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n° 18110Charlie6705/10/17
L'escadron volant de Catherine
critères:   fh hplusag enceinte amour humilié(e) jalousie pied portrait -historiqu
20985 caractères      
Auteur : Charlie67      Série : Une Histoire relue et corrigée - 01

Commençons par présenter les deux protagonistes, Isabelle et Louis ; les autres personnages n’ont qu’une importance toute relative.


Elle : Isabelle de la Tour d’Auvergne naquit en l’an de grâce 1535, ou peut-être 1544 (l’avis des historiens diverge mais cela n’a guère d’importance) dans la ville de Limeuil, d’où son titre de « Dame de Limeuil », sous lequel elle était plus connue. Enfin, « connue » est un grand mot, car sans quelques textes qui relatent ses frasques et ses égarements, elle serait restée dans les oubliettes de l’Histoire. Elle avait deux atouts et un défaut qui influèrent sur sa destinée. Le premier et non des moindres : son cousinage éloigné avec Catherine de Médicis, reine de France, mère de trois rois et même régente du royaume pendant trois ans… pas n’importe qui comme personnage. Son deuxième atout : sa beauté qui, aux dires de ses contemporains, faisait déjà tourner bien des têtes. Un défaut : son catholicisme, qu’elle ne pratiquait pas beaucoup mais qui la classait dans un camp !


Lui : Louis Ier de Bourbon, prince de Condé, duc d’Enghien était un prince du sang. Être prince du sang signifiait que l’on était directement apparenté au roi, ce qui dans une monarchie revenait à sortir de la cuisse de Jupiter. Il était aussi le principal chef des protestants. Ceci n’était pas très bien vu, à l’époque, dans le très catholique royaume de France, surtout dans cette période trouble que l’on appela « la guerre des religions » avec des petits plaisirs délicats, genre « Saint Barthelemy ».



* * *



Il était une fois au royaume de France, dans cette période difficile où les fondamentalistes et intégristes religieux s’opposaient aux réformistes (tout aussi intégristes), une jeune femme venue d’Italie pour épouser le frère du dauphin de France. Sa petite noblesse ne lui permettait pas de convoler avec l’héritier présomptif du trône, mais son immense fortune n’était pas à négliger. On disait, à l’époque, que sa dot aurait permis d’éponger la dette de l’État ; peut-être un truc à étudier par nos dirigeants actuels… !


Catherine, fille unique de Laurent de Médicis et de Madeleine de la Tour d’Auvergne, épousa le futur Henri II, fils cadet de François Ier et lui fit dix enfants. Ben oui, à l’époque on ne faisait pas les choses à moitié, surtout qu’on n’avait pas encore inventé le mot contraception. Le frère aîné décéda et son mari hérita du trône. Elle fut donc reine, puis douairière des rois François II, Charles IX et Henri III en assurant à l’occasion la régence entre différents règnes. Bref, c’était une femme de tête, fine négociatrice et grande manipulatrice.


Dans la société hyper-patriarcale de l’époque, Catherine avait compris une chose : le meilleur moyen de manipuler un homme était de maîtriser la femme. Elle ne pouvait compter sur sa beauté pour cela, car son physique était – hum, comment dire ? – un peu ingrat. De plus, porter en permanence le deuil de son défunt époux lui conférait certes une autorité morale, mais aussi une image d’austérité rébarbative.


Catherine s’entoura d’une cour de jeunes femmes, toutes triées sur le volet, et les utilisa sans la moindre vergogne. Les critères étaient très sélectifs : être de bonne naissance, cultivée et, bien sûr, avenante. Leur nombre fluctuait, mais ces donzelles étaient entre soixante et quatre-vingts, peut-être même cent-cinquante d’après Michelet, pour assurer le service de la reine-mère.


Ces demoiselles – hum… ces hétaïres – se révélaient d’illustres et ardentes putains. À leur décharge, elles l’ignoraient totalement, éblouies par l’aura de la reine-mère qui les dépravait et le blanc-seing que leur octroyait l’éternelle et sacro-sainte raison d’État au regard de laquelle le sacrifice d’une femme ne comptait pas. L’hypocrisie était portée à son comble : en cas de grossesse de l’une d’entre elles, c’était le bannissement assuré.


De tous temps, à quelles avanies expose l’intérêt supérieur des puissants !

Plus tard, Brantôme donnera à ce gracieux aréopage le nom « d’escadron volant de Catherine ».


Isabelle de Limeuil était toute désignée pour intégrer cet escadron de charme et de choc. Elle avait la noble naissance et l’apparentement direct avec Catherine, une culture artistique plus que correcte, un minois qui faisait se pâmer tous les gentilshommes du pays, et surtout, surtout, un entregent hors du commun qui ne la faisait reculer devant aucun obstacle.


Fine mouche, Catherine, remarqua très rapidement sa lointaine cousine et la fit venir à la cour. Sur son ordre, Isabelle séduisit Claude d’Aumale, puis Florimont Robertet. Ces deux hommes faisaient partie du clan des Guise, une des familles les plus puissantes et les plus influentes du royaume. Il fallait absolument les surveiller. Les infiltrer était de la plus haute importance, et ainsi la reine douairière disposa journellement d’un compte rendu circonstancié


En cette époque bien particulière qui enterrait les derniers relents du Moyen-âge, la Renaissance apportait un souffle nouveau. « L’amour courtois » très en vogue précédemment s’éclipsait lentement pour céder la place à des mœurs plus dissolues. N’allez pas imaginer des scènes de coucheries à chaque détour de salon, non ; on veillait aux apparences en les confinant dans le secret des boudoirs


C’est aussi sur ordre de Catherine qu’Isabelle s’introduisit « par tous moyens appropriés » dans l’intimité de Louis de Bourbon, prince de Condé. Rien ne l’enchantait moins. Elle était adulée et couverte de cadeaux par le très riche Florimont dont elle était éperdument amoureuse. Louis de Bourbon lui importait peu, mais un ordre royal ne se discute pas… ! On visait, entre autres, à le pousser à abandonner son rôle de chef du parti huguenot et à le retenir à la cour royale afin de le surveiller. Bien qu’homme puissant et guerrier valeureux, Louis n’éblouissait guère et ne pouvait passer pour un astre de beauté. Petit, affligé d’un visage quelconque et des manières brusques d’un militaire, ce calviniste convaincu pratiquait les préceptes de la Réforme et se montrait d’une austérité rebutante


Catherine, en habile stratège, convia Louis à un rendez-vous diplomatique le 7 mars 1563 à l’Ile aux Bœufs, sur la Loire. Isabelle ornait évidemment le premier rang, et le piège fonctionna à merveille. En habile séductrice, elle s’était mise en valeur. Un mignon chapeau noir rehaussait sa blondeur et sa robe accentuait la grâce de ses formes, marquait sa taille fine ainsi que ses petits seins portés haut. Elle dardait de ses yeux pervenche le prince qui se fit prendre, évidemment, dans des rets si attachants.


Tant de beauté bouleversa Louis au point qu’il ne vit qu’elle. L’austérité qu’il s’imposait ne le portait pas à la gaudriole ! On ne lui connaissait aucune maîtresse. Son épouse, Éléonore, qui partageait le même état d’esprit, l’influençait beaucoup. Ils avaient eu jusqu’à présent sept enfants mais cela se faisait en conformité avec le protestantisme. Elle habitait et élevait ses enfants en son château de Condé-en-Brie. Ici, bien sûr, rien du libertinage de la cour.


Il délaissa très rapidement le château familial pour développer une plus grande assiduité dans les mondanités.


Isabelle subit un siège en règle. Évidemment, elle atermoya et minauda. Pour une demoiselle de « l’escadron volant », une trop prompte reddition l’afficherait débauchée, ou pire, agent de la cause adverse. Il importait donc de ne pas céder rapidement ; le sacrifice devait en valoir la chandelle ! Pour détourner les soupçons, elle continuait à voir Florimont tout à fait ouvertement tandis que pour son plaisir elle couchait avec lui tout à fait secrètement. Quand le prince lui en faisait reproche, elle l’assurait de l’exclusivité de ses pensées et maintenait que telle diversion brouillerait tout soupçon quant à leur relation. Les visites chez Robertet se présentaient comme d’indispensables alibis.


La première partie de la stratégie de Catherine portait ses fruits : Louis ne quittait plus les jupes d’Isabelle. Il était temps pour la reine-mère d’engranger la récolte. Lors d’une de leurs retrouvailles dans une alcôve discrète, la belle lui suggéra d’accepter l’entrevue secrète que souhaitait Catherine. Celle-ci ne lui demanda rien de moins que son aide militaire pour « bouter les Anglais hors de la ville du Havre ». La décision, pour un protestant, de combattre ses coreligionnaires – fussent-ils d’outre-Manche – n’allait pas sans problèmes.


Le prince tergiversa un long moment et la reine-mère s’impatienta rapidement. Mademoiselle de Limeuil fut mise en demeure de conclure cette affaire qui risquait de s’éterniser. Il était temps d’utiliser cet atout suprême : sa belle personne… ! Afin d’obtenir l’accord de celui qui n’était somme toute qu’un homme, en lui montrant la naissance de sa gorge ou le galbe de son mollet, elle lui mit subrepticement le marché en main, comme quelque chose d’accessoire… ! Il conquerrait deux places fortes simultanément : une victoire au Havre le conduirait à un triomphe sur le chemin de sa couche.


Soucieux de plaire à Isabelle. Il rassembla donc une armée, et surtout son artillerie. Pendant l’automne 1563 il canonna hardiment la ville, de telle sorte que les Anglo-Saxons plièrent bagage sans espoir de retour.


Comme quoi, de jolis yeux couleur pervenche peuvent provoquer de forts honnêtes carnages !


Son « exploit » militaire accompli, le prince de Condé rentra à Paris, bien décidé à faire tenir les engagements dont on l’avait bercé. Pendant ces mois d’absence, la belle avait enquêté et pris ses renseignements. Certes, Florimont disposait d’une belle fortune, mais bien plus modeste que celle de Louis. Tandis que l’un n’émargeait qu’en tant que ministre, l’autre se prévalait du rang de prince du sang et de pair de France. Le prince était marié, mais Isabelle apprit qu’Éléonore était de santé fragile et que sa nouvelle grossesse se présentait très mal… Tous les espoirs restaient permis !


Quand le héros, auréolé des lauriers de la victoire, rejoignit la cour, Isabelle était tout à fait motivée pour lui ouvrir sa couche, et bien sûr ses cuisses. L’homme avait été fortement tancé par ses amis protestants ; il n’en avait cure : seule importait la douce peau de la demoiselle.

Celle-ci, en femme décidée, avait organisé un dîner coquin en marge de la réception officielle qui devait encenser le guerrier. Il y flottait une atmosphère voluptueuse de boudoir. Des mets et des vins fins – et surtout une femme languide – érotisaient la situation.


Quand Louis se présenta à l’appartement de la belle, il la trouva à demi allongée sur un sofa et le sourire engageant. Déchaussée, ses petits pieds mutins dépassaient des dentelles de sa robe. Cela peut paraître anodin de nos jours mais, à cette époque, cela atteignait au comble de l’indécence et de l’érotisme. En bon stratège il évalua la situation et échafauda rapidement son plan d’attaque. Louis tomba à genoux, prit les mains de l’espérée amante et les baisa avec fougue. La demoiselle ne fit rien pour le retenir. Quand la main de l’homme se fit plus téméraire, elle se pâma et se laissa explorer. Cette main audacieuse, comme une avant-garde, se posa sur ce joli petit pied gainé de soie, poursuivit son exploration le long du mollet puis de la cuisse et ne s’arrêta même pas sur la jarretière. Une fois la peau nue de la cuisse atteinte, elle partit à la recherche de l’antre, du donjon, du sérail, et trouva. Cette habile diversion favorisa une attaque plus directe en direction de la gorge qui fut submergée de baisers.


La deuxième main, profitant de la manœuvre, assaillit un sein et en prit possession. Elle caressa, elle malaxa tant et si bien que la dame, prête à se rendre, remonta sa robe et ouvrit ses cuisses. Le chef de guerre porta l’estocade ; il fallait faire parler l’artillerie – qui d’ailleurs pointait depuis longtemps – et obtenir la reddition. Il s’installa entre les jambes d’Isabelle et tira les premières salves. La suite pourrait être comparée à une chevauchée furieuse où chacun, à tour de rôle, était l’agresseur ou la victime. Louis vécut des moments qu’il n’aurait pu imaginer et que la rigueur morale de son épouse ne pouvait même lui faire concevoir.


Une heure plus tard, le prince de Condé, plus fatigué que s’il avait sabré à lui seul un régiment d’Anglais, affichait sur ses lèvres le sourire béat du conquérant ivre de son triomphe. Il avait joui comme jamais et devint encore plus amoureux de la belle. Ces soirées se renouvelèrent de plus en plus fréquemment, pour le plus grand plaisir des amants. Il découvrait une amoureuse, une libertine prête à lui faire entrevoir les moindres parcelles des jouissances charnelles. Elle trouvait en cet homme petit et laid un amant infatigable, prêt à renouveler cent fois l’assaut jusqu’à obtenir la reddition de sa maîtresse par une jouissance portée à son paroxysme.


En janvier 1564, Catherine décida d’un périple à travers la France pour faire connaître le jeune roi Charles IX à son peuple. Le départ fut précédé de somptueuses fêtes au château de Fontainebleau. Des jeux s’y déroulèrent, où prirent part tous les grands noms de la noblesse de France. Louis, grand bretteur et cavalier émérite, brilla donc à cette fête, mais la vedette lui fut volée par Isabelle, déguisée en déesse Juventas. Revêtue de voiles et de tulle, on devinait son anatomie qui personnifiait si bien l’éternel féminin.


Ronsard lui-même tomba amoureux de la belle Isabelle, et comme d’autres l’inonda de sonnets, plus dithyrambiques les uns que les autres, vantant sa beauté.


Si jusqu’alors Louis était amoureux, là, il atteignit la folie. Tous les hommes de la cour n’avaient d’yeux que pour « La Limeuil ». Tous enviaient Condé pour sa bonne fortune. Tous auraient voulu la culbuter hardiment, mais en femme sûre d’elle, pendant toute cette soirée sa main ne toucha que celle de Louis. Toute la cour était maintenant au fait des choses. Exit Aumale et exit Robertet : l’amant officiel de la belle était le prince de Condé.


Malgré les températures fraîches de cet hiver, la nuit se fit plus que torride. L’allant qu’avait pris l’homme pendant les joutes festives fut décuplé dans les appartements de la belle et il la mena au nirvana des amoureux. Des langues perfides suggérèrent que c’était ce soir-là qu’ils conçurent leur fils. Sauf – vous le verrez par la suite – à ce que ce garçon soit un grand prématuré, il était peu probable qu’il fût réellement d’une filiation Condé. Les tests ADN n’existaient pas à l’époque, et il fallait se fier à la bonne foi de la mère.


Un mois plus tard, Louis apprit que son épouse, Éléonore, se mourait. Il se précipita donc à son chevet. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, la belle Isabelle fut aux anges. Se sachant enceinte, elle n’avait d’autre choix que de devenir princesse de Condé, au risque du bannissement de la cour ! Surtout que Louis, après l’aveu du prochain heureux évènement, avait promis épousailles à la belle.


Le 25 mai 1564 à Dijon, en pleine cérémonie, Isabelle fut prise d’un malaise et accoucha, à l’étonnement de toute la cour, dans un vestiaire tout proche. La colère, très hypocrite, de la reine-mère fut terrible. Il était impensable qu’une de ses filles ait eu une « enflure du ventre ». La belle fut donc exilée ipso facto au couvent des Cordeliers d’Auxonne.


Bien sûr, dans ce milieu, on ne se faisait pas que des amis. De mauvaises langues ne manquèrent pas d’accabler la bannie. Même les meilleures intentions lui portèrent préjudice. Une intercession de Florimont Robertet ne fit qu’irriter aussi bien la reine-mère que le prince de Condé, d’autant plus qu’un bruit insistant courait, désignant Florimont comme le vrai père du rejeton.


La belle Isabelle parvint tout de même à envoyer l’enfant à son père putatif ; celui-ci l’accepta de grand cœur. Le prince demeurait auprès de son épouse mourante et ne s’occupait pas plus que cela de son amante. Les soupçons qui obsédèrent Condé furent omniprésents.


Isabelle, en rouée coquine, parvint à gagner les bonnes grâces du gouverneur de la place d’Auxonne, monsieur de Ventoux, qui intercéda à son tour pour elle auprès de la reine. Peut-être consciente de sa responsabilité dans cette situation, elle en vint à plus de mansuétude. D’abord conduite sous bonne escorte à Lyon puis à Vienne, elle y fut écrouée au château des Canaux.


Le 23 juillet, la princesse Éléonore succomba. Louis se retrouva donc veuf. Catherine en conçut aussitôt de fortes inquiétudes. Un homme comme le prince de Condé, dans la force de l’âge, ne resterait pas célibataire bien longtemps, surtout étant un des plus beaux partis de France. Il serait donc judicieux qu’il épouse une catholique ; Mademoiselle de Limeuil, par exemple…


Une escorte royale encadra Isabelle et l’amena au château de Valery, où demeurait Louis. Celui-ci l’accueillit avec grande joie et leurs amours reprirent de plus belle. Les mois de frustrations et d’ascèses obligatoires les emmènent, en compensation, vers des joutes érotiques sans fin. Isabelle redevenait la louve provocatrice et Louis l’insatiable amant. Leurs amours perdurèrent une année sans faiblir.


Malheureusement, le prince de Condé n’était pas n’importe qui, et le parti protestant emmené par l’amiral de Coligny voyait cette liaison d’un très mauvais œil. Si la royauté était puissante, elle n’était pas omnipotente ; le parti protestant lui parlait sur un pied d’égalité. Coligny mit donc tout en œuvre pour étouffer cette idylle. Il s’entremit pour jeter dans les bras de Louis un tendron qui pourrait lui convenir et, bien sûr, le circonvenir.


Et de Coligny trouva ! Elle s’appelait Françoise Marie d’Orléans, Demoiselle de Longueville. Une ravissante blonde aux yeux bleus. Elle n’avait rien à envier à Isabelle côté beauté, mais avait deux atouts supplémentaires : sa jeunesse et son pucelage ! À sa vision, Louis en tomba éperdument amoureux, oublia ses engagements et laissa tomber Isabelle comme une moins que rien !


Celle-ci n’avait pas vu venir la catastrophe. On lui raconta bien après qu’elle portait depuis longtemps les cornes du cocufiage : Louis la trompait allègrement avec la maréchale de Saint-André auprès de laquelle il s’était engagé à convoler… elle aussi ! Louis épousa donc rapidement Françoise et la dépucela hardiment. Avec « l’élégance » et la muflerie qui caractérisait cette époque, après avoir éconduit Isabelle il lui réclama la restitution des cadeaux qu’il lui avait faits. Celle-ci s’exécuta et rassembla parures et bijoux. Sur un médaillon représentant le prince, elle lui ajouta une belle paire de cornes sur le front. Un petit mot accompagnait la restitution : « Je vous rends le tout sans rien y ajouter. » À goujaterie, goujaterie et demie !


Après cette déconvenue, Isabelle prit ses distances avec la cour. Les quolibets et les railleries quotidiennes vinrent à bout de sa patience et elle demanda l’autorisation de quitter le service de la reine-mère ; cela lui fut accordé, et en 1566 elle se retira sur ses terres.


La rupture entre Isabelle et Louis provoqua le retour de Condé à la tête des protestants. Les hostilités reprirent entre les Guise (catholiques) et les Condé (protestants). En 1567, Louis et ses amis tentèrent même d’enlever le roi et Catherine. Ceci provoqua bien sûr l’ire du parti catholique. Condé, Coligny et leurs amis se replièrent sur La Rochelle en vue d’affronter les troupes royales, ce qui se produisit à Jarnac le 13 mars 1569.


Isabelle, retirée du monde, reçut un courrier de la reine-mère la convoquant à la cour. Limeuil obtempéra et apprit que, pour la récompenser, elle lui avait trouvé un mari ! Le prétendant était le banquier Scipion Sardini, surnommé « la grosse sardine » tellement il s’était enrichi à la fréquentation de la cour de France. C’était un Toscan (comme Catherine), et de mauvaises langues disaient qu’elle lui serait redevable de bien des largesses financières. De là à penser que la toujours belle Isabelle était le montant du remboursement est un pas que je ne franchirai pas.


Toutefois, Sardini s’éprit réellement de la demoiselle et l’épousa rapidement. Curieusement, à partir de là on n’entendit plus parler des frasques de la belle. Soit elle était réellement sage, soit elle était très discrète. Sardini, riche à millions, faisait tout pour assurer le bien-être de son épouse. Elle donnera à son époux deux filles et trois fils. Toutefois, chacun ayant un caractère volcanique, leur vie ne fut probablement pas un long fleuve tranquille, mais nous n’en savons rien.


Revenons à cette date du 13 mars 1569.


Louis et ses amis livrèrent bataille aux armées royales à Jarnac. Il fut tué lors du combat. Son corps fut ramené sur une civière pour être exposé aux quolibets des habitants de Paris. Les hasards du voyage de retour firent se croiser le cortège du vainqueur de la bataille – le duc d’Anjou – et le carrosse d’Isabelle. Il lui montra la dépouille du vaincu. La belle Isabelle, n’ayant pas oublié l’attitude de Louis lors de leur séparation, y jeta à peine un coup d’œil et ne le gratifia que de cette laconique, mais éloquente épitaphe : « Enfin ! »





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