Notation public
Une Histoire sur http://revebebe.free.fr/

n° 11454Alain Garic08/06/07
L'étalon
critères:  ffh couplus inconnu hotel telnet collection pénétratio humour
25337 caractères
Auteur : Alain Garic

Pour qui ne maîtrise pas quelques techniques élémentaires, les sites de rencontres sont généralement source de nombreux et pittoresques déboires. Pourtant, bien utilisés, ils peuvent devenir de véritables cornes d’abondance sexuelle. Or, j’excelle à cet art. C’est ma passion. Pardonnez-moi par conséquent si je vous en résume les principes de bases en guise de préambule. Je vous promets qu’ensuite, je vous raconterai l’anecdote qui m’amène ici.


Tout d’abord, sachez que les utilisateurs de ces sites sont souvent des désespérés, morts de faim, prêts à tout pour ne plus rester seuls. Il s’agit donc d’être assez malin pour surfer sur ce manque, tout en se prémunissant contre les inévitables scènes de jalousie ou de désespoir qui suivront l’éphémère relation. Vous me suivez ?


De manière générale, il faut se démarquer des autres mâles en rut, précisément en expliquant (quitte à mentir un peu) que l’on n’a pas besoin de ce genre de site pour faire des rencontres, que l’on y vient au contraire pour trouver mieux que ce que la « vraie vie » nous apporte, et qu’elle nous apporte déjà beaucoup. Cela permet de préciser dès le départ que l’on va être difficile à retenir, ce qui présente un double mérite : mettre les choses au point et être irrésistible. Kundera disait que les femmes ne désirent pas spécialement les hommes beaux ; elles veulent les hommes qui ont eu de belles femmes. Alors mentez, mes frères, mentez ! Toutes les femmes vous diront qu’elles n’aiment pas les menteurs, c’est normal : quand elles se font sauter, c’est toujours par un menteur. Forcément, ça doit les agacer.


Sur mes fiches, on trouve trois ou quatre photos de moi, dans des positions avantageuses, savamment éclairées et retouchées numériquement. Les femmes se maquillent avant de prendre leurs photos, moi je maquille mes photos. Marché honnête. J’efface sans scrupules rides et cheveux blancs qui me feraient paraître… plus vieux que mon âge. Je recadre et retouche les contrastes de façon à donner du relief à mes expressions et plus de dynamisme à la composition. Sur cent photos prises, je n’en garde jamais plus d’une. Je ne pense pas que le physique soit fondamental dans la séduction masculine (heureusement pour moi) mais de bonnes photos sont indispensables pour draguer efficacement sur le net.


Ensuite, il faut une annonce courte, bien sentie et si possible rédigée dans un français correct. La mienne explique en substance que je suis plus charmant que prince, mais plus chevalier que servant. Je ne l’écris pas explicitement, mais ce qui transparaît surtout, c’est que je suis certainement plus alpha que Roméo. Accroche-toi, mignonne ! Les autres mecs s’écartent sur mon passage (j’y crois, j’y crois) mais il reste miraculeusement une place à mon côté. Sauras-tu attraper le train en marche ? Aucun homme n’osera t’embêter quand tu seras avec moi. C’est pas mouillant, ça ? Ah, être la femelle du chef de meute ! Viens, petite ! Le trône est confortable… mais éjectable. On t’aura prévenue.


D’autre part, je mens systématiquement sur mon salaire, ma profession et mon niveau d’études. Je ne postule pas pour un emploi.


Puis je filtre réellement. Elle est révolue, l’époque où, si je ne couchais qu’avec dix filles différentes dans le mois, c’était parce que j’étais resté huit jours cloué au lit avec la grippe. Cinq par semaine, c’était ma moyenne. Mais j’étais salement motivé. Un vrai viandard. J’aurais pu enculer une entrecôte si elle s’était appelé Rosalie et avait eu deux cuisses. J’en ai farci, du boudin, à l’époque. Spécialité d’obèses, de dépressives, de vieilles et de laides en tout genre. Face de raie, retourne-toi ! Je ne veux voir que ton cul. Ta gueule me répugne, montre-moi tes nibards ! Ah, quelle belle époque, glorieuse, grandiose ! Ma bite dévouée au service des désavouées. Et elles me remerciaient, ces connes. Elles m’imploraient de revenir, de les baiser une deuxième fois. Elle promettaient qu’elles feraient tout, et elles le faisaient.


Je me suis bien amusé ; je ne crache pas dans la soupe. Mais depuis, je suis devenu plus exigeant. Un ou deux nouveaux rendez-vous par mois, pas plus, et encore faut-il que les dames en vaillent la peine. Je ne demande pas du top model (je ne suis pas sectaire sur les canons de beauté) mais il faut qu’elles aient quelque chose de sexy, soit dans le look soit dans leur façon de communiquer. Je ne fais jamais l’amour virtuellement (par chat, téléphone ou webcam) mais j’aime quand la conversation flirte avec les tensions. Il m’est arrivé d’être carrément surpris par des approches féminines trop directes. On le sait, mesdames, qu’il vous manque un coup de bite. Mais un peu de décence, que diable, un peu de dignité. Votre pudeur est si séduisante…


J’aime donc la retenue, chez une femme. L’annonce de Fabiola m’amusa cependant. Pourtant, c’était frontal. Il faut dire que le site en question n’était pas beaucoup plus fleur bleue. Plutôt axé sur les échanges charnels que sur les relations sentimentales, si vous voyez ce que je veux dire. C’est peut-être pour ça, d’ailleurs, que son annonce retint mon attention. Je venais de passer trois nuits à convaincre une effarouchée qu’avaler mon sperme serait une expérience psychologiquement enrichissante pour elle, et elle s’obstinait à recracher. Elle était mignonne, mais je n’ai jamais de temps à perdre. J’étais donc retourné sur ce site branché sexe, où j’avais pourtant cessé de sévir depuis quelques semaines pour cause de dégoût, et je feuilletais les fiches à la recherche d’un plan original, voire d’un coup facile pour me changer les idées, quand je tombai sur ces lignes sommaires et sans photo :


« Couple de femmes cherche étalon, 30-40 ans, viril, sportif, indépendant et sans complexes, pour trio ponctuel. Voyeurs, pantouflards et chieurs : s’abstenir. »


J’ai d’abord cru à un piège. L’aubaine était trop belle. Faire l’amour avec deux femmes qui s’aimeraient entre elles : un rêve ! J’ai évidemment pensé à une offre de prostitution déguisée, mais j’en doutais tout de même car les critères exigés étaient trop restrictifs. Puis, fataliste, je me suis dit qu’il devait s’agir de deux laiderons, camionneuses ou haltérophiles. Si elles étaient belles, elles n’auraient certainement aucun mal à recruter en boîte ou dans des clubs.


Par curiosité, je leur envoyai tout de même un message rigolo, plutôt détendu, en proposant mes services si on pouvait s’entendre. Ça n’engageait à rien et j’ai appris que certaines annonces médiocres et sans photos dissimulent parfois de véritables déesses. Il ne faut jamais se bloquer sur un détail virtuel. On ne sait rien de la personne tant qu’on ne l’a pas rencontrée. Autant ratisser large et faire son choix de visu.


J’eus une réponse le lendemain. Fabiola (c’était le pseudo de celle qui avait rédigé l’annonce) m’expliqua qu’elle n’aimait pas beaucoup la cybernétique mais qu’elle prendrait contact avec moi par téléphone si je lui laissais un numéro où me joindre. Décidément, l’approche était rapide. Je supposais que tous les crevards du forum avaient dû les contacter et que Fabiola procédait à un écrémage sévère. Elle se comportait comme si les prétendants étaient innombrables, et il se pouvait qu’ils le soient.


L’épreuve du téléphone est éliminatoire pour les mecs mal organisés. J’ai évidemment un portable réservé à la chasse aux vagins, ce qui n’est pas le cas de tous ceux qui ne répondirent jamais à l’invitation de Fabiola par peur de se faire griller par leur femme ou harceler par une inconnue pendant des mois. D’autre part, il ne faut jamais papoter au téléphone avec une femme que l’on n’a pas encore embrassée. L’outil est résolument féminin. Une femme peut y passer des heures quand vous aurez tout dit en trois minutes. Quand on est un homme sensé, on téléphone pour rencontrer. Exclusivement.


Je ne le savais pas encore, mais Fabiola fonctionnait sur le même principe. Je reçus son coup de fil quelques heures après avoir envoyé ma réponse. Un appel masqué :



Elle avait raccroché avant ma dernière réplique. Pour du rapide, c’était du rapide. Heureusement que j’avais décliné l’invitation pour le soir même. Un mec bien est toujours occupé car il a beaucoup d’amis. Je n’avais évidemment rien à faire ce soir-là, à part manger des pâtes devant la télé, mais plutôt crever que l’avouer. Idem pour mon retard annoncé du jour suivant. J’aurais très bien pu être au rendez-vous à dix-neuf heures, mais faudrait pas qu’elle se prenne pour une princesse, la petite. Théoriquement, le jour dit, je lui aurais passé un coup de fil à huit heures moins dix pour annoncer un retard de quelques minutes. D’un autre côté, j’avais l’impression qu’il ne fallait pas trop jouer à ce jeu avec Fabiola. De toute façon, je n’avais pas son numéro.


Je me suis donc rendu au rendez-vous le lendemain. En ravalant ma fierté, je suis arrivé à l’heure. Je la repérai immédiatement. Elle se leva quand je m’approchai de sa table. Je crus qu’on allait se faire la bise, mais elle me tendit sa main. Partenaires. Nous nous sommes assis à la table des négociations. J’étais tendu.


Contrairement à mes craintes, Fabiola était plutôt jolie. Menue, dans la trentaine, peut-être un mètre soixante, les cheveux raides et roux coupés très courts. De beaux yeux gris-bleu, vifs et intelligents. Sous sa veste en jean, son t-shirt blanc était tendu par ce que mon œil expert authentifia comme une poitrine ferme et rondelette, hélas interdite aux paluches masculines. Jusqu’à nouvel ordre, ajoutai-je mentalement sans beaucoup d’espoir. Son menton volontaire et son regard d’acier ne me laissaient aucun doute quant à sa détermination. Dur.


Comme prévu, elle ne tourna pas autour du pot. Elle comptait prendre une chambre d’hôtel en ville le jour de l’anniversaire d’Annie, sa compagne, c’est-à-dire dans une semaine exactement. L’heureux élu devrait se présenter à une heure indiquée, remplir son office et disparaître. Je lui demandais si elle avait une photo d’Annie, elle m’en présenta deux : une de face et une de dos. Je fus tout de même surpris. Sur les deux photos, une femme au corps superbe était entièrement nue, mais le cadrage s’arrêtait au cou. Seules quelques mèches blondes s’apercevaient au niveau des épaules. La silhouette était fine, tonique, équilibrée. Le ventre plat, le dos musclé, les jambes longues. Un petit triangle doré ornait le dessus d’une vulve autrement épilée et, de dos, les cuisses et les fesses chantaient une ode à la sodomie langoureuse.


Déçu de ne pas voir le visage d’Annie, je demandai à Fabiola si quelque vice caché (strabisme, bec-de-lièvre) n’était pas la cause de cette regrettable décapitation. À son regard offensé, je compris qu’elle trouva ma question insultante et que si je voulais conserver une maigre chance de voir un jour le visage d’Annie, j’avais intérêt à me montrer plus courtois. Je n’insistai pas.


De fait, Fabiola était très prudente. C’est pour cette raison qu’elle avait choisi ce site de rencontres. Elle tenait à s’assurer que le partenaire masculin ne viendrait pas les enquiquiner après leur petite sauterie. Je pouvais la comprendre et elle devina que je n’étais pas du genre collant, bien au contraire. C’était plutôt me revoir, qui était difficile. Elle apprécia cela.



Là, je refusai catégoriquement. Dommage, mais je ne pénètre pas une inconnue sans préservatif. C’est la rançon du bonheur. Trop de partenaires pour prendre des risques. Nous vivons une époque formidable sous bien des aspects, mais pas celui-là. Négatif. Mon plan lesbiennes tombait à l’eau.


Etrangement, d’une certaine façon, ma réticence rassura Fabiola. Un garçon clean et prudent, voilà ce qu’elle cherchait. Je me suis même dit par la suite qu’elle ne m’aurait peut-être pas sélectionné si j’avais cédé trop facilement sur la capote. Encore un test à sa manière. Elle continua donc, comme si elle ne m’avait pas entendu :



C’était raide. J’aimerais beaucoup vous dire que j’ai accepté parce que ma bite réclamait le corps sculptural de la photogénique Annie, mais j’avoue que c’est le ton de la voix de Fabiola et son autorité naturelle qui m’empêchèrent de refuser. Nous avons pris rendez-vous pour la fin de semaine et convenu qu’elle m’appellerait le matin même pour m’indiquer l’hôtel ainsi que le numéro de la chambre. Elle me rappela que, bien sûr, je serais refusé sans certificat médical. Dans quel plan invraisemblable m’étais-je encore fourré, je vous le demande ?


Toujours est-il que j’avais accepté. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais j’annulai tous mes rendez-vous, cette semaine. Je ne pensais plus à autre chose qu’à ce fascinant trio. Je passai plusieurs nuits, seul dans mon lit et longtemps éveillé, à anticiper ce corps sans visage offert à mon plaisir. Plus que sous le charme, je crois que j’étais sous l’emprise de Fabiola. Ses attributs plastiques la rendaient intensément désirable, mais sa virilité mentale la maintenait hors de mon atteinte. Inacceptable frustration. On sentait en elle un appétit qu’on ne saurait satisfaire activement. Il fallait être à elle. La belle Annie, pensais-je, devait se faire baiser royalement. L’absence de verge ne devait pas souvent poser de problème à Fabiola, et elle n’était pas du genre à se laisser embêter par un détail trivial. Pragmatique, dans le besoin occasionnel, elle avait certainement pensé seule à recruter un palliatif sur pattes. En l’occurrence, votre bienheureux serviteur, qui n’en revenait pas.


Elle m’appela, comme convenu, le samedi suivant vers dix heures du matin. La chambre était au Plazza. La 203. « Jamais deux sans trois », pensai-je immédiatement en retenant ma joie, conscient que Fabiola n’avait aucun humour. Le rendez-vous était à quatorze heures précises, pas trois minutes en retard. Oui, chef. Rien qu’à entendre sa voix, j’étais déjà à bloc. Je crois qu’elle n’aurait eu qu’à crier : « Gaaaaarde-à-vous ! » et j’aurais eu une érection. Je n’ai jamais fantasmé sur les dominatrices, mais je n’en avais jamais rencontré non plus.


À deux heures moins dix, j’étais dans le hall du Plazza, rasé de frais, parfumé et sapé comme un dimanche. Sourire à la réceptionniste. Ascenseur luxueux. Une nuit dans ce palace dépasse ce qu’ont dû coûter mes dix derniers anniversaires à mes potes. Pas radine, la Fabiola. Deux heures moins huit. Le hall du deuxième étage. À droite, un panneau m’indique la direction des chambres 200 à 220. J’ai bien le certificat dans la poche de ma veste. Je décide de patienter quelques minutes dans un fauteuil d’angle. J’ai pris quelques capotes, on ne sait jamais. C’est un reflex. Jolies plantes vertes en face des fenêtres. Il y a un monde fou, dans cet hôtel. Trois vieilles bourges sortent de l’ascenseur. Sourire de gendre idéal. Quelques secondes plus tard, un gaillard halluciné manque de me bousculer. Queue-de-cheval et veste en velours, il ne semble pas à sa place ici. Peut-être un artiste qui a réussi. Il est manifestement absent, comme s’il sortait d’une fumette-party ou de la plus barge baise de sa vie. Deux heures moins cinq. Sur le mur, une reproduction d’un tableau abstrait d’un peintre célèbre que je ne connais pas. Je rêve ou j’entends un sommier qui grince ? Deux heures moins deux. Un avion passe dans le lointain. Un petit homme d’affaire chauve sort discrètement d’une chambre et regarde autour de lui avant de refermer la porte. Il me voit. Une porte claque dans un couloir. L’homme hésite un instant puis s’éloigne. Deux femmes de chambre lusophones passent en parlant de leur patron comme si je ne les comprenais pas. Deux heures. Je me lève et me dirige vers le 203…


Devant la porte. Silence. Grande respiration. Trois coups secs. Toujours marquer trois coups fermes pour être sûr d’être entendu dès la première fois. Il est humiliant d’insister.


Fabiola m’a ouvert quelques secondes plus tard, me semble-t-il, et fait signe d’entrer d’un mouvement de tête. Je crois que j’étais intimidé. Aucun signe d’Annie. Fabiola regarda mon certificat puis elle me tendit celui de son amie. Le nom et l’adresse étaient caviardés au marqueur. Seul le prénom était visible. J’aurais dû en faire autant, pensais-je un peu tard. Maintenant, elle saurait où me trouver. Cette femme me faisait commettre des erreurs.


Elle me demanda de me déshabiller dans le vestibule. Une porte entrebâillée donnait manifestement sur la chambre ou devait attendre l’autre fille. Tout de même, je n’étais pas rassuré. Quatre lascars pouvaient très bien m’attendre et me tomber dessus pour… pour je ne savais trop quelle raison. Trafic d’organes ? Prélever mes deux reins pour opérer un milliardaire dans la suite d’à côté réaménagée en bloc opératoire ? Il faudrait que je soigne ma parano. Fabiola me regardait me déshabiller d’un air si désintéressé que c’en était vexant. Quand j’eus fini, elle jeta tout de même un coup d’œil satisfait sur ma modeste anatomie. Je pouvais procéder. Elle m’indiqua la porte.


Avec appréhension, je poussai lentement le battant et fus récompensé. Par tous les dieux, cette vision ! J’aurais pu en perdre la vue. Annie était là, nue, seule et à quatre pattes devant le grand lit blanc. Ses genoux reposaient par terre, mais le haut de son corps était allongé à plat ventre sur le matelas. Je reconnus immédiatement ses fesses et ses jambes, et j’eus une vue très claire de son sexe fendu, qui roseoyait entre ses cuisses.


Mais je ne vis pas son visage pour autant. Des reins jusqu’à la tête, le corps était couvert par un couvre-lit bordé des deux côtés. Tout ce qu’on devinait des épaules et de la tête d’Annie, c’était la bosse que son corps formait sous le tissu tendu. Je n’avais devant moi qu’un cul sans tête. Mais quel cul, mes aïeux ! Voir ce cul et mourir. Non, pardonnez-moi : baiser ce cul, et mourir. Fabiola n’eut pas à ordonner le levé des couleurs. Son petit soldat présenta les armes de son propre chef. Et la situation était absurde. Je nageais en pleine abstraction.


Fabiola vint s’asseoir sur le lit, à côté de sa compagne. Sous les draps, elle lui caressa le visage.



Puis, se tournant vers moi, elle m’ordonna de la défoncer sans ménagement.


Dès lors, je ne pense pas qu’il soit utile de détailler la suite. Vous avez sûrement déjà compris. Et puis, c’est toujours un peu la même chose, non ? Annie était déjà prête, détendue et accueillante. Fabiola m’expliqua qu’elles ne m’avaient pas attendu pour commencer. Les préliminaires étaient, selon elle, superflus. De fait, Annie m’accepta sans difficulté. Trop facilement, même. J’aurais dû me douter de quelque chose à ce moment-là. Déjà, quand Fabiola refusa que je butine un peu sa copine en apéro, j’avais senti que sa réaction n’était pas claire, mais je m’étais dit que les léchouilles, ce devait être sa chasse gardée. Et puis j’ai été trop bête pour comprendre ce qui n’allait pas, quand j’ai voulu prendre le petit de la petite et que Fabiola m’en a subtilement dissuadé en suggérant de continuer « normalement », qu’Annie était sur le point de jouir. Pourtant, à la voir tendre ses fesses en l’air, j’avais compris qu’elle en crevait d’envie. Mais j’ai continué comme disait Fabiola et, en effet, j’ai bientôt senti Annie décoller. Je n’ai pas pu résister beaucoup plus longtemps. Alors fatras habituel, vous savez. Naissance de l’Univers, ce genre de chose. L’inévitable Big-Bang et ses milliards d’étoiles projetées sur un vide infini à la vitesse de la lumière. D’où choc, évidemment. Extase sidérale. Puis décélération et déclin programmé. Décohérence. Silence englué. Néant. Electroencéphalogramme plat. Calme.


Du plaisir en millisecondes comptées…


La routine, quoi.


Hélas, Fabiola ne me donna pas beaucoup de temps pour reprendre mes esprits. Annie lâcha un petit râle de frustration lorsque je sortis d’elle maladroitement, mais pas de quoi fendre le cœur à sa copine. Celle-ci m’envoya vite fait me rhabiller, sans me laisser le temps de prendre une douche. Je renfilai donc précipitamment mes vêtements, sous l’œil impatient de l’ordonnatrice qui semblait pressée que je parte. Tout juste si elle ne regardait pas sa montre. C’est au moment de sortir que je compris la raison de cette hâte.


Quand j’ouvris la porte, j’eus la désagréable surprise de me trouver face à face avec un élégant costaud d’à peu près mon âge, vêtu d’un costume sombre et portant un bouquet à la main, qui s’apprêtait à frapper à la porte. Peut-être trois coups fermes. Je me souviens avoir pensé : « Tiens ! Des fleurs ! C’est une bonne idée, pour un anniversaire. » Je me rappelai aussi que je n’avais même pas échangé un mot avec Annie. C’est tout juste si Fabiola ne me poussa pas dehors, et la porte se referma sur le nouvel arrivant.


Encore éberlué, je titubai vaguement vers l’ascenseur. Je repensai au grand type à queue-de-cheval, que j’avais pris pour un artiste, tout à l’heure. Il venait plus ou moins de la direction de cette chambre. Etait-ce sa semence qui lubrifiait Annie ? Et seulement la sienne ? Fabiola avait-elle eu peur que le goût ne me mette la puce à l’oreille plus que l’eau à la bouche ? Combien y en avait-il eu, avant et après ? C’était vertigineux. Je sortis de là en oubliant de sourire à la réceptionniste. Je ne reviendrai jamais.


Tout comme je n’aurais jamais dû revoir Fabiola et Annie, d’ailleurs. Si c’est le destin qui m’amena à les croiser dans cette galerie marchande quelques mois plus tard, j’ignore encore s’il s’agissait de chance ou de malchance. J’ai d’abord reconnu Fabiola, évidemment, mais je n’eus aucun doute sur l’identité de la grande blonde qui l’accompagnait. Sa silhouette de rêve, je l’aurais reconnue entre toutes, même telle qu’elle était ce jour-là, avec ses seins plus gros et son ventre arrondi, proéminent, qui tendait le devant de sa robe d’été. Elle était enceinte à n’en plus pouvoir éternuer et son visage radieux respirait le bonheur. Elle était vraiment belle. J’en ressentis un pincement de jalousie, ce qui ne m’arrivait normalement plus.


Je repensai à Fabiola, à la table du Café des Arts. Je m’occuperai personnellement de l’aspect contraception, qu’elle disait. Tu parles…


Mais bon, après tout, si ça pouvait les rendre heureuses, je n’étais pas à trois giclées près. Pourvu qu’elles ne viennent pas me chercher dans quinze ans pour faire un test d’ADN, c’est tout. Et puis il y a moins d’une chance sur douze pour qu’il soit de moi, ce gosse, avec le passage qu’il y a sûrement eu dans l’hôtel, ce fameux samedi.


Mais tout de même, depuis ce jour, quand on me demande si j’ai des enfants, je réponds que je n’en sais rien. Si j’en ai, on ne me les a jamais présentés. Puis je n’insiste pas. Pas la peine, non plus, d’en faire tout un drame. Tout cela n’a probablement rien à voir avec moi, de toute façon.


Pourtant, parfois, j’aimerais que ce soit une petite fille…


Il vaudrait sans doute mieux ne plus y penser.


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