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n° 13300Pervenche M19/05/09
Mon mur a des oreilles
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32586 caractères
Auteur : Pervenche M

15 MAI :


Seigneur ! Quelle histoire ! Il faut absolument que je prenne ma plume pour coucher sur le papier le tumulte des sentiments qui m’assaillent !


Vais-je perdre la raison ? Ma main tremble tandis que j’écris et tente de me remémorer les événements qui se sont succédé ces deux dernières semaines… En réalité, je n’éprouve aucun mal à m’en souvenir, car tout reste encore bien présent dans mon esprit, mais les pensées se bousculent dans un si troublant désordre que je crains de ne jamais parvenir à les retranscrire fidèlement.


Tout a donc commencé au début de ce mois de mai, par un beau dimanche, lorsque mes nouveaux voisins ont emménagé. Les précédents locataires – des gens ô combien aimables – m’avaient avertie de leur départ, et c’est avec un pincement au cœur que je les ai vus s’en aller vers un autre toit. Leur petite famille, récemment agrandie, ne pouvait désormais vivre à l’aise dans un espace aussi restreint !


Quel contraste, depuis lors ! Ce jeune couple nouvellement installé mène si grand bruit que j’ai cru que le mur qui les sépare de moi avait tout à coup minci ! Jamais auparavant, malgré la présence toute proche d’un ménage avec deux enfants, je n’avais réalisé à quel point les maçonneries de l’immeuble étaient mal insonorisées.


Lors de leur emménagement, les nouveaux occupants étaient accompagnés de quelques proches qui restèrent tard dans la nuit à déplacer avec fracas meubles et bibelots tout en s’interpellant à haute voix. Je n’ai trouvé le sommeil qu’à grand-peine, mais je me suis montrée compréhensive, un déménagement étant toujours un événement.


Il ne s’est guère écoulé plus de deux jours – ou devrais-je écrire « deux nuits » ? – avant que je n’acquière la conviction que mes voisins avaient installé leur chambre à coucher dans la pièce même où dormaient auparavant les deux filles des précédents occupants.


Doux Jésus ! Est-ce donc cela que l’on nomme « péché de la chair » ? Je ne sais pas. Je crains de ne plus le savoir. Initialement, j’ai cru qu’ils se disputaient. J’entendais des bruits et des éclats de voix, alors que je venais de me glisser entre mes draps, et j’ai immédiatement songé qu’ils seraient bien avisés de tenir leurs querelles d’amoureux dans la cuisine ou la salle à manger, plutôt que de l’autre côté de ce mur si léger qui les sépare de moi !


J’ai prêté l’oreille – Seigneur, pardonne-moi ! – et ce que j’ai ouï m’a donné à penser qu’ils étaient loin de se disputer. Sans être aucunement spécialiste en la matière, je ne doutais point qu’une femme se querellant avec son homme n’aurait probablement pas répété plusieurs fois, avec exaltation : « Oh, oui ! Oh, oui ! Oh, oui ! » tandis qu’il poussait des grognements que n’aurait point reniés un goret !


Il me revient que Maman m’avait conté, qui repose au cimetière à présent – paix à son âme ! – que le devoir conjugal est un passage obligatoire pour toute femme désirant une descendance. « Tu enfanteras dans la douleur », as-tu dit, Seigneur, mais tu n’as pas précisé si l’étape permettant de faire naître en elle la vie doit s’avérer également synonyme de souffrance.



Les sons qui me parvenaient depuis l’autre côté du mur instillaient toutefois le doute dans mon esprit. Non seulement ce ne semblait pas vite se terminer, mais la voisine ne pensait certainement pas « à autre chose ». Je n’étais même pas sûre qu’elle fermait les yeux. Une nuit, en plus des « Oh, oui ! Oh, oui ! » qu’elle répétait à l’envi, j’ai cru entendre quelque chose comme :



Maman m’avait-elle menti ? Chaque soir, l’oreille aux aguets, j’écoutais. Un matin, nous sommes sortis en même temps, et nous nous sommes dit bonjour avant d’échanger quelques banalités. Ils m’ont regardée et m’ont souri, mais j’ai nourri l’impression qu’ils se moquaient un peu de moi. Surtout quand j’ai glissé dans la conversation une discrète allusion sur leur « tapage nocturne ».


Ils n’ont pas émis de commentaire bien précis. Je me montrais indiscrète. Je ne les avais pratiquement jamais rencontrés jusqu’à ce jour et il me semblait impoli d’omettre de leur adresser quelques mots de bienvenue, mais aller plus avant dans l’évocation de leur vie privée était probablement déplacé. Je n’aurais peut-être pas dû leur parler, finalement. J’aurais même dû éviter de les regarder. Les quelques instants passés ensemble sur le trottoir m’ont permis de mettre une image sur les sons que je percevais chaque soir et de me rendre compte à quel point ma nouvelle voisine était différente de moi.


Allongée dans mon lit, j’imaginais, en entendant les « Oh, oui ! Oh, oui ! », cette femme aux cheveux clairs dont j’avais aperçu la naissance des seins sous un chemisier échancré, les cuisses rondes sous une courte jupe, les ongles des orteils teintés de rose… j’imaginais donc cette femme complètement nue, couverte par son homme dans la moiteur de la chambre et la chaleur du lit. Je voyais cet homme, grand et musclé, à la peau bronzée et luisante de sueur, se saisissant de…


Non ! Je n’en pouvais plus, Seigneur ! Je voulais fermer les yeux, devenir sourde, trouver un sommeil qui s’obstinait à ne pas venir. Je me suis acheté des bouchons, que j’ai placés dans mes oreilles le soir avant de me coucher, espérant passer ainsi de meilleures nuits.


Ce vendredi, j’ai dû y renoncer ! Jeudi, je n’avais pas entendu le réveille-matin, et j’ai failli manquer l’autobus ! Je ne puis arriver en retard en l’étude. Maître Duponchel est très attaché à la ponctualité, et pourquoi devrais-je lui donner tort ? La ponctualité n’est-elle pas la politesse des rois ?


Nous sommes à présent dimanche, et ce soir je ne pourrai utiliser les boules antibruit de crainte de ne pouvoir me réveiller demain à sept heures ! Je prie afin qu’ils ne recommencent pas. Il arrive qu’ils se montrent calmes, comme quelques jours après leur arrivée lorsque j’ai supposé que Madame était indisposée, mais le répit fut de si courte durée que j’ai prestement chassé cette hypothèse !


J’écris « Madame », mais elle se prénomme Gabrielle. Elle me l’a dit, quand nous avons un peu bavardé. Lui, il s’appelle Jean-Louis, mais je le savais déjà, car elle crie souvent son prénom au milieu des « Oh, oui ! ».


Il se fait tard. Tout reste tranquille. Je pose ici ma plume pour une ultime prière avant de me glisser sous la couette. Seigneur ! Accorde-moi une nuit paisible, au sommeil réparateur ! Mais si ce n’est point là ce que tu veux, Seigneur, que ta volonté soit donc faite !



16 MAI :


Je suis épuisée ! La nuit dernière, j’ai à peine fermé l’œil. Je guettais, enfouie sous les draps, les clameurs et gémissements qui ne pourraient manquer de traverser la minceur du mur, mais rien n’est venu ! Le calme absolu ! Pourtant, dans la soirée, j’avais entendu le bourdonnement de leur télévision et perçu quelques bruits de voix. Ils étaient donc bien présents !


Jamais auparavant je n’avais réalisé à quel point le propriétaire de la maison avait effectué une curieuse opération en aménageant deux logis au départ d’un seul ! Le vaste bungalow avec jardin avait été scindé en deux dans la recherche d’un profit locatif maximal. Et tant pis pour ce mince mur de séparation !


C’est incroyable, ce que le silence peut ressembler à du vacarme lorsqu’on n’a plus coutume de l’entendre ! D’entendre le silence, veux-je dire, pour autant qu’on puisse entendre du silence.


J’ai commis quelques bévues dont je ne suis pas coutumière, à l’étude. Fort heureusement, j’ai pu les rectifier avant que Maître Duponchel ne s’en aperçoive. Il est très à cheval sur la précision du travail. Je ne voudrais pas qu’il me gronde, il affiche déjà habituellement une humeur bougonne et, je l’avoue, il m’effraie un brin ! Je sais pourtant qu’il apprécie ma collaboration. Dernièrement, il m’avait même complimentée.



Mais il avait ajouté, d’un ton bourru :



Qu’entendait-il par là ? Je n’avais pas osé le lui demander, et de toute façon je n’en aurais pas eu le temps, car il avait immédiatement quitté le bureau pour aller déjeuner. Comment peut-on se montrer gaie lorsqu’on travaille chez un notaire ?


Quelques minutes plus tard, Félicie était entrée, un petit arrosoir à la main.



J’avais médité là-dessus, et puis ça a commencé à me trotter dans la tête, surtout à cause de ma nouvelle voisine, Gabrielle. Sûr qu’elle devait attirer les regards des hommes, bien qu’elle ait déjà le sien ! Je me suis morigénée d’avoir de telles pensées. Je ne pouvais injustement la soupçonner d’être ce qu’elle n’était pas. Jusqu’à preuve du contraire, je me devais de la classer parmi les épouses fidèles, très attachées à leur mari !



17 MAI :


Encore le calme, la nuit dernière ! Seraient-ils lassés de leurs ébats ? Serait-ce une mauvaise période pour Gabrielle ? Quelle étrangeté ! À présent que j’ai droit au silence, j’en viens à regretter le bruit ! Une chose est sûre : si le tapage m’empêche usuellement de dormir, son absence ne génère pas l’effet inverse ! J’ai dû me lever pendant la nuit et me préparer une camomille. Il faudra que j’y pense avant de me mettre au lit, désormais. C’est une bonne boisson pour le soir.



19 MAI :


Je me sens mieux ! Ils demeurent plus calmes. Parfois, je les entends rire, mais je reprends peu à peu des forces, grâce à un meilleur sommeil. Mes voisins étaient probablement trop enthousiastes à la suite de leur emménagement. C’est vrai que l’habitation est idéalement située, avec une vue agréable depuis la baie vitrée qui donne sur le jardin et les alentours plutôt bien pourvus en espaces verts.


La possibilité existe également qu’ils aient tenu compte de ma petite remarque au sujet de leur tapage nocturne et qu’ils aient décidé de mettre la sourdine. Tant mieux !



22 MAI :


Est-ce l’arrivée du printemps ? La fièvre du samedi soir ? Ou tout simplement la fin d’une période défavorable ? La nuit dernière a été agitée. J’en frémis encore ! Je n’oserais transcrire ici tout ce que j’ai ouï, mais mes voisins paraissaient tenir la grande forme !


En rentrant de la réunion mensuelle du Cercle des Amis de la Feuille Séchée, où j’étais allée présenter les récentes trouvailles ayant enrichi mon herbier, j’ai croisé sur le trottoir quelques personnes qui s’en retournaient d’avoir passé la soirée avec Gabrielle et Jean-Louis, et auxquelles ces derniers lançaient des « au revoir » depuis la porte de leur logis. Il devait être environ vingt-trois heures.



En fermant derrière moi, il m’a semblé entendre ma voisine pouffer, mais sur le moment je me suis crue victime de mon imagination.


J’avais hâte de me coucher. Les réunions du CAFS sont passionnantes, mais se terminent tard. Une fois dans mon lit, j’ai compris que la nuit ne serait pas tranquille. Au chaud dans les draps, j’ai bien vite réalisé qu’ils « remettaient ça ». Pardonne-moi, Seigneur ! J’aurais dû à ce moment faire usage de mes boules antibruit, mais la boîte était dans la salle de bain, ce qui m’a occasionné un temps d’hésitation – assez coupable – pendant lequel je me suis interrogée :



Je pense qu’elle disait, si j’ai bien tout compris :



En tout cas, quelque chose qui ressemblait à ça. Et puis, lui, c’était plus distinct :



Il y avait aussi des :



Et ça s’est terminé par :



J’ai collé mon oreille contre le mur – oui, je l’avoue, je me laissais aller à quelque indiscrétion – pour mieux entendre ce qui se disait chez mes voisins. J’en ai honte, à présent, mais sur le moment ce fut plus fort que moi ! Mon corps frémissait, mais je n’avais pas froid. C’étaient des frissons d’origine nerveuse.



Jean-Louis ne répondait pas, alors elle a poursuivi :



Et puis une série de cris qui en disaient long mais qui ne montraient rien, alors que j’aurais bien voulu voir ce qu’elle subissait qui lui procurait tant de plaisir. Je pouvais l’imaginer, mais malaisément puisque je n’ai nulle pratique de la chose…


Maman, m’as-tu menti, toi qui prétendais que le devoir conjugal n’a rien d’agréable ? Ou alors, c’était ce père que je n’ai pas connu qui te rendait cette chose difficile à supporter ?



En entendant tout ça, j’étais en sueur, mais je ne m’en étais pas aperçue. J’écoutais, fascinée, obsédée par ces cris. Je poussais la tête tout près du mur, où j’avais approché mon oreiller. Le drap et la couverture, tirés jusqu’à mon menton, maintenaient ma chaleur dans le lit. Mon cœur battait à tout rompre. J’ai posé la main sur mon ventre, par-dessus la robe de nuit, et j’ai continué à prêter l’oreille.



Je n’en pouvais plus ! Était-ce possible ? De… de la sodomie ? Car c’était là ce à quoi ils se livraient, j’en étais persuadée. En tout cas, je l’imaginais, à leurs paroles et au bruit qu’ils produisaient !



Au moment où mon voisin a crié « Je viens ! Je viens ! », j’ai soudain pris peur. Allait-il venir me reprocher mon indiscrétion ? Ce n’était pas cela, bien sûr ! J’avais tellement honte, Seigneur, tellement honte !


Entre mes jambes serrées, je sentais une pointe d’humidité. Je n’en pouvais supporter davantage ! Je me suis levée sans bruit et me suis rendue à la salle de bain pour me laver à l’eau froide ! Le contact avec le gant de toilette trempé et glacé m’a fait claquer des dents. Je revenais sur terre. Je me suis demandé à cet instant s’il ne serait pas opportun de déplacer mon lit à l’autre bout de la maison, mais la perspective de dormir dans la cuisine ou dans la salle d’eau ne me réjouissait guère.


J’ai achevé une partie de la nuit dans un des fauteuils du petit salon, et je n’ai regagné ma couche qu’à l’approche de l’aube. Tout demeurant calme, j’ai dormi jusque midi. Ce soir, pourtant, je ne puis m’accorder cette fantaisie. Demain lundi je dois me réveiller en bonne forme à sept heures pour me rendre à mon travail. Je m’installerai dans le divan.



23 MAI :


Quelle idiotie, mon déménagement vers le salon, la nuit dernière ! Si les voisins avaient chahuté, je l’aurais entendu quand même. Moins fort sans doute, mais je l’aurais entendu. C’est resté calme. Ils ne font donc pas ça tous les soirs ?



26 MAI :


Incontestablement, je préfère mon lit à tout autre endroit pour dormir ! En semaine, je travaille, et mes voisins aussi. Voilà tout. Ils rentrent probablement aussi fatigués que moi et ils n’ont pas l’esprit à la gaudriole. C’est bien ainsi.



30 MAI :


Mon écriture devient épouvantable. Je ne maîtrise pas les mouvements désordonnés de mes mains. Je pressens que ma tension artérielle n’est pas encore revenue à la normale, malgré les médicaments que m’a prescrits ce matin le médecin. Dois-je le préciser ? Je n’ai pas pu me rendre à mon travail. J’ai téléphoné à Maître Duponchel pour le prier de bien vouloir excuser ma défection soudaine. J’ai cru percevoir un brin d’ironie dans sa voix lorsqu’il m’a demandé si j’avais fait des folies de mon corps ce dimanche…


Il faut que je profite du silence relatif du moment pour coucher sur papier les événements qui se sont déroulés durant ce délirant week-end ! J’ai peur d’oublier des choses, une nouvelle fois, malgré que tout demeure encore bien frais dans ma tête, car mon état de fraîcheur personnel ne s’affiche pas au mieux. Tant pis si je mélange quelque peu !


Tout a commencé vendredi. Je m’étais habituée au retour au calme, mais ce soir-là vers vingt-deux heures, lorsque je me suis glissée au lit, j’ai bien entendu qu’ils devaient faire une petite fête, à côté. Cette fois, pourtant, j’ai eu la bonne idée de faire usage de mes bouchons antibruit. Aucun problème à les utiliser, puisque je ne devais pas me lever à sept heures le lendemain. C’est épatant, ces menus objets, mais ils présentent néanmoins un inconvénient : une fois mis en place, ils vous empêchent d’entendre quoi que ce soit. Même le silence. Cela possède un petit côté angoissant, il me semble.


Allongée dans l’obscurité, je ne parvenais pas à trouver le sommeil. Cette ambiance ouatée me pesait. De temps à autre, j’ôtais les bouchons pour m’assurer de la nécessité de les garder, prêtant l’oreille au moindre bruit en provenance de la maison voisine. J’ai fini par m’endormir pour me réveiller ensuite, puis me rendormir… au point de ne plus pouvoir dire, à l’heure où j’écris ces lignes – il est près de seize heures –, si j’ai dormi avec ou sans mes accessoires antibruit.


Je ne me suis levée qu’en fin de matinée pour accomplir la corvée emplettes. Il faisait doux, mais un peu lourd. Une de ces belles journées de printemps qui semblent propices à la balade, mais qui vous épuisent en raison des effets cumulés d’un certain manque d’air et d’un manque certain de bonne forme physique au sortir de l’hiver.


L’après-midi, j’ai fait un brin de ménage, de rangement, puis de repassage de mes chemisiers blancs et de mes jupes plissées. Je venais juste de refermer la penderie lorsque Gabrielle a sonné à ma porte.



Elle m’a remerciée et elle est retournée chez elle. J’ignore si je l’avais vraiment rassurée, mais moi je ne l’étais pas du tout ! J’ai vérifié que les bouchons auriculaires reposaient à portée de main sur ma table de nuit, et j’ai attendu stoïquement qu’arrive l’heure de la bamboula endiablée dont j’imaginais déjà les nuisances sonores.


Question musique, je dois reconnaître qu’ils ont tenu parole : à vingt-deux heures trente, les disques qu’ils écoutaient ne me parvinrent plus que de manière très assourdie, et j’ai soupiré d’aise en me glissant entre mes draps. Les choses ne s’annonçaient pas trop mal.


Mais pourquoi donc Gabrielle avait-elle pris la peine de m’avertir, si elle comptait produire moins de tapage qu’à l’habitude ? J’ai compris à ce moment que la présence de leurs invités les empêchait de se livrer à leurs bruyants ébats amoureux ! Seule la musique pouvait donc poser quelque problème de voisinage. J’imaginais qu’il devait être plus aisé de diminuer le volume d’un amplificateur que celui des vocalises de ma voisine lorsqu’elle s’adonne aux plaisirs du lit…


Couchée dans un calme relatif, j’ai fini par m’assoupir sans même avoir à faire usage de mes bouchons. Je ne pouvais présumer à ce moment de l’erreur que je commettais ! À l’instant où de nouveaux bruits m’ont réveillée, quelques minutes d’attention m’ont permis de deviner que la fête avait fortement dégénéré : plus question de repas entre amis, de musique et de conversations à bâtons rompus. Aux vocalises, à présent bien connues, que Gabrielle entonnait de sa voix de soprano s’ajoutaient le contralto de sa copine et un duo de contrebasses en soutien. Mes voisins se livraient-ils à une orgie de sexe ? À quatre ? Mon Dieu ! Oh ! Mon Dieu !


C’est à ce moment que j’ai commis une effroyable bévue, poussée par – je le crus à cet instant – un zeste d’agacement, mais il s’agissait aussi d’une bouffée de curiosité malsaine. Oui, malsaine, Seigneur, je l’avoue. Me pardonneras-tu jamais ? J’ai quitté le lit pour les pantoufles et me suis glissée hors de la chambre. J’aurais dû me désintéresser de tout ça, utiliser mes bouchons auriculaires, mais c’était plus fort que moi ! Je ne pouvais plus tolérer une telle situation. J’ai enfilé un peignoir et me suis dirigée vers le vestibule. Il fallait que ça cesse ! C’était du moins ce que je me disais pour me donner bonne conscience ! D’ailleurs, quelle autre démarche aurais-je pu tenter ?


Quand j’ai posé la main sur la poignée de porte, j’ai frémi : allais-je vraiment oser interrompre leurs ébats ?


J’ai ouvert doucement. Dans la rue, tout était calme. Quelques pas rapides me conduisirent devant l’entrée voisine. Au moment où mon index s’élevait vers le bouton de sonnette, un doute m’a assailli. Une menue hésitation… et puis l’effroi ! La clé ! Je n’avais pas pris ma clé ! J’ai hâtivement rebroussé chemin, mais ma porte était désespérément close. Et le trousseau sournoisement suspendu de l’autre côté de la serrure. Et moi, et moi… seule dans la rue !

Quelle idiote je faisais !


J’ai réfléchi un bref instant, mais lorsque j’ai vu s’approcher la lueur des phares d’une voiture, j’ai rapidement longé la façade et tourné à l’angle de la maison, me faufilant entre le pignon et la haie de conifères, la main tâtant la brique, décidée à trouver le salut côté jardin.


La baie vitrée du living était hermétiquement close, comme je m’y attendais, alors j’ai poursuivi jusque sous les deux petites fenêtres hautes. Celle de la salle de bain était fermée, mais la dernière, celle des WC, était entrouverte. Mais pourrais-je me faufiler à l’intérieur par cette étroite ouverture ?


À l’instant où j’allais tendre les bras pour tenter d’accrocher des doigts le rebord du châssis, des bruits de voix me sont parvenus assez distinctement. Les voisins ! Je les avais déjà presque oubliés, mais ils se rappelaient à mon bon souvenir ! À travers la haie de lauriers se glissaient grognements et gémissements, tandis que rampait sur les dalles de la terrasse le rai jaunâtre de la lumière du living. À croupetons, puis à quatre pattes, j’ai honteusement adopté une position me permettant de couler sous les basses branches un regard indiscret.


Que n’ai-je tenté de fuir cette vision ? Pourquoi suis-je devenue pareille au lapin pris dans le faisceau d’un projecteur ? Encore le lapin n’aurait-il pas bronché ! Seigneur ! Est-ce parce qu’une voix de femme répétait :



À quatre pattes, j’ai progressé vers la lueur, papillon de nuit blessé et incapable de voler mais attiré malgré tout par la brûlure de la lampe. Dans l’obscurité, je me savais quasi invisible. La baie vitrée, entrouverte sur ses rails, me laissait contempler un pan de la scène et entendre le jeu des acteurs. Je ne voyais qu’une comédienne, celle qui disait précisément à ce moment :



Sa tête et ses épaules nues oscillaient d’avant en arrière, tandis que le reste de son corps était dissimulé par le dossier d’un divan. Les avant-bras collés à l’accoudoir, elle ouvrait la bouche, gémissait, criait au travers des mèches de cheveux qui lui masquaient partiellement les yeux. Ce n’était pas Gabrielle et sa tignasse blonde, mais l’homme qui était de toute évidence occupé à la besogner et dont je voyais quelque peu émerger la tête au-dessus du dossier était mon voisin Jean-Louis !


Mon Dieu ! Et j’oyais d’autres cris. La voix de soprano de Gabrielle, aisément reconnaissable, se livrait à ses vocalises habituelles :



Auxquelles répondait un timbre de baryton :



Ils avaient donc mélangé les couples, Seigneur ! Ils s’échangeaient les partenaires ! J’en tremblais au point de ne pas sentir la dureté rugueuse des dalles de la terrasse sous mes paumes et mes genoux. J’aurais dû avoir honte et m’enfuir, Seigneur, je l’avoue. Et j’avais honte, Seigneur, oui, j’avais honte mais ne m’enfuyais pas ! Et pendant ce temps, Seigneur, l’autre femme, celle qui devait s’appeler Agnès, continuait de jeter des « Mon Dieu ! » blasphématoires.



J’avais presque l’impression que ça lui faisait mal, mais ça devait lui faire du bien quand même. Oh, Mère ! Pourquoi m’as-tu menti ?


Mais à qui cette femme adressait-elle des « Mon Dieu ! Mon Dieu ! » ? À Jean-Louis ?


Je me suis légèrement avancée – pardonne-moi, Seigneur, je ne savais plus ce que je faisais – pour mieux voir les détails de cette débauche, de cette orgie, de cette bacchanale ! J’en frémissais toute !

Quand Jean-Louis est soudain apparu, complètement nu, j’ai failli m’enfuir par réflexe. J’eus dû ! J’eus dû, Seigneur, j’en suis consciente, mais sur le moment je n’y pensais point !



Et elle l’a fait ! Agnès l’a fait, tandis que j’entendais toujours Gabrielle pousser ses cris :



Puis, il s’est adressé à Agnès :



Et c’était vrai, Seigneur. J’avoue que l’objet était énorme, luisant, et tout baveux quand Agnès l’a sorti d’entre ses lèvres. Puis elle l’a léché, enfourné, sucé… c’était… c’était effrayant !


Oui, mais c’était fascinant. Et comme elle avait la bouche pleine, elle ne disait plus rien, et Jean-Louis faisait simplement « Mmmm… Mmmm…, c’est ça, oui, comme ça… » en posant la main sur la tête d’Agnès.



Elle a encore vocalisé, puis elle s’est calmée, alors Jean-Louis a interrompu ses « Mmmm… » pour lancer :



Pendant ce temps, l’autre femme ne restait pas inactive.



J’ai vu Agnès qui enfournait la bête presque à fond, et j’ai cru qu’elle allait étouffer, ou vomir, parce qu’elle a toussé un peu. Jean-Louis a ri, et puis Agnès l’a de nouveau sucé, en bavant et en produisant des bruits mouillés.



Et puis elle a crié :



J’étais en train de me dire que ces gens avaient beaucoup tendance à évoquer ton nom, Seigneur, au cours de leurs ébats, mais je n’ai guère trouvé le temps d’y penser davantage, parce que Jean-Louis a grogné, et que son liquide blanc a giclé très fort sur le visage et les cheveux d’Agnès ! C’était épouvantable ! Comment pouvait-elle prendre ça dans la figure ? Je n’ai pas pu retenir un petit cri de surprise. J’ignore s’ils m’ont entendue, Seigneur, et s’ils m’ont vue, mais je fus victime d’un tel accès de frayeur que j’ai prestement fait demi-tour et me suis glissée sous la haie de lauriers.


En toute hâte, je me suis redressée de l’autre côté, et j’ai sauté pour attraper le rebord de la fenêtre. En me hissant, j’ai laissé choir mes pantoufles, et me suis écorché les pieds contre le mur. Je devenais comme folle. L’ouverture était étroite, très étroite, mais je ne suis pas grosse, et puis je paniquais à l’idée que mes voisins me découvrent, alors dans des craquements d’étoffe, j’ai rampé sur le bord du châssis.


Lorsque j’ai basculé vers l’avant, j’ai pensé brusquement que ce qui m’attendait en bas n’était rien d’autre que la cuvette des WC. ! En un réflexe salvateur, j’ai lancé les mains vers le bas et attrapé les rebords de la planche. J’ai tenté de retenir mon corps qui suivait, en crochant mes doigts de pied au dormant de la fenêtre, et ma chute s’en est trouvée ralentie.


Afin d’éviter de choir fesses en avant dans une sorte de galipette qui m’aurait fait douloureusement heurter du dos la porte du petit local, mes bras se sont repliés sous mon poids tandis que mes genoux descendaient tout droit sur la commande de vidange du réservoir de la chasse. Comme j’avais la tête en partie engagée dans la cuvette, j’ai eu droit au rinçage du crâne par six litres d’une eau froide joliment teintée de bleu !


Telle fut ma punition, Seigneur. J’ai passé la journée de dimanche à soigner mes plaies et écorchures, je n’ai pas osé mettre le nez dehors de crainte de rencontrer mes voisins, et le soir j’ai essayé de dormir dans le salon, mais ça n’allait pas. Je tremblais de froid – ou plutôt de peur – et rester allongée dans un fauteuil ou sur le divan me rappelait trop violemment la scène à laquelle j’avais assisté.


Je me suis traînée jusqu’à la chambre et, une fois dans mon lit, j’ai tenté de trouver un sommeil qui se refusait à moi. Mes voisins étaient silencieux, mais je craignais sans cesse qu’ils ne viennent frapper à ma porte pour me reprocher ma curiosité malsaine. Je n’arrivais pas à me persuader qu’ils ne m’avaient ni vue ni entendue, malgré le bruit qu’ils produisaient eux-mêmes à ce moment-là.


Les heures passaient avec une lenteur désespérante, et lorsque je baissais les paupières surgissait cet énorme engin, luisant, baveux, Agnès disait :



Alors, honteuse et effrayée, j’ouvrais les yeux et je me trouvais à nouveau dans cette chambre, et j’imaginais les sons me parvenir à travers le mur, et la voix de soprano de Gabrielle qui en rajoutait :



Et Jean-Louis qui répondait :



Dans mon lit, dans le noir, je fermais les yeux et – Seigneur, me pardonneras-tu jamais ? – mes doigts glissaient sous ma robe de nuit, sur ma peau frémissante, dans l’humidité de mon entrejambe…


Oh ! Seigneur ! J’ai honte ! Comme j’ai honte ! Mes mains tremblent ! Je ne pourrai plus écrire encore ! Pardonne-moi mon Dieu, mais quoi qu’en pense ma défunte mère – paix à son âme – il faut que je sache, même si je dois en mourir de honte, même si je dois en périr dans les flammes de l’enfer, il faut que je sache, donc, si ça fait tant de bien que ça d’en avoir une grosse, une groooosse… plantée là… là… là où ça me brûle depuis près de deux jours !


Seigneur, donne-moi le courage d’en parler à mes voisins !






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