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n° 12917Laure et JP13/10/08
Le phénix à deux têtes
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125032 caractères      
Auteur : Laure et JP

Le phénix à deux têtes




Il est de ces histoires entre un homme et une femme qui sont belles et douloureuses à la fois. De ces destins qui, malgré des chemins tortueux et détournés, finissent nécessairement par se croiser. Comment un amour de jeunesse, et l’on sait à quel point il peut être profond, d’abord contrarié, puis enfoui, peut renaître violemment au moment où l’on ne l’attend plus, dévastant tout pour s’imposer.


Nous dédions cette histoire à toutes celles et ceux qui ont gardé dans leur cœur les traces de leur premier amour. C’est souvent le plus beau, le plus authentique, mais la plupart du temps sans lendemain.







Alors que j’ai quinze ans, je fais connaissance de Ludivine, du même âge. Cousine de mon propre cousin, je la rencontre à l’occasion d’un repas familial. Il aura fallu qu’elle demeure à présent non loin de chez lui pour que cela se produise. Un trésor caché que, sans cela, je n’aurais pas découvert. Avec le recul, aujourd’hui, j’en frémis encore. À considérer que le Destin avait déjà choisi nos routes.


À cet âge, à l’éveil des sentiments et d’autres pulsions, un garçon devient très attentif à la gent féminine, à tout jupon qui vole. Pour Ludivine c’est le choc immédiat. Je flashe littéralement pour cette prime adolescente au regard noir. Des cheveux longs châtain foncé, raides, qu’elle porte jusqu’au milieu du dos, le teint légèrement mat, enjouée, aux formes qui se dessinent. Je la considère aussitôt comme un « top », le mieux que j’aie pu connaître à travers ma courte expérience. Et cette attirance ne fera que se confirmer par la suite, malgré les années et d’autres rencontres. Bref, dès 15 ans, je pense avoir trouvé la femme de ma vie…


Fort heureusement une attirance partagée. D’emblée nous sympathisons et nous nous comportons comme un peu plus que des cousins, que nous n’étions pas d’ailleurs, du moins par le sang. Complicité et bonheur d’être ensemble, et moi de mon côté cultivant en secret un sentiment qui va se révéler profond. Au point que je me montre jaloux lorsqu’elle attire des compliments sur son futur de belle jeune fille que l’on devine déjà. Un signe qui ne trompe pas.


Malheureusement je ne peux la voir qu’à l’occasion des vacances scolaires que je passe régulièrement chez mon cousin, en venant par le train, des kilomètres par centaines nous séparant ! Un véritable supplice de devoir attendre plusieurs mois.


Mais c’est chaque fois avec beaucoup d’émotion que je la retrouve, remarquant ses changements physiques, alors que se précise de plus en plus la femme. Mon attirance reste intacte, se renforce même, Ludivine me revoyant chaque fois avec beaucoup d’empressement. Le bonheur, à mon arrivée chez mon cousin, est qu’il me dise aussitôt : « Tu sais, elle t’attend ! ». Au point qu’on nous surnommera affectueusement « les amoureux », tant nous formons aux yeux de tous un couple virtuel.


Mais année après année, ce pseudo-cousinage en forme de relation fraternelle va me peser, car je désire qu’il devienne moins innocent, l’éveil sexuel se précisant avec les premiers flirts. Hélas ! Sur ce point, Ludi semble indifférente, se comportant comme si nous avions encore quinze ans.


Ainsi, jusqu’à nos dix-huit ans, tenté-je tout pour qu’elle devienne une « petite amie », comme on dit. Vraiment tout ? Non. Faut-il que je lui avoue qu’elle me plaît, mais avec des mots et un comportement d’homme ? Je l’ai fait avec quelques copines, mais avec Ludivine j’en suis incapable. Je pense qu’elle se moquerait de moi. Comment franchir le pas ? J’espère, bêtement, que les choses vont se faire toutes seules en multipliant mes visites, en lui imposant ma présence.


Mais, rien à faire, elle demeure « poliment gentille » tout au plus. Et le désespoir survient quand, me plantant là, elle va rejoindre sa bande de copains et copines, bande dans laquelle je n’ai jamais pu entrer. De la rage s’impose ensuite, quand je vois un de ses copains devenir son petit ami, avec ce que cela implique. Imaginer qu’un autre puisse la toucher, l’embrasser est un véritable supplice.


Souvent, en faisant le siège de la maison de ses parents, il m’arrive d’être seul quelques heures en sa compagnie. Nous échangeons des banalités pendant qu’elle s’occupe de choses et d’autres avant de s’en aller et de me laisser.



o-o



Nos dix-huit ans passés, anniversaires d’ailleurs fêtés ensemble et en famille, je me risque de manière appuyée à la complimenter. Ma façon à moi de lui faire la cour. Ludivine est maintenant une superbe jeune fille aux rondeurs accomplies, et ses seins qui pointent, orgueilleux, ne manquent pas de m’émouvoir. Elle a gardé ses longs cheveux châtain foncé, mais agrémentés maintenant de mèches cuivrées du plus bel effet. Son regard noir persiste à m’hypnotiser pendant que j’y cherche sans cesse cette lueur, ce pétillant qui m’encouragerait à aller plus loin. Las ! Elle se contente de rire de mes remarques, me répond que je suis gentil. Gentil ! Il n’y a pas pire… Mais bon sang, elle ne se rend donc compte de rien ? Ou encore joue-t-elle la coquette ? Si c’est le cas je suis complètement désarmé !


Enfin, un jour, peut-être agacée par mon insistance gauche, elle veut mettre les choses au point. Une toute première fois où nous allons parler autrement de nous, évoquer les relations propres à notre âge : un sujet implicitement tabou jusque-là.



Une façon de me dire qu’elle ne veut pas être ajoutée à la liste supposée pléthorique de mes conquêtes, d’autant que je ne fais que passer. Qu’après tout nous sommes amis, rien que des amis. Comment lui expliquer qu’elle me plaît, et sûrement plus, et que je suis incapable de lui proposer un plan sexuel ou même un flirt ?



Un silence. Elle me regarde en souriant, incrédule. Un sourire qui me fait mal tant je suis sincère et que cet aveu m’a coûté. Elle secoue ses cheveux et rejette sa tête en arrière puis réprime un éclat de rire.



J’ai la bouche sèche, le cœur dans la gorge. Enfin j’ai osé ! Brusquement, maladroitement, je lui rappelle que nous ne sommes plus des gamins, que nous sommes devenus femme et homme et que j’en crève. Pour la première fois, depuis longtemps, elle semble me regarder autrement, me découvrir. Comme sous un choc, elle s’affale dans un fauteuil, croise les jambes, secoue ses cheveux – j’adore quand elle fait ça – et me dévisage avec attention. Sa position avachie a fait remonter sa jupe à mi-cuisses sans qu’elle y attache d’importance et je m’en délecte discrètement. Ainsi, jambes croisées, j’entrevois le haut des cuisses, la limite de ses bas. Le tableau est charnel, provocant et j’enrage qu’il soit inaccessible…



Aïe ! Je le savais : elle a ri… C’est foutu. Condamné à ce qu’elle me considère à jamais comme un vague cousin « gentil ». Je suis abattu. Son rire m’a fait un mal terrible et provoqué comme une déchirure. Désespéré, je décide que je ne viendrai plus, que c’est inutile. En plus je suis ridicule. Je cours après une chimère.


Toujours assise elle est redevenue sérieuse. Je dois tirer une triste mine car, comme gênée, elle prend un air compatissant en m’observant. Ses traits se détendent et elle esquisse un sourire.



Je reste interdit, l’estomac noué. Un bide confirmé ! De nouveau elle me jette et s’en va. Je la suis des yeux comme si je ne devais jamais la revoir, et fixe une ultime image d’elle vue de dos, s’éloignant. Un symbole. Mais prête à sortir, elle se fige soudain sur le pas de la porte et se retourne. Mon cœur s’arrête.



Comme dans un rêve je la vois maintenant toute proche, à me toucher. Je suis tétanisé, comme envoûté, surpris par sa volte-face. Mutine elle me plaque alors un baiser léger du bout des lèvres, et d’une main me caresse tendrement la joue.



Alléluia ! En quelques minutes, enfin, il s’est passé quelque chose ! Quoi ? Je ne sais pas. Mais elle est moins indifférente, tout à coup. Pendant des heures je sens ses lèvres sur les miennes, son parfum m’accompagner, et naître un espoir insensé.



o-o



Après une nuit épouvantable où je n’ai pas fermé l’œil, m’écrivant divers scénarios qu’ensuite je me passais en boucle, je m’invite à déjeuner chez elle. Ses parents sont sympas, ouverts, et ils me considèrent un peu comme le fils de la maison tant j’y suis fréquemment. À table, face à Ludi, je cherche ses yeux, tentant d’y lire de la nouveauté à mon égard, d’y trouver cette fameuse lueur. Et il y en a une ! J’y perçois enfin celle que peut avoir une fille pour un garçon et non le regard asexué d’une sœur pour son frère. D’autant que son père nous adresse une de ses remarques favorites :



Nous nous regardons mi-rieurs, tendrement, laissant passer dans cet échange de lourds sous-entendus. À ce moment je baigne dans le bonheur.


Les parents nous laissent, et nous nous retrouvons seuls comme c’est arrivé des dizaines de fois. Encore à table, face à face, séparés par les assiettes et les verres, dans le silence, une gêne s’installe. Hier, entre elle et moi, une page s’est tournée. De gamins nous sommes passés à une mûre adolescence en franchissant chacun un pas vers des sentiments d’adultes. Ludi évite mon regard et s’absorbe à faire des cercles sur la nappe avec un doigt. Comment briser la glace ? Agacé, dépité, je me lève brusquement en lançant un vif : « On débarrasse ? ». Elle sursaute et acquiesce de la tête en m’imitant. Bah ! Je suis trop timide pour tenter quoi que ce soit.


Mais tout part d’un chahut. En l’aidant à débarrasser, nous commençons à nous chatouiller, comme des gosses, à nous provoquer, comme nous l’avons souvent fait. « Jeux de mains, jeux de vilains », dit-on. C’est comme ça qu’essoufflés, face à face, chacun les yeux brillants, se produit LA petite chose qui va tout déclencher. En riant, se penchant en avant, sa bouche en cul de poule, elle m’applique un baiser mouillé et appuyé sur les lèvres puis s’enfuit en riant. Après un simulacre de poursuite à travers le salon, Ludi s’affale dans un canapé pour reprendre son souffle. Elle est radieuse, les cheveux en bataille. Je ne la reconnais plus. Je la rejoins et elle se pousse tout en se collant aussitôt à moi. La chaleur de son corps rayonne, et je remarque sa poitrine soulignée par son pull qui se soulève violemment au rythme de sa respiration. Ah ! l’envie de prendre dans mes mains ces rondeurs, de l’enlacer !


À nouveau elle me provoque du bout des lèvres. Cette fois ce n’est plus un jeu. Et dans le même élan nous entraînant, elle se laisse tomber en arrière pendant que mes lèvres suivent les siennes. Notre premier baiser ! Maladroit, naïf, délicieux alors que je découvre son corps, nerveux et souple. Je n’en reviens pas. Je suis couché à demi sur elle ; ses lèvres en redemandent. Gourmande, Ludi ne semble pas vouloir s’arrêter et accompagne mes mains qui lui malaxent les seins à travers le pull.


Je me relève, la bouche endolorie, poisseuse de nos salives. Toujours à demi allongée, elle me regarde en souriant, chandail retroussé montrant son ventre nu, jupe remontée à mi-cuisses. Terrible vision pour moi dans ce qu’elle évoque de charnel, de tentateur…



Puis un silence pendant lequel nos regards communient, nos mains se joignent. Une fusion tendre de nos êtres, un sentiment de s’appartenir l’un à l’autre.



Elle soupire, ferme les yeux, et pour toute réponse, m’attire sur elle. À nouveau, nous nous embrassons passionnément, longuement, comme pour rattraper tout le retard accumulé, gommer tous ces malentendus. Enfin, haletante, elle me souffle :



Je m’assois le cœur en fête et elle s’allonge, la tête sur mes genoux. Sa respiration est profonde et ses doigts s’amusent à me griffer.



Je me risque à y poser doucement la main, mais, sans me repousser, elle me fait non de la tête. Je n’insiste pas et, en silence, échangeant des soupirs et notre chaleur, nous restons ainsi un temps infini, sans bouger.


Plus tard, à regret, je dois partir. Nous nous levons, chiffonnés, et debout, nous nous serrons très fort. Son corps frémit, palpite, alors que nos ventres se cherchent, se frottent. Puis sentant mon érection elle me repousse doucement en riant, les joues rouges, puis murmure :



Je vais encore passer une sale nuit avec une histoire plus précise à m’écrire et à me raconter…



o-o



Comme sur un nuage, cette fois, j’arrive chez elle en début d’après-midi, le cœur serré, pressé de la revoir, mais aussi avec une sourde angoisse sur ce qui peut se passer maintenant. Je souhaite et redoute à la fois une suite plus chaude, et pourquoi pas sexuelle, mais avec la crainte d’aller trop vite, que ça casse quelque chose. L’essentiel n’est pas là, la revoir simplement, échanger nos émotions, nos sentiments.


Ludi me reçoit, enjouée, en m’ouvrant les bras. Elle porte une jupe à volants et un petit haut boutonné devant, au large décolleté. Tendu par sa poitrine, le petit haut ! Et je remarque un peu de son soutif blanc entre deux boutons prêts à craquer, une fine bretelle. Des détails émoustillants et prometteurs…


Immédiatement, elle me plaque dos à un mur pour m’embrasser presque sauvagement. Un flottement, nous nous observons en souriant, les yeux pleins d’amour et de désir, puis elle m’entraîne au salon où nous nous asseyons dans le canapé. Timides, impressionnés l’un et l’autre, nous restons d’abord silencieux. Quelques secondes où nous nous regardons en pouffant, cherchant par le rire à dédramatiser la situation.



Sa chambre ! Les événements se précipitent. J’ai soudain peur. Peur de devoir assurer ce qu’un homme est censé savoir faire en compagnie d’une femme. À dix-huit ans, un garçon fait le fier, mais au pied du mur…


La pièce est petite, imprégnée de son parfum, avec des posters et des peluches un peu partout. Ludi tire les doubles rideaux, plongeant les lieux dans une pénombre intime, puis s’assoit au bord de son lit.



Je suis debout, bêtement, ne sachant que faire, le cœur cognant dans ma poitrine.



Ému, je suis ému, quand je me pose. Sa jupe est juste remontée au-dessus de ses genoux serrés et ses jambes gainées de bas brillent légèrement. Tentation ! Une envie folle d’y mettre la main, la glisser entre ses cuisses en faisant crisser le nylon. Mais sûrement qu’elle me repoussera.


Assis, nous reprenons nos baisers. Ses lèvres sont fraîches, nos langues jouent à mieux faire connaissance. Je tente de la basculer, mais elle résiste, repoussant aussi ma main qui s’aventurait sur ses cuisses à travers sa jupe.



Tout naturellement mes doigts trouvent les boutons du chemiser et, un par un, les défont. Elle m’apparaît alors en soutien-gorge, un de ces trucs à balconnets en dentelle à vous damner. En grognant je lui caresse les seins à pleines mains, appréciant leur fermeté, leur plénitude lourde et les tétons dressés. Un délice ! Elle ronronne, ondule, frémit, sa bouche me barbouillant de salive.


Je sens soudain sa main sur ma braguette… mais elle ne pas va plus loin, se bornant à me masser doucement. Ainsi comprimée, mon érection est presque douloureuse.



Avec un petit cri, Ludi plonge sa main et me cherche, m’empoigne à travers le slip. Je crois défaillir et me libérer sur le champ à ce contact.



Quand enfin elle y parvient, elle sursaute, me mord les lèvres. Son corps a comme un spasme. Elle se dégage légèrement, interrompant notre étreinte et retire vivement sa main, puis se rassoit, droite, au bord du lit, essoufflée les joues rouges.


Étonné je la regarde, le sexe en feu. Échevelée, sa jupe remontée au milieu des cuisses, le chemisier béant, en soutif, elle est follement désirable. Une envie de la renverser sur le lit me reprend, j’en esquisse le geste, mais à nouveau elle m’arrête, ses yeux noirs brillants me stoppant.



Je m’exécute, pendant qu’elle me sourit tendrement. Je fonds, suis à sa merci. Déjà ces baisers et nos premières caresses m’ont comblé. Et c’est bien volontiers que j’en m’en tiendrais là. Ça va trop vite. J’ai peur. La peur de ceux qui vont toucher au but.


Mais ces yeux me couvent, m’encouragent à poursuivre, disent «moi aussi j’ai peur, mais vas-y, ose…». Elle est assise tout près, tournée vers moi, jambes serrées. Ma main naturellement se pose sur son genou. Pas de réaction ! Elle me fixe puis a un mouvement de tête projetant ses longs cheveux en avant et se redresse, superbe, toujours en me regardant. Sa respiration est rapide, sa poitrine gonflée. Ma main, doucement, d’un doigt, force l’étau de ses genoux, tente de remonter un peu. Imperceptiblement elle se relâche, me laissant aller entre ses cuisses pleines à peine écartées.


Le toucher du grain du nylon des bas est délicieux, chaud, sensuel. Sa respiration est forcée, profonde, tandis que ses yeux me semblent plus noirs. Soudain mes doigts atteignent la limite des bas, après la large bande élastique, là où la chair est nue. Oh ! Quelle sensation ! De la soie… Ludi sursaute, m’attrape la main et la bloque. Sa jupe est à présent retroussée, découvrant ses deux cuisses barrées de bas, laissant entrevoir le triangle du slip, ultime gardien de ma convoitise, de son mystère.



Elle hoche la tête, et c’est sa main qui entraîne la mienne jusqu’à son intimité. Humide et brûlant par là ! Ludi gémit, se courbe vers moi, lèvres pincées, toujours les yeux clos, ses cheveux ruisselant sur son visage. Ainsi elle est encore plus belle. Je n’ose plus bouger, nos doigts entrelacés sur sa culotte. Elle semble goûter intensément cet instant. À des palpitations de son bas-ventre je sens qu’elle éprouve un plaisir délicat et profond. De plus, son slip est maintenant trempé.


Et c’est alors que son autre main, s’appuyant d’abord sur ma cuisse, remonte, remonte, et cherche ma braguette restée ouverte, s’y engouffre et m’empoigne à pleine main. C’est à mon tour de gémir, de me cambrer. C’est trop fort. À travers le slip, sa main me serre doucement, puis se crispe, se relâche et me reprend. J’ai le besoin de dégager mon membre raidi, l’envie qu’elle le touche, qu’elle le libère.



Me contorsionnant, je défais mon pantalon, le fais glisser. Toujours avec ses mains sur mes épaules, ses bras tendus, je lui apparais cuisses demi-nues, le slip tendu comme une tente.



Un «non» de sa tête me précise qu’elle veut me voir faire. Aussi, d’un coup, je baisse le slip, dégageant mon engin courbé vers mon ventre. Ludi soupire et je sens ses mains se crisper sur mes épaules, ses ongles s’y enfoncer. D’abord elle m’observe en souriant, puis s’étant rassise, se décide d’une main, puis de l’autre à me branler doucement. Mes mains, à leur tour, s’aventurent entre ses cuisses, et un doigt cherche l’entrée de sa grotte secrète en repoussant son slip. D’abord une douce toison, puis un fouillis de replis humides et brûlants m’accueillent. À nouveau, elle soupire et change de position, se soulevant sur une fesse pour m’aider. Comme je la pénètre d’une phalange, elle pousse un petit cri et interrompt sa propre caresse. Yeux fermés elle gémit et se trémousse pour chercher un contact plus profond, puis accompagne le va-et-vient de mon doigt par des ondulations du bassin en se frottant sur ma main.



Elle mouille beaucoup, m’inondant la main et reprend de la sienne le doux massage de mon sexe.


Je n’en reviens pas. Là, ma Ludi que j’espérais tant… Nous nous masturbons tout en douceur, tout en retenue, timidement. Les bruits de succions de ma caresse, ses râles, mon membre palpitant dans sa main me transportent dans un nirvana inconnu. Que c’est bon, intense !


À ce train, l’un ou l’autre va jouir, quand soudain le carillon de la porte d’entrée se manifeste dans un « dring » retentissant.



Au moment où j’allais me dégager, lestement, elle m’enfourche, s’asseyant sur mes jambes.



D’un doigt mutin elle écarte la goutte qui perle au bout de mon pieu enseveli sous ses cheveux, puis, délicatement, elle m’embouche juste le gland. Le contact de ses lèvres chaudes et humides, la vue de ses seins qui manquent de se libérer du soutif, la situation avec son amie qui attend à la porte me provoquent un élan des reins vers le haut. Je me cambre de plaisir. Sacrebleu que c’est délicieux !



Mais c’est allé trop loin. Instantanément, quand sa langue se mêle au jeu, je sens monter une pression que je ne saurais contenir plus longtemps.



Trop tard ! Trop de tension. Malgré moi, un premier jet lui barbouille la bouche. Elle se retire brutalement, me couvre d’une main qui recueille mes autres crispations. Avec une grimace elle recrache sur mes cuisses, et s’essuyant les lèvres d’un revers de bras elle montre une colère contenue.



Elle est maintenant debout, me fusillant du regard, le coin des lèvres portant encore quelques gouttes… Chiffonnée ma Ludi, dépoitraillée, les joues rouges, la jupe en bataille ! J’éclate de rire en la voyant ainsi, décidément encore plus belle énervée. Décontenancée, elle sourcille, comprend, puis me désignant d’un doigt, elle éclate de rire à son tour.



Re-dring à la porte, doublé cette fois. Caro s’impatiente ! Ludi, très rapidement se rajuste, reboutonne fébrilement son haut, s’essuie à nouveau la bouche en grimaçant, se passe la main dans les cheveux.



« À tout de suite ! » débite-t-elle en partant, non sans m’avoir au préalable embrassé du bout des lèvres et asséné : « t’es un cochon ! »


Resté seul, tout en me préparant à être présentable, je me remémore ce qui vient de se passer. Eh ben ! Si je m’attendais… Je respire un grand coup, heureux. « Et ce n’est qu’un début ! » pensé-je. Ah ! Cette Ludi ! Ma Ludi, celle sur qui je désespère depuis si longtemps !


De retour au salon, j’entends en bas, dans l’entrée, des éclats de voix, des rires, des chuchotements. Ah, les filles ! Et je te parle, et je te parle ! Enfin elles font leur apparition, joyeuses. Ludi a encore les joues un peu rouges. Quant à Caro, au regard qu’elle me lance, j’en déduis qu’elle a deviné ce qui vient de se passer… Une malice indicible dans ses yeux, un air de deux airs comme on dit et ses coups d’œil complices à l’adresse de son amie. Ludi s’empresse de nous présenter.



Caro est devenue une belle fille. Plus âgée que Ludi – elle doit avoir vingt et un ou vingt-deux ans – je me souviens d’elle encore adolescente. Plus petite que son amie, plutôt blonde, elle dégage un charme fou, et surtout une sensualité à fleur de peau. Celle d’une femme, d’une vraie, dont rêvent tous les gamins comme moi à dix-huit ans. À côté, Ludi fait encore femme-enfant. J’avoue être troublé et elle doit s’en apercevoir.



Un silence gêné, et elle reprend :



Comme pavé dans la mare, on ne fait pas mieux ! Ludi est blême, hésite à répondre tout en évitant de me regarder.



Elle embrasse rapidement son amie et vient également me biser. En me serrant légèrement le bras, elle me chuchote :



Ouf ! Elle est partie. Tant mieux, ou dommage. Pas vilaine du tout, et pas froid aux yeux ! Gonflée aussi sa proposition ! Ludi revient après l’avoir raccompagnée. Elle s’assoit au bord du canapé et reste silencieuse, les yeux dans le vague. Je ne sais que dire. Quelque chose s’est brisé. Après tout, c’est normal qu’elle ait un copain. Moi je ne viens qu’occasionnellement.


Enfin elle me regarde, les traits crispés.



Elle se jette dans mes bras, au bord des larmes. Sa tête dans mon cou, elle retient des sanglots et murmure :



Et sur ces confidences elle éclate en sanglots, me serrant à me faire mal. Je fonds. Sa respiration, d’abord saccadée, se fait profonde. Tout doucement elle se calme, puis cherche mes lèvres, m’embrasse doucement. Décidé à retrouver nos émois, comme si c’était la chose la plus importante à ce moment, je lance en rigolant :



En répondant non de la tête elle me force à m’allonger et se couche à-demi sur moi, le nez sur ma poitrine. D’une main, je lui caresse les cheveux tandis que de l’autre, j’effleure légèrement ses courbes frémissantes jusqu’à flatter ses fesses à travers sa jupe, mais elle reste sans réaction.



Le charme est rompu. L’intervention de Caro a cassé quelque chose. Je réalise que je me conduis également comme une brute dans mon empressement. Ludi a surtout besoin de beaucoup d’amour, de tendresse. Et mes pulsions imbéciles de jeune mâle en rut sont déplacées dans ces circonstances.


Du coup, agacée, elle se lève et marche de long en large. Je l’admire. C’est maintenant certain, je suis amoureux. Mais à présent c’est autre chose. Le sexe en plus, un accord ensemble sur ce point. Ah ! maintenant que nous avons partagé ces moments intimes et qui en appellent d’autres ! Je maudis à l’instant notre prime jeunesse. Sans moyen, sans oser, où aller ? Il est vrai qu’à tout moment ses parents peuvent revenir. J’enrage. Alors que je vais repartir bientôt, la laisser me paraît insupportable sans avoir été plus loin.


Elle revient, se couche à nouveau sur moi en ronronnant et m’offre ses lèvres. Un long baiser nous unit, mélangeant sauvagement nos langues, nos salives, nos souffles, entrechoquant nos dents. Un frisson la parcourt, elle me lâche et, tout en me chatouillant, en jouant, elle murmure :



N’attendant pas la réponse, elle reprend mes lèvres, me mord, me lâche à nouveau.



À défaut, un jeu de mots qui nous excite… Lui prenant la tête à deux mains, bouche contre bouche je murmure en riant :



Elle rit à son tour, me mord à nouveau et répond :



Serrés l’un contre l’autre, nous frottant tout habillés, nous rions de nos bêtises. Un de ces moments inoubliables des premiers émois, et sûrement des plus beaux.


Des bruits, des voix nous parviennent soudain du rez-de-chaussée, une porte claque.



Fin de la récré ! Rapidement nous mettons de l’ordre dans nos tenues, retapons le canapé. Il était temps : entrée du père dans le salon !


Après un moment de flottement et après qu’elle a précisé à la cantonade que je dois m’en aller, Ludi m’entraîne dans sa chambre. Quelques instants encore à partager, à voler. Et là, debout dos à un mur, elle m’attire et m’enlace, frottant son ventre contre le mien. Je retrousse sa jupe et lui enserre les fesses à pleines mains. En réprimant un gémissement elle mime un rapport par des ondulations du bassin. C’est sauvage et je bande à nouveau comme un fou. Sa bouche a pris la mienne et, ventre contre ventre, goulûment nous nous embrassons à perdre haleine.



Mais elle se dégage, essoufflée. Les yeux brillants de désir, elle me maintient à distance, les mains sur mes épaules.




o-o



En sortant de chez Ludi, les joues en feu et le reste chauffé à blanc, je marche vers l’arrêt du bus qui doit me ramener. L’air frais me fait du bien et je suis dans mes pensées quand une voiture me rattrape et s’arrête à ma hauteur : c’est Caro qui à travers les vitres baissées me fait signe. Surprise ! Que fait-elle là ?



J’ai accepté sans réfléchir, sans me méfier, par réflexe. Sa conduite est rapide et nerveuse ce qui a pour effet, petit à petit, de faire remonter sa robe sur ses cuisses. À un feu rouge, soudain, je sursaute quand elle me pose sa main sur le genou.



Elle hoche la tête et reprend la route, tout en m’observant. À présent sa robe est remontée en haut des cuisses et je devine le petit triangle blanc de son slip. J’ai chaud. Cette fille est ensorcelante, sensuelle, terriblement désirable et là, maintenant et sans chichi, prête à l’amour, comme ça pour le plaisir. Un autre feu rouge, où cette fois elle me prend la main et la plaque entre ses cuisses. Le contact soyeux et chaud me transperce pendant qu’elle en frissonne.



Hein ? Sans détour, la proposition ! D’abord allumé par Ludi, voilà maintenant que c’est Caro… C’est trop, et les sens exacerbés, il n’en faut pas davantage pour que je me laisse aller, comme un soulagement, une occasion d’apaisement. Me sentant hésitant, elle m’achève en ajoutant :



Vaincu, j’acquiesce de la tête, et c’est ainsi que je me retrouve chez elle. Comme dans un rêve, une autre dimension, elle se montre tendre et joue de moi telle une marionnette, un objet sexuel, dirais-je. Un merveilleux moment où elle prend son plaisir au-delà de ce que je lui donne. Une œuvre de chair, purement physique mais intense, le sentiment qu’elle me viole avec tout mon consentement…


C’est plus tard, alors qu’elle finit de me raccompagner, que je réalise mon incartade, ma trahison. Mais qu’ai-je fait ? Je suis un triple idiot ! Ses pulsions assouvies, Caro est sage maintenant et semble deviner mes pensées.



Je ris sous cape. Ludi, coincée ? Si Caro savait… Savait que son amie s’est montrée plutôt coquine, que ce n’est plus le temps dont elle a besoin mais d’une occasion, d’un endroit, au calme ! Caro, encore une fois, me devine à livre ouvert. Elle se gare en catastrophe et me fait face, tout sourire.



À mon attitude, elle comprend. En rigolant et en me tapant dans la main, elle s’esclaffe, les yeux brillants :



Elle hoche la tête et m’adresse un sourire et un regard qui en disent long sur sa surprise et son bonheur de réaliser où nous en sommes Ludi et moi. Spéciale, Caro. Mais finalement sentimentale. Dans son genre fidèle en amitié…


N’empêche. Je regrette ce moment d’égarement que je crois pouvoir rester secret. Bien plus tard je devrai en comprendre les conséquences.



o-o



Cette fois, c’est le départ, et pas un retour avant quelques mois. Le cœur gros, je revois Ludi. Une petite heure volée dans sa chambre, avant de prendre mon train. Mais rien à faire, ses parents s’obstinent à ne pas sortir ! Quelle angoisse de regarder sans cesse l’heure et de guetter le moment où nous serons vraiment seuls, d’entendre dans la maison les allées et venues de ses parents ! Assis au bord de son lit, nous échangeons des baisers passionnés en nous retenant d’aller plus loin. Des caresses plus précises aussi. Des mots enfin qui ne font rien pour nous calmer.



En me jetant un regard coquin, brusquement elle se lève, va écouter derrière la porte, puis revient et m’invite d’un geste à me lever. Doucement elle me pousse contre le mur et empoigne la bosse de ma braguette tout en laissant aller sa tête dans mon cou.



Elle entreprend alors de me masser, d’abord lentement puis de plus en plus fort, de plus en plus appuyé. C’est délicieux, mais scabreux ! Je me tords et elle semble partager mon plaisir en gémissant dans mon cou, tout en me maintenant plaqué au mur. Je sens sa poitrine s’écraser sur la mienne, s’y frotter. Je réprime bientôt un cri quand je me libère dans mon slip. Ludi soupire et continue jusqu’au moment où je suis vidé, apaisé, mes jambes vacillant et tremblant. Le souffle court, les larmes aux yeux, elle m’embrasse rapidement puis va se rasseoir, jambes serrées, les mains sur les genoux, frémissant de tout son corps. Reprenant mes esprits, le bas ventre chaud et collant, je la rejoins et lui prends la main, décontenancé.



Sa main se crispe sur la mienne et d’un mouvement de tête elle rejette ses cheveux en arrière. Se passant la langue sur les lèvres et en se mordant elle rit doucement, les yeux brillants.



Alors, yeux fermés, cambrée en arrière, ses mains sous sa jupe, elle se caresse en retenant des gémissements en se pinçant les lèvres. Sa respiration se fait rapide tout en lâchant malgré elle quelques soupirs. Dieu qu’elle est belle ainsi, au bord du plaisir ! Je m’exclame, moi aussi à nouveau excité :



Elle se jette alors sur moi et, oubliant toute retenue, me bascule sur le lit. Ses lèvres me picorent vivement la bouche tout en ronronnant.



Et d’autorité, tout en m’observant en riant, elle me fourre ses doigts dans la bouche ! Une première pour moi l’odeur et la saveur de l’intimité d’une femme ! Et celles de Ludi ! Un souvenir qui restera gravé à jamais. D’abord un recul, puis des sensations que j’accepte puis apprécie. Méticuleusement, sous son regard attentif et narquois, je m’exécute, phalange après phalange. Enfin, en soupirant, elle vient en chercher de ses lèvres le résultat dans un baiser brûlant et baveux.



Je reste sans réponse, baignant dans une douce félicité, m’enivrant de son odeur, la bouche encore imprégnée de ses fragrances, mon corps écrasé sous le sien. À peine si je pense qu’en quelques heures, elle et moi avons trouvé le bonheur intense des premiers émois. Nous restons ainsi, au risque de nous faire surprendre. Mais là, rien ne peut nous faire reprendre une tenue correcte. Mes mains lui caressent les fesses, l’attirent au plus près, goûtant intensément ces ultimes moments.


Je me décide enfin à aller aux toilettes pour faire un peu de ménage. Espiègle, elle en rit et se moque de moi.



Il est l’heure maintenant. Et trop tard pour consacrer notre union. Des embrassades, des mots doux, des pleurs quand je dois la quitter, mais sans trop de regrets croyant que je la reverrai bientôt. C’est idiot, juste au moment où, enfin, il se passait quelque chose entre elle et moi ! Un début inespéré et aussitôt avorté, mais avec des moments intimes inoubliables. Des sentiments en plus, sans doute profonds, et peut-être de l’amour, du vrai. Qui sait ?



o-o



Loin d’elle à présent, son image, le souvenir de nos coquineries ne me quittent pas. Et l’idée que dès la prochaine fois nous irons plus loin m’émoustille. Amoureux, je suis amoureux et c’est partagé ! Je flotte sur un nuage. Chaque soir je lui téléphone et nous nous livrons à des jeux verbaux tendres et chauds, dignes du téléphone rose… Elle m’avoue parfois devoir conclure seule de son côté, et moi de dénier hypocritement de telles pratiques…


Tout va pour le mieux et nous nous cultivons notre tendresse jusqu’au jour où elle se montre brusquement distante, écourte nos conversations et élude mes gentillesses. Le ton n’y est plus et les événements vont se précipiter.



Effondré, meurtri, je manque m’étouffer. Tout s’effondre.



Dès lors, contrarié, sans connaître les raisons de ce refroidissement, je n’ose plus l’appeler, attendant avec angoisse qu’elle me relance. J’apprends alors que mon cousin déménage. C’est complet ! À moins d’être invité chez Ludi, je ne vois pas comment je pourrais la revoir. C’est la dégringolade, d’autant, comme si ça ne suffisait pas, que mes propres études m’appellent pour quelques mois à l’étranger !


Premier amour, premier chagrin. La rage au ventre je fais une ultime tentative de recoller les morceaux. Après plusieurs appels où je tombe sur ses parents, enfin je peux lui parler. Je lui explique rapidement la situation, le problème pour nous revoir.



Découragé, dépité, je jette plus que je ne pose le combiné devant moi. Je perçois, j’entends de loin qu’elle continue de parler, des sanglots dans la voix, mais je ne l’écoute plus. Perdue, je l’ai perdue ! Et elle m’aime ! Me le dit. Un peu jeunes ? Oui et alors ? Dans ma tête une tempête. Elle parle toujours, semble m’appeler. À quoi bon ? La gorge nouée, les mains tremblantes, je raccroche. C’est fini.



Pendant quelque temps, je vis dans la douleur, le souvenir ; puis, mobilisé par mes activités, je m’absorbe dans un travail intense pour oublier. C’est ça, oublier, enfouir, pour que ça fasse moins mal, tout en espérant et redoutant à la fois qu’elle reprenne contact. Mais non, rien ne viendra.


N’empêche, c’est un amour de jeunesse qui a laissé des cicatrices, même si les blessures se sont refermées, car il m’arrive de temps à autre de penser à elle avec nostalgie et de frissonner en revivant nos jeux coquins. Et surviennent des interrogations : que se serait-il passé si je l’avais revue ? Et de son côté, le souhaitait-elle vraiment ? Je dois relativiser. Après tout, c’est vrai, nous étions bien jeunes et avons vécu ensemble nos premiers émois, lesquels sont souvent sans lendemain.


Plus tard, j’apprends incidemment par mon cousin qu’elle s’est mariée. Comme moi, d’ailleurs. La vie a continué. Curieusement, en voyant les photos de son mariage, je trouve que son mari me ressemble : même type d’homme. S’agit-il vraiment d’une coïncidence ?



o-o



Puis les années passent, jusqu’à mes trente ans. Il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas. Miracle ou pas, mais par des circonstances familiales, il m’est donné de la revoir, invité par mon cousin à l’occasion des noces d’un des proches de Ludi. En riant, il me précise malicieusement qu’elle sera présente. Coup au cœur ! Pourquoi refuser ? Mais aussi pourquoi, soudainement, cet intérêt pour moi jusqu’à m’associer à cet événement ? Maud, ma femme, s’en étonne.



Au regard que m’adresse alors Maud je réalise que je me suis dévoilé sur l’importance de ces retrouvailles. Comme si elle avait compris, elle hoche la tête et plisse les lèvres. L’intuition féminine ! Nous autres hommes, comment cacher quoi que ce soit à nos chères compagnes ? Et oubliée Ludi ? Non. Seulement enfouie quelque part comme une graine à peine germée et qui peut-être n’attend qu’un peu de lumière pour s’épanouir.


Certes, cette invitation est étonnante. Mais je ne vais pas bouder cette opportunité ! Revoir Ludi, ma Ludi, après tant d’années ! Marrant et excitant. Qu’allons-nous pouvoir nous dire ? Surtout après les conditions de notre rupture. Aussi, c’est avec le cœur et l’estomac serrés que je m’y rends, malheureusement accompagné si je puis dire. Quelque part je pressens un danger, un danger ou un fol espoir ? Reste que je risque aussi d’être déçu. Parfois, il vaut mieux garder une image idyllique de ses souvenirs. On verra bien.



o-o



Dans la ville des parents de Ludi, nous descendons dans un hôtel proche de la salle réservée pour le mariage. Pour l’occasion, nous prenons quelques jours de vacances afin de rester plus longtemps.

Plus de cent cinquante personnes attendent devant la mairie. Je reconnais ici et là des gens que je salue, pour enfin trouver ses parents. En fait j’apprendrai que c’est elle – pourquoi ? – qui a suggéré cette invitation et l’a soufflée à mon cousin. Un coup monté !


Les retrouvailles sont sympas, on évoque des souvenirs, mais pas de trace de leur fille et je n’ose demander. Quand soudain, un « Jean-Pierre, eh ! » dans mon dos me fait me retourner. Cette voix. Ludi ! Ces quelques secondes pour me trouver face à elle me paraissent une éternité, comme un ralenti de cinéma image par image. Comment va-t-elle être ? Grossie ? Blonde, alors que ses cheveux châtain foncé aux mèches cuivrées m’avaient fait rêver ? Ses cheveux justement, toujours longs, ou bêtement courts à la garçonne ? Et son regard, presque noir, comment va-t-il me jauger, m’envelopper ? Et moi, un peu plus enveloppé, ne vais-je pas décevoir ?


Enfin mon demi-tour s’achève. Elle est là, devant moi. Splendide. Pas changée, juste un peu plus mûre, un peu plus maquillée, un peu plus femme. Pas le moins du monde troublée, alors que moi, je la dévore des yeux. Un brin déçu, quand même. Je m’attendais à la retrouver comme je l’avais quittée, avec cette lueur dans le regard, marque de notre complicité passée. Mais non, elle se montre comme si rien ne s’était passé entre nous. Qu’est-ce que je croyais ? Nous avions dix-huit ans… Tout, nos émois, nos caresses intimes, et pourquoi pas notre amour, tout serait-il oublié, gommé, rangé ? Pas en ce qui me concerne en tout cas, car là, violemment, tout me revient en pleine figure. Une pulsion de fuite me prend. Ce n’est plus vraiment la même, ce n’est plus la mienne. Son regard ordinaire m’a glacé. M’inviter ! Par quelle curiosité malsaine ?



Et bisou-bisou sur les joues, à distance respectable. Rien d’autre, pas une œillade, un souffle, que sais-je, « quelque chose » ! Suivent les présentations respectives de nos conjoints. Maud et Ludi s’échangent les banalités d’usage, non sans que je remarque que leurs regards se défient comme seules deux femmes en sont capables. Juste après, ma moitié y va de ses commentaires.



Maud hausse les épaules et, pour calmer le jeu, fait mine de regarder ailleurs. Je suis nerveux et ces retrouvailles s’annoncent mal. De la cérémonie à la mairie, jusqu’au vin d’honneur, j’observe Ludivine de loin, la repérant facilement avec ses cheveux cuivrés. Une femme accomplie, maintenant. Une classe naturelle avec un je-ne-sais-quoi qui irradie, une aura mystérieuse. De ces femmes sûres d’elles qui impressionnent, telles des forteresses qui semblent imprenables. À ce moment, je mesure la distance qui s’est creusée et j’en suis aux regrets, aux opportunités perdues. Reste cette invitation, reste que je suis là, contre toute attente. Maud sent qu’il se passe quelque chose et me secoue de temps à autre.



Confusément je suis de plus en plus mal à l’aise. Ludivine m’a pris toute la tête. À ce point, c’est insoutenable. Et idiot. Je me fais un film d’un autre temps. On ne revient pas en arrière. Ma vie avec Maud est plus que correcte. Je n’ai pas d’alibi pour remettre en question mon couple, même pas pour ce qui est des relations sexuelles, comme c’est souvent le cas. Sur ce plan Maud me comble et je pense que la réciproque est vraie.


Au repas, placé pas très loin de Ludivine, nous échangeons des regards furtifs. Au début neutres, puis curieux, pour finalement être appuyés et insistants. Toute notre histoire, certes courte, a défilé. Mais qu’en reste-t-il ? Enfin, au dessert, un courant est passé quand, les yeux dans les yeux, comme seuls au monde, j’ai retrouvé cette lueur que je lui connaissais, celle de la Ludivine de nos dix-huit ans. Et ici, à table, à ce mariage, douze ans après, un véritable voyage dans le passé, délicieux mais suranné.


Après la pièce montée traditionnelle, et avant que les danseurs n’occupent le terrain, il se produit un désordre général propice aux déplacements et aux rencontres. J’en profite pour m’échapper de la compagnie de Maud et m’approcher de Ludi. Elle me voit seul et, maligne, s’arrange pour lâcher son mari. De bon augure ! Pour la soirée, elle s’est changée et porte une de ces robes longues qui collent à la peau et au décolleté audacieux. La classe ! Et avec ses cheveux longs laissés libres que je ne me lasse pas d’admirer, elle compose des tableaux sans cesse changeants.



Elle plisse les yeux, rougit un peu et me regarde, les yeux brillants.



Un instant nous restons sans mot dire, observant autour de nous, comme laissant la pression monter. À l’évidence nous nous cherchons, nous regardant à la dérobée, évitant et redoutant d’aussi près une confrontation directe yeux dans les yeux. Enfin elle saisit mon bras qu’elle serre légèrement.



Maintenant elle cherche mon regard. Ses yeux noirs ont changé, se font complices, et me percent quand elle ajoute en murmurant :



Elle hoche la tête soudain préoccupée, se renfrogne, blêmit et passe d’un pied sur l’autre, énervée. Sans le vouloir j’ai touché un point sensible.



Songeur, je réalise à ce moment le pouvoir qu’elle a sur moi. Celui de m’entraîner dans ses filets, d’être son jouet si elle le voulait. À l’évidence je suis encore amoureux. Mais elle ? J’en frissonne pensant que je ne lui suis pas indifférent, mais que pouvons-nous faire ? Ludi me tire de mes réflexions en me forçant à la regarder, un sourire inquisiteur aux lèvres.



Surprise de ma réaction brutale elle plisse les yeux et me fixe, tentant de me lire au plus profond. Le piège s’est refermé. Ma réponse est comme un aveu qu’elle a réussi à m’arracher. Elle me teste, veut savoir sans doute où j’en suis dans mon couple, jusqu’où je serais capable d’aller. Elle prend une profonde inspiration qui gonfle sa poitrine à en faire ressortir ses tétons à travers le léger tissu de sa robe. C’est trop… Je réprime l’élan de la prendre dans mes bras, de caresser ces seins qui s’offrent, de retrouver leur fermeté, leur chaleur…



Heureux ? Oui. Mais maintenant terriblement déchiré ! J’allais bredouiller quelque chose lorsque j’aperçois Maud revenir, radieuse, tout sourire en nous apercevant.



Et en riant elle me prend la main, m’arrachant au bras de Ludi puis se serre contre moi. Ludivine nous observe, lèvres pincées et ne peut s’empêcher de fusiller Maud du regard. J’y lis de la détresse et une terrible jalousie. À ce moment il n’y a plus de doute, elle aussi est encore amoureuse !


La musique démarre alors pour ouvrir le bal aux mariés, ce qui attire l’attention de mon épouse. En me secouant, Ludi en profite pour me glisser à l’oreille :



J’ai dit ça comme on lance une bouteille à la mer. Entraîné fermement par Maud, je m’éloigne tout en me retournant pour voir sa réaction. Je la vois dubitative et se demander s’il s’agit d’un jeu ou d’autre chose… Mais après tout, pour les provocations, c’est elle qui a commencé en m’invitant !


Musique ! Dans un brouhaha général, les premières danses démarrent. Du rythme, encore du rythme. Super, mais j’attends autre chose qui mettra du temps à venir. Discrètement je vais voir le DJ.



Hein ? Moi qui piaffe d’impatience pour me retrouver dans les bras de Ludi !


Enfin, ça vient. Les lumières se tamisent et un truc beau à pleurer chuinte dans les enceintes. Ludivine, manifestement en embuscade, me happe et m’entraîne.



Au contact c’est le choc ! Celui si particulier des corps qui se retrouvent dans un accord parfait, avec ce courant qui passe, cette émotion spontanée et irrésistible suivie d’un échange bref de regards où nos âmes se fondent. Instant magique et révélateur mais très vite enfoui, les conventions, les tabous, la distance accumulée nous obligeant à la retenue et aux doutes.



Elle soupire et ne répond pas. Son corps se détend et elle laisse aller sa tête dans mon cou. La grande question est posée, celle des regrets, de ce qui aurait pu être. Ma gorge se noue.



Ses yeux noirs, ses cheveux aux reflets cuivrés, ses lèvres entrouvertes découvrant ses dents blanches, luisent sous les spots de la piste, avec des irisations de rouge, de bleu, de jaune. Une merveille. Et une envie, là, de l’embrasser, de retrouver la saveur de sa bouche, l’impertinence de sa langue. Elle semble m’y inviter, m’y provoquer. Je la serre davantage et glisse ma tête contre la sienne pour échapper à la tentation.



Grosse chaleur ! Nous nous retrouvons, intacts dans nos sentiments. Et je comprends que, pour sa part, elle est prête à forcer le destin. Le piège ! Je relâche mon étreinte. On doit nous regarder. Et nous poursuivons ce slow de manière plus ordinaire en adoptant des airs hypocrites. Elle rit, songeant visiblement à quelque chose. Malicieuse, elle m’interpelle :



Alors je me rappelle, ce téléphone posé que je n’écoutais plus ! Quel idiot j’ai été ! Et pour ça toutes ces années perdues !


À ce moment, la danse se termine, mais une autre démarre immédiatement, un autre slow, encore plus langoureux. Une hésitation de rompre. Tout est dit, notre amour retrouvé et les bêtes raisons de notre éloignement d’alors. Merveilleux et douloureux, mais une page à tourner.


Je m’écarte pour la laisser ; mais elle me retient avec un « Ah non ! Je te garde ! ». En se coulant contre moi elle m’entraîne dans la partie la plus sombre de la piste. Encombrée, la piste. Nous y sommes noyés, cachés dans une demi-obscurité. Serrés plus que de raison, sa bouche à mon oreille elle chuchote :



Nous sommes presque immobiles à passer en rythme d’un pied sur l’autre. Elle me serre davantage, soupire et sans pudeur cherche mon ventre. Sans pouvoir contrôler, je bande comme un âne, elle le sent et se frotte doucement.



Cette fois, nous sommes réfugiés derrière un large pilier de la salle, quasi seuls, ventre contre ventre ; elle semble vouloir se fondre en moi. Ses ongles enfoncés dans ma nuque, sa bouche dans mon cou, elle a comme un spasme.



Reprenant nos esprits, nous adoptons une tenue plus décente en rejoignant le bord de la piste. Elle secoue ses cheveux, respire un grand coup et me sourit tendrement.



Tout ça m’a remué les sangs. Je bande encore. C’est malin ! Mais merveilleux, la sentir contre moi, offerte. Elle perçoit à nouveau mon état et rigole dans mon cou, tout en collant sa cuisse entre mes jambes.



Elle rit de ses coquineries, me griffe légèrement le cou et me souffle :



Le slow s’achève et nous nous séparons et, comme si de rien n’était, elle me fait un signe de la tête et me plante là. Je crois avoir rêvé. Chaude, la danse, et les perspectives prometteuses ! Vu mon état, je tente de m’éclipser pour un coin sombre. Un autre slow démarre. Pas le temps de réagir que c’est ma femme qui m’intercepte et m’y entraîne. Certainement qu’elle a remarqué notre manège. Aussitôt enlacés elle se rend compte de ma particularité.



Repéré ! Je suis repéré. NOUS sommes sous surveillance… Merde alors ! Et nous qui cherchions le coin tranquille pour… pour enfin, après douze ans, nous aimer, pleinement, follement, clôturer peut-être, dans un feu d’artifice nos dix-huit ans inachevés. On ne demande pas grand-chose : la paix, la sérénité, pour deux ou trois heures. Qu’on nous oublie. Difficile, ça ? J’enrage. C’est foutu. Encore ! Et ici et maintenant, alors que ça redevenait possible !


Alternant danses et jeux, la soirée se poursuit sans que je la revoie en particulier. J’enrage. Comment organiser une rencontre ? Et où ? Curieusement, Maud me laisse relativement tranquille. Pour mieux me piéger ? Mais après tout, quoi de plus normal que de reparler avec une amie d’enfance, si belle soit-elle ? Aussi, au milieu de la nuit, alors qu’il fait très chaud, dans un désordre général, j’attire Ludi dehors sur une terrasse, où de nombreux invités viennent chercher de l’air et un peu de fraîcheur. Nous ne sommes pas seuls, mais partager quelques instants à l’écart ce sera déjà un bonheur.


À la lumière tamisée des lieux, avec l’ombre d’arbustes plantés dans des bacs, Ludi est ravissante. Sa robe de soirée la moule parfaitement et le décolleté met en valeur des seins que je n’ai qu’entrevus, juste palpés. Nous trouvons une table et nous nous asseyons, fourbus. Nous sommes d’abord silencieux, goûtant simplement le plaisir d’être ensemble. Puis je lance la question pratique d’un lieu de rencontre discret et surtout de ses circonstances : c’est quasiment mission impossible.



À notre surprise, nous voyons arriver nos conjoints, alors que manifestement les invités commencent à déserter les lieux par paquets.



Rentrer ? Je lance un regard désespéré vers Ludi. Elle est pétrifiée. Soudain, un retour aux réalités, réalités que je ressens à cet instant comme une agression. Demain ou après-demain trouver un prétexte, mentir, pour que nous nous revoyions elle et moi, dans l’adultère. Un ras-le-bol me prend, et les voir là, debout, à attendre que nous nous quittions, c’est trop ! Comme dans un rêve je m’entends répondre, la bouche sèche, le cœur battant :



Ludi me regarde, figée. Quitte ou double ! Qu’est-ce qui m’a pris ? Je fiche tout en l’air. Mais rivé sur ma chaise je suis comme tétanisé.



Blême, Ludi, sort de sa léthargie et tente de sauver la situation.



Une tempête dans ma tête. Saisir l’aubaine, inespérée, ou forcer le destin, une fois pour toutes ? Sans savoir d’ailleurs si Ludi me suivrait. Et merde ! Heureusement celle-ci, finement, conclut en riant et en se levant :



Enfin, moi aussi je me lève et acquiesce de la tête. Ça a été chaud ! Près du clash ! L’atmosphère s’est détendue, sauf ma femme qui me tient fermement par le bras. Des bisous d’au revoir, Ludi qui me lance :



Et chacun repart de son côté.



o-o



Pendant le retour à l’hôtel, Maud garde d’abord le silence, appuyée contre sa portière, le regard fixé sur la route. Je sens qu’elle cogite et il y a de quoi. Enfin elle lâche dans un murmure :



Elle éclate de rire et se rapproche à se coller contre mon épaule.



Nous sommes presque arrivés et elle m’énerve d’une main, parcourant mes cuisses, s’attardant sur mon bas-ventre tout en gloussant. Rarement elle s’est montrée aussi entreprenante. L’inquiétude sans doute et de se sentir en compétition. Ou simplement pour se rassurer. La voiture garée, en courant presque elle m’entraîne jusqu’à notre chambre. La porte à peine refermée elle se rue sur la ceinture de mon pantalon.



Puis à ma grande surprise, elle se débarrasse de son slip, se retourne, et sur le ventre se couche à demi sur le lit, retrousse sa robe de soirée et m’offre sa croupe, cul en l’air tout en m’observant ! Par jeu nous avons déjà pratiqué ainsi, mais ce soir sans aucune préparation, c’est une première.


La vue est hyper excitante dans ce fouillis de tissus avec ces fesses qui m’attendent, ces cuisses qui frémissent. Maud a du tempérament et ne craint pas de comparaison. Fort heureusement à ce moment j’en oublie Ludivine… et c’est très honorablement que je la pénètre. Tout juste humide, serrée, elle gémit sous l’assaut. Ses mains sur ses fesses pour les écarter, la tête dans les couvertures elle m’accompagne de violents coups de reins.



Excité par ses encouragements, ses râles, en notant à peine sa remarque, je m’active jusqu’à finalement me libérer comme une bête alors qu’elle étouffe un cri. Essoufflé, je reste ancré en elle, mes mains crispées sur ses hanches. Enfin, avec un petit rire, elle se dégage et roule pour se mettre sur le dos, jambes ouvertes, cuisses relevées et luisantes. Ainsi le tableau est provoquant dans son impudeur et invite à d’autres jeux.



Je réalise alors son manège. En femme jalouse, tenterait-elle de me priver de mes moyens ? De bonne guerre ! Mais je trouve hypocritement que c’est déloyal !



De plus en plus provocante, de ses deux mains elle se fourrage l’entrejambe, étalant nos jus, puis d’un doigt se perce son étoile. Elle gémit, les yeux brillants.



J’ai une hésitation. Comment résister ? Maud est une amoureuse accomplie et à ce moment Ludivine est bien loin… Mes pulsions de mâle me dictent de succomber à la tentation, de me noyer dans sa bouche puis d’inonder son tréfonds. Dans ces cas-là, elle jouit très fort et bruyamment, un vrai bonheur ! La tête en feu, près de céder, à me laisser emporter, mes yeux se brouillent et confusément le regard de Ludi se substitue à celui de Maud, sa voix à celle de mon épouse. J’ai un recul. Ici, soudain, ce n’est plus Maud mais Ludivine qui m’attend… et je réalise que si je craque, c’en est fini de mon rêve. Maud s’est rapprochée et d’autorité tente de m’emboucher. Dans un ultime réflexe j’esquive.



J’ai repris mes esprits et, simulant de la colère, conscient de ma mauvaise foi, je m’esclaffe :



Tout ceci n’est pas drôle et je pars en haussant les épaules à la salle de bain. Jusqu’à notre coucher définitif elle chantonnera tout en pouffant, ravie du tour qu’elle m’a joué, de la banderille qu’elle m’a plantée. N’empêche, je dors mal, songeant sans cesse à Ludivine et à ce qui va se passer, aux conséquences. De son côté Maud s’agite sans cesse et je crois percevoir par moment qu’elle sanglote, la tête enfouie dans son oreiller.



o-o



Le lendemain, le réveil tardif est pénible. Un peu la gueule de bois et aussitôt l’angoisse au ventre. Je repense à la soirée et à la nuit d’hier… et surtout à cet après-midi à passer avec Ludivine. Folie que tout ça ! La tentation d’arrêter cette spirale qui peut m’engloutir, et lâchement ou courageusement fuir. Mais l’image de Ludi m’obsède ainsi que ses approches, ses envies, sa passion.


Maud, de son côté, n’arrange rien. Nous vivons les quelques heures avant que je parte de manière banale, comme si j’allais me rendre simplement chez mon coiffeur. Peut-être qu’à ce moment, il suffirait qu’elle intervienne, qu’elle me dise « allez, on s’en va, ça suffit » pour que je laisse tout tomber. Mais non. Elle me laisse à mes choix et je sens confusément que la machine ne pourra plus être stoppée. Enfin, l’heure venue pour moi de partir comme prévu, Maud m’enlace et lance joyeusement :



Qu’est-ce à dire ? Cette fois elle pense que je vais vraiment fauter, et d’avance me pardonne si ça doit s’en tenir là. Moderne, Maud… Et bien des couples ont connu cette situation. Si bien que je vais à ce rendez-vous le cœur léger, un brin déculpabilisé. Pour juste une fois, une parenthèse, et la boucle sera bouclée avec Ludi, au moins le pensé-je sans vraiment y croire.


En arrivant chez les parents de Ludi, devant la maison, je tombe sur le mari. Il m’accueille avec un sourire contrit :



Je me marre intérieurement. Des propos de propriétaire, comme s’il parlait de sa voiture ! Mais Ludi, ma Ludi, n’appartient à personne. C’est elle qui prend ou qui donne.


La situation ne manque pas de sel. Finalement, c’est très simple, nos retrouvailles… encouragées par nos conjoints, et en toute innocence !


Enfin elle apparaît, radieuse comme toujours, pimpante, habillée d’une robe légère, boutonnée devant, dans les tons rouges, ornée d’un très sage décolleté, des ballerines aux pieds. Une vraie jeune fille ! Avec juste comme note sexy des bas ou un collant un peu fumés ! Je note néanmoins ses cheveux relevés dans un semblant de chignon laissant échapper quelques mèches. Loin de la femme sophistiquée d’hier. Ainsi elle fait… presque douze ans de moins ! Un clin d’œil sans doute.


Un rapide bisou, un sourire, et nous partons dans ma voiture. Pour aller où ? Je m’en inquiète, mais elle me répond :



Puis le silence. Drôle de se retrouver seuls, avec la bénédiction de tous ! Ça enlève du piquant, le goût de l’interdit.



Elle réfléchit, se tord sur son siège, pose enfin une main sur ma cuisse.



Les kilomètres défilent en silence et j’attends qu’elle me dise où nous allons. D’ailleurs, est-il toujours d’actualité le chaud moment d’intimité ? Pour l’heure, pas évident. Nous avons l’air un peu paumés, égarés, à revivre notre jeunesse. Irons-nous jusqu’au bout ? La raison l’emportera-elle sur la passion ? C’est maintenant ou jamais.


Comme si elle avait deviné mes pensées, sa main se crispe et elle croise haut ses jambes dans un crissement de ses bas. Du coin de l’œil, j’aperçois ses cuisses magnifiques à demi dénudées, le ton fumé des bas renforçant leur allure charnelle.



Comme explication, je lui fais part de ma chaude nuit avec Maud, son intention de m’affaiblir, ses manœuvres coquines. Ludivine m’écoute avec attention, un sourire malicieux aux lèvres.



Je ris et lui parle ensuite de ma suggestion, en forme de dérision, pour une partie à trois et de la réaction de Maud. Ludi en reste bouche ouverte de stupeur puis éclate de rire.



En soupirant elle défait son chignon et ses cheveux coulent sur ses épaules et sa poitrine. Un ravissement, ces reflets cuivrés qui brillent au soleil ! Puis elle remonte sa robe complètement, écarte ses cuisses, rejette sa tête en arrière et yeux mi-clos, de ses deux mains, commence à se caresser. Du coin de l’œil je l’observe, médusé. Ses doigts ont glissé sous son string et elle se masturbe doucement en gémissant, se mouille un doigt puis se pénètre.



Mais elle continue en se trémoussant sur son siège, râlant de plaisir. Je me suis rangé, un peu paniqué. Du coup je suis pris d’une violente érection et je ne sais que faire à la regarder ainsi. Soudain elle cesse, se tourne vers moi l’œil malin et rabat brutalement sa robe en éclatant de rire.



D’une main délicate elle vient constater la bosse de ma braguette et hoche la tête.



Je ris. Quelle coquine ! Oui, nous y allons, je ne sais pas où, mais on y va. Quel bonheur ! Alea jacta est.


Enfin elle m’indique de tourner dans un petit chemin, jusqu’à une coquette petite maison.



Les jambes en coton, le cœur battant, je suis Ludi qui m’a pris la main et nous entrons. Vite nous sommes debout à nous regarder dans une petite chambre avec un immense lit au milieu. Les rideaux sont tirés et une douce ambiance règne avec des odeurs de draps propres et de lavande. Elle s’assoit au bord du lit et tout sourire m’invite à la rejoindre.


Un flash. La même scène il y a douze ans, dans sa chambre. Mon cœur s’arrête. Là, maintenant, tout ce dont j’ai rêvé va se réaliser !


À peine suis-je installé à ses côtés qu’elle cherche mes lèvres en me prenant par le cou, et doucement nous échangeons un baiser presque timide. Un frisson nous parcourt et nous retrouvons instantanément le goût de nos bouches, de nos langues. Elle gémit, me mord, puis en riant se lève soudain.



Des bruits me parviennent de la cuisine, suivis du « pop » d’une bouteille de champagne qu’on débouche. Du champagne ! Une bonne idée, ça ! La coquine a tout calculé, préparé… Elle réapparaît les joues rosies, la bouteille à la main, et d’un mouvement de pieds se débarrasse de ses ballerines qui volent à travers la pièce.



Et d’autorité elle me fait avaler à grosses rasades le divin nectar, récupérant de la langue et des lèvres le surplus qui dégouline de ma bouche. Puis elle en reprend, toujours au goulot, en me fixant les yeux rieurs. Ludi est radieuse, conquérante. La bouche humide de champagne, les cheveux couvrant à demi son visage, haletante, elle est follement désirable.


Je ne sais qui de nous deux bascule l’autre dans un baiser enflammé. Qui de nous deux déshabille l’autre le plus vite. Juste à me demander le nombre de boutons que je dois défaire sur le devant de sa robe, pendant que ses mains attaquent avidement la ceinture de mon pantalon…


Mais maintenant, quasi nus, en sous-vêtements, je suis entre ses cuisses gainées de bas fumés, mon slip tendu, alors qu’elle m‘attend, le souffle court, les mains sur ses seins, la tête auréolée de ses cheveux. Une hésitation entre la prendre maintenant ou faire durer, entre la passion soudaine et la tendresse dans une montée progressive du plaisir. Je lis dans ses yeux qu’elle voudrait les deux. Moi aussi. Nous n’avons que peu de temps, et ici c’est peut-être la première et la dernière fois. Une lueur dans ses yeux, sa main qui me tire le slip et elle rugit presque :



Elle écarte son string, me guide, se cambre et d’un coup je m’enfonce en elle. Ma jouissance est extrême dans son tunnel serré, humide et brûlant. Elle crie, ferme les yeux, me retient au plus profond les mains crispées sur mes fesses. Un aboutissement, une union sacrée, celle de tant de désirs enfouis, moi en elle, planté au plus intime. Le temps n’existe plus, nous ne faisons qu’un.


Je suis immobile, elle yeux clos, contractée sur mon membre et mes fesses, ses jambes me ceinturant. Nous goûtons cet instant magique sans autre artifice.


Enfin, doucement, avec des légers coups de reins, elle me fait imprimer un va-et-vient délicieux, ouvre les yeux et m’adresse un baiser du bout des lèvres. Puis d’une main sur ma poitrine elle m’arrête :



Elle délie ses jambes et m’attire plus haut sur elle, se calant mi-assise sur un oreiller.



Jouant d’abord de la langue sur mon gland elle m’engloutit tout en prenant à pleines mains mes boules. Je crois défaillir. C’est trop bon ! En plus elle m’enveloppe de ses cheveux, les enroule. Gourmande, dans un déluge de salive, sa bouche me suce comme pour m’extraire toute la sève. Sentant qu’à ce rythme je vais me lâcher, je me retire et plonge entre ses cuisses. Elle sursaute, gémit, m’attrape par les cheveux et ses cuisses se referment sur ma tête.



Je découvre un minou rasé, délicatement ourlé, baignant dans son jus. Ma langue, mes lèvres le fouillent, agaçant le clito, s’aventurant à l’entrée de sa grotte secrète. Elle ruisselle. J’ai le visage barbouillé. Un délice de lui procurer ce plaisir alors qu’elle se tord et gémit ! Des petits spasmes m’indiquent que sa jouissance naît, quelque part, dans son ventre.



Essoufflée, cuisses ouvertes et dégoulinantes, elle me fait signe de venir à côté d’elle et, d’un doigt, m’essuie la bouche.



Pause tendresse. Retarder l’instant où je me déverserai en elle, où j’espère qu’elle criera de plaisir. Collés l’un à l’autre, sur le flanc, bouche contre bouche, nous nous regardons. Je dégrafe son soutif, et enfin je peux voir ses seins, les palper, les caresser à nu. Elle rit.



Un bonheur que ces deux pommes bien fermes et pleines, que ces tétons hérissés qui réagissent sous la langue.



Je reprends ma position alors qu’elle s’inquiète d’une main de l’état de ma virilité :



Nous sommes bien, complices, en attendant la deuxième mi-temps. Pas besoin de parler, nos yeux, nos doigts, nos lèvres, nos souffles y suffisent. Combien de temps restons-nous ainsi ? Peu importe. Une communion totale, cosmique, nous baignons dans une autre dimension, goûtant jusqu’à plus soif ce moment qui sera peut-être unique, sans lendemain.


Enfin, après avoir plissé ses yeux coquins, elle se glisse contre moi, plus bas, afin de me réveiller. Elle m’embouche, petit à petit… mais rapidement, comme elle use de sa langue et ses mains, je redeviens présentable. Me faisant mettre sur le dos, elle m’enjambe et se couche sur moi, mon sexe venant buter sur son abricot.



Et se guidant, elle s’empale lentement, buste dressé, se tenant les seins à pleines mains. Elle crie et ne bouge plus, mon sexe pris fermement dans un étau de soie. Puis, doucement, elle monte et descend sur mon pieu, à son propre rythme, en jouant d’ondulations de ses reins, recherchant un maximum de plaisir. C’est divin ! La voir ainsi, tout en se caressant la poitrine, est hyper excitant. Bientôt je sens son intérieur se contracter, ses gémissement s’amplifier jusqu’à devenir des râles, et enfin elle laisse éclater sa jouissance dans un feulement de bête, tête renversée en arrière, ses mains crispées à mes hanches. Pour un peu nous jouissions ensemble, car c’est à mon tour de me libérer alors qu’elle m’accompagne à grands coups de fesses jusqu’au dernier jet en rugissant des « Allez, allez, viens, viens ! ». Avec un grand soupir elle s’effondre sur moi, secouée encore par des spasmes, me griffant, me mordant.



Calmes maintenant, apaisés, nous respirons à l’unisson. Son corps est encore palpitant, couché sur moi. Mon visage moitié couvert de ses cheveux, je la parcours d’un doigt, suivant toutes ses courbes, explorant les recoins, m’attardant entre ses fesses. Elle ronronne, gémit au rythme de mon voyage et ses ongles me griffent légèrement ici et là.


Sans doute, noyés dans notre béatitude, nous nous assoupissons, lovés l’un contre l’autre.


Un frisson me parcourt, j’ai froid. Ludi n’est plus à mes côtés. Je la cherche d’une main mais en ouvrant les yeux, je la vois assise au pied du lit, nue avec seulement ses bas, à me regarder. Je l’admire dans cette pénombre en réalisant que dehors le soleil se couche. Il se fait tard. Seuls ses cheveux, ses seins, ses tétons, ses épaules accrochent le peu de lumière, ce qui la rend irréelle. Jamais je ne l’ai vue debout, sans artifice, à évoluer sous mes yeux. Comme si elle avait compris, lestement elle se lève et en riant prend des poses suggestives dignes d’un magazine de charme, usant et abusant de ses longs cheveux pour s’en couvrir.



Et elle se tourne, se cambre et m’offre sous le nez son superbe fessier rebondi à souhait, ferme, aux courbes parfaites soulignant le sillon central et profond d’où émerge son abricot délicatement renflé et ourlé.



En travers du lit elle vient s’étendre, la tête sur mes cuisses.



Elle soupire et les baisers qu’elle m’applique remontent délicieusement vers mon entrejambe, où insidieusement ma virilité se réveille.



À présent, la bouche tout près de mon sexe, elle s’amuse à souffler dessus et à le caresser avec ses cheveux. Puis à coups rapides du bout de sa langue, elle encourage sa renaissance. C’est délicieux, d’une douceur extrême.



Mouillant ses lèvres, d’un coup, elle me gobe dans un bruit de succion, ses deux mains s’agrippant l’une à mon membre l’autre à mes boules. Cambré par le plaisir je pousse plus loin ; elle en hoquette, mais elle me maintient fermement.



Le membre englouti totalement, elle joue d’abord à « gorge profonde » dans des bruits mouillés qui me surexcitent. Jamais je ne l’aurais imaginée aussi vorace et experte… Maud, qui pourtant adore cette pratique, est largement battue.


Je cherche d’une main à la caresser et, dans cette position, mes doigts trouvent naturellement sa petite fleur cachée entre ses fesses. Elle sursaute, grogne, et des ondulations de sa croupe m’invitent à poursuivre. Doucement, voulant faire durer le plaisir, elle me pompe, pendant qu’à l’aide de ma salive et de sa cyprine un doigt prépare son tréfonds. Quand celui-ci accepte enfin une phalange, elle me lâche une seconde, essoufflée.



Surexcitée, plus vivement, elle me reprend, jouant cette fois une symphonie des dents et de la langue, alors qu’à présent mon doigt inquisiteur l’a pénétrée. Elle se tord, râle, laissant presque mon membre lui échapper.



Ses fesses s’agitent furieusement quand je tente une percée plus large. De toute évidence rompue à l’exercice, elle semble y trouver un plaisir extrême et finalement absorbe ma tentative. Elle crie alors, me lâche et cherche d’un coup de rein une pénétration profonde.



Puis satisfaite, en gloussant, sa bouche m’engloutit à nouveau dans un terrible bruit de salive. Je n’en reviens pas. Quelle gourmande ! Si je m’attendais… Moi qui rêvais plutôt d’un simple et ordinaire premier rapport !


Sentant que je vais bientôt jouir je la préviens, ne sachant jusqu’où elle veut aller. D’un mouvement de la tête elle m’indique qu’elle a compris mais redouble sa caresse tout en remuant ses fesses furieusement autour de mes doigts. C’est chaud, très chaud, torride ! Elle est déchaînée et dans un sursaut de mes reins je me lâche enfin dans sa bouche. Un délice, une jouissance sublime de sentir que ma libération est sous le contrôle de sa langue, de ses joues, de ses lèvres ! Avec des gémissements elle me garde jusqu’au dernier jet, s’en délecte avec des bruits humides et finalement, consciencieusement, je la vois tout avaler. À bout de souffle, elle laisse aller sa tête sur mes cuisses, s’essuyant les lèvres d’un revers de main. Haletante, me griffant la poitrine, elle frissonne et me regarde les yeux brillants.



Elle éclate de rire, se redresse et m’enjambe pour s’asseoir sur mes cuisses en écrasant mes attributs guerriers qu’elle maltraite en gigotant.



Je souris de la voir ainsi exprimer son amour, sa tendresse, sa passion. Et que ça passe aussi par ses pulsions sexuelles, que demander de plus ? Elle se donne totalement, corps et âme. J’en suis remué, dépassé, et je pense être très en dessous de son niveau. L’avenir m’inquiète. Que faire ? Sans doute suis-je déjà allé trop loin… En soupirant je l’attire à s’allonger contre moi et je me cache le visage dans ses cheveux pour m’enivrer de leur odeur, graver à jamais ces moments dans ma mémoire.



Un silence et elle reprend, devinant mes pensées :



Je ne réponds pas. Au-delà de notre entente sexuelle, avec Ludi, il y a plus, beaucoup plus. Depuis qu’à quinze ans je l’ai rencontrée. Un amour de gosse, puis d’ado, en fait ancré au plus profond, devenu latent, endormi, et qui aujourd’hui éclate au grand jour. Que vais-je faire ? Que puis-je faire ? J’aime bien ma femme, je le croyais au moins. Mais Ludi, Ludi c’est plus fort, ça a toujours été plus fort. Il n’empêche, quitter Maud aussi rapidement que compte le faire Ludi avec son mari me paraît impossible. Je lui dois la manière, prendre le temps.


Elle se soulève un peu pour me voir. Nous sommes lèvres contre lèvres, mêlant nos souffles. Ses yeux me fouillent et je suis comme sous une tente formée par ses longs cheveux. Ses doigts me caressent les joues, ses cuisses cherchent les miennes, s’y installent.


À ce moment, je sais. Je sais que je ne pourrai plus la laisser. Que ma vie est avec elle. Une évidence qui s’impose ! À hurler !



Et elle se laisse aller à sangloter dans mon cou, en frémissant de tout son corps. Mieux qu’une déclaration d’amour, un abandon sans contrepartie. Le cœur serré, je lui caresse la tête, l’embrasse comme je peux, ne sachant que dire. Ne sachant non plus quoi décider, même si quelque part je sais que notre destin est scellé, mais quand et comment ?


Nous nous rhabillons dans un silence pesant, sans presque nous regarder. Le bout de notre histoire, le deuil de nos dix-huit ans inachevés. Mais plus encore maintenant. Le goût de continuer, un jour, plus tard, comme une hypothèque sur l’avenir.


Le retour en voiture est triste et également silencieux. Repliée contre sa portière, le visage à demi couvert par ses cheveux ; je ne distingue à la dérobée que ses lèvres pincées. Elle respire rapidement et lâche de temps à autre des soupirs profonds, signes d’une agitation intérieure intense. J’ai les mains moites, des suées, le cœur qui bat la chamade car l’inéluctable séparation est proche. Presque arrivés, je sursaute quand sa main se pose sur ma cuisse.



Elle s’est tournée vers moi, les yeux humides, les traits tirés. Comme peut-être une dernière image d’elle, elle m’apparaît encore plus belle, pathétique. En crispant sa main elle murmure :



Je hoche la tête, incapable de prononcer quoi que ce soit tant ma gorge est serrée.


En la redéposant devant chez elle, son mari est dans le jardin, non loin de la porte d’entrée. Il va pour lui dire quelque chose ; mais Ludi le croise sans un mot, sans un regard. Il me regarde décontenancé, bras ballants. Ludi, elle, a choisi sa route.


Je repars vers l’hôtel en conduisant comme un robot. « Voilà, c’est fini ! » pensé-je en plein désarroi. L’image mythologique du phénix qui meurt et renaît de ses cendres s’impose tout à coup. Nous nous sommes perdus puis retrouvés, et à nouveau perdus. Peut-il y avoir, encore, une nouvelle naissance ? Ludi me l’a dit clairement : elle, elle est prête, demain, plus tard, un jour. Mais il faut être deux ! Ça ne dépend que de moi. « Avec le temps, qui sait ? » conclué-je, conscient d’une certaine lâcheté ou d’un courage responsable.



o-o



La tête en feu, angoissé, dans une bataille de sentiments mêlés de remords et de regrets, je rentre à l’hôtel. Je pense que la messe est dite et qu’il va falloir que je vive désormais avec Ludi cachée au fond de mon cœur, à l’y enfouir, mais jamais à l’oublier. Ma tendre épouse a semble-t-il admis qu’il fallait que j’aille au bout de quelque chose, le prix à payer afin de poursuivre notre vie.


Mais dès mon entrée dans la chambre je suis saisi d’effroi. Maud est en larmes et fait les valises. En fait, sa valise ! Simultanément la terre qui s’ouvre sous mes pieds et un fol espoir. Je vais pour bêtement la consoler ; elle me repousse fermement.



Les bras ballants, debout, je reste interdit, subissant la tempête. Dans ces cas-là les femmes sont redoutables, les hommes des nigauds.



Et voilà qu’elle aussi s’inquiète sur cette question ! Décidément… Mais qu’est-ce qu’elles ont ? Cette jalousie, cet esprit de compétition ! Celle qui fait mieux que l’autre !



Interloquée, elle se fige au moment de boucler ses affaires. Elle se tourne vers moi, défaite. J’ai de la peine. C’est vrai, Maud ne mérite pas ça.



Une hésitation de sa part. Elle s’assoit au bord du lit, la tête dans les mains en se cachant les yeux et reste silencieuse. Debout, passant d’un pied sur l’autre, je réalise que je suis dans une mauvaise passe… Enfin, avec un rire nerveux, les cheveux défaits, elle me lance :



Elle se lève et finit de préparer ses affaires. Enfin, prête, les larmes aux yeux, elle se dirige vers la porte. Je suis figé, attendant encore quelque chose. La main sur la poignée elle se retourne et me fait face.



Le bruit de la porte qui se referme derrière elle me fait mal. Comme un symbole, quelque chose qui se termine, mal. Le silence qui suit est pire. Un vide palpable.


C’est brutal. Je ne voulais pas ça. Pas comme ça. Mon couple torpillé en quelques heures. Mais qu’y faire ? Peut-être que c’est mieux ainsi que de s’installer dans le mensonge et, pire, une double vie. Qu’y faire quand le véritable amour vous rattrape toujours, reprend sa place ?


Une fois seul, effondré, j’essaie d’y voir plus clair. Ma vie a basculé d’un coup. Et Ludi, de son côté, qu’a-t-elle fait ? Vu son comportement de tout à l’heure, je m’attends au pire. Je me risque à l’appeler sur son portable et lui explique brièvement la situation. Elle fond elle aussi en larmes. Décidément, c’est la tragédie ! Puis elle me précise qu’elle va me rappeler, qu’elle prend « des dispositions ».


Je tourne en rond dans cette chambre, peiné, contrarié mais avec loin, très loin dans le cœur une petite lueur, la perspective de refaire ma vie avec elle, de refaire ma vie tout court.


Enfin, après un temps qui m’a semblé une éternité, deux ou trois heures, plus peut-être, mon téléphone sonne. C’est elle, la voix brisée qui me lance : « J’arrive ! ». Un coup de tonnerre, bref, terrible, qui résume tout. Une fin et un départ. Une mort et une renaissance.



o-o



En l’attendant, le cœur dans la gorge, je me demande si je ne suis pas au bord d’un gouffre qui va m’engloutir. Je culpabilise. Tout ça pour un « coup de queue » pensé-je. Après tout, coucher avec Ludi est une chose, vivre avec elle est une autre affaire. Maud a raison. Bref, une nouvelle fois les vieux démons des doutes et des remords qui m’assaillent.


Un grattement à la porte. Ludi ! J’ouvre et elle entre sans me regarder, une petite valise à la main, et va s’effondrer dans un fauteuil. J’ai du mal à la reconnaître tant ses traits sont crispés et son teint, habituellement mat, d’un gris douteux. Enfin elle se tourne vers moi, des larmes dans les yeux.



Mais elle esquive, se lève, et va s’asseoir au bord du lit. Je suis décontenancé. Tout en étant là avec moi, après avoir quitté son mari, elle me fuit, marque de la distance. Elle me fixe, puis semble regarder la porte pour m’inviter à partir. Soudain j’angoisse.



Elle hausse les épaules, soupire. Son visage est marqué, des cernes sombres soulignent ses yeux, comme si elle avait pris soudain plus de dix ans. Difficile de l’imaginer comme elle était il y a quelques heures…



Malgré moi j’éclate de rire. Un rire nerveux.



Ludi, enfin, esquisse un pâle sourire. Elle se détend, secoue ses cheveux, reprend un peu de couleurs. Je la retrouve presque comme je l’aime, mais elle reste préoccupée.



Elle m’observe, goguenarde. Cette fois ses traits se sont radoucis, tout au plus a-t-elle un air las et fatigué.



Nous éclatons de rire et elle se lève puis se jette dans mes bras.


Nous restons ainsi enlacés un bon moment, silencieux, rien qu’à nous sentir collés, comme chacun accroché à une bouée.



o-o



Quelques jours où nous vivons ensemble, sans presque mot dire, et au lit sans nous toucher, comme si refaire l’amour était devenu tabou, accessoire, une faute à expier. Les fantômes de nos conjoints sont entre nous, et en particulier celui de Maud. Curieuse situation, tout de même, compte tenu de notre attirance respective pour les choses du sexe. Une période de reconstruction sans doute, la nécessité de reprendre notre histoire à son début.


Nous sortons beaucoup, des balades, des visites de musées, où nous ne nous quittons pas une seconde, où nos regards se cherchent sans cesse. Mais aucun geste, aucun mot qui pourrait raviver le feu, pas même une allusion quand nous croisons des amoureux qui s’embrassent.


Au lit nous nous contentons de dormir serrés l’un contre l’autre, sages et chastes, et mes érections éventuelles et matinales n’attirent de sa part que des plaisanteries légères. J’ai bien eu des envies, vite réprimées. Pas prête, Ludi, et je ne sais où tout ceci nous mènera. Je pense qu’elle me laisse une chance de me dédire, de m’en aller, et de fermer ainsi la parenthèse qu’aurait été notre aventure.


Et puis un soir, sans parler, timidement, nos corps se cherchent. Elle frémit à partir d’un simple effleurement involontaire de ma main sur un sein, et tout se précipite. Un baiser d’abord léger, puis profond, des mains qui se joignent, puis caressent et se crispent, nos souffles mêlés. Enfin, dans un bruissement des draps, lumière éteinte, Ludi sur le dos, qui ouvre ses cuisses pour m’accueillir en lançant : « Oui ! Viens ! » Tout un symbole. En s’offrant elle m’accepte pour un nouveau voyage, libérée.


Comme si c’était la première fois, comme si nous étions dans l’innocence de l’inexpérience, je la prends doucement, lentement, alors qu’elle semble me recevoir en gémissant comme son premier homme. Une fusion simple, juvénile, loin de la passion de nos derniers ébats, mais ici une communion, plus de nos âmes que de nos corps. Peut-être aussi comme l’acte d’amour qui aurait dû avoir lieu pour nos dix-huit ans…


M’accompagnant de ses râles pendant que nos corps ondulent, des sanglots lui viennent, des larmes qui se mêlent à la salive de nos bouches qui s’échangent un baiser enflammé. Pour finir, en jouissant, tandis que je me déverse en elle, elle crie très fort comme pour expulser toutes ces tensions accumulées. Ses jambes me ceinturant, ses ongles plantés au sang dans mes fesses, son regard, ses râles, ses frémissements me montrent alors que nous avons gagné.


Encore unis, essoufflés. Je vais pour me dégager alors que je l’écrase de tout mon poids. Mais elle me retient par les épaules en me serrant davantage.



Elle soupire, me mord doucement les lèvres, ses mains me caressent le dos et soudain, d’un coup de reins, elle nous force à rouler sur le côté et à inverser la position. En s’asseyant sur mes cuisses elle me domine, seins à l’air, les yeux brillants, cheveux en bataille. Je suis ravi de la retrouver triomphante, sûre d’elle. Elle allume la lampe de chevet pour mieux me voir.



Souplement elle se laisse aller sur moi, cherche mes lèvres. À ce moment j’ai le sentiment que la boucle est bouclée, qu’elle m’a pris dans sa nasse et que j’en suis heureux.



o-o



La suite de la nuit est longue et nos jeux moins innocents. Du temps à rattraper, des sensations à retrouver, d’autres à découvrir. Elle m’avait promis des plaisirs inoubliables, et seules les limites de mes capacités l’ont empêchée de m’en montrer l’étendue… Insatiable, tour à tour tendre puis animale, ronronnant ou rugissant sous le plaisir, elle me fait passer une nuit d’enfer rose.


Au petit matin, nous sommes harassés ; les draps détruits et tachés. Je commande deux solides petits déjeuners, puis accroche à la poignée extérieure de la porte le panneau « ne pas déranger ». Enfin, sublime bonheur quand Ludi me rappelle au lit à côté d’elle, assise, royale et seins nus, tétons dressés.




o-o



Je ne sais plus aujourd’hui combien de temps nous sommes restés dans cet hôtel à aller jusqu’au bout, provisoire, de nos envies, de ses pulsions, de notre tendresse.


À présent nous formons un couple uni et ordinaire. Un enfant est dans la boîte, fruit souhaité de nos amours. Ludivine est même devenue un excellent cordon bleu ! La passion n’est pas retombée, loin de là. Née très tôt, puis forgée à travers bien des épreuves, des malentendus, elle n’en est que plus solide. Un regret cependant, les souffrances que nous avons causées. Mais l’Amour est égoïste, totalitaire et n’a que faire des convenances pour s’imposer.


Le phénix peut dormir tranquille, tant qu’il aura deux têtes…










Copyright © 2008
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Erotisme torride

Tendre Amour

Bon Scénario

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