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n° 17694Calpurnia18/12/16
Il jouait Beethoven
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61956 caractères      
Auteur : Calpurnia

Le carton d’invitation porte une adresse assez difficile à trouver dans une vaste zone d’activité, assez glauque et presque déserte en ce dimanche soir, mais je suis finalement parvenue à être à l’heure. La salle est grande et pourrait accueillir deux cents personnes, mais nous ne sommes encore qu’une vingtaine autour du buffet.


Ainsi donc, l’écrivain Pierre Tournesol est mort brutalement ! Quand j’ai entendu cette nouvelle à la radio, j’étais assez incrédule et j’ai même cru à un canular – cela s’est produit un 1er avril. Mais non, il a bien succombé à un cancer foudroyant de l’aorte que les médecins ne lui avaient découvert que deux semaines plus tôt.


Au cours des derniers jours de sa vie, malgré son état de grande faiblesse, il a organisé lui-même la manière dont ses proches devaient lui dire adieu : son incinération le matin même, en catimini, presque sans témoins, suivie de cette étonnante cérémonie laïque orchestrée par celui qui, jusqu’au bout, aura été son fidèle domestique : le vieux Gilbert et son éternel costume noir qui, pour une fois, ne dépare pas au milieu des tenues de deuil. Dès le seuil franchi, la présence de Pierre est presque palpable dans les regards des gens, de sorte que j’ai peine à croire qu’il est vraiment mort.


La réception est étonnante dans son principe : sont invitées toutes celles qui ont partagé son lit, au moins une nuit, au cours de sa vie qui fut courte – il est mort à quarante-deux ans –, mais intense. Je fais partie de celles ayant eu le privilège de vivre avec lui durant deux mois et, à ce titre, je possède un carton d’invitation que vérifie un vigile à l’entrée. Bien sûr, toutes ne viendront pas, mais le texte manuscrit me proposant cette soirée assez spéciale précise que si au moins cinquante d’entre nous ne confirment pas leur présence, il annulera tout et nous maudira toutes. Les conjoints sont admis, mais pas les enfants ; une garderie est prévue un peu plus loin. Il est amusant de voir que les maris cocus de ses maîtresses aient pour certains fait l’effort d’être présents, sans doute parce qu’ils savent – ou plutôt ils croient – qu’ils ne risquent plus rien avec cet homme dont le corps se trouve à l’état de cendres, dans l’urne funéraire posée sur un guéridon au centre de la salle.


Curieuse, je regarde attentivement cet objet qui, pour n’être pas très grand, possède la particularité de contenir une personne que j’ai beaucoup aimée. Ce n’est pas rien, pour une sorte de vase aux motifs sobres, mais qui semble étonnamment massif, notamment parce que son fond est très épais et son haut effilé, ce qui lui donne l’allure d’une fusée. Son occupant a-t-il l’intention de rejoindre ainsi les étoiles après avoir traversé le plafond ? Avec lui, il faut s’attendre à toutes les fantaisies.


Gilbert me déleste de mon manteau en cet endroit bien chauffé. Alors que la salle continue à se remplir, Sandra, celle qui a été sa dernière compagne, m’accueille avec le sourire et me tend une flûte de champagne en m’invitant à accrocher à mon corsage un badge sur lequel est inscrit mon prénom, comme l’ont fait les autres invités. Comme toujours avec Pierre, aucune demi-mesure n’est admise : caviar, huîtres et verrines d’un traiteur réputé recouvrent entièrement le buffet salé.


Il était un écrivain célèbre dont les romans, tous érotiques, occupaient régulièrement le premier plan des présentoirs des libraires, avec des couvertures suggestives aux femmes peu vêtues et des titres évocateurs tels que « Les égarements charnels de la Présidente », ou « Les orgies insanes de l’Impératrice ». Bien sûr, cela causait dans les médias de violentes polémiques lancées par des esprits pudibonds, renforçant ainsi la publicité et propulsant les ventes vers les sommets de l’édition. Jamais de tirages à moins de cent mille exemplaires. Les éditeurs lui faisaient une cour assidue pour qu’il leur signe un contrat d’exclusivité, mais il tenait absolument à son indépendance et négociait ses droits, roman par roman. Malgré le caractère fortement épicé de ses écrits, il avait obtenu successivement les prix Senghor pour son premier roman, puis Goncourt, Renaudot et Femina, et il se murmure que le prix Nobel de littérature lui a échappé de peu au profit de Patrick Modiano. La propriété intellectuelle de son œuvre s’évalue en dizaines de millions d’euros et il n’avait aucune famille, de sorte que le sujet ô combien excitant de l’héritage est au centre des conversations.


Son talent était phénoménal, autant que son ego, et ne se limitait pas à l’écriture. Il était aussi un pianiste amateur, mais accompli, et jouait surtout Beethoven dont il connaissait les partitions par cœur. Il possédait un immense piano à queue qui trônait dans le salon de sa villa, derrière la baie vitrée, et en jouait souvent la nuit quand il ne pouvait pas dormir – il dormait très peu. Je passais des heures émerveillées à l’écouter. Il n’allumait jamais les lumières artificielles, se contentant d’une bougie afin de voir son clavier lorsque l’éclairage lunaire ne suffisait pas. Sa sensibilité dans sa façon d’interpréter le maître allemand de la musique romantique me transportait sur des nuages ; parfois, je m’endormais contre son épaule, au milieu d’une symphonie, pour partir dans des rêves musicaux.


Une nuit, aux alentours de deux heures du matin, il a soudainement décidé de jouer la sonate numéro 14, dite « au clair de lune ». Nous nous étions déshabillés dans le but de faire l’amour, classiquement, dans un lit. Lui s’est rhabillé – et d’une manière élégante, en plus – mais il m’a demandé de rester nue et de m’allonger sur le bois noir laqué de son piano, les cuisses écartées, le sexe tourné dans sa direction. J’étais frustrée, d’autant que je commençais à mouiller dans la perspective d’une étreinte partie pour durer des heures, comme toujours avec cet homme, mais je commençais seulement à m’habituer aux fantaisies érotiques de Pierre.



Auparavant, il a pris soin de confisquer mon vibromasseur et autres jouets sexuels, au prétexte que ces instruments de plaisir ne sont pas dignes de Beethoven. Évidemment, les vibrations font mauvais ménage avec la musique… Mais il aurait pu me laisser mon godemiché et mes boules de geisha, sinon l’excitant murmure des muqueuses humides triturées jusqu’à plus soif. J’en étais réduite à ne me servir que de mes mains, comme lorsque j’étais adolescente et que je découvrais en solitaire les plaisirs vénériens des doigts errants sur le clitoris. J’écartais mes cuisses autant que je pouvais afin que mes odeurs corporelles parviennent jusqu’à lui, dans le but de le décider à délaisser son piano et à venir enfin remplir ma partie creuse de sa partie saillante, comme je l’attendais. S’il avait voulu, il aurait pu plonger sa tête au creux de ma chatte mouillée pour lui, sans se lever de son tabouret.


Concentré sur son clavier, il ne me regardait pas ni ne semblait prêter attention à mes soupirs et mes gémissements de plus en plus sonores.



Il avait de drôles d’exigences : je ne suis pas une actrice porno pour me pâmer au premier claquement de doigts de son metteur en scène ! Je savais que si je commettais l’erreur de simuler un orgasme, il s’en apercevrait et serait déçu par ce comportement, car il avait horreur des comédiennes. Pourtant, j’ai été moi-même surprise de parvenir à faire exactement ce qu’il me demandait. Dans la pénombre où seule la pleine lune nous éclairait par la grande baie vitrée, la musique entrait en moi non seulement par les oreilles, mais par mon corps tout entier qui l’accueillait, par ma cage thoracique dans laquelle les vibrations des cordes se transmettaient par l’intermédiaire du bois de l’instrument, par ma colonne vertébrale qui semblait soudée au piano. Mes doigts dansaient une ronde autour de mon clitoris, au rythme lent de la musique. Chaque mesure était un frisson, chaque note excitait l’un de mes nerfs et contribuait au surgissement progressif d’un orgasme qui m’a coupé le souffle. Tremblante, j’avais perdu le contrôle de mes émotions, prise dans une sorte de transe. J’ai poussé involontairement un seul cri continu, suraigu, le plus fort que j’ai jamais émis, tout en sentant mon corps se contracter et partir la plus étourdissante extase sexuelle de ma vie, ce qui m’a laissée essoufflée. Mais Pierre attaquait déjà le second mouvement, l’allegretto.



Comment supporter une nouvelle jouissance après celle que je venais de m’offrir ? Eh bien, si ! Mon sexe épuisé de sensations n’était sans doute plus qu’une chair rougeâtre et dégoulinante d’une liqueur qui s’écoulait en filet sur le bois noir laqué. Heureusement, Pierre m’avait confié, avant de commencer à jouer, une serviette éponge permettant d’éviter que j’inonde dangereusement son instrument. De nouveau, à la fin du second mouvement, je suis partie dans des sommets de voluptés desquels il est difficile de redescendre.


Heureusement, il ne m’a rien imposé pour le presto agitato, troisième et dernier mouvement. Je me contentais d’écouter en me caressant doucement le ventre et les seins afin d’apaiser la brûlure vive qui continuait à me dévorer le minou. Je suis redescendue sur terre, mais lentement, très lentement, comme une feuille morte tournoie dans le vent avant de se décider à toucher le sol. En me demandant si je n’étais pas en train de vivre un rêve, j’éprouvais un sentiment d’exquise béatitude, comme portée dans les airs par la musique de Beethoven, qui seule possède cette sensualité… Curieusement, j’avais l’impression qu’on nous observait : peut-être le maître disparu depuis près de deux cents ans était-il en train de se retourner dans sa tombe à cause des obscénités blasphématoires que nous infligions à son œuvre. Peut-être aussi qu’il me regardait en bandant, du haut de son éternité.


Quand Pierre a joué la dernière note de la sonate, il s’est levé sans dire un mot, m’a attrapée par les chevilles afin de me faire glisser sur son piano jusqu’à ce que mon derrière humide atteigne le rebord, puis il a fiévreusement défait sa ceinture et baissé pantalon et caleçon. Son gland luisait sous la Lune. Il m’a fait signe de me taire, afin de ne pas briser la magie. Il a empoigné mes fesses, un globe dans chaque main, fermement. J’ai fermé les yeux pour accueillir son hommage viril… Il jouait de mon corps comme d’un piano, à petits coups de reins très précis qui visaient les zones sensibles de mon vagin, dont il est ensuite sorti pour me sodomiser, pour noyer ma cavité rectale de sa semence. J’avais encore l’impression de voler. C’était il y a trois ans. Cette nuit-là vit toujours en moi. J’avais vingt-deux ans et j’ignorais à quel point les hommes peuvent brûler le cœur d’une jeune ingénue comme je l’étais à cette époque.


Je regarde la Lune gibbeuse par la fenêtre. La jolie Magali me sort de ma rêverie solitaire en remplissant ma flûte vide.



Je la regarde dans les yeux. Dans la chronologie des maîtresses, je crois qu’elle m’a précédée de quelques mois. Assurément, elle est très belle, et aussi très sûre de son charme, de sorte que je me demande bien pourquoi il s’est séparé d’elle si vite. Mais il dévorait la vie, chaque jour avide de découvertes, dans tous les domaines, en particulier celui de la relation avec les femmes. S’il était bourré de qualités, la fidélité n’en faisait certes pas partie…



Cette nuit-là, après avoir joué la Sonate au clair de lune, il m’a prise avec une énergie dépassant de loin tout ce que je n’ai jamais connu avec n’importe quel homme. Puis il est retourné s’asseoir sur son tabouret pour jouer encore du Beethoven, en me laissant allongée sur son piano, en sueur, étourdie de sensations. Et de nouveau, il se levait et venait me visiter ; il entrait en moi de toutes les manières possibles, y compris celles qui me donnaient du plaisir mais que je ne trouvais pas spécialement élégantes, sans dire un seul mot, alors que la musique continuait à résonner dans ma tête. Ce manège alternant sexe et musique a duré jusqu’aux premiers rayons de l’aube, puis, ayant un enchaînement de rendez-vous professionnels à honorer, il m’a laissée seule dans sa vaste maison où je suis restée nue et pensive, toute la journée, pour attendre son retour. Quand je ferme les yeux, dans le silence de la nuit, il me semble entendre encore cette sonate qui me porte dans ma vie et m’a aidée à réussir différents projets.


Habituellement, il n’éjaculait pas vite, voire pas du tout, ce qui le rendait capable de conserver son érection des heures et des heures. Il ne venait que lorsqu’il l’avait décidé, pas avant. Non, contrairement à ce que croit Magali, il n’était pas l’esclave de ses pulsions : sa maîtrise de lui-même était même impressionnante. Mais elle a raison au moins sur un point : il avait une incroyable avidité à cueillir notre féminité, et si parfois j’ai été surprise – et même déstabilisée –, cela ne m’a jamais vraiment inquiétée. Sa manière de baiser était frénétique, mais on ne peut plus lucide. Il était en mesure de nous conduire tranquillement vers la plus affolante des luxures…



Elle me caresse le bras tout en parlant, d’une invitation explicite à des jeux saphiques. Je me recule d’un pas.



Dépitée, elle se dirige vers le buffet afin de se consoler en se gavant d’huîtres et en se saoulant au champagne. Maria vient m’aborder. Elle est sans doute la plus jeune de l’assemblée, peut-être dix-neuf ou vingt ans, et l’une des dernières compagnes de l’écrivain. Ravissante, surtout avec sa longue robe bleue et son épaisse chevelure brune, et surtout, derrière ses lunettes aux épaisses montures noires, des yeux gris clair incroyablement profonds et brillants. Elle a gardé un délicieux petit accent russe qui lui font rouler les R. Pierre avait un talent fou pour dénicher de véritables déesses. Si un jour – comme le suggère Magali – je craque pour une fille, ce sera sans doute pour quelqu’un qui lui ressemble et que je devine, dans l’étreinte, être un volcan de sensualité. Pourquoi pas ? La solitude me pèse. Si elle me drague, je la suis. En attendant, j’ai envie de l’écouter me parler de lui.



La voix grave de Pierre, reconnaissable entre toutes, l’interrompt. Nous nous retournons pour nous apercevoir qu’un pan de mur est recouvert par un écran géant sur lequel l’écrivain apparaît en vidéo. Signe de sa mégalomanie, son visage occupe le plan tout entier, immense et pixélisé, une résurrection numérique à cause de laquelle certaines, de stupeur, ont lâché leur verre qui se brise sur la moquette. Le film a dû être réalisé à quelques jours de sa mort, car on le sent atteint par la maladie et son élocution est difficile. Mais il s’efforce de sourire. Chacun se tait pour écouter les dernières paroles de notre hôte défunt.



Cela lui va bien de louer la fidélité, lui le coureur de jupons invétéré ! À moins de nous considérer, collectivement, comme son harem personnel ?



Son visage s’efface de l’écran au profit d’une succession de scènes rapides le montrant avec différentes compagnes au cours d’activités galantes, notamment la lecture érotique sur le fauteuil spécial avec Maria, mais j’ai connu aussi cette expérience, et peut-être que chacune de nous l’a vécue également. Cette fille était peut-être la plus déstabilisée d’entre nous par ce jeu coquin auquel il prenait un malin plaisir, surtout quand la victime était troublée au point de ne plus être capable de dire un seul mot. Ensuite vient la nuit où il jouait du piano sur lequel je me caressais nue ! Même s’il était chez lui, il aurait pu me prévenir qu’une caméra nous filmait en infrarouge. Gilbert, tapi dans l’ombre, était probablement à l’œuvre derrière la caméra. Ce n’est pas vraiment une surprise : chacune de celles qui l’ont côtoyé sait bien que Pierre avait parfois des façons d’Ostrogoth. Le montage montre aussi comment il a offert un gigolo, un jeune homme très grand, musclé comme un gladiateur et fortement membré, à Coralie pour son anniversaire, alors qu’il les regardait tranquillement se mélanger, assis dans son fauteuil d’écriture, s’inspirant de ce qu’il voyait pour imaginer de nouvelles scènes plus torrides les unes que les autres. Comme elle est mariée et que le mari est présent dans la salle, cela promet pour la suite quelques scènes de ménage. La figure immense de l’écrivain réapparaît sur toute la surface de l’écran.



Le silence fait place à un brouhaha commentant ce don. Pierre l’avait prévu, car il se ménage une pause sur la vidéo, semblant s’amuser de la réaction de son auditoire. Nous voilà toutes fixées : l’héritage est partagé, et aucune de ses anciennes compagnes n’est favorisée pour être restée avec lui plus longtemps que les autres. Certaines qui se croyaient les plus proches de lui sont déçues de ce choix, d’autres exultent, car cette somme rendra possibles certains de leurs projets. Comme je ne nourrissais pas d’espoir particulier à ce niveau, je fais partie du second groupe, car je ne m’attendais pas à une telle générosité de sa part. Me voilà à l’abri du besoin pour quelques années.


Pendant qu’il parlait, des déménageurs sont venus apporter un piano au centre de la salle. Pas l’immense instrument qui occupe son salon et n’aurait de toute façon pas pu franchir la porte, mais un autre plus petit, droit et non à queue, laqué en noir également. Suivant les consignes, ils posent l’urne sur le couvercle, bien centrée. Maria s’installe sur le tabouret. Elle commence à s’échauffer par quelques gammes. Puis la vidéo reprend.



Je ne suis pas très surprise, m’étant psychologiquement préparée à une invention grivoise, et n’en attendais pas moins de sa part. Cela ne me gêne pas de m’exposer, mais certaines sont déstabilisées de se montrer toutes nues en public, d’autant que des hommes sont présents et ne manqueront pas de profiter du spectacle. Le jeu m’amuse, et je m’active à convaincre les plus réticentes d’accepter de participer à cette comédie qui n’a plus rien de funèbre. Au bout d’un quart d’heure, chacune est enfin dans la tenue de sa naissance, quitte à cacher son sexe et sa poitrine avec ses mains, mais je ne crois pas qu’elles pourront demeurer longtemps dans cette position. Mues par la curiosité autant que par l’excitation collective et l’émulation du groupe, la totalité des invitées choisissent de rester en jouant le jeu, quitte à ce que certaines se fassent un peu prier.


L’étape suivante consiste à s’enduire intégralement le corps avec de l’huile d’argan. Pour en étaler sur le dos, nous devons nous entraider, et Magali prend un malin plaisir à s’occuper de moi en laissant coquinement traîner ses doigts plus bas que nécessaire, c’est-à-dire sur mes fesses et mes cuisses. Je la laisse faire tout en huilant la belle Maria qui m’offre la cambrure magnifique de ses reins. Celles qui ont un sexe glabre s’enduisent aussi les grandes lèvres et j’en vois certaines qui mouillent déjà. La partie fine n’est pas loin, mais il n’y a qu’une douzaine d’hommes à peine, en comptant Gilbert, pour environ soixante femmes : allons-nous les épuiser avant l’aube ?


Enfin, nous sommes toutes généreusement huilées du front jusqu’aux orteils : pour cela, il a fallu des litres et des litres de ce précieux liquide. Le parfum qui se répand est puissant à donner le tournis. Les lumières s’éteignent, remplacées par quelques bougies qui découpent de longues ombres de nos corps dénudés et luisants tandis que les hommes ébahis nous regardent, assis sur des chaises le long des murs, et l’on devine de belles bosses à leur pantalon. Maria commence à jouer la Sonate au clair de lune de Beethoven, d’un jeu posé. Elle possède la même manière sensuelle d’aborder le clavier que Pierre, à croire qu’ils ont répété ensemble.


Nous sommes ensuite invitées à faire la ronde autour du piano, en silence et en nous tenant par les mains, tournant lentement au rythme de la musique, un peu comme dans une danse bretonne, mais beaucoup plus calme. Je me sens sereine, en communion avec celui qui a tout organisé et aussi avec chacune des autres femmes. Nous approchons de la fin du premier mouvement, la partie que notre amant aimait le plus. Je ferme les yeux, avec l’intuition qu’il va se passer quelque chose d’une manière imminente.


Soudain, une explosion. Nous n’y voyons plus rien. Certaines, et aussi certains, hurlent dans l’obscurité, croyant à un attentat à la bombe. Quelqu’un rétablit la lumière. Heureusement, personne n’est blessé. Alors, dans la vidéo qui reprend sa lecture, Pierre nous rassure et nous explique ce qu’il s’est passé.


Une capsule d’air comprimé se cachait dans le double fond de l’urne. Elle était prévue pour s’ouvrir à un moment précis de l’exécution de la sonate, grâce à une électronique embarquée qui écoutait les sons environnants. La brusque libération du gaz a fait sauter le couvercle, et les cendres se sont dispersées partout dans la pièce, notamment sur nos corps féminins nus et couverts d’huile afin que la poussière grise issue du défunt adhère facilement à la surface de la peau. Pierre avait tout prémédité : c’est ainsi qu’il voulait nous faire l’amour une dernière fois, dans une ultime caresse avec le peu de matière qui subsistait de lui. Étreindre simultanément soixante femmes après avoir été incinéré, il fallait le faire !


Pendant ce temps, sur l’écran géant, Pierre part dans un rire énorme, visiblement content de cette ultime blague un peu potache qu’il vient de faire à celles qui vivent encore et qu’il aime toujours, s’amusant des mines déconfites comme quelqu’un qui nous observe, depuis les étoiles, nous agiter vainement pour des passions qui n’en valent pas la peine, à l’exception d’une seule : la relation tendre. L’image se fige sur un visage déluré. Il s’est arrangé, je l’appendrai plus tard, pour que la vidéo soit définitivement effacée après cette unique diffusion, pour que seule en reste la trace dans nos mémoires humaines.


Quelques-unes sont choquées par ce procédé et vont se laver sans tarder dans les douches attenantes à la salle avant de se rhabiller – elles se consoleront avec leur enveloppe de billets… Mais après tout, pourquoi pas ? Certains font répandre leurs cendres dans un jardin, d’autres à la surface de la mer, ou bien au fond d’un océan : lui, il les a étalées sur des corps de femmes qu’il a tenues dans ses bras au cours sa vie. Bien sûr, avant de procéder, il aurait pu nous demander notre avis sans faire de mystère, mais ce n’était pas le style du personnage et beaucoup auraient refusé. Avant même de se rhabiller, les plus curieuses inspectent le contenu de l’urne pour en découvrir le mécanisme. Il ne s’y trouve pratiquement plus de cendres, mais il y a un message sur une feuille de papier pliée en quatre indiquant que celles qui sont vraiment fâchées sont autorisées à pisser dans cette cavité, à condition que ce soit en public. Mais personne n’a le cœur à le faire. Le plaisantin est déjà pardonné pour sa dernière frasque, et la fête est finie. Fidèle jusqu’au bout, Gilbert balaye le sol pour recueillir ce qu’il reste de son patron et le remettre dans l’urne, mêlé de la poussière de nos pieds.


S’il le veut, qu’il m’étreigne de cette étrange manière. Pour prolonger ce contact, je ne vais pas me doucher tout de suite, et transporte, collés à mon épiderme, des fragments de celui que j’aimais en conduisant sur le chemin du retour. Une fois rentrée dans mon appartement où je vis seule, je me déshabille avant de recueillir soigneusement les cendres qui adhèrent à ma peau dans un objet qu’on appelle justement un cendrier. Voici donc Pierre, celui que j’aimais – ou du moins les quelques lambeaux qui m’en restent – à côté du lavabo de ma salle de bains. Je l’emmène sur la table basse du salon.


Non, je ne vais pas pleurer. S’il me regarde, il ne doit pas aimer me voir triste. Il me vient une idée. Je crois savoir ce qu’il attend de moi. Tout d’abord, un disque de Beethoven, la Symphonie pastorale, sur ma chaîne hi-fi. Je suis nue. J’éteins le plafonnier. La Lune m’éclaire par la fenêtre. Assise sur le canapé, mes jambes sont largement écartées. Je pose le cendrier entre mes cuisses. Cette présence, associée à la musique, provoque en moi un puissant frisson, comme si j’avais la fièvre.


Mes doigts parcourent les replis de ma fleur ouverte. Lentement, l’index trace de petits cercles autour du clitoris, prenant garde à ne pas le toucher directement, sinon j’exploserais tout de suite, alors que je veux prendre mon temps. Cet air, exécuté au piano, exalte la Nature. Pierre l’interprétait magnifiquement, et je l’écoutais, bercée et ravie. Il me semble qu’il est présent et va recouvrir le clavier, une fois la dernière note jouée, pour venir prendre mon corps avec fougue sur le couvercle de son instrument. En attendant, pendant qu’il joue, je me prépare, dénudée, offerte, répandant mes parfums vénériens de femme à son nez extasié. Déjà, ma vulve transpire de son miel clair dont quelques gouttes tombent dans le cendrier. Je suis certaine que mon amant défunt apprécie cette offrande.


Je vais m’offrir une joie que lui me refusait lorsque j’étais sur son piano : glisser un vibromasseur jusque dans le fond de mon vagin, quitte à polluer la musique d’un bourdonnement parasite. Pour cela, je n’ai qu’à étendre mon bras et ouvrir le tiroir des objets coquins. Je choisis le gros, celui qui a besoin d’être bien lubrifié, ce que je fais avec ma salive en l’enfonçant d’abord dans ma bouche ; il m’écartèle les parois vaginales, ce qui est d’abord un peu douloureux, mais ses stimulations sont si puissantes qu’il finit toujours par me transporter jusqu’au septième ciel en déclenchant, lorsqu’il sort de la cavité pour y retourner aussitôt, des giclettes qui peuvent être abondantes.


Immédiatement, je sens que mon sexe répond présent en diffusant dans tout mon corps ses ondes bienfaisantes. Parfois il se met en grève, et il y a des jours sans inspiration pour ces jeux solitaires ; mais cette nuit, je crois que je vais faire le voyage jusqu’au bout de la volupté. Seule ? Pas tout à fait… il y a lui, dans le cendrier, posé sur le canapé à moins de dix centimètres de mon intimité. Je sens qu’il est heureux de se trouver là et qu’il m’accompagne dans cette joyeuse activité – bien sûr, il aurait préféré être encore en vie pour pouvoir m’étreindre, mais il sait que peu de trépassés bénéficient d’autant d’attentions d’une vivante. Il me semble qu’il murmure à mon oreille les obscénités qu’il a écrites dans ses livres, dans le but de susciter en moi l’embrasement érotique. Il faisait souvent cela de son vivant, et ça fonctionne. Il n’écrivait d’ailleurs que pour séduire les femmes, et la gloire et l’argent ne sont venus qu’en plus, sans qu’il s’y attende.


Alors je sors le grand jeu. L’artillerie lourde qui se trouve dans le tiroir secret est mise à contribution : vibromasseur à grosse boule qui se branche sur le secteur, lubrifiant gynécologique, boules de geisha. Celles-ci sont en métal parfaitement lisse et sont destinées à entrer dans mon anus. Me voilà équipée.

J’essaie cependant de limiter, au moins au début, l’intensité des stimulations, sinon je risque d’irriter mes muqueuses et d’être obligée d’arrêter prématurément. Mais le bouillonnement sexuel est irrésistible. Un spasme d’abord, puis c’est l’embrasement qui m’oblige à me cambrer et me tordre, manquant de renverser le cendrier. Quand, au sommet du plaisir, j’extrais brusquement le phallus artificiel de mon vagin, le liquide jaillit devant moi avec une pression jamais vue. Voici ce qu’il reste de Pierre noyé dans la mouille. Il aimait à la folie les humeurs féminines : il est servi royalement. Ce n’est pas fini : le jouet intime retourne dans sa cachette, et me voilà repartie de plus belle dans la frénésie masturbatoire.


La symphonie est terminée. Dehors, la Lune s’est couchée. L’aurore approche : c’est l’heure bleue. Les travailleurs matinaux prennent leur douche. Épuisée après tant d’agitation, je crois que je vais les imiter. Il va me falloir aussi nettoyer un peu, avant de partir faire ce pour quoi je suis payée.


On sonne à la porte. Si tôt de la visite ? Je passe une robe de chambre et ouvre. C’est Maria. Elle se sentait seule, me savait célibataire et, sans l’avouer, a probablement senti mon attirance pour elle. Elle a apporté des croissants pour le petit déjeuner. Bonne idée : hier soir, j’ai à peine touché au buffet, et j’ai faim. Je vais nous préparer du café afin de nous stimuler après cette nuit blanche.


Attablées devant nos bols, nous nous sourions en silence. La séduction n’a pas besoin de mots. Elle enlève ses lunettes pour mieux me dévoiler le gris de ses yeux. Jamais une fille ne m’a fait cet effet. Une belle dans mes bras : je ne croyais pas cela possible, moi qui me pensais incompatible avec la féminité. En traversant le salon, elle a sans doute remarqué les objets de plaisir qui traînent sur le canapé. Elle ne doit pas savoir ce que contient le cendrier, mais je vais tout lui expliquer.


Sous la table, elle enlève une chaussure et son pied, ganté d’un collant, glisse le long de ma jambe, écartant un pan du vêtement sous lequel je suis nue. Elle ne tarde pas à constater l’absence de culotte et en profite, tandis que son visage s’éclaire d’un sourire coquin. Je crois que je vais être en retard à mon travail, ce matin. De toute manière, qu’importe la paye, si je me fais virer : j’ai les deux cent mille euros…


J’écarte les pans de ma robe de chambre, lui dévoilant mes seins déjà durcis par le frottement sur ma vulve du pied que je saisis à deux mains pour le guider, insinuant les orteils dans la fente encore humide de mes émois masturbatoires de la fin de nuit. Par quelques pincements du nylon, je fais comprendre à la belle Marie que je préférerais que son pied ne soit pas recouvert d’un voile de textile. Rien de plus facile : elle retrousse sa grande robe noire et retire son collant, puis se remet en position. Guidé entre mes doigts, son gros orteil s’insère à l’entrée de mon vagin. Je n’imaginais pas être capable de jouir si vite, surtout après les excès de tout à l’heure, mais un plaisir foudroyant m’oblige à me cabrer en poussant un long gémissement.



Je me lève et lui montre ma nudité. Certes, mes charmes n’ont rien d’exceptionnels, et j’ai craint un instant de ne pas lui plaire, qu’elle fasse la moue. Heureusement, il n’en est rien.



Elle sort de son sac à main un flacon d’huile parfumée. C’est apparemment la même que celle de la soirée : elle a dû en récupérer – elle a raison, il aurait été dommage de la laisser se perdre. Elle me masse le dos, en commençant par la nuque jusqu’au coccyx, en suivant la colonne vertébrale, alternant application caressante du fluide odorant et petites griffures du bout des ongles : un délice absolument divin. La détente que cela me procure est telle que je pourrais m’endormir comme cela. Mais les mains descendent ensuite le long du sillon fessier, puis tournent autour de la rosette anale.


Elle remarque la ficelle qui dépasse et tire doucement dessus. J’ai oublié de retirer mes boules de geisha. Je pousse, et les deux sphères sortent successivement, provoquant au passage une sensation d’étirement des muqueuses que j’ai toujours apprécié. Maria les inspecte avec curiosité, et contrairement à certains hommes que j’ai connus – tous sauf Pierre, en fait –, ne semble pas du tout dégoûtée par leur odeur.


L’huile humectant son index permet au doigt de se glisser facilement à l’intérieur du cratère anal et de fouiller jusqu’à la garde dans le puits tiède. Le majeur le rejoint bientôt. Nos regards se croisent. Je la trouve bien jeune pour connaître ces attouchements quelque peu épicés. Il faut dire qu’elle a été à bonne école, la même que la mienne, celle où rien n’est tabou.


Sans cesser sa pénétration digitale, Maria extrait un livre de son sac décidément rempli de trésors. C’est un recueil de poésies signé Pierre Tournesol. Elle l’ouvre à un marque-page, le pose devant mes yeux et me demande de lire. Ce sont des vers à la fois élégants et aussi extrêmement torrides ; il y est question d’amours si indécentes et de pratiques si extrêmes que l’on ne peut les citer ici sans risquer de choquer le lecteur. Toujours empalée sur deux doigts – j’en ai refusé un troisième –, je m’efforce de lire en respectant la prosodie. Quand je me trompe, elle me corrige avec une autorité étonnante pour personne si jeune dont le français n’est même pas la langue maternelle, et me punit d’une tape ou d’un pincement à une fesse. Entre deux poèmes, elle me demande de me retourner, s’absente un court moment et revient avec mon gros vibromasseur à boule qu’elle branche et positionne entre mes cuisses légèrement écartées, juste à l’endroit qui va bien.



J’obéis, médusée par sa domination. Elle monte sur la table, posant ses pieds de part et d’autre de ma tête, et retire sa robe, puis son soutien-gorge, puis sa culotte. J’ai une vue contre-plongeante sur ses jambes terminées d’un sexe hirsute. Elle fourre un orteil dans ma bouche, m’obligeant à le sucer.



Elle s’accroupit, collant sa vulve contre mon visage. Pendant ce temps, le vibromasseur a fait son effet et je jouis.



J’adore sa façon de dire « gourgandine » et « dévergondée », en roulant le R. Elle connaît bien son vocabulaire français.



Elle me lie aux quatre pieds de la table par poignets et chevilles. Ainsi, je ne peux plus tenir le vibromasseur, mais tant pis. Elle retourne s’asseoir sur mon visage, présentant à ma bouche sa vulve dont elle ouvre largement les grandes lèvres entre les mains afin que je pratique sur elle le premier cunnilinctus de ma vie. Il me faut quand même un bon quart d’heure avant de parvenir à la faire de jouir, et cette position n’est pas très confortable pour moi.


Puis, estimant que le jeu a suffisamment duré, elle me libère, se rhabille comme je fais aussi, et me montre une clé qu’elle fait sauter dans sa main, d’un air espiègle.



Sur le palier, en attendant l’ascenseur, nous nous embrassons à pleine bouche. Ses lèvres fines ont un goût de cannelle. Même si nous nous séparons demain, je m’en souviendrai longtemps : Maria-à-l’accent-russe est aussi Maria-aux-lèvres-au-goût-de-cannelle. C’est le moment que choisit ma voisine, une dame âgée à l’éternel air pincé, pour sortir de chez elle afin de descendre sa poubelle. Elle nous surprend enlacées tendrement, prononce un « Oh ! » sonore et offusqué avant de se replier précipitamment chez elle. Les ragots aidant, voilà qui me prépare dans tout l’immeuble – et même au-delà – une solide réputation de gouine dévergondée, exhibant ses goûts contre nature jusque dans les communs de la copropriété. Tant pis, j’assume.


Comme elle n’a pas le permis, nous prenons ma voiture. Elle me dit qu’elle est venue chez moi à pied. Cela l’a obligée à traverser de nuit des quartiers sensibles, seule dans son grand imperméable beige qui flotte au vent. Celle fille m’impressionne : elle n’a peur de rien.


Pendant le trajet, nous discutons à cœur ouvert, comme deux amantes avides de nous découvrir mutuellement. Comme la circulation n’est pas très fluide, nous avons le temps de nous parler. Elle a vingt ans à peine. Je suis surprise par sa connaissance du sexe et de ses perversions, la richesse de ses fantasmes et sa capacité à se plonger complètement dans la luxure. Sans pour autant être pucelle, j’étais plutôt innocente à son âge, et me contentais de faire classiquement l’amour à deux avec un garçon, alors qu’elle a déjà essayé toutes les pratiques et les dépravations imaginables, comme une femme mûre ayant connu des dizaines d’amants.


Elle me raconte que Pierre était son beau-père ! Son père est mort peu de temps après sa naissance et sa mère avait rencontré puis épousé celui qui allait devenir un écrivain célèbre, à l’époque où elles vivaient toutes les deux à Novgorod, en Russie. Maria était passionnée par la langue française ; elle avait lu tout Baudelaire et aussi les écrits libertins d’Apollinaire et du marquis de Sade, à douze ans ! Ils sont venus s’installer en France et ont divorcé depuis, mais une complicité particulière unissait l’homme et la jeune fille qui commençait déjà à écrire des histoires et des poèmes torrides, bien avant d’avoir fait l’amour. Elle ne se contenait pas d’être sa muse : elle était parfois son nègre, écrivant elle-même quelques-unes des œuvres qu’il se contentait de relire et signer, avant de les proposer à des éditeurs qui se les arrachaient. Moi qui croyais bien connaître Pierre, je tombe de haut.


Leur relation a toujours été compliquée. Parfois, ils se disputaient et voulaient se séparer, mais elle avait trop de talent pour qu’il puisse se passer d’elle. De plus, il était fou de désir pour elle et son corps grand et fin comme une herbe parfumée. Quand elle était adolescente, il lui passait tous ses caprices. Elle refusait qu’il la touche et a préféré seulement s’exhiber devant lui dès qu’elle a atteint sa majorité, mais d’une exhibition poussée jusqu’à son maximum. Elle a toujours su que la frustration est une inépuisable source de créativité, même si elle est douloureuse, et que satisfaire le désir tue le souffle fertile d’où surgissent les mots sur la page blanche. On écrit toujours à l’encre de ses larmes, ou bien ce sont des banalités.


Il lui offrait de la lingerie fine qu’elle passait des heures à retirer sous ses yeux. L’idée de la chaise vibrante venait d’ailleurs d’elle, éprouvant de la joie à s’y asseoir pour l’émerveiller comme aucune autre, comme pour l’exaspérer jusqu’à ce qu’il en pleure. Parfois, elle trouvait une fille suffisamment impudique pour la suivre dans ce manège et elles se gougnottaient devant lui, sans complexes. Ou bien c’était un joli garçon qui perdait ainsi son pucelage, sous le regard pervers d’un amateur de pornographie en chair et en os, avec toujours l’interdiction de toucher à la peau frémissante. Elle a été actrice dans un film X qu’ils ont ensuite regardé ensemble, assis l’un près de l’autre sur un canapé ; elle a fait cela dans l’unique but de le rendre fou. Souvent, ils jouaient du piano à quatre mains – c’était lui qui lui avait appris. Puis elle s’allongeait sur le couvercle et se déshabillait pendant qu’il interprétait Beethoven. Comme avec moi…


Elle me raconte :



Nous venons dire au revoir à la demeure de Pierre, qui l’a léguée à sa belle-fille. Celle-ci a choisi de la vendre, n’ayant rien à faire d’une habitation aussi vaste. La grande maison n’héberge plus que Gilbert dont l’expression désolée traduit, plus que tout, l’absence. Maria s’installe au piano. Sans qu’elle n’ait rien à me dire, je sais ce qu’il me reste à faire. Mon sexe est repu de caresses : je m’abstiendrai d’y toucher, sous peine d’irriter ma fleur sensible et de n’y trouver aucun plaisir. Me voici complètement nue, couchée sur le couvercle noir dans la position de l’odalisque, soumise aux volontés d’une jeune, mais exigeante maîtresse qui connaît sa partition par cœur et joue divinement bien.


Je regarde ses longues mains blanches survoler les touches de l’instrument en me laissant bercer par la musique. C’est comme si elle était parvenue à ressusciter Pierre, assis devant son piano. Je ferme les yeux, et ne serais pas autrement étonnée de voir, en les ouvrant à nouveau, l’écrivain que j’ai aimé à la place de la belle.


La sonate est terminée ; j’entends applaudir derrière moi. Je sursaute car nous croyais tranquilles ! Maria, elle, pouvait les voir et n’a rien dit : je la fusille du regard tout en tentant de cacher mes parties intimes avec mes mains. Il s’agit d’un homme et d’une femme, tous deux entre deux âges.



Tandis que Maria fait la bise à Yasmine, sa main a un geste furtif, mais équivoque, sur le corsage de son amie. L’homme se défait de son pardessus puis se présente et nous serre la main. Il gratte nerveusement son crâne dégarni tout en ne parvenant pas à détacher ses yeux de ce qu’il ne peut pas acheter ici : mon corps sans voiles, bien sûr, et mes seins en particulier, même si ceux-ci n’ont rien de spécial pour une femme de vingt-cinq ans. Maria remarque immédiatement ce qui le perturbe et décide d’en tirer profit. D’un geste autoritaire, elle m’attrape par les poignets et me fait glisser sur le couvercle du piano, couchée sur le dos, la tête basculée en arrière au-delà du rebord de l’instrument. Elle écarte mes mains de mon sexe et me force à écarter les jambes afin que ma vulve soit bien visible. Je suis sidérée par cette façon décomplexée d’abuser de moi, qui n’est pas sans rappeler les habitudes licencieuses de son beau-père. Mais son regard gris profond m’hypnotise irrésistiblement. Je ne peux pas résister à ses élans vicieux consistant à m’obliger à exhiber sous le regard d’inconnus ce qui me fait en même temps mouiller et rougir de honte.



Elle abaisse elle-même la braguette de son invité pour extraire du slip la verge déjà bandée qu’elle insère jusqu’au fond ma bouche ouverte en grand, en appuyant sur ma nuque. Yasmine regarde cette fellation, un peu gênée. Gilbert arrive avec un plateau et nous sert le café accompagné de petits gâteaux. Imperturbable, il repart ensuite comme il est venu. Tout en tenant sa tasse d’une main, l’homme me pelote les seins de l’autre alors que je suis la seule à ne pouvoir rien boire.



Nous terminons la visite par le sous-sol, où se trouve ce que Pierre appelait « la chambre des plaisirs », avec notamment la chaise vibrante de son invention. Quand l’acheteur demande ce que c’est, Maria le lui explique et lui propose une démonstration en se servant de ma personne : je m’y attendais ! Me voilà attachée au siège auquel sont intégrés des vibrateurs qui me pénètrent par les deux orifices du bassin, comme il y a trois ans. Sous le regard de deux femmes et d’un homme, il me faut lire un sonnet érotique qui est une ode à la masturbation, alors que ma bouche contient encore du sperme :


Que j’aime à me branler une main sur la chatte,

L’autre un doigt enfoncé dans l’anus chaud et rond !

Car je suis jeune fille, et en tant que tendron,

J’aspire aux voluptés, à la joie immédiate.


Aimez-vous regarder ce beau trou que je flatte ?

Le majeur sortira de ce joli chaudron

Tout empli du parfum envoûtant de l’étron

À l’odeur organique exquise et délicate ?


Que j’aime à m’adonner à la masturbation !

C’est mon plaisir de chair, c’est ma récréation

À laquelle je joue quand je m’ennuie, seulette.


Amis voyeurs soyez ici les bienvenus :

Admirez ce moment de coquine branlette ;

Ce divertissement est des plus doux connus.


Pierre est censé en être l’auteur, mais je sais maintenant qu’il est issu de l’imagination lubrique de Maria, et probablement des expériences auto-érotiques qu’elle avait sous le regard de son beau-père. La stimulation du fauteuil est telle que je ne peux m’empêcher de jouir dès le premier tercet ; finir le second est un supplice raffiné dont le regard gourmand de mes trois spectateurs se remplit, pour leur plus grande joie. À force de voir ma pudeur bafouée, je ne sais plus où j’en suis. Mais pour sûr, cela m’excite grandement. Maria commence à peloter les seins de Yasmine à travers son corsage et l’homme se branle tout simplement, oiseau sorti de la braguette.



Le réglage du fauteuil permet de tendre les jambes à l’horizontale tout en les laissant écartées largement, rendant mes pieds facilement accessibles et donc vulnérables aux différents bourrellements.



Ô seins dressés superbes en un élan divin !

Les deux boules de chair, les perles féminines

Réclament qu’on s’incline à leurs lois léonines :

Tout endurcissement de l’esprit serait vain.


Voici les pains de Dieu, tout gonflés du levain

Du désir pour le corps, pointus comme canines,

Ou bien tout ronds de joie, ah les belles ménines

À la table d’un roi, deux calices de vin.


Les collines sacrées sont vers leur aréole

Zébrées de veines bleues, séraphique auréole

Dirigeant vers le ciel leur mystère charnel.


Les anges inclinés sur les saintes mamelles

Bandent résolument leur phallus éternel

Sur les transcendantes élévations jumelles.


Pendant la lecture, Yasmine arrose mon pied gauche de cire. Son soutien-gorge se retrouve par terre, remplacé pour soutenir les seins par les mains de Maria. Mon pied droit est parcouru par les pointes roulantes de l’instrument de supplice tenu d’une main par l’homme ; de l’autre, il joue avec son pénis, et je crois qu’il a l’intention d’éjaculer bientôt sur mes orteils.


La jeune maîtresse de maison, pour pimenter un peu plus l’affaire, relance les vibrations.



Quand l’orgie féminine atteint son apogée

Les convives à la peau ruisselant de sueur

Ont le regard perdu vers la claire lueur

De la lune observant la partie enragée.


Au lupanar lesbien, chacune est mélangée

Lubriquement au corps d’une autre, sans pudeur.

L’air est tout imprégné par la charnelle odeur

De l’humeur de la fente aux langues vendangée.


Dans la moiteur du lieu, on se suce à l’envi,

Les cuisses écartées sur le bulbe assouvi

Qui s’érige, carmin, à l’acmé du délice.


Cependant une belle aux exquises pâleurs

Savoure une Africaine à l’entrejambe lisse

D’un amour tendrement mélangé à ses pleurs.



Nous remarquons soudain qu’une ombre se profile sur le mur. D’abord, la silhouette est floue, puis ses contours se précisent. C’est celle de Pierre, émergeant des ténèbres.



Il s’efface, se dissolvant progressivement dans la pénombre de la cave.



En gravissant les marches, nous sentons une odeur de fumée de plus en plus forte. Nous arrivons dans le salon en courant. C’est une vision d’horreur qui nous y attend : couché sur le piano, Gilbert s’est aspergé d’essence et a enflammé ses vêtements. Sans un seul cri, il s’est immolé par le feu. Il est maintenant immobile, ses yeux ouverts tournés vers le plafond, dévoré par les flammes. La chaleur est insupportable : nous devons battre en retraite. Maria se précipite à la cuisine pour récupérer l’extincteur. Elle arrose Gilbert et parvient à éteindre le feu, mais il est trop tard pour lui. Il se trouve que l’homme est médecin et tente désespérément un massage cardiaque. En vain.



Je la prends dans mes bras, en sanglotant aussi. Le piano est éventré par le début d’incendie et son cadre métallique est complètement déformé par la chaleur : il est sans doute perdu définitivement. Heureusement que le feu ne s’est pas propagé au reste de la maison : enfermés dans la cave, sans autre sortie que le seul escalier, nous y passions tous. Pierre nous a prévenus à temps.


Voyant que le temps n’est plus aux transactions immobilières, Yasmine et son client s’éclipsent avec l’intention de revenir plus tard. Maria se serre très fort contre moi.






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