Notation public
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n° 17591Calpurnia06/10/16
Latifa reprend du service
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148721 caractères      
Auteur : Calpurnia

Il est des personnages d’histoires, pourtant imaginaires, auxquels on s’attache et que l’on peine à quitter une fois saisi le point final. Pourtant, il faut bien se séparer pour publier. Pour cette raison, et aussi pour faire plaisir à Dominique qui l’a demandé dans son commentaire, voici donc une suite du texte Solstice d’un fleuve, non prévue à l’origine et qui peut se lire indépendamment. Voici un résumé de cette histoire :


La narratrice, prénommée Latifa, part à la recherche de la femme qu’elle a aimée puis quittée, Nolwenn, et qu’elle désire soudain retrouver, car elle l’aime à nouveau – cela ne s’explique pas. Ses pérégrinations ont pour cadre les bords de la Loire où les amantes ont jadis vécu ensemble. Pour le fleuve, elle éprouve attachement fort et mélancolique. Cette quête dure toute une semaine au cours de laquelle les différentes rencontres de l’héroïne avec des femmes s’avèrent torrides et finalement fructueuses, puisqu’elle retrouve son aimée au soir du dimanche. En chemin, elle fait notamment la connaissance de la capitaine de police Élodie Gaillardeau, lesbienne comme elle, qui lui révèle le passé trouble de son amour perdu.




Chapitre 1 : Tendres et macabres retrouvailles



Une vieille femme m’accueille dans un étrange immeuble où les appartements n’ont pas de porte. Ce sont de minuscules studios où des centaines d’hommes nus vivent cloîtrés, attendant je ne sais quoi, peut-être qu’on vienne s’occuper d’eux. Mon hôtesse me fait comprendre que je dispose de la liberté de papillonner d’un endroit à l’autre, au gré de mes désirs. Chaque groupe masculin possède une particularité à laquelle elle me propose de goûter. Mes préférences sexuelles portent plutôt vers les femmes, mais je suis tentée par la découverte de ce qu’on me présente comme inhabituel.


Ainsi, la première cellule est occupée par des hommes atteints de phimosis : leur gland ne décalotte pas quand ils bandent. On m’explique que le roi Louis XVI en était atteint, mais qu’il s’en accommodait, refusant de se laisser raccourcir le pénis, c’est-à-dire circoncire. Finalement, on l’a raccourci d’une manière différente. Les explications sont affichées, accompagnées de dessins anatomiques. Je ne m’attarde pas, car l’immeuble est vaste.


La salle suivante est celle des eunuques. Ils n’ont pas été mutilés, mais sont nés sans testicules, jeunes hommes incomplets, lisses, imberbes et dépourvus de désirs sexuels, ce qui ne les empêche pas, comme tout le monde, d’avoir besoin de tendresse et de câlins qu’ils recherchent auprès de personnes des deux sexes. Dans leur nudité provocante dont ils ne cachent rien, ils possèdent une sensualité fascinante, une beauté troublante, hermaphrodite, qui exacerbe en moi la soif sans fin d’étreindre.


Puis… une araignée gigantesque ! Son corps hirsute est prolongé d’une tête humaine, grimaçante, menaçante, celle de Nolwenn que j’ai quittée à nouveau, seulement un mois après l’avoir retrouvée. Elle s’approche rapidement et va me dévorer vivante entre ses longs crochets noirs. Mes jambes flageolantes refusent obstinément de me porter pour fuir. Je veux hurler, mais aucun son ne vient.


Téléphone. Nous sommes samedi, il est six heures du matin. Qui est l’enfoiré qui m’a brutalement extraite de mon rêve ? J’aime les songes érotiques, y compris ceux qui se transforment en cauchemar et conduisent à des visions fantastiques de luxure et d’horreur qui me font mouiller dans mon grand lit solitaire. À demi consciente, j’attrape mon smartphone à tâtons tout en maudissant celui ou celle qui est à l’autre bout jusqu’à la septième génération.



Trois heures après, les 450 kilomètres qui nous séparent sont avalés par ma nouvelle moto. Il suffit de faire attention aux radars fixes dont je connais bien l’emplacement. Je grimpe les escaliers quatre à quatre et arrive essoufflée à son bureau où rien n’a changé en deux ans.



Le centre hospitalier n’est pas loin : c’est une belle promenade qui aurait pu être sympathique sans sa destination macabre. Quand l’employé relève le drap qui recouvrait complètement le corps, le souvenir de cette personne me revient aussitôt. Carine. La petite brune toute mignonne que j’ai rencontrée un soir de blues. Elle avait très envie de câlins cent pour cent féminins, ce que nous avons fait cette nuit-là. L’expression de son visage est frappante. On dirait qu’elle a vécu un moment à la fois terrible et plein de volupté : l’expression d’un orgasme à la puissance dix.



Un médecin en blouse blanche entre dans la morgue : un homme d’une soixantaine d’années, grand, trapu, avec de longs cheveux blancs.



La capitaine me présente : Latifa, un témoin important dans cette affaire.



Je fais ma petite curieuse.



L’été indien n’est pas fréquent à Nantes, mais en ce début d’automne, le soleil est au rendez-vous depuis presque une semaine, m’indique Élodie. C’est donc en terrasse que nous sirotons nos kirs pendant que Didier nous explique sa théorie sur la mort de Carine.



Situé tout près de l’élégante grande roue, le « Toxic » se présente sous la forme d’une longue barre tournante dont l’axe se situe en son milieu, et aux extrémités de laquelle se trouvent des sièges dans lesquels les clients sont étroitement sanglés. Il vaut mieux, car en deux secondes, on se retrouve propulsé à une hauteur de soixante mètres, d’où on a une vue imprenable sur l’agglomération nantaise. Comme si cela ne suffisait pas, les sièges sont regroupés en nacelles qui tournent sur elles-mêmes en un mouvement de rotation additionnel à l’axe principal, et très rapide. Autant dire qu’il faut avoir le cœur bien accroché. À certains moments, on est suspendu dans le vide, la tête en bas. À d’autres, la force centrifuge en fait voir de toutes les couleurs.



À ma droite, il y a un jeune homme dont la copine est restée à terre pour le regarder virevolter. Dès que nous avons décollé, j’entends le rire joyeux d’Élodie que j’accompagne du mien, étourdie par les violents mouvements de la machine, mais lui devient tout blanc, prêt à déverser ses churros par-dessus bord.



Pendant ce temps, j’ai beau être soumise à des accélérations propres à m’arracher la tête, je glisse une main coquine sous le pantalon de mon amie, pour trouver rapidement, derrière le tissu de sa culotte, la zone sensible qui la fera frémir avant que nous soyons de retour sur terre.



Élodie demande un jeton à un forain.



Elle tient le fusil à une seule main et tire au jugé, sans épauler l’arme. Trois plombs : trois petits trous groupés exactement au centre de la cible.



Il nous regarde d’un œil méfiant et donne son lot à Élodie, hilare, qui le place aussitôt entre mes bras.



Je lui réponds au creux de l’oreille, afin de ne pas avoir à hurler des insanités pour couvrir la musique et les cris environnants, et en profite pour lui sucer le lobe de l’oreille.



Elle me répond de la même manière, mais en glissant carrément sa langue humide dans le pavillon de mon oreille, ce qui provoque en moi un irrépressible frisson chatouilleux.



L’immeuble, situé sur la proue de l’île de Nantes, n’est pas loin : nous y allons à pied, en nous tenant par la main. Les papouilles commencent dès la cabine d’ascenseur, avec des mains baladeuses qui glissent sous les vêtements et l’innocent Calinours comme témoin. J’ai réussi, avant que nous soyons arrivées à son étage, à lui dérober son soutien-gorge qui sent divinement bon sa sueur de femme.


Dès que nous avons franchi sa porte d’entrée, je me fige, glacée par une vision de cauchemar. Je ne peux plus parler ni bouger, les yeux braqués vers ce qui m’effraie. De l’endroit où elle se trouve, Élodie, qui ne peut pas voir pourquoi j’ai peur, prend ma réaction au sérieux et son réflexe de policière aguerrie agit aussitôt : en une fraction de seconde, elle me plaque au sol, se couche en protection par-dessus mon corps immobilisé et dégaine son arme de service en direction de l’ennemi vers lequel se tourne mon regard. Mais dès qu’elle découvre le pot aux roses, elle éclate de rire.



Elle saisit délicatement la bête par l’une de ses huit pattes. Il s’agit d’une grosse araignée qui se trouvait au milieu du mur de l’entrée, et qu’elle jette par la fenêtre du dix-huitième étage. Le fait qu’elle soit capable de la toucher avec ses doigts, alors que je ne suis même par capable de la regarder de près, me trouble.



C’est un godemiché qui se porte à la taille, avec des sangles ajustables. Je l’ai trouvé dans un sex-shop, près de la gare, en arrivant à Nantes.



Sans façon, elle se déshabille entièrement.



Sous le jet tiède de la douche, je lui susurre à l’oreille ce que je n’ai pas encore osé lui dire.



Elle réfléchit un moment.



C’est curieux comme la mémoire fixe des détails qui paraissent d’abord insignifiants pour revêtir ensuite une grande importance. Je me souviens aussi du nom de la banque inscrit sur sa carte bleue. Dès que je lui donne la date exacte, Élodie, toujours enveloppée dans sa serviette de bain, se précipite sur son téléphone pour demander, par réquisition, l’identité de la personne ayant effectué le paiement. Le ton qu’elle emploie ne laisse aucune place pour la discussion.



Je lui murmure :



Je rougis en disant cela, car j’ai un peu peur qu’elle se scandalise, mais elle n’est pas du genre oie blanche, loin de là.



Me voilà solidement immobilisée sur le dos, bras et jambes écartés en forme de X. Mon amante attaque immédiatement les plantes de mes pieds. Mon rire est irrépressible, mes frissons aussi. Mais bientôt elle cesse et fait intervenir Calinours, l’ours en peluche transformé en bête de sexe qui me pénètre après une généreuse lubrification de sa longue prothèse phallique. Elle lui a mis une casquette de policier, sans doute celle de son uniforme. Dans le scénario, me voilà prise « de force » pour un interrogatoire des plus virils, par un enquêteur au corps doux, mais impitoyable quant aux moyens employés. Pauvre de moi. Mais je n’avouerai pas, et me laisserai torturer jusqu’à ce que mort s’ensuive. Comme pour Carine. Je n’imaginais pas qu’un fait divers sordide puisse m’exciter autant.


Puis elle s’assoit sur ma tête afin de m’obliger à lui prodiguer un cunnilinctus. Elle mouille beaucoup, et je reçois tout son liquide dans ma bouche. J’aime ça, elle le sait et elle en profite. Mais voilà qu’elle me chatouille les seins, zone sensible s’il en est. C’est insupportable. Surtout, qu’elle ne s’arrête pas en si bon chemin.


Une bonne partie de la nuit se déroule en supplices de toutes sortes. Élodie manie le ligotage avec un art consommé, m’immobilisant dans les positions les moins naturelles. Plusieurs fois, je frôle l’évanouissement. Mais je survis tout en jouissant comme une forcenée. Finalement, nous nous endormons sur son lit, sans même entrer dans les draps, épuisées, dans les bras l’une de l’autre.


Le rêve interrompu de la nuit précédente reprend son cours. Me voici à nouveau dans l’immeuble des hommes exposés dans la vérité crue et bizarre de leurs corps dénudés. En premier viennent ceux atteints de priapisme : ils ne débandent pas, et comparent sans cesse entre eux les dimensions de leur phallus dont ils ont fait le centre de leur monde clos. Ils ne me font pas peur, mais leur vanité génitale est sans intérêt : passons notre chemin. Là où je me trouve n’est pas un bâtiment en hauteur, mais en profondeur : il faut descendre des marches, en sous-sol, afin de poursuivre l’exploration.


Encore quelques pas et voici le niveau réservé aux obsédés sexuels, dont le trouble est intérieur. Jeunes et vieux, il en est de tous âges. Leurs fantasmes sont leurs aigles qui, sans répit et à perpétuité, enserrent leur esprit et dévorent leur foie. Ils mendient à genoux mes douceurs féminines, courbés plus bas que des chiens perdus, gémissants, les yeux exorbités, bécotant mes orteils sans craindre l’avilissement. Je les repousse à petits coups de pied, sans méchanceté, mais ils reviennent sans cesse et maintenant m’encerclent, toujours plus nombreux et plus insistants.


Certains d’entre eux, tapis dans l’ombre, ont des pensées si noires qu’ils en sont devenus dangereux. Ils sont condamnés à vivre à jamais enchaînés et leurs liens sont de longs serpents noirs et venimeux qui les mordent au sexe érigé. Mais ce qui les torture fait en même temps leur étrange délice, et pour rien au monde ils n’accepteraient d’être libérés de leur mal, refusant l’ataraxie des médicaments que leur propose une infirmière compatissante, alors qu’ils ne voient en elle qu’un corps de femme sous la blouse, à mettre à nu et posséder. Ignorant tous ces prétendants pitoyables et grotesques, je me tourne vers elle que je ne vois que de dos. Sa silhouette et sa démarche me plaisent. Soudain elle se retourne et voici le visage de Nolwenn, au sourire effrayant. Elle tient en main une seringue à longue aiguille dont elle veut injecter le poison noir dans mes veines. Impossible de fuir : les serpents noirs me retiennent.


Le téléphone posé sur la table de nuit nous réveille vers six heures du matin. Élodie décroche immédiatement.



Cela ne nous empêche pas de nous peloter encore dans l’ascenseur, mais je sens bien qu’elle n’a plus la tête à ça. Je repense à mes rêves hantés par mon ancienne compagne.



Trois heures d’autoroute. Intarissable, tout en gardant son pied droit collé au plancher, elle me raconte ses souvenirs de flic, les bons et les mauvais côtés de ce métier qui la passionne, avec notamment une anecdote étonnante sur l’une de ses subordonnées qui enquêtait sur une histoire de harcèlement (1). Je me souviens des propos élogieux de son père à son sujet. Rivée sur la file de gauche, elle roule encore plus vite que moi ; à son approche, la lumière bleutée intime aux conducteurs l’ordre de se rabattre. Pour autant, sa conduite reste souple : on voit bien qu’elle a l’habitude. Nous contournons Paris par le sud et arrivons porte de Bagnolet. Quand nous parvenons à destination, il pleut à verse. Nos silhouettes se reflètent sur le trottoir mouillé. Élodie marche toujours très vite et sans bruit. L’air parisien est parfois étouffant, sans qu’il ait besoin de faire très chaud.


Dans l’escalier, nous rajustons nos tenues et recoiffons nos cheveux mouillés. Le moment est délicat. Ce n’est plus ma compagne du week-end qui sonne : c’est le capitaine Gaillardeau, officier de police judiciaire, qui se prépare à présenter sa carte tricolore. Julia met assez longtemps pour nous ouvrir sa porte ; il est à peine plus de neuf heures et elle dormait encore, sans doute. D’ailleurs, elle est vêtue d’une longue chemise de nuit blanche.



À voir nos têtes, elle s’inquiète déjà. Elle a raison.



Nous nous asseyons sur le bord de son lit défait. L’appartement est minuscule et désordonné. Élodie regarde son interlocutrice en ne fuyant son regard à aucun moment.



Élodie sort les photos de sa poche. Un beau visage, mais déjà touché par l’aile de la mort. En voyant cette image confirmant qu’il n’y a pas d’erreur sur la personne, Julia pousse un cri suraigu, et pleure. Par réflexe, je la prends dans mes bras. Elle s’agrippe à moi et me serre fortement contre elle. La compassion est ma seconde nature. Soudain, je sens qu’elle glisse sa main sous mon corsage. Étrange comportement pour une personne endeuillée. Qu’importe : je lui permets de faire ce qu’elle veut.



Je prends doucement ses mains dans les miennes.



Son regard implorant, ses yeux inondés de larmes, le sourire qu’elle tente d’esquisser malgré son chagrin, tout cela est troublant.



Julia caresse mon bras. D’une manière irrésistible, je sens monter son désir pour moi et réciproquement le mien pour elle.



Tout en parlant, elle défait le bouton supérieur de mon corsage. Je ne bouge pas et lui souris, ce qui l’encourage à poursuivre. Son visage est ravagé par le chagrin, mais il reste très beau, avec des traits réguliers et de grands yeux noirs et brillants, des yeux mal réveillés sous une épaisse tignasse brune aux cheveux emmêlés. Elle fait partie de celles qui sont sublimes quand elles pleurent.

Elle défait un second bouton, puis un troisième. Mon soutien-gorge apparaît. Julia plonge son nez entre mes seins.



Je n’ai même pas eu le temps de prendre une douche avant de partir, et dans la moiteur de la chambre, ma peau ruisselle de transpiration. D’une simple pichenette, elle me fait basculer en arrière, dos sur le lit. Élodie nous regarde, un brin étonnée par ce comportement.



D’un seul geste, elle retire sa chemise de nuit, dévoilant sa nudité complète.



Julia défait le bouton de mon pantalon qu’elle me retire ensuite. Au passage, elle remarque que mes chevilles ont des traces de liens fraîchement défaits.



Ses larmes redoublent.



J’interviens pour calmer le jeu.



Elle se couche sur le dos et écarte les jambes, invitation explicite au cunnilinctus. Je m’installe confortablement sur le ventre et prends le temps de humer le délicieux petit chat qui s’offre à mon regard, à mon odorat et à ma bouche gourmande. La zone intime est déjà tout humide en prévision des douceurs saphiques que je me propose de prodiguer à la belle éplorée qui pousse un « hummm » d’aise au premier contact entre ma langue et la petite colline turgide et rosée.


Julia repose sa tête sur la cuisse d’Élodie qui, assise sur le bord du lit, caresse doucement les cheveux. Ses mains s’aventurent parfois sur les seins durcis par la volupté, le long cou blanc et les salières profondes.



Je sens son petit clitoris se contracter au moment de l’orgasme. Elle serre les cuisses, emprisonnant ma tête, tandis que ses deux mains agrippent les miennes et ne les lâchent plus. Celles d’Élodie batifolent sur les seins. Puis elle se redresse et nous la prenons toutes les deux dans nos bras. Elle sanglote. Ce moment de compassion silencieuse entre femmes dure un bon quart d’heure. Ensuite, elle s’habille.



C’est en silence qu’Élodie conduit jusqu’au boulevard de Sébastopol où habitait Carine. Elle vérifie d’abord la boîte aux lettres, où ne se trouvent que des factures et des publicités dont la destinatrice ne risque pas d’acheter les produits vantés. Tout cela est bien dérisoire. Malheureusement, il n’y a pas de courrier personnel qui aurait pu nous aider.


En entrant dans l’appartement, j’ai l’impression d’entrer dans un tombeau, de violer une sépulture. Contrairement à celui de Julia, il est assez grand et luxueusement meublé. L’une des chambres servait d’atelier. Elle peignait dans un style impressionniste. Des paysages, des natures mortes, mais surtout des nus féminins, dans toutes les poses et tous les paysages d’arrière-plan, avec différents modèles.


Malgré une fouille attentive des tiroirs et des placards, nous ne parvenons pas à découvrir sur un quelconque document permettant d’établir des contacts amicaux ou professionnels. Par contre, un ordinateur trône sur le bureau. Élodie le met sous tension.



Je dévisse le capot, démonte le disque dur et le libère de son connecteur SATA, pour le brancher sur ma propre machine que je mets ensuite sous tension.



Je me colle à elle comme le serpent sur Ève, bras et jambes enlacés autour d’elle, pour la tenter et faire monter son désir. Mais contrairement aux anneaux du reptile, mon corps est chaud et même palpitant de la fièvre érotique, et contrairement au tentateur maléfique, je ne lui veux que du bien.



Pour la faire taire, je colle mes lèvres aux siennes, et sors ma langue pour aller chercher la sienne, dussé-je pénétrer sa bouche jusqu’au fond. Mais, en tant que serpent femelle, j’ai aussi une langue longue et fourchue ; il me plaît de croire que mes yeux sont de fines amandes verticales et mon venin celui du Désir, dont l’incendie ravage mon bas-ventre. De ce bref combat, je sors victorieuse, car mon adversaire n’était guère motivée pour gagner.


Nous basculons ensemble sur le couvre-lit blanc, elle dessous, moi dessus. Je la débarrasse de son corsage et son soutien-gorge. J’aime bien la voir torse nu, en Marianne agitant le drapeau tricolore, comme sur le tableau de Delacroix. Ses épaules finement musclées renforcent l’aspect indomptable de ses seins superbes. Féminité farouche. Sa réussite professionnelle, elle ne la doit à personne et l’a bâtie par sa volonté et son courage. Ce corps dégage une fantastique énergie. Cette pensée ne fait que renforcer mon désir d’elle. Je ressens le besoin impérieux de l’étreindre.


Tandis que, du bout des doigts, je lui pelote les tétins avec application, assise sur son bassin, voici que déjà mon ordinateur signale par des bips répétés qu’il a trouvé la solution. Le message s’affiche en grand : le mot de passe est « ReveBebe ». Trop simple : il aura suffi de dix minutes de calcul aux quatre cœurs du microprocesseur pour nous livrer les secrets de la belle Carine. C’est donc à demi-nue qu’Élodie se précipite sur la souris pour explorer l’arborescence des fichiers chiffrés du disque dur.


Nous découvrons d’abord des vidéos. Sans surprise, on y trouve des femmes attachées dans différentes positions et longuement chatouillées sur toutes les parties de leurs corps dénudés. Systématiquement, les bourreaux sont également de sexe féminin. Masquées de cuir rouge. L’expression du visage des victimes est impressionnante : on y lit un mélange de plaisir et de désespoir. Il y a aussi l’utilisation de différents instruments de plaisir, dont certains sont assez sophistiqués pour qu’on puisse les qualifier de barbares. Orgasmes irrépressibles, plus insupportables encore que les chatouillements. Cependant, celles qui sont attachées semblent être consentantes et y trouver leur compte, heureusement. Financièrement ? Sexuellement ? Les deux en même temps ? Tiens, on y trouve le film que j’ai tourné il y a deux ans pour la société Bomb’X. La belle Carine est également présente sur de nombreuses vidéos. Elle semble se livrer nue avec complaisance et aimer ça.


Ces vidéos me troublent. Elles exacerbent mon désir. Élodie s’en rend compte, me prend tendrement dans ces bras. Elle murmure :



Je le sais bien, et c’est sans doute pour cela qu’elles m’attirent. Elle sait comment calmer ma libido, au moins d’une manière provisoire : en m’entraînant sur le lit afin d’y poursuivre l’étreinte interrompue. Elle aussi a les sens en feu, par contagion. Elle me met à nu, d’un geste où le tissu glisse le long de ses jambes, en souplesse, et ce geste-là me rend plus folle encore. Ses doigts furètent dans ma toison. J’écarte les jambes au maximum afin que tout ce que j’ai d’intime à lui offrir lui soit facilement accessible. Elle bloque mes mouvements, non pas avec des cordes comme hier, mais d’une immobilisation de judo, un sport qu’elle pratique depuis l’enfance, assidue au dojo, et maîtrise en experte. Je sens ses muscles vifs de contracter au-dessus de moi. Elle n’a pas un gramme de graisse en trop. Je ne cherche pas particulièrement à me libérer, mais je lui résiste un peu afin de l’obliger à user de son art du combat pour me dominer physiquement. Dans l’effort, quelques gouttes de sa sueur pleuvent de son front et s’écrasent sur ma peau ; d’autres glissent depuis son aisselle le long de son bras et je me délecte du nectar salé d’un rapide coup de langue. Puis ses menottes lient mes poignets dans mon dos. Elle m’a déjà expliqué qu’on apprend cela à l’école de police : immobiliser très vite en usant d’un minimum de violence. Entraves d’inox, serrées, qui mordent cruellement la peau. J’aime ça. Elle me manipule sans douceur, et voici qu’une autre paire de menottes relie maintenant un poignet à l’une de mes chevilles. Ce n’est sans doute pas très académique, comme immobilisation, mais je me sens ainsi furieusement vulnérable. Elle prend du recul pour observer son œuvre de « shibari » policier pour laquelle il ne resterait plus qu’à me suspendre au plafond pour que ce soit complet, libère la cheville captive afin d’emprisonner l’autre, et hoche la tête, satisfaite de l’esthétique de sa façon d’enchaîner.


Je regarde autour de moi. Des peintures qui sont accrochées aux murs, l’auteur est la victime dont nous recherchons les responsables de la mort. Sur l’une d’elles, Carine s’est représentée elle-même, nue devant un miroir. Elle n’a pas cherché à tricher et s’est peinte avec les défauts – très discrets – de son corps. Ce n’est pas une nudité à visée érotique, mais celle de quelqu’un qui vit seule et sort de la douche, s’apprêtant à s’habiller. Pourtant, il s’en dégage une force immense, celle de sa féminité, une énergie que l’on sent prête à se déployer. Le calendrier mural est rempli de rendez-vous : coiffeur, dentiste, cours de danse, piscine… Une vie à pleins poumons. Quel gâchis !


Carine, dans son tableau, semble m’observer alors que je jouis dans un long gémissement, alors que les doigts d’Élodie m’explorent en même temps le vagin et l’anus, en accédant méthodiquement à chaque recoin. La policière se plaît pratiquer la fouille au corps des femmes et prend visiblement plaisir à jouer avec mes parties intimes. Ainsi livrée, je suis sa poupée qu’elle se plaît à catiner, à gentiment malmener. C’est terrible comme j’en éprouvais le besoin. J’ai envie d’imaginer que nous ne nous connaissons pas et qu’elle bafoue ma pudeur devant une foule entière – mais aucun homme, des femmes exclusivement qui s’amuseraient à me voir humiliée par une policière pour avoir transgressé un interdit. Elles commenteraient ma façon totalement indécente d’éprouver du plaisir au cours de la fouille intime et celle, non moins inconvenante, des forces de l’ordre de poursuivre l’exploration au-delà de ce qui est nécessaire à la sécurité publique. Ce public, c’est Carine emprisonnée dans son tableau au cadre noir, c’est la même Carine attendant dans son linceul à Nantes que la vérité soit faite sur les causes de sa mort. Ce regard figé m’électrise.


À présent, Élodie me chatouille, méthodiquement, au maximum des possibilités de ce traitement. Pour me faire taire, elle m’a bâillonnée avec de l’adhésif large. Aucune partie de mon corps n’est épargnée. Je me tortille d’une façon démente de soubresauts continus et de convulsions, en tentant de rester consciente le plus longtemps possible, mais il m’est impossible de supporter cela, et bientôt je sombre dans un néant sans rêve. Lorsque je m’éveille, elle m’a libérée de mes entraves, et s’est elle-même habillée pour partir. Je me sens bien, reposée, libérée aussi du désir qui m’oppressait jour et nuit ces derniers jours.


À la nuit tombée, nous rentrons à Nantes, à trois dans la voiture. Ordinateur portable sur les genoux, j’explore le disque dur découvert dans l’appartement. Au fond d’une profonde succession de répertoires, il y a un tableau Excel avec des noms, des adresses, des dates et des sommes d’argent suffisantes pour mener une vie sans souci financier : deux mille euros, puis mille la semaine suivante, et encore deux mille cinq cents la semaine d’après. Nul besoin de se démener pour vendre ses tableaux ni d’être devin pour comprendre qu’il n’est pas question d’art, mais de prostitution. Encore s’agit-il d’une façon particulière de vendre son corps, puisque les clients sont tous des femmes.


La dernière ligne du tableau comporte vendredi dernier comme date, c’est-à-dire l’ultime nuit de Carine. C’est aussi la seule qui ne comporte pas de montant. Celle du rendez-vous fatal.


L’adresse est celle d’une agence d’intérim située au centre-ville de Nantes. Élodie connaît bien l’endroit : rien, a priori, qui puisse attirer les soupçons ni faire penser que l’établissement soit en fait une maison close ou un hôtel de passe. Ils recrutent dans le secteur tertiaire : des informaticiens, des secrétaires, pas des escort girls.


Pause sur une aire de repos. Julia a prévu des sandwiches, et nous prenons un café autour du distributeur automatique. J’ai pris ma décision.



Nous reprenons la route, et arrivons à Nantes vers onze heures du soir. Fatiguées, nous nous endormons toutes les trois, serrées dans son grand lit. Nous n’avons plus de forces pour les câlins.


Au matin, réveil à sept heures. Je m’habille d’un tailleur et me maquille avec soin.



Nous y allons à trois. Arrivées sur place, dans une salle de préparation du matériel, elle me montre une petite boîte aux coins arrondis.



Elle écarte mes grandes lèvres, et l’engin disparaît facilement à l’intérieur de ma cavité vaginale. Puis, jetant un coup d’œil son écran, elle vérifie que la réception du signal est correcte.



Puisque j’ai quelques heures à tuer, je vais prendre un café dans un bistrot des bords de Loire, dans un quartier pittoresque aux maisons d’artistes multicolores et aux ruelles étroites parcourues par des chats qui s’appelle Trentemoult. Pour le prix d’un ticket de bus, j’y vais par la navette fluviale. Le village du Mesnil en Vallée n’est pas si loin en amont : je pourrais peut-être y faire rapidement un tour en moto ? Mais pour y découvrir quoi, la maison ayant hébergé mon bonheur détruite par les bulldozers et remplacée par un hôtel de luxe (2) ? De toute façon, pas le temps. Dès l’ouverture après la pause du midi, je fonce à la dernière adresse qu’a fréquentée Carine, où a probablement eu lieu la rencontre fatale. En marchant, le boîtier de l’émetteur que je dissimule dans ma zone intime me procure de délicieuses sensations. Dommage qu’il ne vibre pas.




Chapitre 2 : Dans la gueule de la louve



C’est un rez-de-chaussée d’un hôtel particulier en pierre blanche, un bâtiment étrangement incliné parce que le sol est meuble, du style de ceux que se sont fait construire, il y a deux cent cinquante ans, les marchands enrichis par le commerce triangulaire, comprenez le trafic d’esclaves. C’est maintenant la devanture d’une société d’intérim spécialisée dans le tertiaire. Autre temps, autre monde du travail, autres servitudes. Cœur battant, je prends une grande respiration avant de pousser la porte. Advienne que pourra.


Une hôtesse tout à fait avenante m’accueille, du genre jeune brunette aux yeux doux, prénommée Adrienne si j’en crois le badge de son uniforme bleu. Je lui explique que je cherche du travail, que la précarité ne me dérange pas – vaste blague ! – et lui remets mon CV. Celui-ci a la particularité d’évoquer ma brève expérience dans le métier d’actrice, pour un genre de films où la tenue vestimentaire est des plus réduites, d’où le silencieux hochement de tête de celle qui le lit. Sans doute grâce à ce détail, j’obtiens illico un rendez-vous avec la patronne qui va me recevoir dans son bureau, à l’étage. Bon début !


Me voilà introduite dans le luxueux appartement qui sert de bureaux à cette société. Nul doute que l’argent coule à flots, trop sans doute pour croire qu’ils en restent à des activités légales. Je m’assieds sur une chaise, et attends que Madame Big Boss daigne me recevoir en entretien.


Quand s’ouvre la porte du fond, je me lève. Surprise ! C’est Nolwenn, tirée à quatre épingles, maquillée, parfumée, et accompagnée d’une secrétaire. Curieusement, elle ne semble pas étonnée de me voir ici. Nous avons vécu ensemble pendant plusieurs années, nous sommes séparées, retrouvées, et séparées de nouveau depuis bientôt deux ans.



Elle part dans un rire immense qui me déconcerte. Comme si j’étais un clown aux valeurs obsolètes. La secrétaire qui l’accompagne – une petite Chinoise toute menue – esquisse un sourire.



Je n’aime pas mentir, il n’est pas question de révéler quoi que ce soit sur Élodie, alors je me tais.



La Chinoise confirme en hochant la tête. Ses petits yeux noirs sont effrayants, car ils n’expriment rien. Son crâne est entièrement rasé, tout comme ses sourcils, et à la place des cheveux elle s’est fait tatouer une grande tête de mort rouge écarlate, du haut du front jusqu’à la nuque. Glaçant.



Elle ne plaisante pas, car elle me tient en joue avec un pistolet qui n’a sans doute rien d’un jouet pour enfant ou d’un pétard à plombs de fête foraine. Bienvenue chez les truands, Latifa !



S’adressant à sa comparse :



Tiens, Nolwenn se fait toujours appeler Murena Styxx, son nom de scène du temps où elle était actrice porno, elle aussi, mais avec une carrière plus longue que la mienne.



Nous passons par un étroit escalier de service pour descendre deux étages, jusqu’à une cave dont la porte est blindée. On y trouve surtout un fauteuil de gynécologue, avec des sangles. Les murs, où sont accrochés différents instruments, ruissellent d’humidité. J’en conclus que nous passons du matériel de bureau au matériel de bourreau.



Le ton et l’arme dont le canon est toujours pointé dans ma direction ne laissent la place pour aucune discussion.



Après avoir enfilé une blouse impeccablement repassée et enfilé des gants de latex, elle commence tranquillement par m’ausculter et prendre ma tension. Elle croit qu’elle va réussir à m’inquiéter, mais Élodie sait où je me trouve et ne tardera pas à intervenir si je tarde à donner signe de vie. Tout ce que j’espère est que la Doctoresse ne trouve pas l’émetteur. Je vais essayer de la faire bavarder pour gagner du temps.



Elle fouille dans un tiroir pour en extraire un spéculum – un vrai, tout en inox, pas un de ces gadgets en plastique que vendent les boutiques en ligne aux amateurs de gynécologie amusante et qui se cassent facilement – et ajuste sa lampe d’examen pour la braquer vers mon sexe déjà largement ouvert du fait de l’écartement forcé de mes jambes.



Le supplice commence : elle me chatouille les pieds, et aussi entre les cuisses, puis sur le côté de l’abdomen et sous les aisselles. Sa manière de procéder, comme elle l’avait annoncé, est très difficile à supporter et je ne peux m’empêcher de me tordre d’une manière convulsive, sans parvenir à bouger de plus de quelques millimètres à cause des entraves qui me retiennent. Ceci ajouté au fait que l’ouverture de mon vagin est largement élargie par le spéculum, j’ai quelques craintes concernant la sécurité de l’appareil dissimulé.


Effectivement, ce que je craignais se produit : mes nerfs trop sollicités forcent en moi une contraction des muscles pelviens, d’où l’expulsion du mouchard qui tombe par terre dans un bruit sinistre suggérant que, dans sa chute, il a été fortement endommagé. La doctoresse le ramasse et l’examine avec soin, ce qui implique une pause fort bienvenue dans le chatouillement. Quand elle se rend compte de la fonction de l’appareil, elle écarquille les yeux et se précipite sur le téléphone pour appeler sa patronne. Celle-ci déboule très vite.



Deux minutes plus tard, je me retrouve coincée dans une caisse, très à l’étroit, avec à peine assez d’air pour respirer. Je sens qu’on me transporte et me dépose dans une camionnette, au bruit que fait le véhicule. Puis nous roulons peut-être une heure.


À l’arrivée, je suis enfermée dans une petite pièce dont un pan de mur est grillagé. La première chose que je remarque dans ma prison est la présence de deux caméras vidéo prenant des images selon deux angles différents, de sorte qu’aucun endroit ne se trouve hors champ. Il y a un lit étroit et un W.C. sans lunette. C’est tout. Aucun vêtement ne m’est fourni, de sorte que je reste complètement nue. Fatiguée, je m’allonge sur la couverture. Il n’y a plus qu’à attendre. En ce moment même, faute de pouvoir me localiser, Élodie doit se faire un sang d’encre. Je pense à elle avec tendresse.


Je m’endors pour une sieste dont j’ignore la durée. Enfermée, je perds la notion du temps. Mon sommeil est agité et mon rêve de nouveau peuplé d’une araignée qui me mord sans que je sois capable de me défendre. Je perçois également, d’une manière confuse, une ombre penchée sur mon corps. Une ombre inquiétante, malveillante. Je m’éveille en sueur, légèrement fiévreuse. Mon sexe est mouillé : j’ai dû me caresser en dormant, la vessie pleine. Me soulager me fait un bien fou. J’ai le bas-ventre en feu, d’un incendie d’une rare intensité.


Je me demande si quelqu’un regarde en direct les images que prennent les caméras. J’aimerais bien que oui, parce que, couchée sur le dos, je me caresse longuement en prenant soin d’être bien en face de l’objectif sur lequel je fixe mon regard. Le goût de m’exhiber me prend aux tripes et amplifie le plaisir que je m’offre. Je me cambre et gémis, les cuisses écartées. L’orgasme vient très vite ; il me dévore avec une violence inouïe. Il retombe à peine avant qu’un autre lui succède, plus puissant encore. J’ai inondé mes draps de cyprine. C’est épuisant, mais je ne trouve pas le courage de cesser : il me semble que mon sexe a pris le contrôle de mon esprit. Maintenant, j’ai peur.


Sous l’oreiller, je découvre deux vibromasseurs et un sachet de lubrifiant gynécologique. La prévenante Nolwenn connaît mon goût pour les jouets sexuels dont j’use et abuse avec ou sans partenaire. Son but est-il simplement de se rincer l’œil ? Ou vendre des vidéos coquines de ses victimes qu’elle kidnappe et enferme ? Ou bien est-ce une sorte de dernière cigarette avant de mourir horriblement chatouillée ? Je me demande ce que je ressentirai avant de succomber.


De nouveau, je sombre dans un sommeil bizarre, comme s’il avait été provoqué par un somnifère. Quand je m’éveille, la Doctoresse et Nolwenn sont à mon chevet. Celle-ci tient un plateau sur lequel se trouvent un repas chaud et un sac plastique.



Cela tombe bien, car je suis affamée. D’abord, je me rhabille, car j’ai assez joué les naturistes. Tout en mangeant accroupie sur le lit, je découvre soudain la trace d’une piqûre sur mon bras gauche, juste à l’endroit où l’araignée m’a piquée dans mon rêve.



En colère, je la saisis par le col de la blouse, par surprise, et comme elle est légère, ses pieds décollent du sol.



Elle saisit précipitamment son pistolet dans la poche de sa blouse.



Toutes les trois, nous franchissons différentes coursives et escaliers pour arriver dans le vaste hangar où se trouve une scène. Au centre, le fameux fauteuil, à la forme générale identique à celui de la Doctoresse, mais avec des chromes brillants, parfaitement astiqués, et différents ornements bizarres comme des têtes de mort en bois, sculptées à l’extrémité des accoudoirs. L’assise et le dossier sont capitonnés de cuir rouge du plus bel effet, au point qu’il semble confortable en dépit de l’usage pour lequel il a été conçu.



Il y a de la déception dans sa voix, car elle imaginait m’infliger ici la séance de torture dont elle a été frustrée dans son pseudo cabinet médical. Dès qu’elle a disparu, j’ai la surprise de voir Nolwenn se déshabiller et s’asseoir dans le fauteuil.



Nous nous regardons quelques instants, droit dans les yeux.



D’abord, je positionne les sangles. Il y en a beaucoup, larges, sophistiquées. Elles sont conçues pour ne pas blesser, même lorsqu’on se débat. Une fois la soumise positionnée, les parties intimes sont facilement accessibles et bien éclairées par un spot.


Je commence par lui chatouiller les pieds, puis l’intérieur des cuisses, et sous les bras. Très vite, impitoyablement. Elle se laisse faire sans protester, en riant d’une manière compulsive. Pas question de l’épargner. Sous le fauteuil se trouvent des vibromasseurs, dont un à grosse boule, que je plaque contre son clitoris. Il y a même un support permettant que l’engin vibrant tienne en place tout seul, avec un ressort réglable pour maintenir la pression que l’on veut de la boule sur le sexe. Un trésor d’ingéniosité. Nolwenn respire fort et semble supporter assez bien ce que je lui inflige. Parfois même elle me gratifie d’un décevant « c’est tout ? ». Mais je la connais bien pour avoir vécu avec elle plusieurs années, et sais les gestes qui l’enverront tout droit au septième ciel : deux doigts dans son vagin, pour masser son point G d’un mouvement vers le haut, comme pour dire « viens ici », et un cunnilinctus, ou bien des vibrations juste positionnées sur le bouton des délices. Voilà, j’arrive à la faire crier, ce qu’elle fait sans retenue. À nouveau, ses pieds comme terrain de jeu à mes chatouillements, alors que la stimulation vibratoire se poursuit automatiquement.


Seconde étape : fouiller l’anus d’un doigt bien lubrifié, et le vagin de l’autre main. Elle s’est toujours délectée de cette façon de l’explorer. Au contact de sa petite rosette, elle me regarde bizarrement. J’enfonce entièrement l’index. Surprise ! Il y a un petit objet métallique caché dans le rectum. J’extrais la chose : c’est une clé.



Je marque un temps d’hésitation. D’un côté, Élodie qui m’attend, inquiète. Mon sort personnel me préoccupe peu, mais je ne veux pas lui causer du chagrin. De l’autre, une voix intérieure, insane, désire ce fauteuil, comme soumise, comme héroïne intrépide, sous les yeux d’un public. Ma dernière danse sera glorieuse. Vertige narcissique d’un triomphe mortel. C’est de la folie furieuse. Peut-être même est-ce stupide. Ce choix est sans retour.



Lâchée d’entre mes doigts, la clé tombe par terre. Bruit de ferraille. Mon destin est scellé. Incapable de la soumettre plus longtemps, je libère Nolwenn de ses liens.



Elle me ramène dans ma cellule, où nous faisons l’amour sur les cendres d’un amour qui n’existe plus. Cela n’empêche pas les caresses ni mes sens de s’extasier dans ses bras. Son odeur intime me transporte, les yeux fermés, vers des vertiges sensuels. Le corps a son inclination qui lui est propre, indépendamment de nos choix conscients. Instinctivement, nous retrouvons nos gestes d’amantes. La profondeur de l’empreinte que Nolwenn a laissée en moi, durant toutes ces années de vie commune, rend l’attirance pour son corps impossible à combler.


Nous sommes si vulnérables dans l’étreinte. Je pourrais facilement l’étrangler. Souvent j’ai porté ma main jusqu’à son cou au moment de sa jouissance, et je retrouve ce réflexe qu’elle accompagne de sa propre main. Elle se laisse faire sans la moindre réaction, et m’y encourage même. À cet instant, tout pourrait basculer. Nous pourrions nous ré-unir, reformer notre couple. C’est la dernière chance.


Elle se lève, se rhabille et quitte la cellule en refermant à clé derrière elle. À ce moment, je ne peux plus retenir mes larmes. Non parce que j’ai peur de la mort, mais parce que l’amour que nous partagions est mort.



Allongée sur le lit, je ne parviens pas à m’endormir. Les heures passent dans un silence troublé seulement par la musique monotone de la ventilation. Pas si monotone que cela, d’ailleurs : le souffle ressemble au chuchotement d’une voix humaine. Ou plutôt : deux voix humaines. J’approche mon oreille du conduit grillagé. J’arrache même le grillage : tant pis si on me voit par la caméra. Maintenant, je reconnais la Doctoresse à son accent chinois, et Nolwenn qui ne peuvent se douter que j’entends leur conversation.



Une claque sonore s’abat sur la joue de la Doctoresse. Pour la faire taire.



Le son des vêtements glissant sur le sol. Le bruit des succions humides et des gémissements. Le chant rauque que je connais si bien, celui qui jaillit de la gorge de Nolwenn quand elle jouit, la tête renversée en arrière. Elle a dû rester debout, campée fermement sur ses longues jambes légèrement écartées. La Doctoresse doit être à genoux pour lui lécher la chatte à grands coups de langue, baignée dans des odeurs de mouille. Ou bien l’autre orifice, en écartant les globes fessiers à pleines mains, comme on ouvre une orange mûre pour s’abreuver de la pulpe sucrée. Je me construis mentalement une image de leur étreinte et y ajoute des détails inventés sur le physique de la Chinoise, ce qui fait monter l’envie en moi et m’incite à me caresser, l’oreille toujours collée sur le conduit d’aération. Même les plus perverses ressentent un besoin instinctif de donner et recevoir de la tendresse, comme les obsédés de mon rêve recherchaient la douceur des femmes, à tout prix. Une larme glisse sur ma joue. Moi aussi, malgré tout, je ne peux pas m’empêcher d’être jalouse… à en crever !


Le silence, de nouveau. Elles sont allées se coucher, peut-être ensemble. Demain soir, celle qui a été l’amour de ma vie se propose de me chatouiller à mort. Charmant programme. Mais tout va bien. Malgré la lumière ambiante que je ne peux pas éteindre, malgré la peur mêlée d’excitation, je parviens enfin à trouver le sommeil, en détendant mes jambes une à une, puis mes bras, jusqu’à sombrer dans un tourbillon de délicieux cauchemars.




Chapitre 3 : Insane corrida



On me fait patienter longtemps. J’entends qu’au-dessus du plafond, on installe et on branche du matériel, on déplace des chaises, bref, on s’active. Curieusement, je suis plus excitée qu’inquiète à l’idée d’être la star vers laquelle tous les regards seront braqués, même s’il s’agit d’une drôle de corrida dont je serai, en quelque sorte, l’innocent taureau. Ou bien alors, une chrétienne livrée aux lions, dans la Rome antique de Néron.


D’ailleurs, pour confirmer mon impression, une femme vient me chercher. C’est la maquilleuse. Elle est accompagnée d’Adrienne qui me rend mes vêtements, ceux que je portais en arrivant à l’agence, et qu’elle a entre-temps impeccablement repassés. C’est gentil, même si je me doute qu’il y a une raison autre que celle de me plaire. Elle m’attache sur une chaise – décidément, je commence à m’habituer à être ligotée – où je suis pomponnée et coiffée avec soin, blush, rouge à lèvres, fond de teint et tutti quanti. Elle s’occupe de moi avec douceur et m’offre même de regarder le résultat dans un miroir : impeccable. Je n’aurai jamais été aussi belle que le jour de mon exécution orchestrée par celle que j’ai tant aimée.


Puis, je suis invitée à m’allonger sur une table de massage, sur le ventre, attachée par poignets et chevilles, et abondamment huilée sur tout le corps, comme une gladiatrice avant d’entrer dans l’arène. C’est une essence parfumée, volatile, dont l’odeur puissante, envoûtante, me plaît bien. L’onction que je reçois – l’extrême onction, en quelque sorte, célébrée par une prêtresse de l’érotisme –, dans le geste de l’appliquer, est en elle-même un plaisir délicat, où les mains se font caressantes, sensuelles, riches en sensations qui exacerbent mes désirs, les yeux fermés. Le contact appuyé des mains le long de ma colonne vertébrale, d’un mouvement descendant de la nuque au coccyx, plusieurs fois, est véritablement divin. Les ennuis auxquels je fais face n’existent plus. J’aurais même payé pour recevoir cela. Puis les doigts se font indiscrets, fureteurs entre mes fesses écartées très impudiquement. Je sens qu’un index pénètre l’orifice de mon cul, lentement, après en avoir tapoté l’entrée, phalange après phalange, bientôt rejoint par le majeur, élargissant la rosette à chaque mouvement circulaire. L’huile de massage fait office de lubrifiant pour que l’incursion soit agréable. Je ronronne comme au coin du feu un chat repu dont la maîtresse frictionne doucement la nuque. La seule chose que je regrette est que la pénétration ne soit pas plus profonde.


La masseuse me libère afin de me retourner, couchée sur le dos, et m’attache à nouveau. Mes yeux sont aveuglés d’un bandeau noir, mais je n’ai pas l’intention de fuir les délices de cette captivité torride. La suite me donne raison : les mains malaxent mes seins, flattent les aréoles et lutinent les tétons qui se dressent sous l’effet de la trituration. Elles descendent doucement le long de la peau de mon ventre, s’attardent sur le nombril puis, à l’orée du sombre buisson pubien, sur le mont de Vénus dont elles franchissent la pente douce, puis descendent l’autre versant avant d’écarter délicatement les grandes lèvres entre pouce et index. Mon orchidée s’entrouvre : puisse la douce inconnue en aimer les parfums offerts à son odorat. Le premier contact digital sur mon clitoris, pourtant effleurement léger comme venant d’une plume, est électrique et provoque un sursaut de ma part. La lubrification naturelle associée à l’huile de massage doit faire ressembler ma vulve à une forêt après la pluie dont l’humidité facilite toutes les intrusions. J’aimerais que les attouchements se poursuivent à l’intérieur de mon vagin, mais le fait que mes jambes soient liées dans une position serrée ne le permet pas. Pourrait-elle délivrer mes chevilles afin que je lui ouvre en grand ma fleur rouge épanouie ? Avec le peu de libertés que permettent mes liens, je me cambre pour demander cela.


Non, pas de doigté vaginal. Mais je l’entends brancher un vibromasseur dont le seul bruit du bourdonnement m’embrase encore un peu plus. Soudain, les bruits de respiration me signalent que d’autres personnes sont présentes à proximité. Elles vont me regarder me faire masturber en position attachée, sans doute en prélude au spectacle, en guise de préparation. L’une d’elles est certainement Nolwenn dont je sais reconnaître, à courte distance, l’odeur corporelle entre mille. La masseuse augmente l’intensité des vibrations : j’essaie de me détendre afin de bientôt jouir. Être observée de près par des personnes que je ne peux pas voir ne fait que m’érotiser un peu plus. Elles me voient mordre ma lèvre inférieure, prête à exploser dans un jaillissement de mouille. Soudain, la stimulation cesse, me frustrant de l’orgasme.


Bandeau ôté, la lumière parvient à mes yeux, de nouveau, éblouissante. Les deux spectatrices sont bien Nolwenn et la Doctoresse chinoise. Celle-ci s’avance avec une seringue à longue aiguille. J’ai peur. Je ne veux pas être piquée.



Mais me sentir artificiellement bien n’est pas du tout ce que je veux. Toute ma vie, j’ai toujours voulu, au contraire, tout vivre intensément, quitte à souffrir. D’ailleurs, à cause de ma récente expérience, je doute que ce soit vraiment un sédatif. Au moment précis où l’aiguille s’enfonce mon bras, j’effectue, malgré mes liens, le mouvement sec qui brise l’aiguille et fait tomber la seringue au sol, où le produit se répand. Là, j’ai mal. Qu’importe.



La Doctoresse me libère les mains et me propose une dernière cigarette que je refuse – j’ai arrêté, c’est mauvais pour la santé –, et me tend un verre de rhum que je prends pour le lui balancer à la figure. Elle hausse les épaules.


On me laisse seule avec Adrienne qui me tend mes vêtements aussitôt enfilés. Ensuite, des fers ceignent mes poignets ensemble, dans mon dos, ainsi que mes chevilles, reliés à de lourdes chaînes elles-mêmes scellées dans le mur. Pas de danger que je m’échappe.


Je dévisage ma jolie geôlière, apparemment postée là pour me surveiller personnellement. Elle est toute jeune, sans doute pas beaucoup plus de vingt ans, et me sourit tristement. Je lui rends naturellement son sourire.



Elle s’avance vers moi, vêtue seulement de sa grande culotte blanche. Elle a de très beaux seins, bien ronds, bien replets, comme j’aime – je leur dis ça à toutes, mais en fait, j’aime tous les styles de poitrines. Elle les présente à mes lèvres pour me permettre de les suçoter, ce que je fais avec délice. Un tatouage noir orne le mamelon gauche, sur la partie inférieure. Une araignée velue.



Elle ne répond pas. Il y a quelque chose ici que je ne dois pas savoir.



Une fois le dernier vêtement ôté, elle me révèle un pénis et des testicules. C’est bluffant : sa transsexualité ne se devine pas du tout quand elle est habillée, y compris dans sa voix et la forme très féminine de son visage. Je n’avais pas remarqué le renflement de son cache-sexe.



Je ne peux pas toucher avec mes mains qui sont enchaînées dans mon dos, alors je le fais avec ma langue, ce qui provoque immédiatement une érection et l’émission d’une odorante rosée du désir.



J’enfourne le morceau de chair. Dans ma vie, je n’ai eu qu’un seul rapport sexuel avec un homme, et cela n’a pas été une réussite. J’avais dix-huit ans, et un prof, qui s’appelait Norbert, me faisait une cour assidue. J’avais déjà connu plusieurs filles et je recherchais des expériences nouvelles, alors j’ai fini par céder en acceptant son invitation au restaurant. Nous sommes ensuite allés chez lui. Il avait trente ans de plus que moi et il était marié, mais sa femme était à l’hôpital, gravement malade. Il voulait seulement que je le suce, ce que j’ai fait. Je n’ai pas aimé l’odeur forte de sa verge, qui s’est comme aujourd’hui levée dès que je me suis approchée, droite comme les fidèles au début de la messe. Cette énorme chose vivante et un peu gluante qui occupait toute ma bouche m’a donné une irrépressible nausée. J’ai voulu tout arrêter avant la conclusion, mais lui, rendu fou par le désir, a voulu me retenir en me saisissant par les épaules, de sorte que j’ai été obligée de lui donner un grand coup de genou dans les testicules pour me dégager et m’enfuir en pleurant. Jamais plus je n’ai accepté d’homme dans mon lit. Curieusement, j’ai gardé de bonnes relations avec ce prof, comme si ce qu’il s’était passé était normal, et lorsque sa femme est décédée, quelques mois plus tard, je l’ai soutenu quand il défaillait au moment des obsèques. Parce qu’il l’aimait à la folie, bien qu’infidèle. Cette histoire m’a longtemps travaillée, et revient parfois d’une manière détournée dans mes rêves. Je me demande ce qu’il est devenu.


Contrairement à celui de Norbert, l’odeur du sexe d’Adrienne est étonnante, mais pas repoussante. Ni homme ni femme, elle est la superposition des deux sexes, et le mélange est subtil. Les poils pubiens sont épilés. Le phallus que j’ai mis dans ma bouche n’est pas envahissant ; peut-être est-il de taille relativement modeste, je ne sais pas, je m’y connais peu dans ce domaine. Un goût salé, un peu astringent, un parfum assez relevé, mais une propreté irréprochable. Si c’est cela, ma dernière cigarette de condamnée, je dois l’apprécier à sa juste valeur. Il ne lui faut pas longtemps pour venir, en se soulageant seulement de quelques gouttes d’un sperme chaud et visqueux que j’avale aussitôt. À entendre son gémissement, son orgasme doit être intense.



Je lui lance un regard incrédule. Un clin d’œil, et elle se glisse dans mes bras. Sa peau dénudée transpire à cause de l’ébat que nous venons d’avoir. Elle me dit à l’oreille :



Adrienne reçoit un appel sur le téléphone intérieur. Elle décroche, entend un ordre, dit seulement « OK » et raccroche aussitôt.



Elle me libère de mes fers, et je suis forcée de mettre sur moi un lourd carcan de bois qui emprisonne en même temps mon cou et mes poignets, tandis que mes chevilles sont enchaînées l’une à l’autre. Je dois me tenir debout sur un disque de métal d’environ un mètre de diamètre. Ma geôlière vérifie ma tenue d’un dernier coup d’œil, puis me quitte.



Au-dessus, j’entends de la musique de cirque à pleins tubes, et aussi la voix de Nolwenn dans les haut-parleurs, sur le ton emphatique d’un Monsieur Loyal accueillant son public. Les applaudissements en rythme réclament avec impatience que le spectacle commence. Pas besoin de première partie : la salle est déjà chauffée à blanc. Le disque mû par des vérins hydrauliques m’élève lentement, et une trappe au plafond s’ouvre sur son passage. À l’étage supérieur, j’émerge du sol, accueillie par des exclamations, mais je n’y vois rien, plongée dans un nuage de fumée, brouillard artificiel coloré par de puissants projecteurs aux rayons mobiles. C’est un grand show dont je suis la star, à mes dépens certes, mais l’excitation me procure un puissant frisson qui parcourt ma colonne vertébrale. J’essaie de respirer profondément pour tenter de garder confiance en l’avenir, en espérant qu’un miracle vienne me tirer de là avant qu’il ne soit trop tard, mais en comptant bien en profiter avant.


Le public me voit émerger de la fumée, seule, élégamment vêtue, mais chargée de liens. Il applaudit à tout rompre. Il y a environ deux cents personnes, qui sont bien, à mon soulagement, uniquement des femmes, conformément à la promesse de Nolwenn. Quelqu’un surgit sur la scène en courant, une femme vêtue de rouge, y compris un masque dévoilant seulement les yeux et la bouche. Elle porte des bottes de cavalière vermillon, serrées par des lanières et remontant jusqu’aux genoux, et de longs gants recouvrant ses avant-bras. Le reste de la tenue possède la même couleur, mais nettement moins couvrante : une sorte de maillot de bains tout en cuir, très moulant, dévoilant une bonne partie du dos ainsi que le haut des seins. Bien sûr, il ne m’est pas difficile de reconnaître sous ce déguisement un tantinet ridicule mon ancienne compagne. La Doctoresse est là, elle aussi, grimée en chirurgienne, avec un masque sur la bouche, mais reconnaissable entre mille avec son tatouage. J’espère seulement qu’elle ne va rien m’injecter.



Sa façon solennelle et hachée de prononcer mon prénom déclenche un tonnerre d’applaudissements. Le spectacle est filmé par une camerawoman, elle aussi masquée et en tenue sexy. Deux écrans géants diffusent en direct des gros plans sur différentes parties de mon corps, pour que les voyeuses s’en donnent à cœur joie.


La première étape consiste à me retirer le carcan pour m’attacher au plafond par mes poignets. D’une paire de ciseaux, Nolwenn découpe mon tailleur. Je la fusille du regard : tu me le paieras ! Il m’a coûté cher ! Le soutien-gorge subit le même sort. Je n’ai plus que ma culotte qui n’échappe pas au massacre vestimentaire, morceau par morceau, pour ne dévoiler mon triangle pileux que progressivement. Après quelques minutes de ce petit jeu auquel je me prête avec complaisance, me voici donc exposée nue en public, sous les projecteurs et les applaudissements. Et avec le sourire, s’il vous plaît. Autant profiter de ce moment de gloire.


Ensuite vient la flagellation. Au risque de choquer, autant l’avouer : d’une façon indécente, j’aime ça. Les lanières de cuir qui s’abattent sur mon dos font beaucoup de bruit pour impressionner l’auditoire et leur contact est rude, mais pour autant, je ne crois pas que cela me fasse saigner – seulement des marques rouges. J’ai déjà pratiqué cela en couple, dans l’intimité. C’est comme une caresse très appuyée. J’entends maintenant des sifflets dans la salle parce que cela se voit que j’y prends du plaisir, ce qui fait désordre.


Dix minutes plus tard, m’y voilà sanglée dans ce vaste fauteuil de l’horreur. Certes, il est confortable. Mais à part la tête, absolument aucun mouvement ne m’est plus autorisé. Le large écartement de mes cuisses rend facilement visibles et accessibles les parties les plus sensibles de mon corps.


Comme je m’y attendais, Nolwenn commence par me chatouiller les pieds, les deux en même temps, accroupie pour ne pas me cacher aux yeux du public. Heureusement qu’Élodie m’a entraînée à supporter cela. Il suffit de se détendre, de bien respirer et de rester concentrée pour ne pas se laisser submerger par cette sensation. Je suis même capable d’en convertir l’énergie, qui pourrait être destructrice, en excitation sexuelle. Cela ne m’empêche pas de rire d’une manière irrépressible, mais me fait également mouiller, ce que chacune peut constater et provoque l’étonnement.


Puis vient le vibromasseur, poussé cette fois au maximum dès le début. Mon bourreau m’autorise à jouir. Après la frustration de tout à l’heure, j’en avais besoin. Autant en faire bénéficier le public en ne retenant pas mes cris. Les spectatrices ne perdent rien de ce que je ressens, gros plans à l’appui sur mon visage dévasté par la volupté. Puis interviennent différents jouets coquins, vibrants ou pas, qui visitent mes orifices et s’y plongent profondément. Tout cela est entrecoupé de chatouillements infligés par surprise. Je ne sais combien de temps dure ce jeu qui ne me déplaît pas vraiment. Bien au contraire. Si elle veut, elle peut continuer toute la nuit. D’ailleurs, il n’y a aucun danger que je trépasse de cette façon.


Viennent ensuite d’autres amusements. Je ne les perçois pas comme de véritables supplices. C’est une question d’état d’esprit. Il suffit d’y consentir au fond de soi, voire de désirer tout cela. Mon expérience passée m’y aide. Il faut être une dévergondée pour apprécier l’énorme gode-ceinture qui me transperce l’anus, écartelant ma pauvre petite rosette, tandis que la Doctoresse me chatouille les orteils.

Sous son masque rouge, je perçois un petit sourire de Nolwenn qui ne me dit rien qui vaille. Elle se penche pour ouvrir ce qui ressemble à une boîte qui se trouve à ses pieds. Puis elle dépose sur mes jambes attachées, une à une… trois mygales, gigantesques, noires et velues ! Gros plan sur mon visage épouvanté.



Il me faut rassembler tout mon courage, aidée par la colère, pour être encore capable de parler malgré les trois bestioles qui me terrorisent. J’aurais préféré être mutilée, découpée en petits morceaux, empalée, violée par tout un régiment de soudards en rut, plutôt que subir cela.



Lilith s’est installée sur mes poils pubiens, qui doivent lui paraître confortables à cause de leur épaisseur. Lorsqu’elle avance, ses huit pattes froides me chatouillent. Elle est gigantesque. Je crois que je vais m’évanouir. Ce serait mieux ainsi.



On entend des feulements de joie : certaines se masturbent et s’offrent de vibrants orgasmes. D’autres s’accouplent par deux, exaltées par le spectacle excitant que je suis en train de leur offrir. J’espère au moins qu’elles en ont pour leur argent.


Ma tortionnaire s’approche afin d’admirer l’expression épouvantée de mon visage. Je trouve encore la force d’en profiter pour lui propulser, de toutes mes forces, un crachat dans l’œil, ce qui déclenche les rires de la salle et l’oblige à s’essuyer avec un mouchoir. Ultime pied de nez bravache qui va sûrement m’occasionner des représailles. Au point où j’en suis, je m’en moque. Nolwenn tapote du bout des doigts l’abdomen des araignées pour les inciter à avancer vers ma bouche. Il me faut rassembler tout mon courage pour ne pas la supplier de mettre fin à tout ça. Cela ne servirait à rien et elle serait trop contente de m’entendre renoncer à toute fierté. Quitte à mourir de peur, autant quitter la scène avec panache.



Incroyable, elle quitte la scène en m’abandonnant avec les trois énormes mygales qui se promènent sur mon corps ! Mais elle revient cinq longues, très longues minutes plus tard, pendant lesquelles, heureusement, les araignées restent quasiment immobiles. Puis, immédiatement, elle les attrape chacune par l’abdomen velu, une à une, en faisant attention de ne pas se faire mordre, pour les replacer dans leur boîte. Le public proteste bruyamment. Je n’y comprends rien !



La camerawoman continue à me filmer : il me faut faire attention à ne pas laisser paraître ma joie, et chuchoter pour communiquer. Espérons que personne ne trouvera bizarre que le bourreau ait soudain changé de corpulence.



Par contre, comme il faut bien assurer le spectacle, je suis chatouillée comme même Nolwenn ne le faisait pas. Puis Élodie prend un grand vibromasseur et le plaque fermement contre mon clitoris déjà épuisé de stimulations, me forçant à un énième et épuisant orgasme. Ensuite, elle me chatouille encore les deux pieds en même temps, et la fatigue aidant, je ne peux plus lutter pour supporter ce qu’elle m’inflige. Vais-je mourir ainsi, sous les doigts d’une capitaine de police ? Si c’est mon destin, qu’il en soit ainsi, puisque j’ai toujours rêvé d’une mort érotique !


J’entends faiblement que sous son masque, Élodie a positionné une oreillette probablement reliée à son téléphone portable et qu’on lui parle. Cette voix, sans doute celle de l’un de ses collègues, est mon seul espoir de survivre à cette aventure. Soudain, j’entends ma nouvelle tortionnaire crier :



La cavalerie déboule enfin. Des hommes masqués, vêtus de noir et lourdement armés, ont fracturé les deux battants de porte principale et se précipitent à l’intérieur. Des policiers du RAID, habitués aux situations délicates comme les prises d’otages. Pendant ce temps, la capitaine me libère de mes liens afin que je puisse me mettre à l’abri. La camerawoman lâche sa caméra qui se brise en tombant et tente de prendre la fuite, mais elle est rapidement ceinturée par un homme des forces de l’ordre.


Parmi le public, on assiste à une indescriptible panique. Certaines spectatrices ont des maris qui les croient à l’église : il ne faut surtout pas qu’ils apprennent l’inavouable vérité. D’autres, dans l’impudique sororité des voyeuses de ce qui devait être mon exécution publique, avaient descendu le pantalon et la culotte à leurs talons, afin d’être à l’aise pour se masturber. Trop pressées de prendre la fuite, elles en oublient de se rhabiller correctement, de sorte que leurs jambes entravées par les vêtements ne leur permettent pas de courir, et elles chutent de tout leur long, le derrière en l’air.


Je vois Nolwenn courir vers une porte dérobée. Elle tient en main une mallette, sans doute remplie des billets de la recette qu’elle ne veut pas abandonner. Apparemment, elle est parvenue à se libérer et l’issue de secours qu’elle a trouvée n’est peut-être pas surveillée de l’extérieur. Auquel cas, elle parviendra à s’échapper afin de commettre de nouveaux méfaits : il faut absolument l’en empêcher ! Sans prendre le temps de me rhabiller, je fonce à sa poursuite. Elle aussi est nue, ayant été dépossédée par Élodie de son costume écarlate.


Dehors, il pleut, d’une pluie dense et froide, mais bienfaisante après ce que je viens de subir, et dont je ne ressens aucunement la froidure. Je découvre que l’endroit où nous nous trouvons se situe en bords de Loire, près d’une sablière aux longues grues rouillées. La nuit est déjà tombée, mais la pleine Lune nous éclaire depuis une trouée parmi les nuages. Nolwenn, désorientée, a pris une mauvaise direction et se trouve bloquée par un méandre du fleuve. Elle hésite à s’y jeter pour le traverser à la nage, craignant d’être emportée par le courant. C’est une hésitation que je mets à profit pour la rattraper. En chemin, elle a été obligée de se débarrasser de sa mallette qui la ralentissait.


Nous avons les pieds dans l’eau boueuse, qui est froide, mais nous n’en avons cure. La bagarre s’engage. Elle est plus grande et plus robuste que moi, mais la colère est mon alliée. Rapidement, nous tombons dans le bain et l’enjeu pour chacune consiste à maintenir l’autre sous l’eau afin de la noyer. Le combat reste longtemps indécis, ponctué de « han ! » rageurs et des vents violents qu’elle envoie sous l’effort, effet secondaire odorant et sonore du laxatif. Je me retrouve immergée, la tête bloquée par les puissantes cuisses qui m’empêchent de me relever, la bouche contre son sexe. Je crois que je vais boire la tasse tout en lui prodiguant un ultime cunnilinctus. Après tout, crever la tête bloquée dans une chatte n’est pas la pire des destinées.


Alors, pressée par l’urgence, je fais ce que le code de la morale lesbienne interdit formellement en toute circonstance, à savoir mordre résolument dans le clitoris, à pleines incisives, ce qui est d’autant plus facile que le petit organe est tout gonflé de l’excitation de me voir bientôt noyée. La douleur, accompagnée d’un hurlement, lui fait aussitôt interrompre cette étreinte quelque peu inconfortable pour moi. Cela m’autorise à respirer à nouveau, juste avant l’explosion de mes poumons. J’en profile pour lui bloquer les bras et mettre fin à la confrontation. Nos épidermes sont intégralement recouverts d’une boue épaisse et grasse, ce qui nous rend méconnaissables au clair de lune.


Élodie arrive enfin sur le lieu de la confrontation. Incapable de savoir qui est qui, elle nous tient toutes les deux en joue avec son arme, puis nous relie l’une à l’autre par les poignets au moyen d’une paire de menottes. Nolwenn en profite pour tenter une dernière fois sa chance en se servant de moi comme bouclier, menaçant de m’étrangler avec la chaîne nous reliant toutes deux. Dans un effort surhumain, tant je suis essoufflée, je parviens à me dégager en la faisant basculer par-dessus mon épaule, et mon adversaire chute lourdement dans la boue, éclaboussant tout autour. La policière me reconnaît enfin et me libère, tout en liant avec fermeté les mains de mon adversaire dans son dos. Avec son clitoris blessé, elle aura pendant quelques jours des difficultés à s’offrir l’une des rares distractions accessibles à toutes les détenues du monde : se caresser dans sa cellule. Tant pis pour elle.



On l’appelle au téléphone.



Elle m’annonce la mauvaise nouvelle dès qu’elle a raccroché.



Trop tard : je sens sur mon dos le contact froid d’un canon de pistolet tenu par la Doctoresse.



Je lui sers de bouclier humain alors que nous reculons ensemble sur le chemin qui longe le fleuve. Tandis qu’Élodie nous regarde nous éloigner, impuissante, je demande à ma ravisseuse pas ravissante du tout :



Quand nous avons reculé de deux cents mètres environ, elle estime se trouver suffisamment loin pour ne plus avoir à se servir de moi comme bouclier. Elle me dit :



Elle n’a pas le temps de finir sa phrase : j’entends une détonation, puis un cri suivi de jurons dans sa langue maternelle, car une balle a transpercé son avant-bras et l’a forcée à lâcher son arme dans laquelle je donne un coup de pied pour l’expédier dans la Loire. Élodie se précipite vers nous et parcourt les deux cents mètres qui nous séparent en à peine plus des vingt secondes du record du monde, pendant lesquelles je ceinture la Doctoresse pour qu’elle reste avec nous.



Elle remet la blessée à un collègue secouriste, puis nous retournons sur le lieu où nous avons laissé Nolwenn.



Je me colle contre elle pour l’inciter à me peloter d’autant plus facilement que je suis nue.



Au sujet de Nolwenn, j’ai menti. Il est impossible d’affronter les courants de l’estuaire avec les mains liées dans le dos : ce serait la noyade assurée, et elle le sait très bien. Elle est certainement cachée dans les fourrés, peut-être à proximité de l’endroit où Élodie et moi avons tenu cette conversation, et comme elle a l’ouïe fine, il est possible qu’elle ait tout entendu. Pourquoi ai-je ainsi protégé sa fuite ? Je ne sais pas, peut-être que sous une croûte de colère, malgré tout ce qu’elle m’a fait subir, il reste dans mon cœur un peu d’amour pour elle. Et même, beaucoup plus d’amour que de haine.


J’espère qu’elle viendra exercer sa vengeance jusque dans l’appartement d’Élodie pendant que celle-ci travaillera, et nous ferons l’amour haineusement, c’est-à-dire inlassablement, jusqu’à nous étourdir de luxure, comme nous le faisions dans notre petite maison en bord de Loire. Au minimum une amante pour le jour et une autre pour la nuit, l’une de l’autre ennemie, plus d’autres rencontres que j’espère faire dans cette ville. Plus de travail, et du sexe à profusion. Ce programme qui me conviendrait. Je n’ai jamais été fidèle, et ce n’est pas à trente-neuf ans que je commencerai.


Avant d’enfiler la tenue me tend que mon amie, je fais une halte dans un buisson discret afin de satisfaire un besoin naturel au clair de lune. Je trouve cela bien plus romantique que d’aller banalement dans des toilettes tristes et sans âme, et souvent j’ai invité, depuis le plus jeune âge, des compagnes de rencontre à participer avec moi à cette innocente activité. Accroupie, j’aperçois juste au moment d’ouvrir les vannes, à portée de mains, une forme sombre et rectangulaire dans les herbes hautes. Ainsi donc, Nolwenn n’a finalement pas emporté la mallette avec elle. Je brûle de savoir ce qu’elle contient ; si c’est bien une importante somme d’argent, je la partagerai entre Julia, qui la mérite plus que tout autre, et Adrienne, pour qu’elle paye sa dette. À l’ouverture, je ne puis m’empêcher de pousser un cri d’horreur à la vue des trois énormes mygales qui s’enfuient aussitôt hors de leur étroite prison pour gagner le petit bois. Elles vont devoir s’acclimater, car après cette fugue, elles ne retrouveront jamais leur forêt amazonienne.


Sacrée garce, aussi belle que vicieuse ! Mon ex-compagne a sans doute deviné que je retrouverais la petite valise et tenait à me laisser ce malveillant « cadeau » avant de se volatiliser dans la nature. L’une des bestioles parvient même à me mordre furtivement au pied. Putain, ça fait mal. Arme au poing, Élodie se précipite pour me demander pourquoi j’ai crié. Je ne tiens pas à avoir l’air ridicule une seconde fois : tout va bien, laisse-moi pisser tranquille avant de m’habiller.


Parmi les personnes interpellées, je retrouve Adrienne, la tête basse, abasourdie d’avoir été arrêtée et se demandant comment elle va pouvoir payer sa dette. Je lui demande de me restituer ma carte bleue et lui promets, car je n’ai qu’une parole, de lui faire parvenir ses deux cents euros en prison pour qu’elle puisse cantiner. Je m’engage aussi à témoigner en sa faveur, à son procès. Tous les membres du gang ne sont pas des monstres et l’une au moins a su me réconforter au cours des heures sombres de ma captivité.


Au petit matin, nous prenons enfin la direction du commissariat central, toutes deux assises à l’arrière d’un fourgon de police. Mon uniforme est bien trop grand et les rangers immenses me donnent l’air d’un clown, mais à part ça, décidément, tout va bien.



Je me sens fiévreuse. Le venin de l’araignée doit commencer à faire son effet. Je ressens jusqu’au fond de mes tripes l’urgence d’étreindre, de caresser, de jouir dans le creux de bras accueillants. En attendant de trouver un petit moment d’intimité, nous nous embrassons longuement et à pleine bouche sous le regard médusé des encagoulés du RAID assis en face de nous, tandis que la camionnette aux vitres et phares grillagés fonce, accompagnée de ses éclairs bleus, dans les lumières orangées de l’aube.




Chapitre 4 : Quand vient l’heure des larmes



Évidemment, cela devait arriver un jour ou l’autre. Mais j’espérais un délai supplémentaire de la part de la Providence qui a souvent été généreuse avec moi. La catastrophe se produit un vendredi après-midi, peu de temps avant Noël.


Élodie rentre chez elle plus tôt qu’à l’accoutumée, dix-neuf heures. Elle est enrhumée depuis la veille, et la fatigue aidant, elle veut s’octroyer un peu de repos. Immédiatement, elle sent quelque chose d’inhabituel, et ce n’est pas le bœuf bourguignon que j’ai préparé pour nous deux, mijotant sur la gazinière.


Nolwenn m’a attachée sur le grand lit, par poignets et chevilles, allongée sur le dos, bras et jambes en croix, et bâillonnée. Complètement nue, bien sûr, tout comme elle. Et elle s’est procuré une bonne vingtaine de petites araignées peuplant la cave. Les petites bêtes se promènent sur toute la surface de ma peau, ce qui me chatouille terriblement. Mon amante retrouvée cherche à me défaire de cette phobie qui pèse sur moi depuis l’enfance.


Elle ne fait pas du Feydeau et ne cherche pas à se cacher dans un placard, sachant que ce serait inutile. La policière reste figée au seuil de la chambre, interdite, découvrant que celle qu’elle recherche activement depuis trois mois se trouvait chez elle pendant tout ce temps et s’y trouve encore. Elle garde son sang-froid et dégaine son arme pour la pointer vers la fugitive. Les regards se croisent, se jaugent et restent en contact.


Nolwenn ne se rend pas, persuadée que celle qui la tient en joue n’osera pas tirer. Sans détourner ses yeux, elle ouvre la fenêtre en grand. Le froid nocturne entre dans l’appartement et me fait frissonner. Elle enjambe le rebord, regarde en bas, prend appui sur ses deux pieds… et saute dans le vide ! Près de cinquante mètres de chute parabolique. La nuit l’a comme avalée. Quelques secondes après, on entend un « plouf » étouffé par la distance, preuve qu’elle a plongé dans la Loire, assez profonde à cet endroit. Un incroyable exploit.


Élodie se précipite sur son téléphone, appelle ses collègues, donne des ordres pour qu’on retrouve la fugitive, morte ou vivante. Je me demande si elle prie pour que ce soit le premier cas ou le second.

Passé le choc de la surprise, elle me détache et retire mon bâillon. Avec sa chaussure, elle écrase méticuleusement, une à une, en silence, toutes les araignées. Pas une seule de ces innocents arachnides ne survit à la Saint-Barthélemy, preuve qu’elle est très en colère et que c’est contre moi qu’elle en a.



Son ton va crescendo. Elle hurle la dernière phrase. Elle me voit comme une petite fille prise en flagrant délit de grosse bêtise, un doigt dans la bouche, regardant vers le bas, n’osant pas affronter son regard. Pour la première fois de ma vie, j’ai vraiment peur de quelqu’un, et c’est d’elle.



Pour toute réponse, je lui tends mes deux poignets réunis, prête à subir stoïquement les menottes et l’humiliation publique. De grosses larmes toutes rondes de colère et de chagrin mélangés roulent sur ses joues. Elle sanglote, puis est obligée de se moucher. Son rhume n’arrange rien. Moi qui la croyais inoxydable, je découvre maintenant sa fragilité. Un temps de silence nous permet de mesurer le fossé qui vient de se creuser entre nous.



Mon silence additionné à l’inaction ne fait rien pour la calmer.



Elle a raison, mais je ne l’écoute plus. Sa voix se perd dans un brouillard sonore. J’ai la capacité à m’évader dans mes songes quand la réalité devient trop pénible. Ses leçons de morale ne m’intéressent pas : elles sont bonnes pour les gamines d’un collège privé de bonnes sœurs en cornettes. Dans ce domaine, j’ai déjà donné, d’ailleurs cette éducation a fait de moi ce que je suis. Je regrette si sincèrement le mal que je lui ai fait que voudrais expier par un châtiment physique qui soit à la hauteur de ma faute.

Pour toute réponse, je hoche seulement un petit « oui » de la tête.



« Oui, Gaillardeau. Ah bon. Et personne n’est parvenu à la choper ? Bon, cherchez encore. J’arrive. Enfin, pas tout de suite : j’ai d’abord une affaire personnelle et urgente à traiter. »



Pendant cette ultime homélie, préférant me taire plutôt qu’envenimer encore notre relation, j’ai rassemblé mes affaires, bouclé mon sac et récupéré mon casque, prête à partir. Je quémande un dernier baiser pour se dire adieu.



Sa colère est soudain retombée, comme désarmée par la douceur des mots.



Après avoir fait un pas sur le palier, je me retourne et lui dis :



Elle me donne un paquet, puis sa porte se ferme définitivement. Incapable d’attendre, j’ouvre mon cadeau sur son palier. C’est un attrape-rêves, avec de véritables plumes de vautours des Cévennes, indique la notice. Il est magnifique, plein de couleurs. Un petit mot manuscrit l’accompagne : « pour toi, tendre Latifa, pour ne plus faire de cauchemars ». Je souris et m’attriste en même temps. Elle n’a décidément rien compris à ma façon de fonctionner. Pour ne plus faire de cauchemars, c’est simple : il suffit de crever, c’est radical. Mais tant que je vis, j’aime mes rêves fantastiquement effrayants, de préférence sur un mode érotique, ce qui m’excite. J’en veux encore. Ils me permettent justement de me sentir encore vivante. Je ne vais quand même pas abandonner ce bel objet devant la porte d’Élodie : je lui ai assez fait de peine pour aujourd’hui. Je vais plutôt le cacher au fin fond d’un placard, le plus loin possible du lit, pour qu’il soit hors d’état de nuire. Ou mieux, je le donnerai à l’une de mes futures conquêtes.


Je pleure un bon coup dans l’ascenseur, sur dix-huit étages, avant d’enfourcher ma moto. Elle doit être en train de découvrir que son cadeau est petit par la taille, mais non par le prix, car c’est une bague de fiançailles avec un diamant dessus. Tiens, j’ai oublié Calinours avec son grand priape en plastique qu’il ne quitte jamais. Qu’elle le garde et en fasse bon usage.


Sur l’autoroute, je n’ai pas besoin des écouteurs de mon casque. Une chanson bretonne me trotte dans la tête depuis le départ. D’ailleurs Nolwenn Leroy, la vraie, celle qui passe à la télé, la chante aussi, alors je chantonne.


Dans les prisons de Nantes

Y avait un prisonnier

Personne ne vint le vouère

Que la fille du geôlier

Un jour il lui demande

Et que dit-on de moué ?

On dit de vous en ville

Que vous serez pendu

Mais s’il faut qu’on me pende

Déliez-moi les pieds

La fille était jeunette

Les pieds lui a délié

Le prisonnier alerte

Dans la Loire s’est jeté

Dès qu’il fût sur les rives

Il se prit à chanter

Je chante pour les belles

Surtout celle du geôlier

Si je reviens à Nantes

Oui je l’épouserai

Dans les prisons de Nantes

Y avait un prisonnier.


Après ma peut-être cinquantième interprétation de cette chanson, avec pour seul accompagnement musical le bruit du moteur, je me sens enfin libérée de mon amour pour Élodie qui me comprimait le cœur. De joie, j’actionne les gaz à fond, faisant hurler les chevaux et patiner les roues, jusqu’à plus de 200 km/h, en plein brouillard, doublant à gauche et à droite les automobilistes et les routiers agacés.


J’entends au loin la sirène des gendarmes de l’autoroute qui me poursuivent. La course s’engage. S’ils me rattrapent, ils vont faire un sort à mon permis, me saisir ma moto presque neuve et peut-être m’arrêter. Qu’importe, parce que j’ai rendu les clés de mon appartement, je n’ai plus d’argent et nulle part où dormir. Pourvu que, sous les képis, ce soient des femmes qui se laissent séduire…


Tiens, si j’allais rendre visite à Julia pour voir comment elle va ?



__________________________________________________


(1) Voir le texte L’amateur de Majorettes, à paraître prochainement sur Revebebe.

(2) Voir Solstice d’un fleuve




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