Notation public
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n° 16401Calpurnia15/09/14
Rêves de jeunes époux
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42543 caractères      
Auteur : Calpurnia

Certains ont bien aimé le récit de voyage (1)

Que je vous ai conté : c’est un dévergondage

Coquin, sans prétention, de fantasmes et délires

Qui jaillit de la plume quand le désir l’inspire.


Je veux vous présenter un texte différent

Qui j’espère ne vous sera pas indifférent.

Aimez ou haïssez. Flagellez-moi de notes :

Le plaisir de l’écrire, jamais on ne me l’ôte.


S’il vous faut un rapport clair, concis, sans scandale

Sur la sexualité du monde occidental,

Passez votre chemin et allez voir ailleurs

Car vous n’aimerez pas mon style scribouilleur.


Mais si vous appréciez les fantaisies verbales,

Les chimères insanes, folies libidinales

Les chemins de traverse des rêveries bizarres,

Soyez les bienvenus et larguons les amarres.


La prose avec des rimes, des allitérations,

Le thème sulfureux de la crucifixion,

Voilà qui est osé, et pas facile à lire,

Amis me suivrez-vous jusque dans mes délires ?




Drôle de commencement pour un voyage de noces. L’avion a eu beaucoup de retard. Nous avons atterri en pleine nuit, trop tard pour rejoindre notre lieu de villégiature en voiture de location. La compagnie nous a octroyés une chambre d’hôtel près de l’aéroport. Lorsque que nous avons posé nos valises, nous étions si fatigués que nous nous sommes jetés sur le lit et immédiatement endormis. Depuis que nous nous sommes rencontrés, chaque soir nous nous jetons dans les bras l’un de l’autre et nous faisons l’amour jusqu’à ce que le sommeil nous surprenne enlacés. C’est la première fois que nous faisons exception à cette douce habitude.


Maintenant, je suis réveillée, après seulement deux heures de sommeil. Le jour ne s’est pas encore levé. Dans notre chambre, chaude et moite, pas de climatisation. Nous n’avons pas ouvert la fenêtre à cause du bruit des avions. Il a dormi nu, au-dessus des draps ; quant à moi, par confort j’ai préféré garder ma culotte. Lui est encore assoupi, profondément. Un léger mouvement de ses lèvres et une respiration assez rapide m’indiquent qu’il rêve. Ce songe, rempli de mensonges fantastiques, est peut-être érotique. Même si cela ne prouve rien, son sexe, inspiré du cortex cérébral, est vertical. Dans sa torpeur fiévreuse, quelles sont les images peu sages qui défilent, ombrophiles, dans l’écrin cortical ?


Ses bras sont étendus perpendiculairement à son corps et sa tête est inclinée sur le côté. Il prend presque toute la place sur le lit. La délicieuse odeur de sa transpiration abondante chatouille mes narines et vient stimuler mon désir pour lui. Le réveiller pour lui dire que j’aspire à recevoir l’empreinte de son corps sur le mien, lui proposer l’étreinte ? Non, pas encore. Avant d’avoir à quitter ce lieu, nous avons encore tout le temps pour nous accoupler. Je vais rester à contempler celui que j’aime et qui vient de me passer l’anneau, pas plus tard qu’il y a trois jours. Il est beau, c’est un dieu grec, un héros mythologique rempli de force et de courage. Le spectacle de sa nudité est si… violent ! Vibrante de l’appel à la réunion de nos bras et à la tendre osmose de nos sexes, je le découvre, celui que j’aime tant. Je n’avais jamais pris le temps de l’observer vraiment. Profitons de ce plaisir gratuit et subtil.


Son attitude est celle de Christ en croix, sans le pagne. Cette représentation pudibonde est d’ailleurs erronée : les Romains ne laissaient aucun vêtement à ceux et celles qu’ils condamnaient, car l’humiliation d’être exposé nu en public, dans une position où les organes génitaux étaient parfaitement mis en valeur, participait pleinement au supplice. Je devine que pour beaucoup, cette indignité était plus redoutable que la douleur des clous. Mais, je le sais, c’est son fantasme.


Le sien est sombre et violent, il se voit s’immolant sur le bois du châtiment. Parfois, il y pense pour s’exciter pendant que nous faisons l’amour. Il me l’a raconté dès les premiers temps de notre rencontre. Dans sa fantasmagorie, il est montré nu à des femmes qui regardent son supplice infâme. Pour expier un crime imaginaire, le réquisitoire est catilinaire et la sentence sanguinaire. Il est attaché sans pouvoir se cacher, avili dans la folie d’un ballet macabre empreint de sang cinabre. Sans aménité, sa dignité est bafouée sous les coups de fouet qui font fléchir son dos et déchirent sa peau. Ses poignets et ses pieds sont cloués sur le bois. Le voilà punaisé, exposé, offert nu à une foule d’inconnues qui le voient, esthétique, dans sa peine érotique dont il est fanatique. L’érotisme qu’il aime est poussé à l’extrême. Tout cela est cru, sauvage, féroce, excessif. Mais, dans l’intimité de nos aveux sur l’oreiller, dans le calme qui suit nos enlacements endiablés, il l’assume. J’aime qu’il ait partagé ce côté sombre de son esprit avec moi. C’est une marque de confiance qui me touche.


Maintenant il se cambre dans son sommeil. D’habitude il est paisible lorsqu’il dort. Son rêve doit être fort. La rosée de désir perle à son gland. Va-t-il avoir une pollution comme un adolescent ? Cela lui arrive parfois : au matin son pyjama est imbibé de sperme. Au début, je croyais qu’il se masturbait pendant la nuit. Mais non, tout cela est involontaire. Je voudrais bien y assister en direct.


Dans son fantasme tel qu’il me l’a conté, sa croix possède un sédile, c’est-à-dire une tige fixée sur le mât vertical à mi-hauteur, incliné de quarante-cinq degrés, que les bourreaux insèrent dans l’anus du condamné. Lorsque celui-ci s’agite, ce qui est indispensable pour respirer, cette pièce pénètre de plus en profondément et appuie sur la prostate, ce qui par réflexe provoque l’érection et stimule l’excitation sexuelle… parfois jusqu’à la jouissance ! Surtout si, en bas, profitant de sa vulnérabilité, des femmes se livrent à des attouchements. Cela a-t-il vraiment existé ? Peut-être.

C’est bien lui, cette histoire de sédile. Et dire qu’avant de connaître mon mari, j’ignorais ce qu’est un massage de prostate. Je savais à peine que les hommes possèdent cet organe qui ne se prête pas aux regards. Maintenant, cette pratique n’a plus aucun secret pour moi. Cependant, mes doigts agiles ont l’inconvénient d’être un peu trop courts pour que sa joie soit maximale. Mon anatomie ne possédant pas la baguette câline de la gent masculine, ce qui aurait de toute manière déplu à sa stricte hétérosexualité, il fallut m’équiper d’une prothèse, tenon adapté à sa mortaise naturelle. Cela s’appelle un gode-ceinture, terme qui exprime bien ce que cela veut dire. Il m’a demandé cela pour son précédent anniversaire. J’aurais pu le commander par Internet, mais par défi, car je suis un peu timide dans ce domaine, je suis allée l’acheter dans un sex-shop. Lorsqu’il a ouvert son paquet, sitôt ses trente-trois bougies soufflées, il s’est immédiatement déshabillé et mis à quatre pattes sur la table. Il m’a fallu revêtir la chose, que j’ai ensuite soigneusement lubrifiée pour ne pas lui faire mal, sur les conseils avisés de la vendeuse. Je me suis ainsi transformée en un être hermaphrodite possédant les attributs des deux sexes.


Une fois entrée en lui par la porte arrière, je l’ai pilonné tout en agitant manuellement le braquemart. Dans ce batifolage par enculage, nous faisions un drôle d’attelage. La verge de plastique, assemblage phallique assez peu esthétique, était plutôt longue. C’était puissant et efficace. Sous l’orgasme, il a émis un râle que je ne connaissais pas encore, mais auquel j’allais m’habituer. Sur le coup, je me suis inquiétée : aurais-je tué celui que j’aime par un plaisir trop fort, une épectase ? Mais non, il a survécu, comme il a résisté à ce traitement les fois suivantes. Il a lancé sa purée sur son gâteau, ajoutant un ingrédient que je n’avais pas prévu dans la recette. Mais nous nous sommes régalés quand même. Ensuite, le repas terminé, il s’est servi de son cadeau pour me pénétrer – dans le vagin pour cette fois — car il n’avait plus de réserve de puissance érectile après ce que je lui avais administré. Le gode-ceinture est venu rejoindre notre belle collection de jouets coquins et lubriques, et ne s’empoussière pas.



Revenons-en à notre songe nocturne. Cela fait quarante-huit heures que nous ne nous sommes pas unis charnellement. Mis à part ce court temps de sommeil, cela fait presque quarante-huit longues heures d’aéroports, d’avions, de correspondances, de retards et d’attentes, de douanes et de contrôles, durant lesquelles aucune intimité à deux ne nous a été permise. Autant de temps pendant lequel il ne m’a pas léchée, ni pénétrée, ni octroyé quoi que ce soit qui donne tant de charme à la vie en couple. Un record… À le voir nu, si près de moi, je me consume littéralement de désir. Ses testicules sont gonflés de sève. Dans sa position, les muscles de ses bras sont saillants. Il est saisissant de beauté masculine, de virilité. Il est magnifique. Sous ses bras écartés, les aisselles exhalent son odeur de transpiration chargée des phéromones qui renforcent mon appétence pour lui. Il le sait et ne manque jamais une occasion pour se placer dans cette situation.


Conscient de sa beauté, il adore se dénuder devant moi, notamment lorsque je suis habillée, versant dans un narcissisme que je trouve absolument délicieux. Il y a six mois, un week-end pluvieux où nous n’avions pas envie de sortir de notre appartement, il est resté constamment sans rien sur lui, m’exhibant ses attributs avec complaisance. Lorsque je passais devant lui, je ne manquais pas l’occasion de le palper un peu, mais juste un peu, histoire de stimuler sa libido sans pour autant le soulager, souffler sur les braises de son avidité mais l’obliger à attendre avant d’obtenir la satisfaction de ses besoins, exacerber sa soif de sexe tout en le laissant frustré et donc soumis. Nous avions convenu qu’il n’avait pas le droit de se toucher lui-même, ne serait-ce que pour uriner, et pour m’assurer de cela je ne le laissais pas s’isoler. Même aux toilettes, je le surveillais, pour qu’il ne fasse pas de bêtise. Le samedi soir, il était déjà fou de désir. En baisant et léchant mes pieds, il me suppliait à genoux de bien vouloir m’offrir à lui. Ce que j’ai fait avec joie, bien-sûr. Et le lendemain, nous avons poursuivi ce jeu de soumission torride. Il y prend un plaisir extrême, à tel point que cela me fait un peu peur. Par contre, j’aime bien quand, en signe d’allégeance, sa verge converge vers mes orteils. Je ne puis que m’éprendre d’un homme à l’organe qui est pour moi aussi dur que son cœur est pur et tendre. Tant que nous n’avons pas d’enfants, il faut savoir en profiter.


La revue de charmes qu’il a achetée à l’aéroport afin de tuer le temps traîne sur la table de nuit. Je la feuillette. La faible luminosité ambiante m’empêche de lire les textes, qui sont dans ce con-texte sans doute des histoires lestes où l’on évoque abondamment le con, sujet inépuisable s’il en est. Donc, provisoirement malvoyante, je me limite aux photos qui renferment des épidermes mais aussi des autos. Sur l’une d’elles, une femme – pas une jouvencelle qu’on dépucelle en rêve, non, vraiment une femme, une belle asiatique aux jolis seins pointus, de celles qui vous ensorcellent et vous morcellent le cœur si vous êtes un homme sensible, comme l’est mon mari. Complètement dévêtue, elle est allongée sur l’interminable capot d’un cabriolet écarlate. Pour vous affrioler, Messieurs, ses jambes sont largement écartées, les mollets tendres contre la calandre et les pieds qui s’entrechoquent sur le pare-chocs. La pose est évidemment impudique, car la dame n’est pas là pour chanter des cantiques, mais pour susciter des pensées érotiques. Sympathique. La belle et la bête, thème classique mais bien interprété. La puissance du véhicule, la séduction de la sirène, reine de la double page, pour l’allumage sans retard des esseulés en mal d’une chair féminine qui fascine. Dans la pénombre je distingue mal les couleurs, mais il me semble que le rouge de la carrosserie est assorti avec la vulve poilue qu’exhibe la créature de deux doigts qui écartent ses grandes lèvres.


L’étoile de Stuttgart, fidèle à la symbolique phallique, priape métallique qui ne débande jamais, est prête à pénétrer celle qui s’offre en nourriture à la luxure de la voiture. Autophilie d’une autophile ; on aurait pu dire branlette en charrette, ou s’il s’agissait d’un homme : pignole en bagnole. Questions pratiques : peut-on copuler avec une Mercédès, ou la barrière des espèces est-elle trop haute ? D’autres marques sont-elles plus adaptées à cet usage auquel le constructeur n’a peut-être pas pensé lors de la conception ? À propos de conception, risque-t-on de tomber enceinte et neuf mois plus tard d’accoucher d’une Majorette tout d’abord immaculée qu’il faudra faire immatriculer à sa majorité ? Faut-il lui parler en allemand pour la séduire ? Ou se laisser emmener, otage de l’animal sauvage, à deux-cent cinquante kilomètres à l’heure, chevaux en furie et cheveux au vent, faire rugir le turbo, défier la mort et le tombeau, sans contrainte ni ceinture, sans crainte ni clôture, frémir et blêmir au détour d’un virage, se jouer du survirage, faire souffrir les engrenages, risquer le carnage dans un hurlement de pneus qui hargneux répandent leur gomme pour s’accrocher désespérément à la route comme d’autres à leur amour lorsque celui-ci part en tonneaux dans le fossé, cabossé de rêves inexaucés et concassé de frustrations répétées. Finir sa vie sur la chaussée, ivre de vivre une heureuse utopie brisée par l’entropie d’un monde raisonnable et minable. Il reste l’immortel souvenir d’une orgie de vitesse, d’une frénésie sexuelle de vélocité, de l’effroyable caresse du métal déchiqueté, morsure dans la chair lacérée, avec la soudaineté furieuse de l’accident mortel. C’est l’autolyse sur l’autoroute. Ou bien alors on survit, la peau balafrée qui effraie, le corps délabré, démembré, dans un abîme de douleurs, comme les amoureuses trahies par ceux qu’elles idolâtrent, zombies femelles, parfois encore belles, mais malheureuses et devenues dangereuses pour les vivants.



J’ai très envie de lui sans oser le réveiller. Il doit rêver à son fantasme favori. Ce serait dommage d’interrompre le songe. Ne pouvant me rendormir, excitée par la lecture que mon doux compagnon m’a laissée en pâture, il me faut m’alléger de cette impatience vénérienne qui me donne l’impression d’être une chienne en chaleur. Je m’apprête à m’offrir, via mes doigts excursionnistes, quelques joies hédonistes. Pour ne pas le perturber, je vais donc me masturber en le regardant dormir, gardant mes soupirs pour moi-même. Sans le petit vibromasseur dont le tremblement ravisseur m’offre un effet jouisseur : le bourdonnement peu discret de l’objet l’éveillerait. Je vais m’empresser de caresser, d’une main indécente, ma petite fleur incandescente, comme lorsque j’étais adolescente. De la main gauche, je me pelote les tétons, puis j’écarte le coton de ma culotte. De l’autre, sans avoir besoin de préliminaires, je frotte doucement mon clitoris, lutinant mon bouton d’allégresse. Je prends mon temps car rien ne presse. Le doigt paresse, les seins se dressent. Point de sécheresse : le tissu est déjà trempé, autant par les glaires cervicales qui suintent de ma muqueuse utérine que par la cyprine qui chatouille mes narines, fluides issus d’une biologie complexe optimisée pour que le sexe conduise à faire des bébés. Ma fente fleure bon la concupiscence fiévreuse d’une femme amoureuse exhalant l’essence de son intimité, contemplant son homme dévêtu, la verge ravissante et turgescente et les bourses gonflées de liqueur sexuelle destinée à sa belle. Si mes mouvements ne le sortent pas de son sommeil, à coup sûr ce sera l’odeur qui s’en chargera, quand elle atteindra son nez. Lorsqu’il sera réveillé, réparé par un sommeil revivifiant, il pourra me pénétrer sans préparation ni lubrifiant : je suis toute prête à l’accueillir jusqu’au fond de moi, de la manière qu’il voudra. En attendant, comme je n’y tiens plus, je me donne du plaisir toute seule. L’impudeur babylonienne de sa raideur pénienne inspire mes ardeurs féminines pour ces effusions libertines.


Pendant ce temps, dans son sommeil, il gigote de plus en plus. Son exécution touche peut-être à sa fin. Dans une vie antérieure aux souvenirs incomplètement effacés par l’eau du fleuve Léthé, il a peut-être été un esclave fier et rebelle ayant brutalement terminé son existence par la sentence de la croix. Je prendrais bien une photo pour immortaliser la magie de l’instant, mais la lumière du néon d’enseigne de l’hôtel qui diffuse à travers les rideaux est insuffisante. Il me faut imprimer cette image dans ma mémoire, le plus profondément possible, pour m’en servir lorsque la vie sera difficile.


Je voudrais entrer dans l’univers bizarre de son rêve et l’accompagner dans son parcours rempli d’épreuves mythiques et de douleurs imaginaires. Mais c’est son fantasme et pas le mien. C’est frustrant : l’amour ne permet pas de tout partager. Il y aura toujours une zone d’ombre dans laquelle il ne pourra pas m’inviter. Sans doute est-ce mieux ainsi : il possède une part de vie qui m’est définitivement hors d’atteinte.


Oh ! Somnambule, il ondule, trémule, voici qu’il éjacule et dans même le temps, celui que j’adore se tord dans tous les sens. Il y a pléthore de semence. Par chance, grâce à une abstinence relativement longue, de sa proéminence un magnifique petit geyser s’échappe brièvement. Le phallus, dirigé seulement par le hasard, alimente une constellation sur son ventre, ses jambes et les draps. Voilà, il s’éveille en souriant, vidé d’un jus qu’il ne pouvait plus garder en lui. Dans son rêve, après avoir connu le pire, il a dû enfin mourir. Peut-être que ses bourreaux, après avoir constaté qu’il répand sa semence, et largement contribué à cela par différentes stimulations manuelles, l’ont émasculé. Ensuite, il s’est vidé de son sang et il est mort. Voilà comment se termine le fantasme qu’il m’a raconté.


Avant qu’il émerge complètement, maintenant c’est mon tour de jouir. Depuis une dizaine de minutes, mon index tourne et retourne autour du clitoris qui en retour m’envoie des sensations de feu. Cela s’amplifie à chacune de mes rotations digitales. Mes mains catinent, libertines et sans-gêne, la tarte abricotine à la garniture érogène. Je me tortille et frétille et me cambre en tous sens, seins durcis, mamelons dressés, la bouche grande ouverte engouffrant l’oxygène nécessaire pour alimenter le tourbillon de sensations palpitantes, tandis qu’oniriquement il est aux mains de ses tueuses voluptueuses. À l’apogée de ma balade épicurienne, l’explosion qui a lieu dans mon bas-ventre m’irradie partout, c’est un paradis sensuel et charnel. Il m’est impossible de me tenir tranquille sous l’effet de l’orgasme. La fantaisie qui l’a saisi m’a inspirée : même si c’est n’est pas encore l’extase, derrière ma touffe tout s’embrase. De cela jamais je me blase. Le plaisir est réjouissant, puissant, éblouissant et dure longtemps. Le paroxysme masturbatoire et jubilatoire passé, la sueur suintant sur toute la surface de ma peau, je me détends, provisoirement apaisée.


À présent, l’aurore s’ajoute aux lumières artificielles pour éclairer obliquement l’image que je lui offre. J’aime bien qu’il soit témoin de ma lubricité. Parfois, dans notre vie de couple, sachant qu’il me voit, j’en rajoute un peu, façon pornstar, seins gonflés à bloc, tatouée de partout, fardée à outrance – ce n’est pas du tout mon style, je n’ai pas de tatouage, ne me maquille pas et ma poitrine est toute petite, mais ce jeu me fait bien rire.




Voici un paragraphe très long mais n’ayez crainte

On y parle d’amour, de sexuelle étreinte

Vous pouvez le sauter et comprendre l’histoire

Les mots font un manège, un jeu jubilatoire




Il aime la pornographie, spécialement la représentation de l’onanisme féminin. Autrement dit, avec le décodeur du samedi minuit : voir un film de cul avec une nénette qui seulette s’offre une branlette, pour lui c’est chouette ; quand la nana se branle, ça l’ébranle ; quand la marquise se clitorise, ça le défrise. Bref ça le fait bander : il n’y a rien de tel pour bien l’affriander. Mon crucifié est gratifié d’un spectacle où son actrice, sa séductrice excitatrice préférée – à savoir moi-même pour ceux et celles qui suivent –, est en chair et en os, et qui sans aucune simulation s’offre la jubilation dans la stimulation et lui octroie d’un geste adroit une scène torride et splendide d’euphorie sur le baisodrome en mode autonome devant son bonhomme. Quelquefois il partage avec moi son goût pour ces scénarios fort triviaux qui l’excitent et suscitent son appétit. Les gonzesses des gonzos classiques y pratiquent invariablement effeuillage, allumage, puis suçage, baisage et limage à l’image pour des actrices à l’abattage. Dommage ! Il y a là si peu d’idées, ou bien alors tellement bridées ! Êtes-vous trop intimidés, ou bien le cerveau vidé, pour être séducteurs, messieurs les producteurs ?


Au lieu de gesticulations, fellations, pénétrations bêtes et exclamations débiles, on pourrait y mettre imagination, provocation, délectation, libération et passion ! Lorsqu’il consulte une vidéo pour adultes, il apprécie beaucoup que je l’observe, sur la réserve, tandis qu’il s’astique, d’un geste érotique, et qu’avec tact je m’abstiens du moindre contact avec lui. Souvent les neurones miroirs exacerbent ses sens et lui offrent la jouissance en même temps que la fille du film. Étrange connexion, drôle de concomitance, quand on y pense, à travers un écran, fenêtre entre deux êtres qui ne se connaissent pas mais communient d’un orgasme simultané. Ce à quoi nous ne parvenons que rarement, tous les deux, au cours de l’acte sexuel. À travers une lucarne un fantasme s’incarne. Souvent, une fois qu’il a laissé choir sa crème dans son mouchoir après s’être extasié sur une grande rousse au sexe glabre et siliconée à mort qui s’est enfichée avec malice et délice par tous les orifices de longs godemichés rouge fluo assortis à sa crinière, il lui reste encore une réserve de désir. Alors, rangeant sa baïonnette, il est capable de venir me brouter la minette, à genoux alors que je suis assise sur notre canapé. Pour me laper, la position est inconfortable pour lui, mais ô combien délicieuse et gracieuse pour moi et mon entrejambe humide marinant dans des fluides intimes. Il aime que je sois vêtue d’une robe assez ample ou d’une large jupe plissée. De la sorte, il est à la fête : il peut glisser sa tête sous le tissu et abaisser ma culotte qu’il ôte et fait voler au loin.


Sur ma motte qui frisotte, il me dorlote, me mignote et me gougnotte, s’adonnant au bucco-génital en me déshabillant le moins possible, pour ne pas que j’aie froid – alors que lui est complètement nu depuis longtemps. Lorsque je suis en situation de menstruations, il n’y a pas d’atténuation de sa propension à l’immersion de son muscle lingual, mais bien au contraire une accentuation de sa passion pour ces incursions ! Il continue à balayer ma touffe, sans esbroufe, sous les poils que je lui dévoile, langue sortie, aussi longtemps que j’en ai envie, sans montrer le moindre signe de fatigue ou d’impatience, il en a la science, de sorte que c’est moi qui suis obligée de lui demander d’arrêter, lorsque je n’en peux plus de ses lapements lascifs et suçotements jouissifs et que mon clitoris crie grâce, c’est trop, je n’en peux plus ! Son balayage qui m’érotise attise d’un feu foutral, quoique sans foutre puisque c’est un cunnilinctus, mon secteur bas-ventral. Son expertise à léchouiller agenouillé, à me fouiller sans cafouiller la moule mouillée, à farfouiller sans merdouiller, à trifouiller sans m’effeuiller, est un ravissement : j’ai l’assouvissement. Il me fait gazouiller de bonheur. Son aptitude, forgée par l’habitude, à positionner sa langue avec exactitude n’a d’égal que sa passion pour la béatitude qu’il procure à ma féminitude. Lorsqu’à l’acmé de mes sensations, sans qu’il puisse bouger sa tête, je serre les cuisses, cela lui broie douloureusement la mâchoire. On pourrait croire que de mal il va me laisser choir. Mais je suis gourmande, et c’est lui qui me demande de faire ainsi car il sait que ce geste amplifie ma volupté et, avec abnégation, s’oubliant lui-même d’une manière totale, il ne veut que cela. Un jour, à force de prendre sa tête pour un citron, je vais finir par lui déboîter quelque chose, et même là, je suis sûre que non seulement il ne m’en voudra pas, mais il me demandera si j’ai eu du plaisir quand même. Il me dit qu’à travers moi, il jouit de ma jouissance d’une manière plus intense, plus immense, qu’avec son propre corps, et il n’a de cesse, avec ses caresses, de me ravir plus fort. Ensuite, il m’invite à revêtir le gode-ceinture, et c’est reparti pour l’aventure ! Il me mendie la sodomie pour rallumer son incendie. Quand dans ce batifolage, sous l’effet de son enculage, son instrument de joie reprend de la vigueur et toute sa longueur, nous inversons les rôles : il reprend le contrôle.


Après quelques cabrioles, il me suce l’anus : voici une feuille de rose qu’il ose et me propose, ainsi je lui expose mon cul. Malgré quelques flatulences que je balance avec indolence, il s’occupe de moi, en silence, avec excellence. Sa salive m’enjolive, me lubrifie et m’humidifie, car il faut bien que cela glisse jusque dans le fond du calice. Pour cette bacchanale à la pratique anale, la petite pointure de l’ouverture que me fit la nature contraste avec son grand phallus surexcité. C’est son bel outil génital qu’il installe dans mon conduit rectal, et me voilà toute enculée, je sens son vit déambuler, stimulé par mes soupirs d’aise dans cette sodomite baise. Il m’envoie hardiment, à travers la rosette, les dernières gouttes – c’est la disette – qui lui reste à éjaculer. Voilà mon trou de balle maculé d’une sève chaude et gluante qu’il étale, libidineux, sur mes fesses qui sont, je le confesse, bien arrondies mais un peu rebondies – on le dit.


Même lorsque ses testicules, à travers son tentacule, ont tout donné, il est capable de me faire l’amour et encore des mamours et il me bourre exquisément jusqu’à l’épuisement, et encore il a envie de moi lorsque son corps lève le drapeau blanc et qu’il lui reste à peine la force de m’offrir l’amorce d’un baiser. Il veut me chérir jusqu’à en mourir. Alors, écrasé de la fatigue d’un surmenage sexuel, l’empennage en berne, et sous les yeux des cernes, après avoir débusqué jusqu’à mon tout dernier orgasme, jusqu’au tout petit spasme ultime qui restait égaré au fond de ma chatte intime, il s’endort enfin au milieu des miasmes de nos corps, traces visibles d’un rut furieux et brut, d’un coït où sa bite débite au pétabit, dans l’indécence de ma mouille, la quintessence de ses couilles. Son insatiable faim, son appétit sans fin de charmes féminins m’étonnera toujours.




J’ai trafiqué un peu la langue de Molière.

Aux choux gras de Gufti sans doute il y a matière

Et dans son bêtisier, je prépare ma place :

De lire son best-of jamais je ne me lasse.




Dans notre chambre d’hôtel, les yeux à présent ouverts, il me contemple tout en reprenant progressivement contact avec la réalité, tandis que je prélève un peu de son sperme répandu sur ses jambes afin de porter sa substance à mes narines. Ce nectar d’homme, dont l’odeur de stupre est fantastique, alimente mon ivresse érotique. J’en étale sur la plante de mes pieds que je porte jusqu’à ses lèvres. Il lèche, absolument pas dégoûté par ce mélange de sève, de sueur et poussière d’aéroport. Rien de ce qui est sexuel ne le dégoûte, surtout lorsque cela transite par mon corps. Voici ton petit déjeuner, mon amour. Il est temps que j’aille prendre une douche, autant pour me rendre un peu plus présentable que pour finir de me réveiller après cette courte nuit.


Je me promets que pour son anniversaire, je réaliserai son fantasme, et ce sera une surprise. Dans une version édulcorée bien-sûr : dans un endroit désert, avec des cordes à la place des clous. J’ai entendu dire qu’aux Philippines il y a des gens qui se font vraiment transpercer et crucifier, mais c’est dangereux. Il pourra conserver ses bijoux de famille après la fête. C’est mieux, parce que nous voulons des enfants, et puis il est plus joli en conservant son intégrité physique. Peut-être même que j’inviterai une ou deux copines pour assister au spectacle, histoire qu’il y ait un public comme dans son rêve. Imaginons la scène : après avoir dépouillé notre condamné de tous ses vêtements, nous le fouetterons un peu, puis nous l’obligerons à porter sa croix sur quelque distance, en l’encourageant à coups de lanière de cuir. Ensuite, il devra s’allonger sur son instrument de supplice puis étendre les bras avant d’être solidement attaché par poignets et chevilles. Habillée en centurion romain chargée de présider à sa mise à mort, impitoyable, avant de lier ses pieds, je le violerai avec le gode-ceinture qu’il aime tant. Puis, après avoir inséré l’indispensable sédile dans son orifice arrière, ce sera l’élévation. Cela promet d’être impressionnant, un homme nu attaché en hauteur et exposé aux regards des femmes. À partir de ce moment, je pourrais lui infliger différents tourments, comme lui chatouiller les pieds, gratouiller ses bourses, tripatouiller sa verge, voire même une petite fellation… Crux humilix ! . Toutes les persécutions seront permises, surtout les plus érotiques. Comme, avant sa crucifixion, il aura bu beaucoup d’eau – ou d’autres liquides un peu plus enivrants – il devra uriner dans cette position, ce qui ne manquera pas de sel. Et lorsqu’il estimera que c’est suffisant, il fera le mort et nous le descendrons de là. Mais tel que je connais, il ne sera pas pressé. Pourquoi pas, si c’est ce qui lui fait plaisir ?

J’y réfléchirai. En fin de compte, il n’est pas certain que ce soit une bonne idée : ces fantasmes-là ne sont pas des désirs. Ils sont faits pour rester imaginaires.


Ce sont des songeries intimes et insanes, que l’on peut confier, éveillé, sur l’oreiller à quelqu’un que l’on aime, et qui aident à supporter l’existence dans la grisaille quotidienne des métros bondés et des froidures matinales. Chut, on les chuchote car elles sont obscènes. On imagine que ces folies se réalisent, la raison abolie et les yeux agrandis d’horreur. En parler, surmonter le tabou, c’est déjà leur donner corps d’une certaine manière. Pour s’en approcher un peu plus, il est même possible de les mimer. Mais sans plus, sous peine de leur faire perdre leur pouvoir magique d’aphrodisiaque. Parfois nous lisons en cachette, sous les draps, des histoires à la Dolcett dont l’humour surréaliste et horriblement noir l’inspire à merveille. L’excitation sexuelle est une alchimie mentale qui possède de sombres mystères que souvent il faut taire pour paraître sensés. Il faut aimer la nuit et ses cauchemars.


Il vient me rejoindre sous la douche. Son rêve, dans lequel il a joui, ne s’est pas encore évanoui. Tout en me frictionnant le dos – délicieux ! –, me le raconte : ce n’est pas ce que j’imaginais. Les tréfonds de son cerveau cachent une invention plus violente et sombre encore, des ombres plus noires et des nuées plus hallucinatoires que celles qu’il m’a déjà racontées. Il aime ce qui est extrême. Quoi donc ? Ça, c’est notre secret…


Nous allons dans la salle de bains prendre une douche à deux. C’est bien-sûr un prétexte pour qu’on se touche, et bouche à bouche l’on s’attouche jusque dans les endroits les plus louches. Il me fait pivoter d’un demi-tour, afin de m’offrir des privautés. Peu farouche, j’écarte les fesses, disponible à ses caresses et autres familiarités. Mon doux gentillâtre nettoie les croûtes brunâtres où ses doigts folâtrent, résidus un peu sales en zone bas-dorsale d’un passage à la selle de sa douce oiselle assez mal essuyée – trouvez-vous cela peu poétique ? Mais l’amour est rempli de ces choses domestiques, triviales et magnifiques, basiques et authentiques ! Puis il me suce à grands coups de langue l’orée du rectum. J’aimerais bien qu’il s’enhardisse, et qu’il glisse, complice, un doigt, lubrifié comme il se doit, dans l’interstice. Je voudrais bien de ces blandices. Comme il lit dans mes pensées, je n’ai pas besoin de l’influencer, je sens son index avancer au creux de ma bouche tripale. Déjà deux phalanges se mélangent et m’empalent dans le tuyau fécal. La zone est innervée : je ne peux conserver mon calme car c’est bon, c’est polisson, c’est voluptueux. Le plaisir est impétueux, tempétueux, tumultueux ! Dans mon vagin, il introduit un autre doigt qui rejoint les deux premiers à travers une fine membrane, et cette pression, cet envahissement m’arrache des gémissements de joie. Sa connaissance des détails de mon anale anatomie est une continuelle source d’éblouissement : il est toujours plein de ressources pour imaginer des choses que je n’ose pas demander, que je ne me permets pas de quémander. Ce n’est pas l’orgasme mais j’adore ce qu’il me fait, et je subodore qu’il pense à cela lorsqu’il ne dort pas la nuit. Lorsqu’il retire ses mains, l’envie d’uriner me prend. Ce n’est pas pour le chagriner : il m’observe avec attention, se baisse pour que ma miction, de ma vessie la décoction, l’arrose d’une tiède onction, ce qui provoque en réaction à son urinaire attraction une très jolie érection ! Et derechef il me pénètre, il me remplit de tout son être, et sans tarder il éjacule d’un tout petit jet minuscule mais je sens son plaisir puissant : il me serre fort en jouissant et nous voilà nous enlaçant, sous la douche nous délassant, nous caressant de gel moussant, puis nous rinçant. C’est un moment réjouissant.


Une fois que nous sommes lavés, il souhaite que je le laisse tranquille sur la cuvette des toilettes. Je sors nue de la salle de bains, et tombe nez-à-nez avec une femme de ménage en train de faire le lit. Vu ma tenue un peu gênante, je positionne mes mains en cache-sexe. Elle sourit de mon réflexe pudique. Non qu’elle soit très belle, mais je lis dans son regard un feu lubrique, l’expression d’un désir lesbien dirigé vers ma personne, ce qui me met mal à l’aise. Doucement elle écarte mes bras afin de découvrir mon triangle pileux qu’elle caresse d’une main que j’estime fort leste pour un personnel hôtelier. Cependant, je me laisse faire, littéralement hypnotisée par ses yeux d’une beauté à tomber par terre, contre lesquels toute résistance est impossible. (2) Elle me caresse, et je sens que ses gestes sont si doux et si agréables que je ne peux l’empêcher de poursuivre, en dépit de ma très grande honte à pratiquer ainsi l’adultère presque sous le nez de mon adoré. Je m’allonge sur le lit ; elle ôte son tablier et se déshabille complètement. Non, son corps n’a rien de spécialement attirant, et pourtant elle est comme un aimant qui m’oblige à la toucher. Comme un robot obéissant à un ordre mystérieux, j’écarte les jambes et elle vient me lécher, très doucement, juste au bon endroit. Je me mords les lèvres pour ne pas crier sous les pulsations d’aise qui m’agitent de plus en plus fortement.


Elle me séduit par un étrange pouvoir mental contre lequel ma volonté ne peut rien. Rien ne l’effarouche : elle vient m’embrasser sur la bouche, comme si nous étions amoureuses alors que nous sommes étrangères l’une à l’autre. Mon mari, à présent sorti de la salle de bains, nous regarde placidement, comme si tout était normal. La femme de ménage, qui ne manque pas de culot, l’ignore tout bonnement. Des desseins noirs et malsains se cachent sous des seins blancs qui m’attirent, et que je ne peux m’empêcher de malaxer et d’en lécher les aréoles, rondes comme l’auréole de femme fidèle que je viens de perdre, mais situées un peu plus bas. Encore plus bas se trouve une toison pubienne que dans sa fougue lesbienne elle me supplie de sucer. Mon amour que je croyais robuste a saphiquement chuté sur le buste attrayant de la première venue lorsqu’elle s’est mise à nu.

Rongée d’un repentir qui torture mon esprit de cette forfaiture m’être ainsi laissée faire, je lui demande son nom. Elle répond Lilith, hélas. Mon sang se glace et mon stress monte en flèche ! C’est une monstresse vengeresse, un démon femelle, diablotine à mamelles, maîtresse satyresse, succube qui m’entube et pour lequel je succombe, venue de l’enfer afin de me faire chuter, moi, pauvresse pécheresse, par la tentation, l’excitation à la délectation fautive, à laquelle je n’ai pas su résister. Honnie, je m’agonis d’invectives punitives : j’ai trahi celui que j’aime.


Pour ma profanation, il me faut une damnation, ou au moins un purgatoire, un traitement expiatoire. Intérieurement je demande un assortiment de châtiments. Quand la lame du blâme mord jusqu’au fond de l’âme, il me faut une mort qui vaille mes remords. Instantanément, récompensée par cette seule pensée, une grande croix m’est allouée. Me voici enclouée par les mains et les pieds, je m’en vais expier, fixée dans cet enfer par du fer froid et dur, perforée d’une forêt de pointes adjointes à mes membres immobilisés. Un sédile, pervers et agile engin, se faufile dans mon vagin, et lorsque je remue de cette étrange danse des crucifiés, bougeant en cadence avec persévérance, la jouissance se fait supérieure à la douleur. Dans cette agitation, c’est même si bon que dans l’exaltation je gémis de délectation. Une foule se défoule : venus voir une fille qui se tortille fixée par de drôles de banderilles, les gens se moquent du spectacle baroque de mon exécution, et je trouve leurs moqueries terriblement odieuses voire ignominieuses. Lilith me lance un regard maléfique. Je m’attends à quelque chose d’horrifique, de terrifique. Elle ouvre sa bouche d’où soudain je vois s’échappant un vaste serpent à la tête énorme, à la taille hors norme. Le monstre qui bouge est rouge avec d’étranges chiffres, que je déchiffre et qui me disent quelque chose sans que je puisse les identifier, inscrits sur ses écailles. Me voilà bien dans la mouscaille. La bête a des symboles cryptiques, dans le genre apocalyptique avec des numéros, et peut voler. Elle se dirige lentement vers mes pieds qu’elle mange, croquant et broyant mes os de ses dents acérées. Puis ce sont mes jambes toutes entières, puis le bassin ! Mes boyaux sanguinolents pendent misérablement et tombent, solution radicale à ma constipation. Je regarde avec effroi le monstre me dévorer, étonnée d’être toujours vivante et consciente. Curieusement je n’ai pas mal, ce qui n’est pas mal compte tenu des problèmes extrêmes auxquels je fais face en ce moment. C’est même plutôt le contraire : d’une manière absurde je sens monter en moi un orgasme du clitoris que je n’ai plus. Je me vois uriner à partir d’une vessie que je n’ai plus. Impossible !


Lorsque je m’éveille, ma main est plaquée entre mes jambes. Ouf, j’ai retrouvé mon intégrité physique. Par contre, il est urgent que j’aille faire pipi. Évidemment, il n’y a ni Lilith, ni croix, ni serpent. Ni même de douche avec mon mari : je sens toujours autant la sueur. Par contre, l’orgasme que j’ai eu durant mon sommeil était bien réel : ma moniche humide s’en souvient encore. Mon doux amour me caresse le ventre. Il est temps de se réveiller afin de prendre notre petit-déjeuner et poursuivre notre voyage. Il ne se doute pas que son geste tendre est à l’origine d’un rêve horrible qu’il me faut d’urgence lui raconter.


Le soleil qui se lève, nous spoliant de nos rêves, vient maintenant nous éclairer d’un rai rougeoyant. Mes yeux habitués aux ténèbres célèbrent cette apparition de clignements répétés. Pour respirer de l’air frais, pour inspirer le matin, j’ouvre la fenêtre, en m’exposant peut-être, indifférente à ma visibilité, à la possibilité qu’ont les habitants de l’immeuble en vis-à-vis de me voir dévêtue comme une réplique des statues dans les jardins publics. C’est ma vie et j’ai envie de regarder le jour se lever, de le laisser caresser mon corps et de garder toute la journée ce soleil naissant au creux de mon cœur innocent. Les oiseaux qui prennent leur envol, quittant ce sol pour des lieux plus cléments, ne sont-ils pas aussi nus que magnifiques ?


L’hôtel est situé à l’extrémité d’une piste de l’aéroport, comme offert à une étrange sexualité avec des engins volants, déités de la modernité, dont la célérité surpasse leur bestialité. L’établissement qui nous accueille se fait toréador, excitant les avions minotaures et les évitant de justesse. À chaque passage il s’abaisse avec émotion, par dévotion. Je me fais servante d’autel et contemple nue et ingénue un temple imaginaire consacré à des idoles violentes, offerte en sacrifice à tous leurs maléfices pour le bien de la société. En altesse de l’azur matinal, un quadriréacteur géant prend de la vitesse et de l’altitude. Il a l’attitude d’un roi, oiseau de proie sacré, feux allumés en triangle équilatéral. Le rapace brutal incarcère les serres dans son repli abdominal pour aller rejoindre le ciel dans un bruit démentiel. Un instant je l’imagine s’écrasant en embrasant notre immeuble d’un déluge de kérosène en feu, en tuant les gens par dizaines, cueillant des vies à l’envi comme des fleurs d’un malheur consenti, Ba’al Hammon d’une Carthage nouvelle recevant pour son adoration l’immolation des agnelles premières nées abandonnées à la folie sanguinaire, à la nécrophilie grégaire des fidèles idolâtres. Ceux-ci viendraient cruels pour m’abattre dans un holocauste instinctuel au cours duquel mon corps dénudé serait exposé à la frénésie sexuelle, friandise à la gourmandise d’un dieu obscène et monstrueux. Parfumée d’huiles délicates, d’aromates et de baumes odorants, privilège des victimes qui s’en vont adorant de dévotion ultime, me voici livrée nue à la divinité cornue pour un coït suprême. Je suis emmenée par de fatales vestales qui soumises attisent les flammes et acclament la statue aérienne qui me tue en me pénétrant de son sexe visqueux avant de me consumer toute entière et de me porter à la frontière des mondes célestes.


La main de celui qui partage ma vie, tendrement posée sur mon épaule, me détourne de ces pensées bizarres. L’éloignement des ombres, des songes sombres et nébuleux, dans les décombres imaginatives de nos illusions instinctives, nous ramène à notre vie à deux. Maintenant que la nuit est dissoute, dans la promesse d’un bleu sans fin se délayent nos frayeurs et nos doutes. Il est temps de reprendre notre route d’allégresse et d’amour dans la clarté du jour.



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(1) Voyage d’une dévergondée, publié sur Revebebe en août 2014 (n°16375), pour lequel j’ai reçu différents encouragements d’internautes que je remercie collectivement.


(2) Toute ressemblance avec une histoire qui se serait déroulée dans un hôtel de New-York avec un homme politique français serait purement fortuite.




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