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n° 13586Alain Garic04/12/09
Les Lagarde
critères:  h fh fplusag jeunes extracon prost sales telnet revede strip odeurs fgode fdanus coprolalie portrait délire humour
16586 caractères
Auteur : Alain Garic

La paranoïa était organisée. Théo Lagarde finissait son dimanche de travail. Il archiva les comptes rendus des trois dernières visioconférences, que venait de lui envoyer Ti-Lin, son assistante, depuis Bangkok, puis il ferma sa session professionnelle et se re-logua « Théo » pour ouvrir une session privée. Il envoya un mail à sa femme, Léa, pour l’informer du programme de la soirée : un film d’aventures certifié tout public qu’il avait acheté en ligne la veille et qu’il comptait diffuser sur le réseau interne de son appartement ce soir. Puis il ouvrit un sachet de jus de fruits en poudre qu’il dilua dans un verre d’eau pasteurisée.


Dans la pièce voisine, Léa Lagarde, qui finissait de commander les courses de la semaine, reçut le message de son mari à peine trois secondes plus tard. Elle consulta son gestionnaire domestique qui lui précisa que, dans son frigo, quatre pavés de poulet reconstitué arrivaient à date de péremption et qu’elle risquait une amende de six mille trois cent quatre-vingts euros si elle ne les micro-ondait pas le soir même. Une pop-up clignotante lui rappela que conserver de la nourriture périmée présentait un risque sanitaire sérieux pour elle et ses proches, surtout pour les enfants. Elle répondit par mail à son mari que le dîner serait prêt à dix-neuf heures. Ainsi, ajouta-t-elle en mère de famille responsable, tout le monde serait couché pour vingt et une heures, afin de profiter au mieux des heures de repos qui – elle l’avait lu sur plusieurs sites gouvernementaux – offraient un meilleur taux de régénération cellulaire avant vingt-trois heures. Pour rester jeunes, ne faites rien, répétait-elle souvent à ses enfants.


Dans sa chambre au fond du couloir, Ernest Lagarde, leur fils aîné, tentait d’expédier le plus rapidement possible ses derniers exercices de téléformation sur educ-nat.gouv.fr. Le programme d’éducation à domicile, sponsorisé par les restaurants Mac Mickey, était censé le tenir occupé douze heures par jour. Si l’élève finissait régulièrement en avance, le programme augmentait de façon automatique la quantité journalière de travail. Ernest était donc devenu un expert à finir juste à temps, afin de conserver une moyenne acceptable sans qu’augmente démesurément sa dose quotidienne de souffrances. Ironie du sort, gruger le programme s’était peu à peu transformé en une occupation à plein temps qui lui laissait à peine le temps de griffonner quelques cochonneries sous Photoshop CS12.


Ses crobards pornographiques augmentaient cependant en qualité. Il les archivait sur un espace sécurisé de son drive externe, à l’abri du regard indiscret des logiciels espions de son père et du gouvernement. Accéder à de la pornographie en ligne était de toute façon si risqué qu’il valait mieux apprendre à se débrouiller seul, tout au plus inspiré par les pages lingerie des sites de VPC. Il y a quelques années, sa mère l’avait surpris à fureter sur un site islamiste de danseuses du ventre. Elle l’avait bien sûr dénoncé aux autorités et il était resté, pour son bien, trois ans sous castration chimique. Il était à présent fiché au registre des délinquants sexuels, avec mention spéciale pour sympathie avec des mouvements terroristes.


Sa jeune sœur, Célestine, occupait la chambre voisine. Encore peu familière avec les méthodes d’enseignement en ligne, elle était fière d’avoir terminé son travail en avance et se délassait à présent avec le simulateur de poupée de son ordinateur, un jeu qui n’était pourtant plus de son âge mais qu’elle n’avait jamais pu lâcher. Elle s’abstenait d’en parler à ses copines de forum, qui étaient toutes sur Boyfriend Simulator II, un jeu révolutionnaire où il fallait s’occuper d’un garçon, entre autres en lui préparant ce qu’il désirait manger et en faisant son ménage, afin de le conserver le plus longtemps possible. Célestine n’aimait pas trop ce jeu car les choix vestimentaires proposés pour l’héroïne, afin de s’assurer l’affection du compagnon virtuel, lui paraissaient douteux. Par exemple, porter des sous-vêtements en coton, pourtant confortables, était contre-productif. Le programme proposait des ensembles beaucoup plus sophistiqués. Trop, pour les goûts simples de Célestine, qui se demandait même parfois comment cela pouvait s’enfiler. En parlant d’enfiler, certaines blagues sur son forum de filles lui échappaient parfois, mais elle se gardait bien de poser des questions car elle ne voulait à aucun prix que les logiciels mouchards ne la cataloguent déviante. Son frère avait déjà suffisamment jeté l’opprobre sur la famille avec ses obsessions dégoûtantes. Il était clair que l’honneur des Lagarde reposait à présent sur les frêles épaules de Célestine et elle ne souhaitait qu’une chose : qu’on la protège éternellement du mal ambiant. Et, puisque les sites gouvernementaux conseillaient aux jeunes filles de pratiquer une religion, quelle qu’elle soit, Célestine adressa une prière à Vishnou.


À dix-huit heures cinquante-cinq, Léa Lagarde sortit les quatre carrés de poulet du réfrigérateur. Elle enleva le film plastique qui maintenait le lot uni. Signe des temps, l’ouverture facile fonctionna correctement. Puis Léa déchira la bande cartonnée qui enveloppait chaque barquette en aluminium et ouvrit celles-ci avec un couteau en plastique (les ustensiles tranchants étaient interdits dans les foyers européens depuis qu’un tragique accident domestique avait coûté la vie à un nourrisson). Ensuite elle coupa les quatre sachets plastifiés qui contenaient un morceau chacun et enleva la fine tranche de papier sous les carrés de viande agglomérée. Enfin, elle jeta tous les emballages dans leurs containers respectifs de tri sélectif, fière d’être une citoyenne responsable protégeant l’environnement en ne polluant pas. Elle venait de recycler six cents grammes de déchets divers pour un repas de deux cents calories par personne, scientifiquement équilibré. Les lobbies environnementalistes avaient suggéré de taxer le sur-emballage, mais l’orthoministre de la consommation, Kevin Leclerc, avait estimé inconcevable de vendre une nourriture de qualité sans un emballage à la fois élégant et sanitairement irréprochable. Les orthoministres avaient acheté leurs députés respectifs et la loi n’était jamais passée. Chacun pouvait cependant faire sa bonne action chez soi, gratuitement. De toute façon, l’ensemble était incinéré.


Léa Lagarde conserva précieusement le coupon qui lui permettrait, la prochaine fois, d’acheter six portions pour le prix de cinq. Ce coupon lui était gracieusement offert par la compagnie de distribution car Léa commandait quatre carrés de poulet chaque semaine depuis cinq ans.


À dix-neuf heures précises, les quatre Lagarde passèrent à la cuisine pour y prélever leur portion respective et chacun retourna manger devant son écran.


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Pour ne pas plomber la caisse des retraites, mangez cinq pesticides par jour.


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Voisins fêtards ? Tapage diurne ? Délinquance juvénile ? Une récompense est offerte pour toute délation aux services concernés. (*)

C’était un message du Ministère de la Tranquillité.


(* Cette offre ne s’applique pas aux délits financiers.)


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La Ligue de Protection de Tous (LPT) assigne la ville de Bruxelles en justice pour pédophilie. La municipalité dispose de dix jours pour déboulonner le Manneken Pis. L’avocate de la LPT a déclaré : « Le modèle est ostentatoirement impubère et sa pose provocante fait l’apologie des pratiques urologiques. »


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PAS DE CÂLINS = PAS DE MICROBES


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Tennis : la France se qualifie pour les huitièmes de finale. Saut à la perche, le premier Français arrive septième. Football : victoire des Français hier soir au Stade de France. Escrime : deux Françaises en demi-finale. Basket : l’équipe de France éliminée. Natation : médaille de bronze pour la France.


Les résultats sportifs vous étaient présentés par le Parlement Européen.


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Afghanistan : une grenade explose à Kaboul, zéro mort.


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Ernest fut le premier à finir son repas. Sitôt passés les messages d’information gouvernementaux, au lieu d’enchaîner sagement sur le programme choisi par son père, il se connecta sur un réseau dérivé, où il commença par télécharger un résumé du film de ce soir, en cas d’interrogatoire paternel. Puis il se logua à son canal favori, espérant y croiser, comme souvent, Sillydoll.


Cette fille le rendait fou. Elle avait presque son âge et, comme lui, n’avait jamais encore osé faire une rencontre « en vrai ». Certes, elle confondait le FMI et le RMI, mais il la devinait bouillante, sensuelle, tonique. Il espérait la chauffer assez pour qu’elle accepte un rendez-vous réel. Il savait trouver les mots excitants. Enfin… excitants pour lui. Sillydoll se vexait facilement s’il employait des mots trop crus, tels que « polissonne » ou « gourgandine ». Mais il savait qu’il l’avait touchée avec « dévergondée ». Et ce soir, il se sentait en verve.


Il l’aborderait avec subtilité, car il ne manquait pas de finesse. Il commencerait par lui parler de l’actualité, mais critiquerait insidieusement le système des orthoministres pour la taquiner. Elle répliquerait, car elle était très conservatrice, qu’il est plus naturel de confier le pouvoir à ceux qui l’ont de fait, par leur fortune et leurs relations, que de patauger comme au siècle dernier dans la démocratie de façade. Il lui demanderait alors pourquoi confier au gouvernement élu ce qui relève, pour lui, de la sphère privée : la religion, la morale, l’hygiène… la sexualité. Elle répondrait (il la connaissait bien) que la sexualité était l’affaire de tous, car on ne pouvait plus tolérer que n’importe quel pervers se promène à l’air libre, que le XXème siècle était terminé et qu’on l’avait bien payé avec le Sida et le taux-record d’arrestations des années 2010. Il abonderait dans son sens pour l’amadouer, mais suggérerait néanmoins qu’entre gens sains d’esprit, librement consentants et follement amoureux, un peu d’intimité loin des vidéosurveillances pourrait être propice à l’épanouissement de sensualités singulières, personnellement enrichissantes et ne concernant que le couple impliqué, à savoir elle et lui si l’idée la tentait…


Non, c’était trop direct. Pas si bête, l’Ernest. Il devait louvoyer, ne pas passer pour un porc. Son désir était pur. D’ailleurs, il n’avait jamais vu une seule photo de Sillydoll. Il aimait son esprit. Il le lui avait dit et il savait qu’il avait marqué un point ce jour-là. C’était d’ailleurs par l’esprit qu’il allait l’attraper. En la faisant mouiller avec des mots choisis, comme « dévergondée ». Il aimait bien ce mot. Ou plus encore, « vergogne ». Il se sentit coupable d’un début d’érection mais répéta le mot. Il lui dirait ce soir qu’elle n’avait pas de vergogne. Le mot lui flattait la langue comme un filet de miel. Il en avait des fourmis dans le clavier. Il se connecta sur la fiche de Sillydoll. Son avatar représentait une petite Indienne en sari rose et bleu outrageusement transparent. La gorge d’Ernest se noua. Répétant « Sans vergogne… sans vergogne » entre ses dents serrées, il dégrafa son pantalon et empoigna son sexe. Ernest comprit vite qu’il allait décoller sans délai. Le pauvre n’en pouvait plus. « Sillydoll, grogna-t-il soudain, au bord de la fusion en polissant son cep, un jour, tapineuse cochonne, j’emboutirai ton popotin à grands coups de quéquette ! »


Mais sur l’écran, en attendant, sous l’avatar éteint de la petite indienne, la mention Hors Ligne narguait Ernest… sans vergogne.


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À la décharge d’Ernest, personne chez les Lagarde ne regarda le film ce soir-là. Théo, le père, avait beaucoup trop de travail. Plus le chômage augmentait, plus les entreprises obtenaient de concessions en menaçant de licencier. Et plus elles obtenaient de concessions, plus elles licenciaient pour faire augmenter le chômage, qui les arrangeait bien. Finalement, quand tout le monde se retrouva à la rue, malgré l’extraordinaire assouplissement du droit du travail, le taux d’embauche avoisinait zéro et l’ensemble de la production des grands groupes industriels était sous-traité. L’orthoministre du travail, Matisse Dassault, avait rendu célèbre la formule : « Tous patrons ! ». C’était le règne du « middle-man », l’omniprésente sangsue, l’intermédiaire incontournable vampirisant ses dix pour cent. Théo, auto-employé, faisait des semaines de soixante heures, sans congés ni arrêts maladie ni représentation collective. Après son repas, pour se détendre un peu, il acheta un strip-tease à Ti-Lin, sa secrétaire thaïlandaise, qui se déshabillait volontiers devant sa web-cam pour arrondir ses fins de mois avec ses clients favoris. Elle lui fit un prix d’ami pour les trois prochains comptes rendus de téléréunion, mais lui factura un extra pour le godage anal.


Célestine, la fille Lagarde, jugea plus constructif de faire un peu de ménage plutôt que perdre son temps à regarder un film. Elle entreprit donc de nettoyer la salle de bains. Elle réprima un haut-le-cœur en découvrant trois poils pectoraux de son frère au fond de la baignoire. Elle les préleva avec une pince en plastique et les jeta directement dans l’incinérateur. Elle aseptisa ensuite le sol et tous les robinets, puis sortit quatre serviettes neuves de leurs poches stériles pour remplacer celles de la veille, qu’elle enferma dans un container étanche à envoyer à la désinfection. Puis elle se regarda dans la glace et se trouva grosse et moche, mais sans s’en soucier outre mesure, son corps n’étant que l’enveloppe temporaire et terrestre de son âme immortelle. Elle partit d’un pas léger nettoyer la cuisine.


Léa, la mère, fut la seule à voir le début du film. Elle fut rapidement interrompue, cependant, par le livreur de surgelés, qui sonna à dix-neuf heures trente. Léa appréciait que le droit du travail permette d’être livrée même un dimanche soir. C’était un confort plaisant. Par l’œilleton, elle vérifia qu’il s’agissait bien de Jorgen, le livreur habituel, car on n’ouvre pas sa porte à un inconnu. Elle aimait bien Jorgen, ce colosse scandinave qui lui livrait ses courses avec un bac plus sept. Elle enfila des gants en plastique et un masque chirurgical avant d’ouvrir les huit verrous puis elle passa un détecteur électronique devant le visage du jeune livreur pour s’assurer qu’il n’avait pas de fièvre. Enfin, elle le laissa entrer, et il posa ses lourds paquets sur la table de la cuisine. Il était hirsute, ni peigné ni rasé, et son débardeur pâle s’imprégnait sous ses bras en larges auréoles. Livreur à son compte et à ses frais, il travaillait sept jours sur sept avec huit compagnies de VPC pour un bénéfice net ne couvrant pas le loyer de son studio en banlieue. Docteur en astrophysique, il comptait sur les pourboires pour émigrer un jour vers un pays doté d’un budget recherche, tel l’Inde ou la Chine. Il se retourna lentement vers sa cliente, dans un nuage de mâles effluves chargés de sueur et d’essence sans plomb, et son regard brûlant fit aussitôt mollir le ventre vieillissant de madame Lagarde. Elle se liquéfiait. Aussi ne fit-elle pas un geste pour le repousser, lorsqu’il s’approcha d’elle et la prit dans ses bras. Il était sale et brut, pesait deux fois son poids et pouvait l’écraser, mais elle n’avait pas peur, n’était pas dégoûtée. Au contraire, une chaleur dans son ventre semblait se réveiller, comme une graine germe après un hiver blanc, stérile et rigoureux. Elle écarta les cuisses quand la patte velue pénétra sous sa jupe. L’idée d’un doigt crasseux écartant sa culotte la fit chavirer. Elle devenait moelleuse. Quand le majeur de l’homme s’arrêta en suspens à l’orée de sa fente, Léa comprit qu’il n’irait plus loin qu’à une seule condition et elle accepta. Elle glissa dans la poche du livreur deux billets de cinquante, ferma les yeux et s’abandonna.


Elle avait sa culotte baissée sur les genoux quand sa fille Célestine entra dans la cuisine. Célestine hurla d’horreur en découvrant sa mère accoudée sur la table, prête à se faire troncher par ce livreur chevelu dont le nœud capoté s’arquait comme un étai. Avant même que sa mère ne soit reculottée, Célestine la chaste avait appelé le Ministère de la Dignité Humaine et dénoncé tout le monde.


Il y eut une enquête. On trouva dans le bureau de Théo une photo de sa fille mineure et il prit cinq ans ferme. Léa, sans ressource, dut se prostituer. On lui retira la garde de ses enfants. Célestine fut recueillie par une secte prônant l’abstinence en échange d’une mort paisible et Ernest fut envoyé dans un camp de rééducation militaire fondé par une candidate progressiste qui racolait les voix de droite.


Pour l’exemple, on en parla dans les journaux, et tout le monde jugea que les Lagarde l’avaient bien mérité.



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