Immobile dans mon lit, détaillant le vieux plafond tout craquelé, j’ai fait le décompte des implications de sa présence chez nous. Si les nazis le trouvaient, nous y passions tous. Devais-je en parler à mon grand-père ou plutôt tenter de le lui cacher ? Et si ce Blanchon, le Résistant, n’en était pas un, qu’allais-je faire de l’Américain ? Je ne sais comment, mais malgré la répétition insistante de ces questions, j’ai fini par m’endormir… Pour quelques heures à peine, car je devais aider ma grand-mère à quelque tâche à laquelle je ne pouvais possiblement échapper.


Elle remarqua mes traits tirés et ne manqua pas de m’interroger, mais j’étais alors experte dans l’art de détourner ses questions, d’y répondre sans vraiment dire quoi que ce soit, l’air absorbée par la tâche. Ce matin-là j’étais plutôt absorbée par les mêmes questions qui avaient repris leur concert dès mon réveil. Une fois le travail accompli, je profitai de la première occasion pour prendre un bout de pain et du fromage, et m’éclipser dans l’aile condamnée. Dans la chambre un peu de lumière filtrait à travers les volets en décrépitude. Il dormait sur le sol, dans la poussière, mais semblait pourtant aux anges. J’ai fait quelques pas pour me pencher au-dessus de lui et l’observer dans cette lumière plus généreuse. Il était définitivement très beau. Depuis quand n’avais-je eu la chance de voir un homme aussi beau dans la région ? Je crois bien que j’avais dix ans, l’inspecteur qui était venu visiter la classe.


J’ai décidé de ne pas le réveiller. J’ai déposé près de lui la serviette dans laquelle j’avais enveloppé le tout, puis je suis sortie sur le bout des pieds. Il fallait maintenant sortir sans être vue, ce qui fut heureusement une réussite. Mais je compris que je ne pourrais faire ce genre de visite trop souvent sans risquer véritablement d’être surprise. Il me faudrait me limiter à la nuit. Après avoir vérifié qu’on n’avait pas besoin de moi, j’annonçai que j’allais au village. On m’a transmis quelques courses, puis je suis montée sur mon vélo et j’ai pris la route.


Elle était déserte jusqu’au village. Il faisait beau et je roulais vite, perdue dans mes pensées. J’étais à la fois nerveuse et heureuse. Heureuse que la vie m’envoie un peu d’émotions, et surtout quelqu’un d’aussi curieux que ce Thomas Owen. Le village ressemblait de plus en plus à un bourg allemand. Partout leurs panneaux, leurs images, leurs insignes, leur musique, leurs soldats, toujours plus nombreux. Qu’attendaient-ils par ici ? Mystère. Mais ils étaient là, bien visibles. Comme d’habitude, il fallait soutenir les regards insistants en rentrant dans le village. Rarement on m’adressait la parole. D’ailleurs, ils étaient peu nombreux à parler le français. Et je crois qu’ils avaient des ordres. Certains échangeaient parfois quelques commentaires entre eux, dont je préférais ignorer le contenu. Par contre les officiers ne manquaient jamais de lancer une remarque parfois flatteuse, parfois moins. Mais c’était une garnison sans histoire, ils ne créaient pas trop de problèmes aux résidants, même qu’il s’en trouvait pour dire que les occupants savaient y faire et que les choses fonctionnaient bien grâce à leur administration stricte. N’avaient-ils pas rénové le petit canal ?


Je savais que je trouverais Blanchon chez le cordonnier, où il s’amusait à comploter même avant la guerre, contre tout ce qui à ses yeux en valait la peine. Je demandai au vieux cordonnier s’il était bien là, et il m’indiqua la petite pièce du fond. La conversation ne prit aucun détour inutile. Il savait bien que je ne lui rendais pas une visite de courtoisie. Les choses commençaient bien, oui il était de la Résistance, mais il ne pourrait venir rencontrer l’Américain avant le lendemain. Il était nerveux et planifiait quelque chose pour le soir même. Nous avons convenu qu’il vienne le soir, ainsi que d’un lieu de rendez-vous près de la maison. Puis, désireuse de ne pas m’attarder au village, je le quittai aussitôt pour rentrer, oubliant complètement les courses.


En arrivant, un nouvel interrogatoire m’attendait. Ma grand-mère ne pouvait concevoir telle distraction. Je le passai moins bien que le précédent et je savais qu’elle avait deviné que quelque chose n’était pas normal. Mais comment aurait-elle pu deviner les faits ? Alors, qu’elle imagine donc ce qu’elle veut, me disais-je en m’installant dans la bibliothèque dans l’espoir d’avoir la paix jusqu’au soir où je pourrais remonter. Avant d’aller dormir, mon grand-père est venu s’asseoir. Lentement, comme à son habitude, il lança une conversation où il s’intéressait, ça c’était exceptionnel, à mes relations avec les hommes. Il commença par me féliciter d’être si serviable, de prendre soin d’eux en les aidant dans tout. Mais lentement et sûrement les choses s’en allaient vers le vrai sujet de la conversation. Il voulait savoir si je voyais quelqu’un au village. Je l’assurai que non et lui demandai ce qui lui faisait dire ça. C’était bien sûr ma pauvre grand-mère qui s’était inventé des histoires. J’insistai pour dire que ce n’était pas le cas, que je ne les quitterais pas. Mais il revint à la charge, cette fois en me mettant en garde contre les soldats allemands qui, reconnaissait-il, étaient de beaux hommes qui en revanche ne m’apporteraient rien de bon. Cette hypothèse me fit rire, et ceci le convainc finalement de ma sincérité. Il m’embrassa sur le front en me souhaitant une bonne nuit. Je suis restée quelques instants dans le silence total de la maison qui s’endormirait elle aussi bientôt. Pauvre grand-père, je crains que ce n’est pas des soldats allemands dont tu devrais t’inquiéter… mais des hommes de l’armée de l’air américaine.


Puis, au lieu de sortir pour errer sur les terres environnantes, je me suis rendue dans ma chambre. Je me suis coiffée un peu, mais pas trop. J’ai pris le temps d’écrire un petit article dans mon journal, très bref. J’y trouve, en le relisant, une certaine nervosité.


Je me suis finalement dirigée vers la chambre de mon invité. Le pauvre devait trouver le temps très long. En m’entendant approcher, il sortit de la chambre. Il était visiblement heureux de me voir et voulut tout de suite avoir des nouvelles de ma visite au village. Nous nous sommes donc installés sur le sol, sous la fenêtre par où pénétrait la lumière de la fin du jour, avec le dictionnaire. L’empressement fut forcé de faire place à la patience, alors que je cherchais mot par mot les équivalents anglais de mes pensées, mélangeant au tout quelques signes qui permettaient parfois un raccourci considérable. Il parut très content de ces nouvelles et m’embrassa sur les joues sans grande délicatesse. Quelle odeur, vraiment. Je lui offris la nourriture que j’avais apportée et en profitai pour prendre un peu de distance. Incapable d’ouvrir le vin, je le lui tendis. Il dut s’y acharner lui aussi un instant, mais y parvint. « Merci, realy, merci beaucoup ». Tout cela le réchauffait visiblement, bien que sous les combles il fasse plutôt chaud, la tristesse des lieux avait du lui peser. Encore une fois je le regardais tout dévorer, amusée. Il s’en rendit compte et cette fois, au lieu de son air timide de la veille, il se mit à faire le cabotin, grimaçant pour exprimer son contentement. Jamais je n’avais vu quelqu’un aussi gourmand de la nourriture du pays.


Après le repas, le silence reprit ses droits. Il se leva tout en se tenant près de la fenètre, et alluma une cigarette. Il regardait les environs maintenant plongés dans la noirceur. « Not going out tonight? » Ses doigts gambadant sur le cadre me firent comprendre le sens de la question. J’ai fait non en souriant. « Pourquoi ? » J’ai haussé les épaules, puis je me suis levée pour m’approcher. J’ai réclamé sa cigarette et j’ai essayé très fort d’avoir l’air d’en avoir l’habitude. Mais la toux me trahit. Il me l’enleva en souriant. Puis je me suis pincé le nez et l’ai pointé du doigt. Je n’en pouvais plus. Le pauvre, soudainement, ne savait plus où se mettre. Je lui ai fait signe de me suivre. Il avait l’air très content de retrouver la partie habitée, ne serait-ce que pour quelques instants. Je l’ai emmené dans ma chambre où j’avais la chance d’avoir ma propre baignoire, que j’avais laissée remplie. L’eau était certes moins que tiède, mais elle ferait l’affaire. Je l’interrompis alors qu’il observait ma chambre et certains objets qui l’habitaient. Il se penchait sur mon journal. Je lui ai indiqué aussitôt le bain. Je n’aurais pas apprécié qu’il voie ce dessin montrant un ange tombant du ciel, un pistolet à la hanche.


Je lui ai montré quelques vêtements de mon grand-père que j’avais posés à côté. J’espérais qu’ils lui iraient. J’ai fermé la porte derrière moi et me suis allongée. J’ai d’abord écouté attentivement les clapotis. Mon esprit errait dans ses inquiétudes, mais bientôt je ne pensais à rien d’autre qu’à ce que j’entendais, ses mouvements. Et de me concentrer sur ces sons me mena bien vite à visualiser leur source… J’ai d’abord vu ses fesses posées au fond du bain. Puis son torse, ses mains qui le savonnaient. Je me suis assise en secouant la tête. Ces pensées que je ne me permettais que rarement, et qui d’habitude n’impliquaient personne de réel, me donnaient maintenant l’impression qu’elles pouvaient se concrétiser d’un instant à l’autre. Cet homme nu, juste derrière la cloison…


Son chant me permit de reprendre mes esprits. Je me suis précipitée sur la porte et cognai quelques coups brefs. « ssshhhh!!! » Une voix étouffée s’excusa. Dix minutes plus tard, il sortait. Les vêtements lui allaient miraculeusement, mais lui donnait une apparence un peu ridicule, tout à l’étroit dans cette tenue de vieil homme. Mon rire lui donna un air malheureux d’être ainsi attriqué. De nouveau, je lui indiquai de ne pas faire de bruit et de me suivre. J’étais convaincue que mon grand-père surgirait et nous surprendrait. Je me demandais ce que je pourrais bien lui dire, comment lui expliquer rapidement ce que cet homme faisait là, surtout sortant de ma chambre. Mais il n’en fut rien. Nous avons regagné notre cachette sans encombre. Encore une fois, il m’a remercié. Après avoir consulté le dictionnaire, il s’excusa de puer et rieuse, je fis signe qu’il sentait bon maintenant. Alors, nous nous sommes installés près de la fenêtre, et il a entrepris de me raconter un peu sa vie. Encore une fois c’était si long et laborieux, mais j’étais plus patiente que jamais, attendant la traduction de chaque mot avec intérêt. Je tentais de corriger son accent, mais sans grand succès. C’était très amusant. Déjà nous étions au milieu de la nuit. Il proposa d’aller marcher.


La nuit était humide et chaude, si calme. Nous marchions lentement directement dans un champ, côte à côte, en silence. Il était curieux de tout. Les arbres, le son des grillons. Nous arrivions à l’orée d’un petit sous-bois. Je voulais l’y emmener pour lui montrer un surprenant petit bassin qui y avait été installé je ne sais quand ni par qui, et où je jouais souvent des années plus tôt. Devant le curieux petit ouvrage où on avait sculpté quelques formes désormais difficiles à lire, il me regarda et s’en approcha. Puis de nouveau il posa les yeux sur moi, et revint. Je le regardais, frustrée de ne pas pouvoir lui parler. Je lisais la même chose dans son visage. Il passa un bras sur ma taille, sa grande main ouverte dans mon dos. Je ne réagissais pas, un peu surprise de la manœuvre. Puis ses lèvres son venues sur les miennes. Il commença à m’embrasser d’abord plutôt fougueusement, puis doucement. C’est que je n’étais pas d’humeur très fougueuse, sachant à peine ce qu’il attendait de moi, de ma bouche. Puis sa langue est venue caresser la mienne. J’ai répondu et j’ai commencé à trouver la chose délicieuse. Puis le baiser a cessé. Il me regardait les yeux grands ouverts, le souffle court, comme le mien. De la tête, il a fait oui tout en m’interrogeant. Je n’étais pas certaine de savoir où ce oui me mènerait, mais j’avais très envie de le savoir, et je répondis par l’affirmative. Encore une fois, il m’a embrassée. Sa main est descendue sur le bas de mon dos, et ses baisers dans mon cou. J’ai levé les yeux vers les étoiles, puis il m’a attirée vers le bas. Tout se passait très vite. J’étais maintenant couchée dans l’herbe et ma robe était remontée dans ma chute au-dessus de mes genoux. Sa bouche était partout sur ma gorge et ma poitrine. Il se redressa pour me regarder et me sourit. Je souris en retour, un peu dépassée par cet empressement qui cependant ne me déplaisait pas. Je me sentais profondément voulue, désirée, alors que sa main prenait ma cuisse et la soulevait tout en la caressant. Sa bouche était revenue dans mon cou. Maintenant, c’était sa langue qui remontait derrière mon oreille. Je frissonnais. Je sentais l’air chaud de cette nuit monter sous ma robe, robe qui remontait elle-même régulièrement. Il s’est couché sur moi entre mes cuisses, ouvrant mon corsage pour libérer un sein qu’il se mit aussitôt à lécher, à téter. Je gémis, surprise de cette caresse délicieuse. Il prit ma main et la mit avec autorité entre ses jambes, où je sentis la masse très dure de son sexe. Je le caressai de mon mieux, sans doute maladroitement, mais il ne semblait pas s’en plaindre. Même qu’il défit bientôt nerveusement son pantalon et le fit surgir contre ma main, objet brûlant, dur et doux à la fois. J’essayais de l’apercevoir, mais avec toute cette agitation je n’y parvenais que très mal. Je pouvais, en le pressant un peu, sentir les battements de son cœur. Mes caresses semblaient toucher au but, il gémissait et revint m’embrasser avec la même fougue qu’au tout début, à laquelle j’essayai cette fois de répondre pour lui transmettre l’envie qui me parcourait…


Je sentis ma culotte descendre jusqu’à mes genoux. Puis ses doigts vinrent se glisser entre mes cuisses. Nos langues se frottaient l’une contre l’autre, alors qu’il commença à me toucher, un peu plus brutalement que je ne l’aurais souhaité. Mais la sensation, bien que curieuse, était excitante. Il frottait maintenant son pénis sur ma cuisse alors que ses doigts glissaient entre mes lèvres, de petits allers et retours frénétiques. Il murmurait mon nom dans mon oreille avec cet accent… Sa voix était rauque, un ton très différent de quelques minutes auparavant. Les choses devenaient sérieuses. Il se redressa sur ses bras. Je vis enfin son pénis qui pointait au bas de son ventre, bien droit. Je le regardais avec grand intérêt et cela se voyait. « Wanna kiss it…? » C’était si frustrant de ne pas le comprendre. Je fis signe que je ne savais pas ce qu’il disait. Il sourit, puis un peu hésitant, il se mit à genoux et approcha son sexe de ma tête, de ma bouche. J’ai d’abord cru qu’il voulait simplement me le montrer. Je le regardais, démontrant mon intérêt par une mine sérieuse, le caressant doucement. Il me laissa faire quelques instants, puis il prit son sexe en main et le descendit sur mes lèvres. J’ai d’abord eu un réflexe de recul. Puis j’ai compris qu’il voulait que je l’embrasse. Me trouvant idiote, mais aussi un peu hésitante, j’y ai posé les lèvres. J’ai multiplié quelques petits baisers ici et là, prenant le temps de goûter cette substance un peu salée sur mes lèvres. Il semblait très heureux, souriait les yeux fermés. J’ai alors pensé que je pourrais l’embrasser comme nous venions de le faire si délicieusement. J’ajoutai donc la langue à mes baisers. Il gémit, puis répétait mon nom. Je faisais visiblement quelque chose de bien. J’ai donc continué à promener ma langue sur son pénis, y posant les lèvres, les faisant glisser autour de ma langue. Et dans une geste des hanches il l’a soudainement glissé entre mes lèvres. La sensation était bizarre, mais j’ai continué à le chatouiller de la langue. J’avais maintenant l’impression de faire quelque chose de très sale et d’interdit. J’ai bien changé… Cela et son état m’excitaient énormément. Il se déhanchait doucement dans ma bouche, rayonnant, il me caressait les cheveux et me regardait, tout sourire. Après quelques minutes de ce manège il se retira. Il reprit sa place entre mes jambes en marmonnant des choses incompréhensibles dans lesquelles je ne discernais que mon nom, toujours suivi d’un baiser.


Le regarder était comme un spectacle. Mais la chaleur de son sexe contre le mien me sortit de ma torpeur de spectatrice. Voila que cela poussait et m’ouvrait lentement, glissant délicieusement, mais l’espace d’un instant un pincement rendit tout mon corps raide, et rigide. Il le sentit et tout de suite s’arrêta. Ses yeux ont scruté les miens. « Is it your first time…? Realy ? » Je le regardais un peu échaudée de cette déplaisante sensation qui se perpétuait à l’instant même. «Premier ?» j’ai acquiescé. Visiblement, il ne s’y attendait pas. Quelques jours plus tard, dans mon journal, j’étais très fière de ce fait. Mais sur le coup, je croyais naïvement qu’il allait éclater de rire et m’abandonner là. Mais au contraire, il s’est penché sur moi et s’est mis à déposer de doux baisers dans mon cou, sur ma gorge. Les choses ont été soudainement très calmes pendant quelques instants. Puis il a recommencé à pousser. Le malaise a repris de la vigueur. Il y allait très doucement et j’eus la sensation que le pire était maintenant passé. La douleur avait atteint un sommet et s’était soudainement atténuée. Ne subsistait qu’une sensation de brûlure. Puis celle de quelqu’un d’autre en moi, maintenant loin en moi. Je ne sais pas combien de temps il m’a observée avant que je ne le voie finalement. J’avais les yeux grands ouverts, mais tout mes sens étaient soumis à cette sensation en moi, alors qu’il commençait à aller et venir doucement. Je me suis accrochée à lui. Je n’avais jamais rien ressenti de tel, à la fois paralysée par l’incompétence, par son corps sur le mien qui m’enveloppait, et traversée d’un bonheur intense d’y être. Je m’accrochais à lui, me suspendais même, et il restait imperturbable, seules ses hanches qui dansaient avec langueur contre moi, son corps dans le mien.


Les minutes passaient, très intenses, longues, et le rythme perdait de sa douceur, m’arrachant des soupirs et des gémissements impossibles à réprimer. Lui aussi respirait fort, le visage enfoui dans mon cou, qu’il léchait et mordillait. J’aurais voulu qu’il continue pour toujours, mais ses gestes sont devenus saccadés et de moins en moins rythmés. Il disait tous ces mots à mon oreille, je ne comprenais rien, mais sa voix trahissait quelque chose comme un profond bouleversement. Je me retenais contre lui, fixant le petit bassin, puis le ciel, mais il me repoussa soudainement et se retira brutalement pour jouir sur mes cuisses. Son absence soudaine était intolérable, je me sentais soudain ouverte et vide alors qu’une seconde auparavant cette chaleur en moi m’irradiait. Il s’est effondré à côté de moi, essoufflé, puis est venu m’embrasser profondément. Puis j’ai pris le temps d’évaluer les dégâts. Je pouvais voir de petites taches qui luisaient à la lune. Puis plus haut des taches sombres me firent paniquer. Je saignais. Il se rendit compte de mon agitation et m’a rassurée, fait comprendre que ce n’était rien de grave ou d’anormal. Je me suis essuyée les cuisses comme j’ai pu avec des touffes d’herbe. Puis nous nous sommes tranquillement remis en route.


J’avais peine à marcher dans les sillons du champ. Mes jambes étaient molles. Il marchait près de moi et me soutenait, m’embrassant parfois à la volée. Je me sentais épuisée, mais si bien. Je ne remarquai même pas comment la maison était sinistre à cette heure de la nuit.


Nous nous sommes dirigés vers ma chambre. Par réflexe, j’ai voulu fermer la porte de la salle de bains. Mais il m’a suivie. Et alors que j’ai voulu me laver il m’en a empêché et a lui-même nettoyé ma blessure. Je l’ai observé ce faisant, un peu gênée de cette inversion des rôles. Je ressentais encore ce léger pincement, mais j’avais pourtant très envie de recommencer. Alors que nous sortions de la salle de bains, je me suis pressée contre lui et l’ai embrassé. Il faisait très sombre, les volets ouverts laissaient entrer la fraîcheur de la nuit. Je me suis assise sur mon lit en l’attirant. Il m’a regardée d’un air interrogateur que j’ai soutenu avec un regard décidé. Il a souri. Nous nous sommes couchés et nous sommes embrassés pendant de longues minutes. Il avait repris ses caresses intimes et moi de même, nous ondulions l’un contre l’autre. Il me fit me retourner et saisissant une jambe pour la soulever, il se glissa doucement en moi, embrassant ma nuque, murmurant de douces paroles (en tout cas je crois). Il m’a prise comme ça pendant de longues minutes. J’étais nue entre ses mains, qui voyageaient sur mon corps, saisissaient mes seins et m’attiraient contre lui. Le silence avait pris le dessus. Encore une fois, je me prenais à espérer que ça ne cesse jamais. Que le mouvement de ses hanches, son ventre contre mes fesses et mon dos, se perpétue et laisse le plaisir qui m’envahissait grandir et grandir encore. À nouveau des gémissements m’échappaient, de ce même plaisir qui partait de mon ventre et cherchait à ressortir de mon corps. Il mit la main sur ma bouche, conscient du danger d’alerter les autres occupants qu’il préférait rencontrer dans d’autres circonstances, s’il le fallait. Ses mouvements étaient maintenant brutaux et rapides. Tout mon corps tremblait sous l’assaut. J’ai commencé à me caresser et il a suffi de quelques minutes pour que je ressente la profondeur d’un orgasme. Je lui mordis les doigts et c’est lui qui finit par crier. Ou peut-être était-ce parce que lui aussi venait de jouir une nouvelle fois, entre mes fesses, sur mes reins.


Nous sommes restés immobiles, haletants, nos corps couverts de sueur. Les minutes ont passé et je me suis réveillée en sursaut. Heureusement, je n’avais dormi que quelques instants. J’ai alors entrepris de le réveiller, ce qui ne fut pas une mince tâche. Je lui ai fait comprendre qu’il ne devait pas rester là, mais il protestait, encore à moitié perdu dans le nuage du sommeil. Je l’ai embrassé, moi aussi j’avais envie qu’il reste, mais c’était impossible. Je l’ai reconduit et l’ai laissé avec un baiser. Je suis restée de longues minutes entre ses bras, debout au milieu de la pièce. Il s’allumait une cigarette alors que je sortais.


Cette nuit-là, malgré les événements encore plus intenses que la veille, je n’eus aucun mal à m’endormir, épuisée. Mais le réveil fut brutal. Le bruit des camions allemands dans la cour fit s’arrêter net mon cœur. Paniquée, j’ai ouvert les volets pour me rendre compte, rassurée, qu’ils venaient chercher du vin et quelques provisions. Sachant qu’on aurait sûrement besoin de moi, je suis descendue rapidement, sans trop me préoccuper de mon apparence, qui devait, je l’avoue, largement laisser à désirer.


« Elle a l’air fatiguée cette petite, elle est malade ? » L’officier me détaillait avec son perpétuel sourire pincé.


« Oh, ne m’en parlez pas monsieur l’officier, je ne sais pas ce qui la tient. »


Je me sentais particulièrement belle, moi, pourtant, ce matin là. Je n’avais rien à faire des commentaires de Monsieur le « Boche ». Ils sont repartis aussi vite qu’ils étaient venus. Je cachais mal mon euphorie de savoir qu’ils venaient grâce à moi de laisser filer un fugitif. La journée fut très longue, riche en fabulations de grand-mère. Le soir venu, Blanchon est arrivé au rendez-vous à l’heure prévue, accompagné d’un homme d’allure volontairement mystérieuse, grand et maigre qui ne disait mot. De minuscules lunettes sur son nez n’aidaient pas sa cause, il était franchement antipathique. La rencontre se tint devant moi, en anglais. Blanchon était sans doute aussi frustré que je ne l’étais depuis quelques jours, de vivre dans un pays où l’on ne sifflait mot d’anglais. Le tout fut très bref. Avant de partir, ils m’ont expliqué qu’ils reviendraient le prendre quelques jours plus tard. Ces journées, ou plutôt ces nuits, ont été formidables. Dès que je le pouvais, je montais le rejoindre. Nous passions les nuits éveillés, parfois à marcher, parfois à rester couchés à s’aimer, dans ma chambre ou la sienne. Presque jamais nous ne parlions. J’ai beaucoup appris grâce à lui, jamais je ne me suis sentie utilisée. Il s’agissait d’un échange où je trouvais largement mon compte, et heureusement aucun événement fâcheux n’en découla quand il fut parti.


Son départ s’est déroulé sèchement, trop vite pensais-je. Mais je suis finalement contente que ça se soit fait ainsi. Nous avions fait très attention de ne pas y penser pendant les quelques jours que nous avons eus. Et quand je les ai vus disparaître à travers champs, lui et le grand type, je n’avais sincèrement qu’une envie, dormir, car votre narratrice n’en avait eu que très peu le loisir ces derniers temps. Et cela me parut beaucoup plus satisfaisant que de pleurer.







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Erotisme torride

Tendre Amour

Bon Scénario

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