Notation public
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n° 13832Olaf26/04/10
Première guitare
critères:  fh jeunes inconnu vacances campagne caférestau autostop amour revede voir préservati init -roadmovie -coupfoudr -occasion
28345 caractères
Auteur : Olaf

Ce n’est plus supportable. J’étouffe depuis trop longtemps chez mes parents. Voir ma mère coincée entre ses fourneaux et des ménages qui rapportent que dalle, et mon père juste bon à bricoler des trucs débiles dont personne ne veut, ça en devient pathétique. J’ai une vie à vivre, moi, pas une existence à subir. Le bac en poche je ne leur dois plus rien. Il faut que je me casse, et vite.


J’ai décidé de commencer ma nouvelle vie par une virée en auto-stop, en chantant au coin des rues pour gagner de quoi manger. Dans le meilleur des cas, je pense pouvoir rencontrer une bonne âme chez qui loger une nuit. Le pire des cas ne m’intéresse pas.


Question accompagnement, je joue du piano depuis des années. Dans un registre blues-rock désespéré qui me permet de sublimer mes frustrations adolescentes en pétrissant les touches, à défaut des seins des filles de mon âge. Sauf que pour jouer dans les rues, il y a mieux que le piano. La guitare étant trop longue à amadouer, je lui ai préféré le ukulele, son cousin à quatre cordes.


Je me suis fixé comme seule contrainte un minimum de douze chansons à maîtriser avant de larguer les amarres. Voilà pourquoi je m’écorche les doigts depuis six semaines sur des accords de base, éraillant ma voix mal préparée à un tel effort. Mais je sens que le jour du départ approche. D’ailleurs, plus mon répertoire augmente plus mes rêves se précisent. Tantôt je m’imagine face à un public enthousiaste, tapant des mains à chaque refrain. Tantôt je séduis une passante par la qualité de mes interprétations. Une fille que je convaincs de m’accompagner pendant quelques jours, jusqu’à ce que la route nous sépare et emporte nos amours naissantes. La liberté du routard ne souffre aucune concession.


J’ai déjà onze chansons à mon répertoire. Dans mes rêves, j’ai fait des dizaines de fois le tour du pays, jouissant intérieurement de cette liberté à laquelle j’aspire tant. Il ne me reste plus qu’un morceau à mettre au point avant le départ. Emmène-moi (1) s’impose comme une évidence lorsque je découvre le disque de Graeme Allwright (2) chez un copain, le seul à qui j’ai parlé de mon projet.


La complainte est un peu triste, mais la mélodie semble aussi facile à retenir que les paroles. Elle se révèle cependant plus coriace que prévu. Impossible de donner vie à un texte aussi mélancolique sans dégouliner de la voix. J’essaie de casser le rythme, de changer les tonalités, de phraser différemment, rien n’y fait. À côté de l’original, je suis pitoyable, juste bon à servir de cible aux quolibets, et à manger les tomates et les œufs pourris qu’on ne manquera pas de me lancer avant la dernière strophe.

Je finis par renoncer. L’été touche à sa fin, je n’ai plus le choix, c’est maintenant ou jamais. Sans me sentir vraiment prêt, je fais mon sac à la hâte un beau matin et me tire après avoir posé un mot bien en vue pour mes vieux. Je ne leur en veux pas au point de les inquiéter. Mais je ne peux pas non plus leur expliquer mes intentions trop en détail. Que savent-ils de la liberté, de la route, de tout ce qui sort du pique-nique dominical et de l’accordéon ? Question de génération, de largeur d’horizon.


Je marche jusqu’à la sortie de la ville, où j’ai souvent vu des jeunes se faire prendre en stop. Coup de pot, la troisième voiture s’arrête. Au volant, un type compréhensif me pousse sur une quinzaine de kilomètres. Il fait même spontanément un détour jusqu’à la nationale. Là, les choses se corsent. Trois mecs attendent déjà leur tour avec armes et bagages. En prime, juste avant moi, une nana et un gars passent le temps comme s’ils étaient seuls au monde. Et je te mets la main aux fesses, et je te roule un patin, et j’effleure tes seins du bout de doigts, entre deux éclats de rire.


Le spectacle ne laisse personne indifférent, surtout pas moi qui suis resté solitaire depuis le début de l’été. Il faut avouer que la fille est vraiment canon avec ses longues jambes musclées, ses fesses à peine cachées par un short moulant et, par-dessus tout, sa manière lascive de bouger les reins sous les caresses de son mec. Ne pouvant retenir les idées salaces qui envahissent mon esprit, je nous imagine tantôt ardemment enlacés, tantôt fougueusement imbriqués. Son corps souple répond à mes élans virils, je la pénètre sans fin et la comble de plaisir avant qu’un interminable orgasme nous foudroie.


Heureusement pour moi, un conducteur arrête sa décapotable à leur hauteur avant que mon excitation se manifeste trop douloureusement. Les autres auto-stoppeurs font de grands gestes en gueulant. Sans respecter la préséance, la fille prend place à l’avant de la voiture. Son gars jette sac à dos et guitare à l’arrière et saute précipitamment dans la bagnole, comme s’il craignait qu’on parte sans lui. À juste titre, peut-être.


Le conducteur démarre en trombe. Seul nous reste le souvenir des seins nus de la fille sous son léger débardeur, et de sa manière de croquer la vie à pleines dents. À part ça, cette histoire nous porte la poisse, les automobilistes nous ignorant complètement depuis ce moment. Encore heureux que mes parents n’aient pas l’idée de passer par là dans leur Simca pourrie.


Après plusieurs heures d’attente, une camionnette me sort enfin du pétrin. Pour une vingtaine de kilomètres, avec arrêt en pleine campagne rapport à un boulot qu’il y aurait à faire dans une ferme des environs. Toujours ça de gagné, même si ça m’éloigne des grandes artères. Sauf que le ciel commence à virer au noir, alors qu’un méchant vent se lève. Avec l’orage aux fesses, je n’ai aucune chance d’avancer avant la nuit. Je ne suis même pas sûr de trouver où m’abriter.


Le moral à zéro, je me mets en marche jusqu’au prochain village, finissant cette première journée de liberté sous une pluie battante. Trempé jusqu’aux os, j’oublie toutes mes résolutions et me réfugie dans le premier bistrot venu. Là, surprise. Je découvre la fille de l’autoroute, attablée seule devant une omelette. Je tombe des nues. Que peut-elle bien faire dans ce bistrot, alors qu’elle semblait partie pour faire le tour du monde avec son copain ? Elle me reconnaît et me fait signe d’approcher.



Elle ne réagit pas. Je pose mes affaires à côté de la table et m’assieds en face d’elle. J’en profite pour la regarder plus attentivement. Maintenant habillée d’un jeans et d’une chemise d’homme trop grande pour elle, elle ne laisse plus rien voir de ce qui m’excitait cet après-midi. Son visage n’en est pas moins fascinant. J’y découvre quelque chose d’insolite, fait d’un mélange de candeur et de détermination. Un mélange irrésistible.



Elle ne me laisse pas achever ma phrase, comme si elle voulait m’empêcher de mentir.



Je renonce à répliquer, tant elle semble lire en moi comme dans un livre. Ce qui ne manque pas de m’inquiéter. Une fois passées les présentations et les banalités d’usage que pourra-t-elle trouver d’intéressant en moi ? Elle est aussi libre que je suis engoncé dans mes rêves et mes inhibitions d’adolescent. Je ne fais que commencer à découvrir un monde dont elle connaît déjà tous les secrets. Que lui apporter dont elle n’ait pas déjà joui ?


Elle renonce heureusement à m’en demander plus sur mon passé. D’ailleurs, après m’avoir laissé le temps de commander à manger et de me sécher tant bien que mal, elle se met à parler d’elle. En l’entendant raconter ce qu’elle a vécu depuis le début de l’été, je découvre une vraie vie de routarde, pareille à celle que je me suis imaginée dans mes rêves les plus fous. Cette fille est l’incarnation même de ma douzième chanson, le truc que je n’arrivais pas à interpréter.



Elle a dit passer la nuit. La nuit, pas la soirée. Mon cœur tape à tout rompre. Je me retourne pour voir combien de clients sont encore attablés, qui pourraient retarder l’échéance. Nous sommes seuls. Trop occupé à la contempler et à boire ses paroles, je n’ai pas vu les habitués quitter les lieux. J’essaie de détourner la conversation, en proposant d’aller chercher la patronne pour payer nos repas, avant de… Elle me laisse m’empêtrer quelques instants, puis m’annonce que tout est déjà réglé. Même cela, je ne l’avais pas remarqué.


Elle a dit passer la nuit, comme elle aurait dit étancher sa soif ou sortir regarder les étoiles. Ce truc immense, inconcevable pour moi sans un minimum de mise en scène, semble lui être parfaitement naturel. Comme si rien n’était plus normal que d’avoir envie d’un mec, maintenant, comme elle a eu envie de son omelette tout à l’heure. Sauf qu’en l’occurrence, l’omelette, ou plus exactement le mec, c’est moi. Et qu’après avoir lancé sa petite phrase anodine, elle semble attendre une réponse de ma part, sourire aux lèvres.


Rien ne se passe comme je me l’étais imaginé dans mes rêves. Je reste pétrifié, la tête vide, sans la moindre idée de ce que je pourrais proposer à une fille de cette trempe, déstabilisé par le nombre de gars que je lui suppose avoir rencontrés au cours de son périple. Même si elle est restée très discrète sur ce point jusqu’à maintenant.


La patronne m’offre une excellente diversion en annonçant qu’elle souhaite fermer le restaurant. Il va falloir sortir, marcher côte à côte dans la nuit avant de trouver un gîte. Impatient de me retrouver sur un terrain de séduction mieux connu, je me lève en manquant de faire tomber ma chaise, remets mon sac sur mes épaules et me dirige vers la sortie. La patronne m’interpelle avant que je passe la porte.



Retour à la case départ. Je danse d’un pied sur l’autre au milieu de la salle, mon sac toujours sur les épaules.



La douzième chanson, celle que j’ai été incapable d’harmoniser correctement, à laquelle j’ai fini par renoncer. Si je me plante, elle va me jeter. Elle a beau faire preuve d’une grande patience depuis le début, trop c’est trop. D’un autre côté, reculer maintenant n’a aucun sens, autant tenter ma chance.


Je me lève, caresse furtivement les rondeurs de mon ukulele pour me rassurer, et me lance. Le premier couplet passe à peu près correctement. Je retrouve même un début de confiance en voyant la fille bouger en rythme sur sa chaise. Jusqu’au refrain, où je me montre incapable de faire preuve d’un minimum de sentiment, ni surtout de crédibilité. Elle ne me laisse pas finir. Prenant enfin l’initiative, elle se lève, attache ses longs cheveux bruns en un chignon improbable, puis s’empare de sa guitare. Après une série d’accords pour se mettre en doigts, elle entonne la première strophe.


C’est sobre, juste, la voix parfaitement posée, le corps en harmonie avec les paroles. Tout en elle attire le regard. Non seulement parce qu’elle est belle, mais surtout parce qu’elle a vécu ce qu’elle chante. Comme elle vit intensément tout ce qu’elle fait. L’exact contraire de moi.



Dès que j’ai repris mon ukulele en mains, elle vient se placer derrière moi, les seins légèrement pressés contre mon dos, ses bras autour de ma taille.



Elle pose une main sur ma poitrine, l’autre à hauteur de mon nombril et me serre contre elle, son oreille posée contre ma nuque, pour mieux percevoir mes vibrations comme elle dit. La chaleur qui se dégage de ses mains provoque une étrange réaction dans tout mon corps. Elle s’en rend immédiatement compte et appuie un peu plus fort sur mon ventre, en murmurant que le son doit partir de là, du centre de moi.



Après avoir définitivement mis le feu dans mon ventre, elle relâche son étreinte et vient se placer face à moi au milieu de la salle. Ce mélange de force apparente et de fragilité avouée me désarçonne. Elle joue savamment de mon désir, rendant ainsi notre échange si simple et si complexe à la fois. Je sais un peu les caresses et les baisers qui enflamment une fille et entrouvrent les portes du paradis. À condition que je puisse la serrer entre mes bras et garder l’initiative de nos ébats. À deux mètres de distance, ainsi reluqué, je perds tous mes moyens.



D’un geste lent, elle ôte la chemise qui cachait ses formes. La sensualité de cette fille me rend dingue. Le regard enfiévré que je pose sur elle doit être particulièrement expressif, si j’en juge par le soudain raidissement des pointes de ses seins sous son débardeur. Elle s’approche et caresse mon torse, avant de déboutonner ma chemise. Le message est clair. Je m’en débarrasse pendant qu’elle s’éloigne à nouveau, impatiente de m’écouter, maintenant que nous sommes à égalité vestimentaire et sensuelle.


Je tente une autre chanson. Le résultat semble meilleur. Elle se contente de me donner quelques conseils pratiques, notamment sur la manière de pousser ma voix sans la forcer. Un truc indispensable sur un trottoir bruyant. Puis, apparemment convaincue par mes progrès, elle retire son débardeur avec un naturel désarmant. Je m’attends à ce qu’elle vienne en faire de même avec mon polo. L’idée de pouvoir enfin poser mes mains sur sa peau nue m’excite au plus haut point. Mais elle reste immobile, face à moi.



En disant cela, elle se redresse et balance son buste, faisant frémir ses seins lourds. S’offrant de la sorte, elle est beaucoup plus que belle. Elle devient quintessence de féminité, éblouissement, pure séduction. Lorsqu’elle me rejoint enfin et dépose un léger baiser dans mon cou, je ferme les yeux pour mieux graver en moi chacune des sensations qu’elle fait naître. La puissance érotique de son jeu est en train de me transformer. Malgré une crainte sourde face à l’inconnu vers lequel elle me pousse, je la désire comme je n’ai désiré aucune autre fille auparavant. J’entre inexorablement dans sa danse, et mon corps réagit à ce qu’elle provoque en moi. Mon souffle se transforme, ma voix s’amplifie, mes muscles se tendent, je me tiens plus droit. Par-dessus tout, je sens avec une acuité particulière une énergie nouvelle circuler en moi.


Elle fait quelques commentaires plutôt élogieux sur mon interprétation, et, en guise de récompense, retire son jeans avant de m’aider à me libérer du mien. Dopé à l’idée de ce qui m’attend si je continue à assurer sur le plan musical, j’offre le meilleur de moi-même dans la chanson suivante. Elle l’écoute d’une manière particulièrement attentive, la respiration un peu agitée. Je n’ai d’ailleurs droit qu’à une seule remarque à la fin, sur ma manière de garder mon souffle ou plutôt de le maîtriser au cours du chant. De son côté, elle fait preuve d’un indéniable manque de maîtrise dans ses gestes pendant qu’elle parcourt mon corps à pleines mains, avant de me déshabiller entièrement.


Me découvrir raide bandé lui fait visiblement envie, ce qui me vaut de très doux frôlements du bout des doigts, avant qu’elle empaume complètement ma tige, en guise de prélude. Elle finit par s’éloigner pour se déshabiller à son tour. Amusée de voir à quel point son corps nu me fascine, elle fait une profonde révérence, complètement décalée par rapport à ce qui est en train de se passer entre nous.



Je me délecte de tout ce que je découvre d’elle, de tant d’harmonie et de resplendissante féminité. J’aimerais la voir bouger encore et encore, pour me gaver des frémissements de ses seins, du jeu de ses muscles sous sa peau bronzée, de ses charmes affolants. Avec le secret espoir de la voir danser, rien que pour moi, je commence à jouer quelque chose de plus rythmé. Elle libère ses cheveux, qui tombent en vagues sombres jusqu’à hauteur de ses seins, et laisse aller son corps à mon rythme, entièrement nue, libre, offerte.


Lorsque j’ai fini de chanter, elle m’enlève le ukulele des mains et m’entraîne à sa suite dans une petite salle à l’arrière du restaurant. Là, elle allume quelques bougies, faisant briller juste assez de lumière pour que je puisse contempler ses formes pleines, sans que j’arrive toutefois à en distinguer tous les détails. Impatient, je tente de m’emparer d’elle. Après quelques baisers fougueux, elle se dégage de mon étreinte pour aller fouiller dans son sac resté dans l’autre pièce. Je m’allonge sur le matelas placé au centre de la chambre en attendant qu’elle revienne. Ce qu’elle ne tarde pas à faire, un préservatif entre les doigts.



D’un coup de baguette magique, elle éloigne le spectre d’une comparaison qui menaçait de me paralyser. Avec une infinie douceur, elle commence alors à me guider pas à pas dans son monde de désir et de sensualité. Soudain, ces collines, ces plaines, ces forêts odorantes, ces profonds ravins que je voulais découvrir au cours de mes pérégrinations estivales, je les ai sous les yeux, entre les mains. Elle me fait découvrir sa géographie intime comme je ne saurais découvrir seul aucun autre lieu du globe, si enchanteur soit-il. Caresse après caresse, baiser après baiser, elle m’apprend sa manière d’aimer, d’exprimer ses envies, et elle me montre comment les satisfaire. Tout en elle est dualité, alternance incessante entre le besoin de maîtriser nos ébats, puis de s’abandonner à ma fougueuse inexpérience.


Elle fait preuve d’une incroyable habileté à me retenir lorsque je commence à m’emballer. Plus tard, après de lénifiantes caresses, elle me remet en forme d’un tour de main lorsque l’envie lui prend de me lâcher la bride. Elle se laisse alors pénétrer, empaler, fouiller, jusqu’à ce qu’elle perçoive à quelque tension de mes reins que je perds pied. D’un geste souverain elle calme une fois de plus mon impétuosité et m’emmène vers plus de légèreté, de sensualité, vers ces plaisirs plus raffinés que je découvre entre ses bras.


Pendant des heures, elle fait de moi un jouet, une marionnette, un pantin, que je la sais prête à désarticuler d’un instant à l’autre. Avant d’en arriver là, elle me conduit quelque temps encore d’une découverte à l’autre, d’un plaisir à l’autre, à chaque fois plus intenses. Jusqu’à ce qu’une mystérieuse pulsion l’incite enfin à me céder. Elle s’empare alors avidement de moi et d’un coup de hanches m’enfouit entièrement en elle. La violente douceur de son bouillant fourreau me submerge sur-le-champ. Une immense vague de plaisir déferle dans mon ventre, un feu d’artifice explose dans ma tête pendant que je me vide en elle. Je ressens jusqu’au plus profond de mes entrailles le plaisir de m’abandonner, de me mélanger, d’aimer passionnément, ne serait-ce qu’une nuit.


Lorsque nous sommes enfin apaisés, je reste allongé sur le ventre, contre son flanc. Elle caresse tendrement mes fesses, parcourt mon dos du bout des lèvres et de la langue. Sa peau est chaude et infiniment douce. Elle me dit que c’est sa peau de femme amoureuse, de femme comblée. Je sais que ce n’est pas vrai. Enfin, pas complètement, tant j’ai été incapable de lui faire partager ma jouissance. Je voudrais pouvoir lui offrir plus, mais elle m’a ôté toute force, tout désir.


Elle me rassure, me parle de ce qu’elle a ressenti, de ce qu’elle a reçu de moi au moment où je me suis répandu en elle. Troublant aveu, abandon fusionnel, cadeau infiniment précieux, souffle-t-elle dans le creux de mon oreille.


Les premières bougies s’éteignent. Elle s’allonge sur moi, ventre contre dos. Me serrant fort entre ses bras, elle se met à chanter le refrain de la chanson de Graeme Allwright que nous n’avions pas eu le temps d’aborder au cours de nos exercices. Emmène-moi, mon cœur est triste et j’ai mal aux pieds, emmène-moi, je ne veux plus voyager.


Pourquoi ces mots ? Pourquoi seulement maintenant ces mots de tristesse, de renoncement, de doute, alors qu’elle me sait depuis le début incapable de lui apporter du réconfort ? Je ne suis pas de taille à rester à ses côtés. Pas encore. J’ai croisé son chemin trop tôt. Lorsque je serai prêt, elle aura traversé d’autres océans. Entre elle et moi, il n’y aura jamais de nous. C’est peut-être ce qui est le plus douloureux pour moi, alors que nous sommes encore tendrement enlacés.


En me retournant pour dévorer ses lèvres, je lui offre mes larmes. Ébloui, éperdu de tendresse, déjà ravagé par la solitude dans laquelle cet amour sans avenir va me plonger, c’est sans doute ce que j’ai de plus précieux à donner à l’instant. À la fois cataclysme et fleur du renouveau, elle recueille une à une les perles de mon chagrin, du bout de la langue, serrant mon visage entre ses mains.



Sa mère ? Je commence à mieux comprendre comment cette nuit a été possible. Jocelyne se lève en même temps que moi, se laisse contempler quelques instants puis me précède dans la salle du restaurant. Elle s’empare de mon ukulele et le serre contre sa poitrine nue pendant que je m’habille. Derniers baisers, dernières caresses, mes doigts glissés entre ses cuisses pour enduire ma peau de ses odeurs de femme. Juste avant de m’ouvrir la porte, elle me tend sa guitare.



Je prends la route sans me retourner, marchant comme un automate. Inconsciemment, je refais en sens inverse le trajet qui m’a amené vers elle. Le film de notre nuit passe en boucle dans ma tête. L’intensité de ce que je revis embrouille mon esprit, me fait tituber, le corps et le cœur désarticulés. Il me faut des heures avant retrouver la force de décider que faire de ma journée.


La dernière strophe de la chanson de Graeme Allwright me revient en mémoire. Je les vois tous les deux comme si c’était hier, au coucher du soleil, Maman mettant le couvert, et mon vieux papa, avec sa cuillère, remplissant son assiette de pommes de terre… bien cuites. Et les dimanches, Maman coupant une tranche de tarte aux pommes.


Après ce que je viens de vivre, mon périple n’a plus vraiment de sens. À quoi bon traîner mes baskets dans tous les coins de l’hexagone ? Je ne ferais que transporter mes doutes et ma peine de villes en villages. Foudroyé au moment de mon envol, je dois apprendre à construire ma vie sur les décombres de mes rêves adolescents.


Sans trop y croire, je lève le pouce sur le bord de la route. La première auto s’arrête et me ramène à mon point de départ. Mes parents sont absents. Il y a un mot sur la table du séjour, m’indiquant qu’ils sont partis à la campagne rendre visite à ma tante. Si je rentre avant la fin de la semaine, il y a de l’argent pour mon billet de train dans le porte-monnaie de la cuisine.


En arrivant à la ferme, je trouve mon père en train de jouer avec mes petits-cousins. Les deux gamins se précipitent sur moi en se bousculant pour me montrer les jouets qu’il vient de leur confectionner. Ils rayonnent de bonheur. Mon père aussi. Je ne saurai jamais si c’est de me revoir, ou parce que ses bricolages ont rendu les enfants heureux.


De toute façon, c’est déjà l’heure du goûter des petits monstres. Un événement rassembleur dans la famille, compte tenu des talents culinaires de ma tante. Au point qu’après la deuxième tranche de tarte aux pommes, j’ai déjà perdu le goût des questions existentielles. Je découvre aussi avec quelle tendresse mon père pose sa main sur celle de ma mère. Un geste que je ne l’imaginais même pas capable de faire, surtout pas en public.


Dans le coin de la pièce, ma guitare se tient bien droite. Difficile de savoir si elle veut que je reprenne la route ou non. Je me donne quinze jours pour arriver à la comprendre et un peu de la vie avec. Le reste peut attendre il me semble.



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(1) Emmène moi : http : //www. Youtube. Com/watch ? v=Z5q-aMW1ZBY

(2) Graeme Allwright « Joue, joue, joue » (Mercury, 1966)



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